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lision sont de matière iicttrOj^èue , plus 1" inflammation est rapide. 11 faut donc s'attendre que l'effet des mouvements actuels de la France surpasse infiniment celui des troubles de la Grèce ^ rs'avançons rien sans preuve.
Où la plus grande secousse se fit-elle sentir à l'époque des troul)Ies de ce dernier pays ? Eu Perse. Pourquoi ? Parce que ce fut là que les principes politiques se choquèrent avec le plus de violence. Mais ceci nous découvre une seconde disparité.
Le serf persan devint la proie du citoyen de la Grèce. Comment les républiques anciennes subsistoient-elles ? Par des esclaves. Comment nos pères barl)ares vivoient-ils si libres ? Par des esclaves. Il est même impossible de comprendre sur quel principe une vraie démocratie pourroit s'établir sans esclaves. Ainsi nos systèmes modernes excluent de fait toute république parmi nous ''. Je m'étonne que les François , imitateurs des anciens , n'aient pas réduit les peuples conquis en servitude. C'est le seul moyen de retrouver ce qu'on appelle la liberté civile ''.
Voilà donc deux différences fondamentales dans les siècles : l'une de gouvernement , l'autre de mœurs. N'y a-t-il point, dans le concours fortuit des choses, des circonstances qui <léterminent , éloignent, hâtent, ou ralentissent l'effet de tel ou tel événement ? C'est ce qu'il faut maintenant examiner.
La plupart des états contemporains des
' L'expérience a prouvé la justesse de la réflexion ; mais eu montrant si bien à présent l'énorme différence qui existe entre la révolution franeoise et la révolution républicaine de la Grèce , je bats en ruine mon propre système. (N. Éd.)
^ Oui , toute républiflue à la manière des anciens , toute républi(iue fondée sur les mœurs lesquelles à leur tour produisoient et maintenoient la liberté) , mais non pas cette république ((ui vient des progrès de la civills ition , de l'infiltration des lumières dans tous les esiaits , si j'ose m'exprimer de la sorte , et d'où il résulte une autre espèce de liberté. Les peuples éclairés ne veulent plus servilement obéir; et les gouvernements , éclairés à leur tour, ne se soucient plus du despotisme. J'ai déjà remanjué, dans une note de l'Essai, qu'à r<'po(iue où j'écrivois cet ouvrage, je ne coniprcnois bien (pie la liberté, fille des mœurs; je n'avois pas encore signalé cette autre liberté, résultat d'une civilisation perfectionnée. (N. Éd.)
•^ C'est pvliliqiie qu'il falloit dire. (N. Éd.)
Athéniens et des Spartiates étoient éloignes de ces peuples célèbres. Par quel canal les lumières de ce petit coin du monde se seroientelles répandues sur le globe? Les Grecs mêmes se soucioient-ils de les communiquer , ces lumières ? Les anciens, attacliés à la patrie , vivant et mourant sur le sol qu'ils savoient cultiver et défendre avec des mains libres , entretenoient à peine quelques liaisons les uns avec les autres. Parlant divers dialectes , sans le secours des postes , des grands chemins , de l'imprimerie , " les nations vivoient comme isolées. De là une découverte en morale , en politique , ou en toute autre science , périssoit aux lieux qui l'avoient vue naître , ou devenoit la proie d'un petit nombre d'hommes, qui n'avoient souvent que trop d'intérêt à la cacher au reste de la foule. Les peuples d'ailleurs , par leurs préjugés nationaux , et par amour de la patrie , renfermoient soigneusement dans leur sein leurs connoissances et leur bonheur. Je doute que cette fraternité universelle des républicains du jour soit du bon coin de la grande antiquité ".
