AVERTISSEMENT
Je n*ai rien à dire de particulier sur le Voyage en Amérique qu'on va lire : le récit en est tiré , comme le sujet des Naichez, du manuscrit original des Naichex même : ce voyage porte en soi son commentaire et son histoire.
Mes différents ouvrages oflrent d'assez fréquents souvenirs de ma course en Amérique : j'avois d'abord songé à les recueillir et à les placer sous leur date dans ma narration , mais j'ai renoncé à ce parti pour éviter un double emploi ; je me suis contenté de rappeler ces passages : j'en ai pourtant cité quelques-uns, lorsqu'ils m'ont paru nécessaires à l'intelligence du texte, et qu'ils n'ont pas été trop longs.
Je donne, dans Vlniroduciion, un fragment des Mémoires de ma vie, aGn de familiariser le lecteur avec le jeune voyageur qu'il doit suivre outre-mer. J'ai corrigé avec soin la partie déjà écrite ; la partie qui relate les faits postérieurs à l'année 1791 , et qui nous amène jusqu'à nos jours , est entièrement neuve.
En parlant des républiques espagnoles , j'ai raconte (en tout ce qu'il m'étoit permis de raconter) ce que j'aurois désiré faire dans l'intérêt de ces États naissants, lorsque ma position politique me donnoit quelque influence sur les destinées des peuples.
Je n'ai point été assez téméraire pour toucher à ce grand sujet, avant de m'étre entouré des lumières dont j'avois besoin. Beaucoup de volumes imprimés et de mémoires inédits m'ont servi à composer une douzaine de pages. J'ai consulté des hommes qui ont voyagé et résidé dans les républiques espag[noles : je dois à l'obligeance de M. le chevalier d'Esménard des renseignements précieux sur les emprunts américains.
La préface qui précède le Voyage en Amérique est une espèce d'histoire des voyages : elle présente au lecteur le tableau général de la science géographique, et , pour ainsi dire , la/eiû/fe de roule de l'homme sur le globe.
ït. i
Les voyages sont une des sources de Thistoire : l'histoire des Aaftionk étrangères vient se placer, par la narration des'voyageurs, auprès de Tbistoire particulière de chaque pays.
Les voyages remontent au berceau de la société : les livres de RfoTse nous représentent les premières migrations des hommes. C'est dans ces livrer que nous voyons le Patriarche conduire ses troupeaux aux plaines de Chanaan, l'Arabe errer dans ses solitudes de sable, et le Phénicien exploUdr les mers.
Moïse fait sortir la seconde famille des hommes des montagnes de TArménie ; ce point est central par rapport aux trois grandes races , jattne , noire et blanche : les Indiens, les Nègres et les Celtes ou autres peuplai du nord.
Les peuples pasteurs se retrouvent dans Sem , les peuples commerçants dans Gham, les peuples militaires dans Japhet. Moïse peupla l'Europe des descendants de Japhet : les Grecs et les Romains donnent Japetus pour père à Tespèce humaine.
Homère, soit qu'il ait existé un poète de ce nom, soit que les ouvrages qu'on lui attribue n'offrent qu'un recueil des traditions de la Grèce, Homère nous a laissé dans l'Odyssée le récit d'un voyage; il nous transmet aussi les idées que Ton avoit, dans cette première antiquité, sur la configuration de la terre : selon ces idées , la terre représentoit un disque environné par le fleuve Océan. Hésiode a la même cosmographie.
Hérodote, le père de l'histoire comme Homère est le père de la poésie-, étoit comme Homère un voyageur ; il parcourut le monde connu de soik temps. Avec quel charme n'a-t-il pas décrit les mœurs des peuples ! On nV voit encore que quelques cartes côtières des navigateurs phéniciens et hi mappemonde d'Anaximandre corrigée par Hécatée : Strabon cite un itiné^ raire du monde de ce dernier.
Hérodote ne distingue bien que deux parties de la terre, PËurope et l'Asie; la Libye ou l'Afrique ne sembleroit , d'après ses récits, qu'une vartè péninsule de l'Asie. Il donne les routes de quelques caraVanp« dans Pintérieur de la Libye et la relation succincte d*un voyage aûtonr de TAlriquel Un roi d'Egypte , Nécos , fit partir dès Phéniciens du golfe Arabique : ces Phéniciens revinrent en Egypte par les Colonnes d'Hercule; ils mfreht
I Obligé de retserrer an UMeiu iiBin«nse dtns le cadre étroli (Time préfixe. Je oroli pouit«nt n'aroir omit rien d*MaenUcU Si cependinl des lecieun ourieux de cet aorMi de recherches desirôieni en savoir davanUge , ils peuvent consulter les savanU ouvrages des d'Anville , des Robertson , ^des Gossclin , des Malte^Brun , des Walckenaer » dVf Pinkerion , des Rennel , des Guvier, dei looHund , oie. , ele.
troèi tnB à accompHr lear navigation, et ils racontèrent qu'ils avoient vu I» toteil à leur droite. Tel est le fait rapporté par Hérodote.
Les Ancâeiia eurent donc, comme nous, deux espèces de voyageurs : les uns pareonroient la terre, les autres les mers. A peu près à l'époque où Hérodote écrîvoit, le Carthaginois Uannon accomplissoit son Périple \ Il veste quelque chose du recueil fait par Scylax des excursions maride son temps.
Platon nous a laissé le roman de cette Atlantide où Ton a voulu retrouver l'Amérique. Eudoxe, compagnon de voyage du philosophe, composa un itinéraire universel dans lequel il lia la géographie à des observations astronomiques.
Hippocrate visita les peuples de la Scythie : il appliqua les résultats de son erpéfienct au soulagement de l'espèce humaine.
Xénophon tient un rang illustre parmi ces voyageurs armés qui ont contribué à nous faire connoître la demeure que nous habitons.
Arîstote, qui devançoit la marche des lumières, tenoit la terre pour sphérique : il en évaluoit la circonférence à quatre cent mille stades; il croyoit, ainsi que Christophe Colomb le crut, que les côtes de THespérie étoient en face de celles de Tlnde. Il avoit une idée vague de TAngleterre et de l'Irlande, qu'il nomme Albion et Jerne; les Alpes ne lui étoient point inconnues, mais il les confondoit avec les Pyrénées.
Dicéarque, un de ses disciples, fit une description charmante de la Grèce, dont il nous reste quelques fragments, tandis qu'un autre disciple d'Aristote, Alexandre-le-Grand , alloit porter le nom de cette Grèce jusque sur les rivages de l'Inde. Les conquêtes d'Alexandre opérèrent une révolution dans les sciences comme chez les peuples.
Androsthène, Néarque et Onésicritus reconnurent les côtes méridionales de l'Asie. Après la mort du fils de Philippe, Séleucus Nicanor pénétra jusqu'au Gange; Patrocle, un de ses amiraux, navigua sur l'Océan Indien. Les rois grecs de l'Egypte ouvrirent un commerce direct avec l'Inde et la Taprobane; PtoléméePbiladelphe envoya dans l'Inde des géographes et des flottes; Timosthènes publia une description de tous les ports connus, et Ératosthènes donna des bases mathématiques à un système complet de géographie. Les caravanes pénétroient aussi dans l'Inde par deux routes : l'une se terminoit à Palibothra en descendant le Gange; l'autre tournoit les monts Imaùs.
L'astronome Hipparque annonça une grande terre qui devoit joindre llnde à l'AfriqiM : on y verra si l'on veut l'univers de Colomb.
La rivalité de Romo et de Carthage rendit Polybe voyageur, et le fît visiter les côtes de l'Afrique jusqu'au mont Atlas, afin de mieux connoître le peujpie dont il vouloit écrire l'histoire. Eudoxe de Cyzique tenta , sous le règne de Ptolémée Physcon et de Ptolémée Lathure , de faire le tour de r Afrique par l'ouest; il chercha aussi une rouie plus directe pour passer des ports du golfe Arabique aux ports de l'Inde.
> Je rai donné tout entier dtai YESêai kiêlwipie.
