CHAPITRE XIV
A^is à Sparle'.
A révolution des Trente Tyrans à Athènes eut des conséquences funestes pour la ré|)ublique im[)rudente qui l'avoit favorisée. Lysander, en faisant porter à Lacédémone l'or et l'argent de lAttique , introduisit les vices de ce dernier pays dans sa patrie. Bientôt la simplicité des mœurs y passa pour grossièreté , la frugalité pour sottise , l'honnêteté pour duperie , et l'éphore Epitadès ayant publié une loi par la(|uelle on pouvait aliéner le patrimoine de ses pères, toutes les propriétés passèrent entre les mains des riches; et les Spartiates, jadis si égaux en rang et en fortune , se trouvèrent divisés en un vil troupeau d'esclaves et de maîtres.
" Dans un ouvrjge bien compose", ce chapitre seroit tm >crital)i' liors-d'a'nvre ; mais <laiis un ouvrage aussi incoliércnt que VE.ssai, il importe peu que j'aie parlé de-i infortunés ou de toute autre chose. (X. Éd.)
* Voy. PtJitcn-'juc.
Tel étoit l'état de la répul)lique de Lycurgue , lorsqu'il s'éleva à Lacédémone un roi digne des grands siècles de la Grèce. Agis , épris des charmes de la vertu, entreprit , dans l'âge où la plupart des hommes sentent à peine leur existence, de rétablir les lois et les mœurs de l'antique Laconie. Il s'ouvrit de ses desseins à la jeunesse lacédémonienne , qu'il trouva , contre son attente , plus disposée que les vieillards à favoriser son entreprise. On a remaniué la même chose en France au commencement de la Révolution : il y a dans le bel âge une chaleur généreuse qui nous porte vers le bien , tant que la société n'a point encore dissipé la douce illusion de la vertu \ Cependant le roi de Lacédémone parvint à gagner trois hommes d'une grande intluence, Lysander, IMandroclides et Agésilas ; U réussit de même auprès de sa mère Agésistrata.
Tout sembïoit favoriser l'entreprise. Lysander avoit été nommé éphore, les dettes publiquement abolies ; le roi Léonidas s'étoit vu forcé à la fuite , après une vaine opposition aux projets de son collègue Agis , et l'on avoit élu son gendre Cléombrotus à sa place. Enfin , il ne restoit plus qu'à procéder au partage des terres, lorsque Agésilas, qui jusqu'alors avoit secondé la révolution , trahit la cause de son parti , et fit changer la fortune.
Ce Spartiate possédoit de grandes propriétés, et se trouvoit en même temps écrasé de dettes. Il embrassa donc avidement l'occasion de se décliarger de celles-ci, mais il ne voulut plus de la réforme aussitôt qu'elle atteignit ses biens. Ayant eu l'adresse de se faire nommer ép'aore, et Agis se trouvant absent, il exerça mille tyrannies. Les citoyens , se voyant joués par Agésilas , et croyant que le jeune roi s'entendoit avec lui, se liguèrent enseml)le, et rappelèrent sous main Léonidas, ce roi exilé dont Cléombrotus occi;poit la place.
Cependant Agis étoit de retour à Lacédémone ; bientôt Léonidas y rentra lui-même en
' A présent que je suis \ieux, on pourroit me prendre pour un flatteur de la jeunesse , lorsque je donne à cftte jeimcsse les louangi s (lu'elle mérite ; mais on voit que je mcxprinîois avec le même attacliement et la même admiration pour elle lorsi[ne j'étois dans ses rangs. (N- Éd.)
KlîVOLLTIONS ANGIENNI-S.
triomphe, et il ne resta plus pour Agis et Cléombrotus qu'à éviter sa vengeance et celle de la faction des riclies , maintenant toutepuissante. Le dernier se rendit suppliant dans le temple de Neptune ; et , sauvé peu après par la vertu de son épouse , il fut seulement condamné à l'exil. Il n'en arriva pas ainsi © i^ © du jeune et malheureux prince Agis , réfugié dans le temple de Minerve. Je laisse parler le ^bon Amyot.