Ici la dissemblance des temps se fait sentir dans toute sa force. Nos courriers , nos voies publi(jues , notre imprimerie , ont rendu presque tous les Européens citoyens du même pays. Une idée nouvelle , une découverte intéressante a-t-elle pris naissance à Londres , à Paris ; quelques semaines après elle parvient au paysan du Danube, à l'habitant de Rome, au sujet de Pétersbourg , à l'esclave de Constantinople, qui se l'approprient , la commentent , et en font leur profit en bien ou en mal. Les anciens visitèrent rarement les contrées étrangères , parce que les difficultés du déplacement étoient presque insurmontables. De nos jours, im voyage en Russie, en Allemagne , en Italie , en France, en Angleterre, que dis-je! autour du globe, n'est qu'une affaire de quelques semaines , de quelques mois , de ([uelques années calculées à une minute près. Il en est résulté que la diversité des langues , qui formoit dans l'antiquité un autre obstacle à la propagation des connoissances , n'en est plus un chez les mo-
* Voilà encore une page ijui renverse de fond en com- Iile mon système; et j'ai déjà fait précédemment une note précisément dans le même esprit , en réfutation de
ce système. (N. Éd.)
H li V 0 I, L T 1 0 .\ S ANC I E N N ES.
demes, les idiomes étrangers étant récipro(iuenienl entendus de tons les peuples.
Ainsi, lorsqu'une révolution arrivoit dans Fancien monde, les livres rares, les monuments des arts disparoissoient ; la barbarie submergeoit une autre fois la terre, et les hommes qui survivoient à ce déluge étoient obligés , comme les premiers habitants du globe , de recommencer une nouvelle carrière , de repasser lentement par tous les degrés de leurs prédécesseurs. Leilambeau expiré des sciences ne trouvoit plus de dépôt de lumières oîi reprendre la vie. Il falloit attendre que le génie de quelque grand homme vînt y communiquer le feu de nouveau, comme la lampe sacrée de Vesta, qu'on ne pouvoit rallumer qu'à la flamme du soleil , lorsqu'elle venoit à s'éteindre. 11 n'en est pas de même pour nous ; il seroit impossible de calculer jusqu'à quelle hauteur la société peut atteindre , à présent que rien ne se perd , que rien ne sauroit se perdre : ceci nous jette dans rinfini.
Je semble donc détruire dans ce chapitre ce (jue j'ai avancé dans le précédent ^ ; car je montre une telle différence de siècle , qu'on ne sauroit conclure de l'un pour l'autre; sans doute , pour plusieurs lecteurs que le système de perfection éblouit. Si c'étoit ici le lieu d'entrer <|ans celte discussion intéressante , je pourrois prouver aisément que notre position est réellement la même, quant aux résultats, que celle des anciens peuples ; que nous avons perdu en mœurs ce que nous avons gagné en lumières. Celles-ci semblent tellement disposées par la nature , que les unes se corrompent toujours , en proportion de l'agrandissement des autres : comme si cette balance étoit destinée à prévenir la perfection parmi les hommes. Or , il est certain que les lumières ne donnent pas la vertu ; qu'un grand moraliste peut être un malhonnête homme. La question du boniieur reste donc la même [wur les peuples modernes et pour les anciens , i)uisqu'elle ne peut se trouver que dans la pureté de l'àme. Nous
' Sansfloule, et tri,s-bicn racine. La manière subtile dont je cherche ensuite à me raccrochera mon système n'est pas admissijjle. Mon boa sens et mon araoui" de la Térité l'emportoient sur les rêves de mon esprit.
(y. ÉD.)
revenons donc à la même donnée , quant aux conséquences heureuses qu'on peut espérer de la révolution présente , quelles que soient d'ailleurs nos lumières , l'esprit n'agissant point sur le cœur. Et qui vous dira le secret de changer par des mots et des sciences la nature de l'àme ? de déraciner les chagrins de ce sol défriché pour eux ? Si l'homme , en dépit de la philosophie , est condanmé à vivre avec ses désirs, il sera à jamais esclave, àjamaisriiomme des temps d'adversité qui furent , l'homme de l'heure douloureuse où je vous parle , et des nouveaux siècles de misère qui s'avancent. Lorsque lEtre puissant qui tient dans sa main le cœur des hommes a voulu , dans les voies profondes de sa sagesse , resserrer cet organe de leur félicité, qu'importe que, pour les confondre, il ait élevé leurs têtes gigantesques au-dessus des sphères roulantes? Si le cœur ne peut se perfectionner , si la morale reste corrompue malgré les lumières; république universelle , fraternité des nations , paix générale, fantôme brillant d'un bonhem* durable sur la terre , adieu ' !