Cependant les Romains, en étendant leurs conquêtes vers le nord, levé* rent de nouveaux voiles : Pythéas de Marseille avoit déjà touché à ces rivages d'où dévoient venir les destructeurs de l'empire des Césars. Pythéas navigua jusque dans les mers de la Scandinavie, fixa la position du cap Sacré et du cap Calbiûm (Finistère) en Espagne , reconnut Ttle Uxisama (Ouessant), celle d'Albion, une des Cassi ter ides des Carthaginois, et surgit à cette fameuse Thulé dont on a voulu fiiire l'Islande, mais qui, selon toute apparence, est la côte du Jutland.
Jules César éclaircit la géographie des Gaules, commençais découverte de la Germanie et des côtes de l'île des Bretons : Germanicus porta les aigles romaines aux rives de l'Elbe.
Strabon, sous le règne d'Auguste, renferma dans un corps d'ouvrage les connoissances antérieures des voyageurs et celles qu'il avoit lui-même acquises. Mais si sa géographie enseigne des choses nouvelles sur quelque partie du globe, elle fait rétrograder la science sur quelques points : Stra* bon distingue les lies Gassitérides de la Grande-Bretagne, et il a l'air de croire que les premières ( qui ne peuvent être dans oette hypothèse que lef Sorlingues) produisoient Tétain; or l'étain se tiroit des mines de Cor» nouailles, et lorsque le géographe grec écri voit, il y avoit déjà longtemps qu% l'étain d'Albion arrivoit au monde romain à travers les Gaules.
Dans la Gaule ou la Celtique, Strabon supprime à peu près la péninsale Armoricaine ; il ne connolt point la Baltique, quoiqu'elle passât déjà pour un grand lac salé, le long duquel on trouvoit la côté de VÀmbre jaune, la Prusse d'aujourd'hui.
A l'époque où florissoit Strabon , Hippalus fixa la navigation de l'Inde par le golfe Arabique, en expérimentant les vents réguliers que nous appelons moussons : un de ces vents, le vent du sud-ouest, celui qui conduisoit dans l'Inde , prit le nom d'Hippale. Des flottes romaines partoient réguliè-. rement du port de Bérénice vers le milieu de l'été, arrivoient en trente jours au port d'Océlis ou à celui de Cane dans l'Arabie , et de là en quarante jours à Muziris, premier entrepôt de l'Inde. Le retour en hiver s'accom* plissoit dans le même espace de temps; de sorte que les Anciens ne met* toient pas cinq mois pour aller aux Indes et pour en revenir. Pline et le Périple de la mer Érythréenne (dans les petits géographes) fournissent ces détails curieux.
Après Strabon , Denis le Périégète , Pomponlus Mêla , Isidore de Charâx , Tacite et Pline ajoutent aux connoissances déjà acquises sur les nations. Pline surtout est précieux par le nombre des voyages et des relations ^'il cite. En le lisant, nous voyons que nous avons perdu une description conf* plète de l'empire Romain faite par ordre d'Agrippa, gendre d'Auguste; que nous avons perdu également des Commentaires sur l'Afrique par le roi Juba , commentaires extraits des livres carthaginois ; que nous avons perdu une relation des lies Fortunées par Statius Sebosus , des Mémoires sur l'Inde par Sénèque, un Périple de l'historien Polybe : trésors à jamais reg rettables. Pline sait quelque chose du Thibet ; il fixe le point oriental du
6 PREFACOB.
umé» h Vmiiowim^ du <}aDge; au oord, 41 eouevott ks Cirages; il oMUMrft la SeandûMvie^ et dooue le nom de go^ Codao à, Ja mer Baltique. fM Andena. a voient à la fois des cartes routières et des espèces de livres 4b p«Bite : Yégèce distingue les premières par le nom de jfiua, et les se^ condl' par celui d^aniMUUa, Trois de ces itinéraires nous restent : VUiné' fmrf é'JintMùn, VÙinéraire de Bardeaux à Jérmalem et la Table de P$i0nger, Le Jbaut de cette table , qui eotnmençoît à Touest , a été déchiré : la Péninsule espagnole manque , ainsi qve TAjfrique oocideutale ; naM ia table 6*étefid à jtest Jusqu'à rembouchare du Gange, et marque des routes dans Tintérieur de i'Inde. Cette carte a vingt et un pieds de long , sur un pied de large ; c'est une zone ou un grand chemin du monde
¥oUà à quoi se réduisoient les travaux et les connoissances des voyageurs et des géographes avant l'apparixion de l'ouvrage de Ptdémée. Le BMNade d'Hogière étoît !^ne lie |)arfaitement ronde , entourée , comme «sus l'ayons dit, du flenv» Ooéan. Hérodote fit de ce monde une plaine «iios limites précises ; Eudoxe de Gnide le transforma en un globe d'à peu poès treÎ2se mille stades de diamètre ; Hipparque et Strabon lui donnèrent étfKioait Cinquante-deux mille stades de circonférence, de huit cent trentetrois stades au degré. Sur ce gl6be ot^ traçoit un carré, dont le long c4té eouroit d'occident en orient ; ce carré étoit divisé par deux lignes , qui se coulaient à angle droit : l'une , appelée le diaphragme, qiarquoit de l'ouest à l'est la longueur ou la lot^itude de la teri« ; elle avoit soixante-djx-sept mille huit cents stades; l'autre, d'une moitié plus courte , indiquoit du Mrd au sud la largeur ou la latitude de cette terre : les supputations com- ■depcent m méridien d'Alexandrie. Par cette géographie qui faisoit la terre beaucoup plus longue que large , on voit d'où nous sont venues cesexpiïesfijions impropres de IcmgUude et de la4itude.
0ans cette carte du monde habité se plaçoient l'Europe, l'Asie etf'Afiriqne : l'Afrique et F Asie se joignoient aux régions aiustrales, ou étoient séparées par une mer qui raccourcissoit extrémegienit l'Afrique. Au nord k84)pntinentsaeterminoient à l'emhoqqhare de l'Elbe , au sud vers les bords du Niger , à l'ouest au cap Sacré , en Espagne , et à l'est aux bouchM du Gange ; sous Téquateur une zone torride^ sous les pôles nne zone glacée , étoient réputées inhabitables.
Il est curieux de remarquer que presque tous ces peuples, appelés Barbares, qui firent la conquête de l'empire Romain , et d'où sont sorties les nations modernes ,* habitoient au delà des limites du monde connu de Plineet de Strabon, dans des pays dont on ne soupçonnoit pas même l'exisiepce.
Ptoléo^ée, qui tomba néanmoins dans de grayes erreurs, donna des Vanas matfiémaitiques à la position des lieux. On voit paroîJtre dans son travail un assez grand nombre de nations sarmates; il indique bien le Volga , e^ redescend jusqu'à la Yistule.
En A^ue, il confirme rexis^ence du Niger , et peut-être nomme-til
Tpoiboucjfcou 490fi Tucabath; il cite Aussi un grand fleuve qu'il appelle Gyr.
£n Asie , son pays des Sines n'est point la Chine , mais probablement le royaume de Siam. Ptolémée suppose que la terre d'Asie , se prolongeant vers le midi , se joint à une terre inconnue , laquelle terre se réunit par l'ouest à TAfrique. Dans la Sérique de ce géographe il faut voir le Thibet, lequel fournit à Rome la première grosse soie.
Avec Ptolémée finit l'histoire des voyages des Anciens , et Pausanias nous fait voir le dernier cette Grèce antique , dont le génie s'est noblement réveillé de nos jours à la voix de la civilisation nouvelle. Les nations barbares paroissent; l'empire Romain s'écroule; de la race des Goths, des Francs , des Huns , des Slaves , sortent un autre monde et d'autres voyageurs.
Ces peuples étoient eux-mêmes de grandes caravanes armées , qui , des rochers de la Scandinavie et des frontières de la Chine , marchoient à la découverte de Fempire Romain. Ils venoieot apprendre ù ces prétendus maîtres du monde qu'il y avoit d'autres hommes que les esclaves soumis au joug des Tibère et des Néron ; ils venoient enseigneib leur pays aux géographes du Tibre : il fsillut bien placer ces nations sur la carte; il fallut bien croire à l'existence des Goths et des Vandales, quand Alaric et Genaeric eurent écrit leurs noms sur les murs du Capitole. Je ne prétends point raconter ici les migrations et les établissements des Barbares ; je chercherai seulement, dans les débris qu'ils entassèrent, les anneaux de la chaîne qui lie les voyageurs anciens aux voyageurs modernes.
Un d^lacement notable s'opéra dans les investigations géographiques par le déplacement des peuples. Ce que les Anciens nous font le mieux connoltre , c'est le pays qu'ils habitoient; au delà des frontières de l'empire Romain, tout est pour eux déserts et ténèbres. Après l'invasion des Barbares , nous ne savons presque plus rien de la Grèce et de l'Italie ; mais nous commençons à pénétrer les contrées qui enfantèrent les destructeurs de l'ancienne civilisation.
Trois sources reproduisirent les voyages parmi les peuples établis sur les ruines du monde romain : le zèle de la religion , l'ardeur des conquêtes, l'esprit d'aventures et d'entreprises mêlé à l'avidité du commerce.
Le zèle de la religion conduisit les premiers conmie les derniers missionnaires dans les pays les plus lointains. Avant le quatrième siècle , et , pour ainsi dire, du temps des Apôtres, qui furent eux-mêmes des pèlerins, les prêtres du vrai Dieu portoient de toutes parts le flambeau de la foi. Tandis que le sang des martyrs couloit dans les amphithéâtres , des ministres de paix préchoient la miséricorde aux vengeurs du sang chrétien : les conquérants étoient déjà en partie conquis par l'Évangile, lorsqu'ils arrivèrent sous les murs de Rome.
Les ouvrages des Pères de l'Église mentionnent une foule de pieux voyageurs. C'est une mine que l'on n'a pas assez fouillée, et qui , sous le seul
g PRÉFACE.
rapport de la géographie et de Thistoire des peuples, renferme dés tré; sors. . .
Un nu)ine égyptien , dès le cinquième siècle de notre ère , parcourut rÉtbiopie et composa une topographie du monde chrétieu ; un.Arménien, du nom de Chorenensis , écrivit lin ouvrage géographique. L'historien des Goths , Jornandès', évéque de Ravenne , dans son histoire et dans ison livre de Origine mundi, consigne , au sixième siècle , des faits importants sur les pays du nord et de Test de TEurope. Le diacre Vamefrid publia une histoire des Lombards ; un autre Goth , FAnonyme de Ravenne , donna , un siècle plus tard, la description générale du monde. L'apôtre de TAllemagne, saint Boniface, envoyoit au pape des espèces de mémoires sur les peuples de l'Esclavonie. Les Polonoisparoissent pour la première fois sous le règne d*Otbon II , dans les huit livres de la précieuse Chronique de Ditmar. Saint Otton, évéque de Bamberg , sur l'invitation d'un ermite espagnol appelé Bernard , prêche la foi eu parcouraut la Prusse'; Ottôh vit la Baltique , et fut étonné de'lagrandeuf'de cette mer. Nous avons malheureusement perdu le journal du voyage que fit , sous Louis le Débonnaire , en Suèdé^ et en Danemark, Ânscaire, moine de Corbie; à moins toutefois,que ce journal Vqui fut envoyé à Rome en 1260', n'existe dans la bibliothèque du Vatican. Adam de Brème a puisé dans^cet ouvrage une partie de sa propre /relation des royaumes du nord; il mentionne 'de plus la Russie, dont Kiow étoit la capitale, bien que, dans les Sagas', l'empire Russe soit nommé Gardavike ,' et que Holmgard , aujourd'hui Novôgoirod , soit désigné comme la princip^e cité de cet empire naissant. '
Giraud Barr'y, Dicuil, retracent, l'un le tableau de la 'principauté de Galles et de l'Irlande soûs le règne de Benri II ; l'autre retourne à l'examen des niesures de l'enipiré Romain sous Théôdose.
Nous avons des cartes du moyeaâge : un tableau topographique de toutes les provinces du Danemark vers l'an 1381 , sept cartes du royaume d'Angleterre et des îles voisines dans le douzième siècle , et le fameux livre connu sous le nom de Doomsdaybook , entrepris par ordre de Guillaumele-Conquérant. On trouve, dans cette statistique, le cadastre des terres cultivées, habitées ou désertes de l'Angleterre , le nombre des habitants libres ou serfs, et jusqu'à celui des troupeaux et des ruches d'abeilles. Sur ces cartes sont grossièrement dessinées les villes et les abbayes : si d'un côté ces dessins nuisent aux détails géographiques, d'un autre côté ils donnent une idée des arts de ce temps. ' • . . '
Les ^lerinages à la Terre^ainte forment une partie considérable des .monuments graphiques du moyen âge. Ils eurent lieu'dès le quatrième siècle, puisque saint Jérônae assure qu'il venoit à Jérusalem des pèlerins de rinide, de l'Ethiopie^ de la Bretagne et de rHibernie; il paroît même que l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem avoit été composé vers l'an 383 pour l'usage des pèlerins des Gaules.
Les premières années du sixième siècle nous fournissent l'Itinéraire d'Antonin de Plaisance. Après Antonin vient, dans le septième siècle,
fiaint Arculfe,clont Adainannus écrivit la relation; au huitième siècle i nous avdns'deux voyages à Jérusalem de saint Guilbaud, et une relation des lieux saints par le vénérable Bède; au neuvième siècle, Bernard Le^ moine ; au dixième et onzième siècles , Olderic , évéque d'Orléans , le Grec Eugisippe , et en6n Pierre l'Ermite.
Alors commencent les croisades : Jérusalem demeure entre les maint des princes françois pendant quatre-vingt-huit ans. Après la reprise de Jérusalem par Saladin, les fidèles continuèrent à visiter la Palestine, et depuis Focas, dans le treizième siècle, jusqu'à Pococke, dans le dixhuitième, les pèlerinages se succèdent sans interruption ■•
Avec les croisades on vit renaître ces historiens voyageurs dont l'antiquité avoit offert des modèles. Raymond d'Agiles, chanoine de la cathédrale du Puy en Yelay , accompagna le célèbre évéque Adhémar à la pre* mière croisade ; devenu chapelain du comte de Toulouse, il écrivit avec Pons de Balazun, brave chevalier, tout ce dont il fut témoin sur la route et à la prise de Jérusalem. Raoul de Gaen, loyal serviteur deTancrède, nous peint la vie de ce chevalier. Robert Lemoine se trouva au siège de Jérusalem.
Soixante ans plus tard, Foulcher de Chartres et Odon de Deuil allèrent aussi en Palestine : le premier avec Baudouin , roi de Jérusalem; le second avec Louis VU , roi de France. Jacques de Vitry devint évéque de Saint- Jean-d'Àcre.
Guillanme deXyr, qui s'éleva vers la fin du royaume de Jérusalem « passa sa vie sur les chemins de l'Europe et de l'Asie. Plusieurs historiens de nos vieilles chroniques furent ou des moines et des prélats errants, comme Raoul , Glaber et Flodoard,ou des guerriers, tels que Nithard, petit-fils de Charlemagne , Guillaume de Poitiers, Yille-Hardouin , Join« ville , et tant d'autres , qui racontent leurs expéditions lointaines. Pierre Devaulx-Cernay étoit une espèce d'ermite dans les eCTroyables camps de Simon de Montfort.
Une fois arrivé aux chroniques en langue vulgaire, on doit surtout remarquer Froissart, qui n'écrivit , à proprement parler, que ses voyages c'étoit en chevauchant qu'il traçoit son histoire. U passoit de la cour do roi d'Angleterre à celle du roi de France, et de celle-ci à la petite cour chevaleresque des comtes de Foix : « Quand j'eus séjourné en la cité de « Paumiers trois jours, me vint d'aventure un chevalier du comte de A Foix qui revenoit d'Avignon, lequel on appeloit messire Espaing du « Lyon , vaillant homme et sage et beau chevalier, et pouvoit lors être en « l'âge de cinquante ans. Je me mis en sa compagnie et fûmes six jours a sur le chemin. En chevauchant, ledit chevalier (puisqu'il avoit dit au « matin ses oraisons } se devisoit le plus du jour à moi , en demandant des « nouvelles : aussi quand Je lui eiî demandois, il m'en répondoit, etc. » On voit Froissart arriver dans de grands hôtels , dîner à peu près aux heures où nous dînons, aller au bain , etc. L'examen des voyages de celte
■ Foyez 1o fécond Mémoire de mon InU-oduclion à VfUnéraire,
iO PREFACE.