Si l'influence immédiate de la révolution républicaine de la Grèce fut retardée par toutes les causes que nous venons d'assigner , il est à croire que la révolution françoise, dégagée de ces obstacles , aura un effet encore plus rapide en cas qu'il ne se trouve point d'autres forces d'amortissement plus puissantes que la vélocité de son action. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans cet examen. Mais on peut douter que l'extinction de la royauté, en France , produise , pour le genre liumain , des effets éloignés plus grands, plus dm-ables que ceux qui résultèrent de l'abolition de la monarchie en Grèce. L'Atlique, rendue à la liberté , se couvrit de tous les monuments des
® Il y a du \Tai dans tout cela. Les personnes qui ont lu mes ouvrages pourront remar([uer que V lassai est la mine brute où j'ai puisé une partie des dées que j'ai répandues dans mes autres écrits. Mais si l'homme est infini par la tête , ce qui est la vérité , rien ne peut empêcher l'ordre iiitcUecUiel d'aller toujours en se perfectionnant. La science politique , qui est de l'ordre intellectuel chez les vieux peuples, comme elle est de l'ordre moral chez les jeunes peuples , ne peut donc être arrêtée dans ses progrès par une corruption qui n'a pas de prise sur elle.
(N. ÉD
A VAN 1 J.-C 'i7!) == 01,
aris. Les Praxitèle , les Phklias , les Zeiixis , les Apelles, unirent les efforts de leur génie à (•eux des Sophocle, des Euripide. Les lumières, disséminées dans les différentes parties du monde , vinrent se concentrer dans ce foyer commun , d'où les divers peuples les ont empruntées par la suite. Sans la Grèce, Rome demeuroit barbare : Téloquence d'un Démostliène contenoit le germe de celle d'un Cicéron ; il falloil le sublime d'un Homère , la simplicité d'un Hésiode, et les grâces d'un Tliéocrite, ponr former le triple génie d'un Virgde; les loups de Phèdre n'eussent point parlé commes les hommes , si ceux d'Ésope avoient été nuiets; enfin, nous autres Celtes grossiers , sortis des forêts , nous ne compterions ni les Racine, ni les Boileau , ni les Montesquieu , ni les Pope, ni les Dryden, ni les Sidney, ni les Bacon , et mille autres ; et nous serions encore , comme nos pères , soumis à des druides ou à des tyrans.
Heureux si les Grecs , en acquérant les lumières, n'eussent pas perdu la pureté des mœurs ! Heureux s'ils n'eussent échangé les vertus qui les sauvèrent de Xerxès contre les vices qui les livrèrent à Philippe ! Nous allons maintenant commencer cette seconde révolulion , et nous terminerons ici la première partie du premier livre , après un dernier chapitre de réflexions. Nous passerons souvent ainsi , dans le cours de cet ouvrage , des lumières aux ténèbres, et du bonheur du genre humain à sa misère. Et pourquoi nous en plaindrions-nous? H est à croire que notre félicité a été calculée sur l'inconstance de nos désirs : la dose du boniieur nous a été mesurée, parce que notre cœur est insatiable. La nature nous traite comme des enfants malades , dont on refuse de satisfaire les appétits , mais dont on apaise les pleurs par des illusions et des espérances. Elle fait danser autour de nous une uudlilude de fantômes , vers lesquels nous tendons les mains sans pouvoir les atteindre ; et elle a poussé si loin l'art de la perspective, qu'elle n peint des Elysées jusque dans le fond de la tombe ".
■ c'est toujours l'homme qui croit et qui veut douter. I»ar une foiblcsso toute paternelle, j'ai clé au moment (lu me faire grâce pour ces phrases. (N. Ed.;