époque me j^Ht à croire que la civilisation domestique du ^atorzième siècle étoit infiniment plus avancée que nous ne nous Timaginons.
En retournant sur nos pas , au moment de Tinvasion de l'Europe civilisée par les peuples du Nord, nous trouvons les voyageurs et les géographes arabes qui signalent' dans les mers des Indes des rivages inconnus des Anciens : leurs découvertes furent aussi fort importantes en Afrique, liassudi, Ibn-Haukal, Al-Edrisi, Ibn-Alouardi, Hamdoullab, Abulféda, El-Bakoui » donnent des descriptions très étendues de leur propre patrie et des contrées soumises aux armes des Arabes. Ils voyoient au nord de l'Asie un pays affreux, qu'entouroit une muraille énorme, et un château de Gog et de Magog. Vers l'an 715, sous le calife Walid , les Arabes connurent la Chine, où ils envoyèrent par terre des marchands et des ambassadeurs; ils y pénétrèrent aussi par mer dans le neuvième siècle : Wahab etAbuzaïd abordèrent à Canton. Dès Tan 850, les Arabes avolent un agent commercial dans la province de ce nom; ils commerçoieut avec quelques villes de l'intérieur, et, chose singulière , ils y trouvèrent des communautés chrétiennes.
Les Arabes donnoient à la Chine plusieurs noms : le Cathay comprenoit les provinces du nord, leTcbin ou leSin les provinces du midi. Introduits dans l'Inde sous la protection de leurs armes, les disciples de Mahomet piarlent dans leurs récits des belles vallées de Cachemire aussi pertinemment que des voluptueuses vallées de Grenade. Ils avoiçnt jeté des colonies dans |)lu8ieurs fies de la mer de l'Inde , telles que Madagascar et les Moluques, où les Portugais les trouvèrent, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance.
Tandis que les marchands militaires de l'Asie faisoient, à l'orient et au midi, des découvertes inconnues à l'Europe subjuguée par les Barbares, ceux de ces Barbares restés dans leur première patrie, les Suédois, les Norwégiens , les Danois , commençoient au nord et à l'ouest d'autres découvertes également ignorées de l'Europe franque et germanique. Other, le Norwégien, s'avançoit jusqu'à la mer Blanche, et Wulfstan, le Danois, décrivoit la mer Baltique, qu'Éginard avoit déjà décrite, et que les Scandinaves appeloient le Lac salé dç VEst, Wulfstan raconte que les Estiens , ou peuples qui habitoient à l'orient de la Vistule , buvoient le lait de leurs Juments comme les Tartares , et qu'ils laissoient leur héritage aux meilleurs cavaliers de leur tribu.
Le roi Alfred nous a conservé l'Abrégé de ces relations : c'est lui qui , le premier, a divisé la Scandinavie en provinces ou royaumes teR que nous les connoissons aujourd'hui. Dans les langues gothiques, la Scandinavie portoit le nom de Mannaheim , et qui signifie payt des hommes, et ce que le latin du sixième siècle a traduit énergiquement par l'équivalent de ces mots : fabrique du genre humaiiL,
Les pirates normands établirent en Irlande les colonies de Dublin, d'Ulster et de Connaught; ils explorèrent et soumirent les tles de Shetland , lesOrcades et les Hébrides; ils arrivèrent aux îles Feroer, à l'Islande,
P]USFÀCE. 11
deyenue les iurchives de FMatoire du nord, au firpéaland» qui Cut babité aloMjet habitable» «tenGD pem;-étre à T Amérique. Nous parjerops pbi9 tard de- cette -découverte, aiasi que du voyage et de la carte des deux frères Zeai.
Mais l'empire des califes s'étoit écroulé; de ses débris s'étoieot formées plusieurs monar(^es: le royaume des Aglabites» et ensuite des Fatimites, en Egypte; les despotats d'Alger, de Fez, de Tripoli, de Maroc, sur les côtes de TAfrique. Les Turcomaas, convertis à rislamisme, saumirent TAsie occidentale depuis la Syrie jusqu'au mont Casbhar. La puissance ottomane passa en Europe, effaça les dernières traces du nom r.QB}ain, et poussa ses conquêtes jusqu'au delà du Danube.
Gengis-khan paroît, l'Asie est boulevjersée et suli^uguée de jaouveau. Oktaî-khan détruit le royaume des Cumanes et des P^loutcbis : Maogu s'empare du califat de Bagdad sKublaï-khan envahit la Chine et une partie de l'Inde. De cet empire Mongol, qui réunissoit sous un mémeiougrAsi<9 presque entière, naissent tous les kbanau quel»» Européens rencontré* rent dans Tlnde.
Les princes européens, effrayés de œsTartares, qui avoient étendu leurs ravages jusque dans la Pologne, la Silésie et la Hongrie , cherchèrent à connoître les lieux d'où partoit ce prodigieux mouvement : les papes et les rois envoyèrent des ambassadeurs à ces nouveaux Fléaux de Dieu. Ascelin, Garpin, fiubruquis, pénétrèrent dans le pays des Mongols. Rubruquis trouva que Garacorum , ville capitale de ce khan mal^e de l'Asie, avoit à peu près l'étendue du village de Saint-Denis : elle étolt environnée d'un mur de terre; on y voyoit deux mosquées et une église chrétienne.
Il y eut des itinéraires de la Grande-Tartarie à l'usage des missionnaires: André Lusimel prêcha le diristianisme aux Mongols; Blcold de Monte- Crucis pénétra aussi dans la Tartarie.
Le rabbin Benjamin de Tudèle a laissé une relation de ce qu'il a vu pu de ce qu'il a entendu dire sur les trois parties du monde (1160).
Enfin Marc-Paul , noble Vénitien , ne cessa de parcourir l'Asie pendant près de vingt-six années; il fut le premier Européen qui pénétra dans la Chine, dans Tlnde au delà du Gange, et dans quelques îles de l'Océan Indien (1271-95). Son ouvrage devint le manuel de. tous les marchands en Asie, et de tous les géographes en Europe.
Marc-Paul cite Pékin et Nankin ; il nomme encore une ville de Quinsaî, la pbis grande du monde : on compKoit douze mille ponts sur le$ canaux dont elle étoit traversée ; on y consommoit par jour quatre-vingt-quatorze quintaux de poivre. Le voyageur vénitien fait mention dans ses récits de la porcelaine ; mais il ne parle point du thé : c'est lui qui nous a fait connoître le Bengale , le Japon , l'Ile de Bornéo et la mer de la Chine, où il compte sept mille quatre cent quarante lies , riches en épiceries.
Ces princes tartares qu mongols qui dominèrent l'Asie et passèrent dans quelques provinces de l'Europe, ne furent pas des princes sans mérite ; ils ne sacrifioient ni ne réduisoient leurs prisonniers en esclavage. Leurs
camps se ren^lirent d'ouvriers earopéens , de missioiniaires, de voyageurs, qui occupèrent , même sous leur domination , des emplois considérables. On pénétroit avec plus de facilité dans leur empire que dans ces contrées féodales où un abbé de Clugny tenoit les environs de Paris pour une contrée si lointaine et si peu connue, qu*il n'osoit s'y rendre.
Après Marc-Paul , vinrent Pegoletti , Oderic , Mandeville , Clavijo , Josaphat y Barbare : ils achevèrent de décrire l'Asie. Alors on alloit souvent par terre à Pékin ; les frais du voyage s'élevoient de 800 à 850 ducats. Il y avoit un papier-monnoie en Chine : on le nommoit babUei ou balis.
Les Génois et les Vénitiens firent le commerce de l'Inde et de la Chine en caravanes par deux routes différentes : Pegoletti marque dans le plus grand détail les stations d'une des routes (1358). En 1313, on rencontre à Pékin un évéque appelé Jean de Monle-Carvino.
Cependant le temps marchoit : la civilisation faisoit des progrès rapides ; des découvertes dues au hasard ou au génie de l'homme séparoient à jamais les siècles modernes des siècles antiques , et marquoient d*un sceau nouveau les générations nouvelles. La boussole , la poudre à canon , Fimprimerie,étoient trouvées pour guider le navigateur , le défendre, et conserver le souvenir de ses périlleuses expéditions.
Les Grecs et les Romains avoient été nourris aux bords de cette étendue d'eau intérieure qui ressemble plutôt à un grand lac qu'à un Océan : l'empire ayant passé aux Barbares, le centre de la puissance politique se trouva placé principalement en Espagne, en France et en Angleterre, dans le voisinage de cette mer Atlantique qui baigooit , vers l'occident , des rivages inconnus. Il fallut donc s'habituer à braver les longues nuits et les tempêtes, à compter pour rien les saisons , à sortir du port dans les jours de l'hiver comme dans les jours de l'été, à bâtir des vaisseaux dont la force fût en proportion de celle du nouveau Neptune contrejequel ils avoient à lutter.
Nous avons déjà dit un mot des entreprises hardies de ces pirates du Nord , qui , selon l'expression d'un panégyriste , sembloient avoir vu le fond de l'abîme à découvert : d'une autre part , les républiques formées en Italie des ruines de Rome , du débris des royaumes des Goths , des Vandales et des Lombards, avoient continué et perfectionné l'ancienne navigation de la Méditerranée. Les flottes vénitiennes et génoises avoient porté les croisés en Egypte , en Palestine, à Constantinople , dans la Grèce; elles étoient allées chercher à Alexandrie et dans la mer Noire les riches productions de l'Inde.
Enfin les Portugais poursuivoient en Afrique les Maures déjà chassés des rives du Tage; il falloit des vaisseaux pour suivre et nourrir, le long des côtes, les combattants. Le cap Nunez arrêta longtemps les pilotes : Jilianez le doubla en 1433 ; l'Ile de Madère fut découverte ou plutôt retrouvée ; les Açores émergèrent du sein des flots ; et comme on étoii toujours persuadé , d'après Ptolémée , que TAsie s'approchoitderAfrique,on prit les Açores pour les Iles qui, selon Marc-Paul, bordoient l'Asie dans la
PREFÂGË. 13
mer des Indes. On a prétendu .qu'une statue équestre, montrant l'occident dn doigt, s*élevoit sur le rivage de Tiie de Corvo; des monnoies phénideones ont été aussi rapportées de eette tie.
Du cap Nunez les Portugais surgirent au Sénégal ; ils longèrent sucéesiifement les tles du Cap-Vert, la côte de Guinée, le cap Mesurado au midi de Sierra-Leone, le Bénin et le Congo. Barthélémy Diaz atteignit, m 1496, le fameux cap des Tourmentes, qu'on appela bientôt d'un nom plus propice.
Ainsi fut reconnue cette extrémité méridionale de TAfrique, qui, d*a- .près les géographes grecs et romains , devoit se réunir à l'Asie. Là s'ou- ▼roient les régions mystérieuses où l'on n'étoit entré jusqu'alors que par cette mer des prodiges qui vit Dieu et s'enfuit : Ilfare vidit el fugit,
« Un spectre immense , épouvantable , s'élève devant nous : son altî- « tude est menaçante, son air farouche , son teint pâle, sa barbe épaisse « et fangeuse; sa chevelure est chargée de terre et de gravier; aee lèvres « sont noires, ses dents livides; sous d*épais sourcils, ses yeux roulent « étincelants
« Il parle : sa voix formidable semble sortir des gouffres de Neptune. . .
« Je suis le Génie des Tempêtes , dit-il ; j'anime ce vaste promontoire « que les Ptolémée , les Strabon , les Pline et les Pomponius, qu'aucun de « vos savants n'a connu. Je termine ici la terre Africaine, à cette cime « qui regarde le Pôle Antarctique , et qui , jusqu^à ce jour voilée aux yeux « des mortels, s'indigne en ce moment de votre audace
« De ma chair desséchée , de mes os convertis en rochers , les dieux , les « inflexibles dieux ont formé le vaste promontoire qui domine ces vastes « ondes
« A ces mots , il laissa tomber un torrent de larmes et disparut. Avec « lui s*évanouit la nuée ténébreuse , et la mer sembla pousser un long gé- « missement '. »
Yasco de Gama, achevant une navigation d'éternelle mémoire, aborda «n 1498 à Galicut , sur la côte de Malabar.
Tout change alors sur le globe : le monde des Anciens est détruit ; la mer des Indes n'est plus une mer intérieure , un bassin entouré par les côtes de l'Asie et de l'Afrique : c'est un Océan qui , d'un côté, se joint à l'Atlantique, de l'autre aux mers de la Chine et à une mer de l'Est, plus vaste encore. Cent royaumes civilisés , arabes ou indiens , mahométans ou idolâtres, des tles embaumées d'aromates précieux, sont révélés aux peu» pies de l'Occident. Une nature toute nouvelle apparoît; le rideau qui , depuis des milliers de siècles , cachoit une partie du nx>nde , se lève : on découvre la patrie du soleil , le lieu d'où il sort chaque matin pour dispenser la lumière ; on voit à nu ce sage et brillant Orient dont l'histoire se méloit, pour nous, aux voyages de Pythagore, aux conquêtes d'Alexandre, aux souvenirs des croisades , et dont les parfums nous arrivoient à travers les champs de l'Arabie et les mers de la Grèce. L'£urope lui envoya un poète
■ leê lutiadei.
14 rtiÈBÂdÊ.
{Mnir le fialaer , le cftant^ et fe peindre r noble attbanadeur de qnîle génie et la tbrtone sembloient sftAr one sympathie 8eci!^te arec les r^ons et fes destinées des peuples de l'Inde 1 Le poète du Tàge fit attendre sa triste et belle toit sur M riVagei db Gange; il leur emprunta leur éelat , lemr re- Mttuaiifl et lemrv mâlheorV : il ne fettr laissa que leurs rfcfaesses.
£C e*est tm petit pen^ile , enfermé dans nn cercfe de montagnes à Hexttféiltfté ooeMeoMe de l'Eienrope, qui sfe fraya le chemin à là partie' fa pMi pompeuse de la demeure de Thomme.
Et e'est un autre peuple de eetteméose péninsule , un peuple non encore airriYé à- la grandeur dont ï\ est déchu , e'est un pauvre pilote génois lon^ temps repoussé de toutes- les cours, qui découvrirent un nouvel univers aux portes du Couchant, «u moment où les Portugais abordoient les champs de PAurore. *
Les Anciens ont-ils connu l'Amérique ?
Homère pftt^it rAlysée dans la mer occidentafe, au delà des ténâ)res Cimmériennes : étoit-ce la terre de Colomb ?
La tradition des Hespérides et ensuite des Iles Fortunéet succéda à celle de l^lysée. Lest Romains virent les îles Fortunées dans les Canaries, mais ne détruisirent point la croyance populaire de l'existence d'une terre plus reculée à Toccident.
Tout le monde a entendu parler de l'Atlantide de Platon : ce devoit être tm continent plus grand que l'Asie et l'Afrique réunies, lequel étoit situé dansTOcéan occidental en face du détroit de Gades : position Jtiste de TAmérique. Quant aux villes florissantes , aux dix royaumes gouvernés par des rois fils die Neptune, etc., l'imagination de Platon a pu ajouter ces détails aux traditions égyptiennes. L'Atlantide fut, dit-on, engloutie dans un jour et une nuit au fond des eaux. G'étoit se débarrasser à la fois du récit des navigateurs phéniciens et des romans du philosophe grec. * Aristote parle d'une lie si pleine de charmes , que le sénat de Garthage défendit à ses marins d'en fréquenter les parages sous peine de mort. Diodore nous fait Thistoire d'une île considérable et éloignée , où les Carthaginois étoient résolus de transporter le siège de leur empire, s'ils éprouvoient en Afrique quelque malheur.
Qti^est-ee que cette Panchœa d'Evhémère, niée par Strabon et Plutarque, décrite par Diodore et Pomponius Mêla, grande île située dans fOcéan au sud de f Arabie , Ile enchantée où le phénix bâtissoit son nid sur râMèl du soleil ?
Selon Ptolémée, les extrémités de l'Asie se réunissoient à une (erré inetmnue qui joignoitT Afrique par rbccident.
PrMqhe- tous les monumems géographiques de l'antiquité indiquent un ^ionthient aulstràt. Je rfe pUfs être dé l'avis des savants qui ne voient dans «e continent qu'un contre-poids systématique, imaginé pour balancer Tes ferres boréales : ce continent étoit sans doute fort propre à remplir sur lés Mtes ces espaces vidés; mitis il est aussi très possible qu'il y^fdt dessiné comme le souvenir d'une tradition confuse : son gisement au sud de la
PRÉFACE. a
rose des vents, plutôt qu*à Tonest, ne seroit qu^une erreur insignifiante, parmi les énormes transpositions des géographies de l'antiquité.
Restent pour derniers indices les statues et les médailles pliéniciennes des Açores , si toutefois les statues ne sont pas ces ornements de grature appliqués aux anciens portulans de Cet archipel.
Depuis la chute de l'empire Romain et la reconstruction de la société par les Barbares, des vaisseaux ont-ils touché aux côtes de TAmérique airant ceux de Christoptie Colomb?
Il paroît indubitable que les rudes explorateurs des ports de la Norwége et de la Baltique rencontrèrent l'Amérique septentrionale dans l£y)remîère année du onzième siècle. Ils avoient découvert les îles Feroer vers l'an S61 , l'Islande de 860 à 872 , le Groenland en 982 , et peut-être cinquante ans plus tôt. En 1001 un Islandois , appelé Biorn , passant au Groenland , fut chassé par une tempête au sud-ouest , et tomba sur une terre basse toute couverte de bois. Revenu au Groenland , il raconie son aventure, Leif , fils d'Éric Rauda , fondateur de la colonie norwégienne du Groenland , s'embarque avec Biorn ; ils cherchent et retrouvent la côte vue par celui-ci : ils appellent Helleland une île rocailleuse, et Marcland un rivage sablonneux. Entraînés sur une seconde côte , ils remontent une rivière et hivernent sur le bord d*un lac ; dans ce lieu , au jjour le phis court de Tannée , le soleil reste huit heures sur l'horizon. Un marinier allemand employé par les deux chefs leur montre quelques vignes sauvages : Biorn et Leif laissent en partant à cette terre le nom de Vinland.
Dès lors le Vinland est fréquenté des Groênlandois : ils y font le commerce de pelleterie avec les Sauvages. L'évéque Éric, en 1121 , se rend du Groenland au Vinland , pour prêcher l'Évangile aux naturels du pays.
Il n'est guère possible de méconnoître à ces détails quelque terre de TAmérique du nord , vers les 49 degrés de latitude, puisqu'au jour le plus court de l'année, noté par les voyageurs, le soleil resta huit heures sur Fhorizon. Au 49* degré de latitude on tomberoit à peu près à l'emboudhure du Saint-Laurent. Ce 49*" degré vous porte aussi sur la partie septentrionale de l'île de Terre-Neuve : là, coulent de petites rivières qui communiquent à des lacs fort multipliés dans l'Intérieur de l'île.
On ne sait pas autre chose de Leif, de Biorn et d'Éric. La plus ancienne autorité pour les faits à eux relatifs, est le recueil des Annales de l'Ishandei par Hauk, qui écrivoit en 1300, conséquemment trois cents ans après la découverte vraie ou supposée du Vinland^
Les frères Zeni, Vénitiens, entrés au service d'un chef des fies Feroer et Shetland , sont censés avoir visité de nouveau , vers l'an 1880, le Vinland des anciens Groênlandois : il existe une carte et un récit de leur voyage. La carte présente au midi de l'Islande et au nord-est de l'Ecosse , entre le 61« et le 65* degré de latitude nord, une île appelée Prislande : à l'ouest de cette île et au sud du Groenland, à une distance d'à peu près quatre cents lieues , cette carte indique deux côtes sous le nom d'Estotiland et de Droceo. Des pécheurs de Frislaude jetés, dit le récit, sur l'Es-
totiland, y trouvèrent une ville bien bâtie et fort peuplëe; il y avoit dans cette ville un roi , et un interprète qui parloit latin.
Les Frislandois naufragés furent envoyés, par le roi d^Estptiland, verS on pays situé au midi , lequel pays étoit nommé Droceo : des anthropophages les dévorèrent, un seul excepté. Celui-ci revint à EstoUland après avoir été longtemps esclave dans le Droceo, contrée qu*il représenta comme étant d'une immense étendue, comme un nouveau monde.
n faudroit voir dans TEstotiland l'ancien Vinlaud des Norwégiens : ce Vinland seroit Terre-Neuve ; la ville d'Estotiland offriroit le reste de la colonie norwégienne, et la contrée de Droceo ou Drogeo deviendroit la Nouvellé^Angleterre.
E est certain que le Groenland a été découvert dès le milieu du dixième siècle; il est certain que la pointe méridionale du Groenland est fort rapprochée de la côte du Labrador; il est certain que les Esquimaux, placés entre les peuples de TEurope et ceux de l'Amérique, paroissent tenir davantage des premiers que des seconds ; il est certain qu'ils auroient pu montrer aux premiers Norvégiens établis au Groenland la route du nouveau continent : mais enfin trop de fables et d'incertitudes se méleiit aux aventures des Norwégiens et des frères Zeni , pour qu'on puisse ravir à Colomb la gloire d'avoir abordé le premier aux terres américaines.
La carte de navigation des deux Zeni et la relation de leur voyagé, exécuté en 1880, ne furent publiées qu'en 1658 par un descendant de Nicolo Zeno; or, en 1558, les prodiges de Colomb avoient éclaté : des jalousies nationales pouvoient porter quelques hommes à revendiquer un honneur qui certes étoit digne d'envie ; les Véuitiens réclamoient Estotiland pour Venise , comme les Norwégiens Vinland pour Berghen.
Plusieurs cartes du quatorzième et du quinzième siècle présentent des découvertes faites ou à faire dans la grande mer, au sud-ouest et à l'ouest de l'Europe. Selon les historiens génois , Doria et Vivaldi mirent à la voile dans le dessein de se rendre aux Indes par Toccident, et ils ne revinrent plus. L'tle de Madère se rencontre sur un portulan espagnol de 1384 , sous le nom d't<o/a di Lêguame; les tles Açores paroissent aussi dès l'an 1880. Enfin une carte tracée en 1486 par André Bianco, Vénitien, dessine à l'occident des tles Can'aries une terre d'Antilla , et au nord de ces Antilles une autre île appelée isola de la Man Satanaxio.
On a voulu faire de ces îles les Antilles et Terre-Neuve; mais Ton sait que Marc-Paul prolongeoit l'Asie au sud-est, et plaçoit devant elle un archipel qui, s'approchant de notre continent par l'ouest, devoit se trouver pour nous à peu près dans la positioii ie l'Amérique. C'est en cherchant ces AntBles indiennes , ces Indes occldantales , que Colomb découvrit l'Amérique : une prodigieuse erreur enfanter une miraculeuse vérité.
Les Arabes ont eu quelque prétention à la découverte de l'Amérique : les frères Almagrurins, de Lisbonne, pénétrèrent, dit-on, aux terres les plus reculées de l'occident. Un manuscrit arabe raconte une tentative infructueuse dans ces régions où tout étoit ciel et eau.
I9e dispatônd point à un grand homme l'œuvre de son génie. Qui pourroit dire ce que sentit Christophe Colomb , lorsque ayant franchi TAtlan-^ tique, lorsqu'au milieu d'un équipage révolté, lorsque, prêt à retourner en Europe sans avoir atteint le but de son voyage , il aperçut une petite , Jumière sur une terre inconnue que la nuit lui cachoit ! Le vol des oiseaux •i'avoit guidé vers TAmérique; la lueur du foyer d'un Sauvage lui découvrit un nouvel univers. Colomb dut éprouver quelque chose de ce sentiment que l'Écriture donne au Créateur, quand, après avoir tiré la terre du néant, il vit que son ouvrage étoit bon : Vidit Deus quod euet ^ofiuiti. Colomb créoit un monde. On sait le reste : l'immortel Génois ne donna point son nom à l'Amérique ; il fut le premier Européen qui traversa , diargé de chaînes , cet Océan dont il avoit le premier mesuré les flots. Lorsque la gloire est de cette nature qui sert aux hommes y elle est presque toujours punie.
Tandis que les Portugais côtoient les royaumes du Quitève , de Sédanda , de Mozambique, de Mélinde , qu'ils imposent des tributs à des rois maures, qu'ils pénètrent dans la mer Rouge , qu'ils achèvent le tour de l'Afrique , qu'ils visitent le golfe Persique et les deux presqu'îles de l'Inde, qu'ils eilloanent les mers de la Chine, qu'ils touchent à Canton, reconnoissent le Japon, les îles des Épiceries, et jusqu'aux rivages de la Nouvelle-Hollande, une foule de navigateurs suivent le chemin tracé par les voiles de Colomb. Certes renverse l'empire du Mexique , et Pizarre celui du Pérou. Ces conquérants marchoient de surprise en surprise, et n'étoient pas euxr mêmes la chose la moins étonnante de leurs aventures. Ils croyoient avoir exploré tous les abîmes en atteignant les derniers flots de TAtlan tique, et du haut des montagnes de Panama , ils aperçurent un second Océan qui eouvroit la moitié du globe. Nugoez de Balboa descendit sur la grève , entra dans les vagues jusqu'à la ceinture, et, tirant son épée, prit posseseion de cette mer au nom du roi d'Espagne.
Les Portugais exploroient alors les côtes de l'Inde et de la Chine; les compagnons de Yasco de Gama et de Christophe Colomb se saluoient des deux bords de la mer inconnue qui les séparoit : les uns avoient retrouvé vas ancien monde, les autres découvert un monde nouveau ; des rivages de l'Amérique aux rivages de l'Asie , les chants du Camoens répondoient aux chants d'Ercilla , à travers les solitudes de TOcéan Pacifique.
Jean et Sébastien Cahot donnèrent à l'Angleterre l'Amérique septentrionale; Cortereal releva la Terre-Neuve , nomma le Labrador , remarqua l'entrée de la baie d'Hudson , qu'il appela le détroit d'Anian , et par lequel on espéra trouver un passage aux Indes orientales. Jacques Cartier , Yorazani, Ponce de Léon, Walter Raleigh, Ferdinand de Soto, examinèrent et colonisèrent le Canada, l'Acadie, la Virginie, les Florides. En venant attérir au Spitzberg, les Hollandais dépassèrent les limites luées à la problématique Thulé ; Hudson et Baffin s'enfoncèrent dans les baies qui portent leurs noms.
Les îles du golfe Mexicain furent placées dans l^rs positipos mathémajf. %
tiqnes. Aitiéric Vespuce avoit fait la délinéatioo des côtes de la Guyane, ée la Terre-Ferme et du Brésil; Solis trouva Rio de la Plata; Magellan, entrant dans le détroit nommé de lui , pénètre dans le Grand-Océan : il est tué aux Philippines. Son vaisseau arrive aux Indes par Toccident , revient en E-urope par le cap de Bonne-Espérance , et achève ainsi le premier le tour du monde. Le voyage avoit duré onze cent quatre-vingt-quatre jours; on peut l'accomplir aujourd'hui dans l'espace de huit mois.
On croyoit encore que le détroit de Magellan étoit le seul déversoir qui donnât passage à l'Océan Paeifique , et qu'au midi de ce détroit la terre américaine rejoignoit un continent austral : Francis Drake d'abord , et ensuite Sdiouten et Lemaire, doublèrent la pointe méridionale de l'Àoié'* rtque. La géographie du globe fut alors fixée de ce cdté : on sut que rAmérique et l'Afrique, se terminant aux caps Hom, de Bonne-Espérance, pendoient en pointes vers le pôle antarctique, sur une mer australe parsemée de quelques tles.
Dans le Grand-Océan, la Californie, son golfe et la mer Vermeille avoient été connus de Cortès; Cabrillo remonta le long des côtes de la Ifouvelle-Californie jusqu'au 43e degré de latitude nord ; Galli «'életra au 57' degré. Au milieu de tant de périples réels, Maldonado, Juan é^Fuca -et l'amiral de Fonte placèrent leurs voyages chimériques. Ce fut Bebring qui fixa au nord-ouest les limites de l'Amérique septentrionale , comme -Lemaire avoit fixé au sud-est les bornes de l'Amérique méridionale. L'Ame- Tique barre le chemin de l'Inde comme une longue digue entre deux mers.
Une cinquième partie du monde vers le pôle austral avoit été aperçue par les premiers navigateurs portugais : cette partie du monde est même dessinée assez correctement sur une carte du seizième siècle conservée dans le muséum britannique; mais cette terre, longée de nouveau par les HoIIandois , successeurs des Portugais aux Moluques , fut nommée par eux terre de Diémen. Elle reçut enfin le nom de Nouvelle-Hollande , lorsqu'en 1642 Abel Tasman en eut achevé le tour : Tasman , dans ce voyage , eut eonnoissance de la Nouvelle-Zélande.
Des intérêts de commerce et des guerres politiques ne laissèrent pas longtemps les Espagnols et les Portugais en jouissance paisible de leurs conquêtes. En vain le pape avoit tracé la fameuse ligne qui partageoit le inonde entre les héritiers du génie de Gama et de Golonib. Le vaisseau de Magellan avoit prouvé physiquement , aux plus incrédules , que la terre étoit ronde, et qu'il exîstoit des antipodes. La ligne droite du souverain pontife ne divisoit donc plus rien sur une surface circulaire , et se perdoit dans le ciel. Les prétentions et les droits furent bientôt mêlés et confondus.
Les Portugais s'établirent en Amérique et les Espagnols aux Indes ; les Anglois , les François , les Danois , les HoIIandois, accoururent au partage de la proie. On desceudoit pêle-mêle sur tous les rivages : on piantoit un poteau; on arboroit un pavillon; on prenoit possession d'une mer, d'une
PRÉFACE. Ifl
Me, d*an eontinent, au ndm d'un souTerafn de TEtirope, sans se demander si des peuplée y des rots, des hommes policés ou snfrages tfétoient point tes maîtres légitimes de ces Ireux. Les missionnaires pensoient qn tout le monde appartenoit à la Croix ^ dans ce sens que le Christ, conquérant pacifique , devoit soumettre toutes les nations à rÉvangile; mais kê arresturiers do quinzième et do seizième siècfe prenoient la chose dans mk sens plus matériel; ilscroyoient sanctifier leur cupidité, en déployant Tétendard du salut sur àne terre idolâtre : ce signa d'une puissance de dmité et de paix devenoit celui de la persécution et de la discorde.
Les Européens s'attaquèrent de toutes parts : une poignée d'étrangetH répaedus sur des continents immenses sembloient manquer d'espafee poof se placer. Non- seulement les hommes se disputoient ces terres et êes ttmH èù ils espérotent trouver l'or , les diamants , les perles , ces contréeé <pd produisent l'iyoire , l'encens, l'aloès, le thé, le café, la soie, les fiches étoffes , ces lies où croissent le cannellier , le muscadier , le poivrier , ht eanne à sucre , le palmier au sagou ^ mais ils s'égorgeolenf encore potif viri rocher stérile sous les glaces des éedx pôles ^ ou pour un chétif établissement dans le coin d'un vaste désert. Ces guerres, qui n'ensanglantoient jadis que leur berceau , s'étendirent avec les coYonies'européennes à toute laf surface dn globe , enveloppèrent des peuples qui ignoroient jusqu'atf nomf des pays et des rois auxquels on les immoloit. Un coup de cation tîré etf Espagne, en Portugal, en France, en Hollande, en Angleterre, an fond de la Baltique, faisoit massacrer une trfbu sauvage au Canada ,"préeipitoft dans les fers une famille nègre de la côte de Guinée , ou renversoit otf royaume dans l'Inde. Selon les divers traités de pait , des Chinois , def fndous, des Africains, des Américains, setroutoient François, Anglbis, Portugais, Espagnols , HoHandois , Danois; quelques parties de TAfirlque, de l'Asie et de l'Amérique cbangeoient de maîtres seToft la eouleut d'eur Arapean arrivé d'Europe. Les gouvernements de notre continent ne s'arrogeotent pas secris cette suprématie ; d^ simples compagnies de marchands , des bandes de flibustiers faisoient la guerre à leur profit , gcnvi^ernoient ées royamnes trifoiftaires , des îles fécondes , an moyen d^ttn comptoir, d*àn ngmt de commerce ou d^om capitaine de forbans.
Les premières relations de tant de découvertes sont pour la plupart d*uni^ narveté eharmante; il S'y mêle beauicoup de fables, mais ces faftiesr n'ofrscurcissent point h vérité. Les (dateurs de ces relations srcnt trop crédules sans doute, iàais i4s parlent en consciente; chrétiens peu écfafrés^, souvent pas^onnés, maîy sincères. S'ils votte trompent, c'est qti'îrs se' trompent e^ax-mémes. Moines , marins , soldats employés dans ces expédftions , tous vous disent leurs dangers et leurs aventures avec une piété et um chaleur qui se communiquent. Ces espèces de nouveanx croisés qui vont en quête de nouveaux mondes, racontent ce qu'ils ont su ou appris : sans afen dt>ufer, il^excelient à peindre, parcequ'ils réitéchissent ÔdèTement l'image êe l'objet placé sous leurs yeux. Oh sent dans lenrs^ récita yétofiBemoal et Fadôiiratîoa qu^ils éprouvent à^l» vue de ces mers virgt-
âO PRÉFACE.
oales, de ces terres primitives qui se déploient devant eux, de cette nature qa*ombragent des arbres gigantesques , qu'arrosent des fleuves immenses , que peuplent des animaux inconnus : nature que Buffon a devinée dans sa description du kamitchi , qu'il a , pour ainsi dire , chantée en parlant de ces ùUeaux atlachés au char du soleil sous la zone brûlante que bornent les tropiques; oiseaux qui volent sans cesse sous ce ciel enflammé, sans s'éear» ter des deux limites extrêmes de la route du grand astre.
Parmi les voyageurs qui écrivirent le journal de leurs courses, il faut compter quelques-uns des grands hommes de ces temps de prodiges. Nous avons les quatre Lettres de Certes à Charles-Quint ; nous avons une Lettre de Christophe Colomb à Ferdinand et Isabelle , datée des Indes occidentales , le 7 juillet 1503 : M. de Navarette en publie une autre adressée au pape , dans laquelle le pilote génois promet au souverain pontife de lui donner le détail de ses découvertes, et de laisser des commentaires comme César. Quel trésor, si ces lettres et ces commentaires se retrouvoient dans la bibliothèque du Vatican 1 Colomb étoit poète aussi comme César ; il nous reste de lui des vers latins. Que cet homme fût inspiré du Ciel , rien de plus naturel sans doute. Aussi Giustiniani , publiant un Psautier hébreu, grec, arabe et chaldéeh, plaça en note la vie de Colomb sous le psaume Cœli enarrant gloriam Dei, comme une récente merveille qui racontoit la gloire de Dieu.
Il est probable que les Portugais en Afrique , et les Espagnols en Amérique, recueillirent des faits cachés alors par des gouvernements jaloux. Le nouvel état politique du Portugal et Témancipation de F Amérique espagnole favoriseront des recherches intéressantes. Déjà le jeune et infortuné voyageur Bowdich a publié la relation des découvertes des Portugais daus l'intérieur de l'Afrique, entre Angola et Mozambique, tirée des manuscrits originaux. On a maintenant un rapport secret et extrêmement curieux sur l'état du Pérou pendant le voyage de La Condamine. M. de Pïavarette donne la collection des voyages des Espagnols avec d'autres Mémoires inédits concernant Tbistoire de la navigation.
Enfin, en descendant vers notre âge, commencent ces voyages modernes où la civilisation laisse briller toutes ses ressources, la science tous ses moyens. Par terre les Chardin^ les Tavernier, les Bernier, lesTournefort, les Pïiebuhr, les Pallas, les Norden, les Shaw, les Uornemann, réunissent leurs beaux travaux à ceux des écrivains des lettres édifiantes. La Grèce et l'Egypte voient des explorateurs qui , pour découvrir ua inonde passé, bravent des périls, comme les marins qui cherchèrent un monde nouveau : Buonaparte et ses quarante mille voyageurs battent dea mains aux ruines de Thèbes.
Sur la mer, Drake, Sarmiento, Candish , Sebald de Weert, Spiiberg, lïoort^ Woodrogers , Dampier, Gemelli-Carreri , La Barbinais, Byron, Wallis, Anson,Bougainviile,Cook, Carteret, Lapérouse, Entrecasteaux, .Vancouver, Freycinet , Duperré, ne laissent plus un écueil inconnu '.
I G'eit (oMjours f Yçç ^^, n^mUa^Qt 4e pluisir ei a'orguçU que j*^cri» lei noms firaoçoit ;
L'Océan Paciflque, cessant d'être une immense solitude , devient un riant archipel qui rappelle la beauté et les enchantements de la Grèce.
L'Inde si mystérieuse n'a plus de secrets ; ses trois langues sacrées sont divulguées , ses livres les plus cachés sont traduits : on s'est initié aux croyances philosophiques qui partagèrent les opinions de cette vieille terre ; la succession des patriarches de Bouddhah est aussi connue que la généalogie de nos familles. La société de Calcutta publie régulièrement les nouvelles scientifiques de l'Inde ; on lit le sanscrit , on parle le chinois, le javanois, le tartare, le turc, l'arabe, le persan, à Paris, h Bologne, à Rome , à Vienne, à Berlin , à Pétersbourg, à Copenhague , à Stockholm , à Londres. On a retrouvé jusqu'à la langue des morts , jusqu'à cette langue perdue avec la race qui l'avoit inventée : Tobélisque du désert a présenté ses caractères mystérieux, et on les a déchiffrés; les momies ont déployé leurs passe-ports de la tombe , et on les a lus. La parole a été rendue à la pensée muette, qu'aucun homme vivant ne pouvoit plus exprimer.
Les sources du Gange ont été recherchées par Webb , Râper, Hearsay et Hodgson ; Moorcroft a pénétré dans le Petit Thibet; les pics d'Himalaya sont mesurés. Citer avec le major Rennell mille voyageurs à qui la science est à jamais redevable, c'est chose impossible.
£n Afrique, le sacrifice de Mungo-Park a été suivi de plusieurs autres sacrifices : Bowdich, Toole, Belzoni, Beaufort, Peddie, Woodney,oDt péri ; néanmoins ce continent redoutable finira par être traversé.
Dans le cinquième continent , les montagnes Bleues sont passées : on pénètre peu à peu cette singulière partie du monde où les fleuves semblent couler à contre-sens , de la mer à l'intérieur, où les animaux ressemblent peu à ceux que l'on a connus , où les cygnes sont noirs , où le kanguroo s'élance comme une sauterelle , où la nature ébauchée , ainsi que Lucrèce l'a décrite au bord du Nil , nourrit une espèce de monstre , un animal qui tient de l'oiseau , du poisson et du serpent , qui nage sous, l'eau ^ pond un œuf y et frappe d'un aiguillon mortel.
En Amérique, l'illustre Humboldt a tout peint et tout dit.
Le résultat de tant d'efforts , les connoissances positives acquises smr tant de lieux, le mouvement de la politique, le renouvellement des générations, le progrès de la civilisation, ont changé le tableau primitif du globe.
Les villes de l'Inde mêlent à présent, à l'architecture des brames, des palais italiens et des monuments gothiques ; les élégantes voitures de Lon* dres se croisent avec les palanquins et les caravanes sur les chemins du tigre et de l'éléphant. De grands vaisseaux remontent le Gange et l'Indus: Calcutta , Bombay, Bénarès, ont des spectacles, des sociétés savantes, des imprimeries. Le pays des Mille et une Nuits, le royaume de Cachemire, rerapnre du Mogol , les mines de diamants de Golconde, les mers qu'enrichissent les perles orientales , cent vingt millions d'hommes que Bacchus,
n'oublions pas dans les derniers temps les voyages de M. Julien dans rAfrique occidenttlef de M. GalUaud en Egypte , de M. Gau en Nubie • de M. DrovetU aux oasis, etc.
Sésostris, Darius, Alexaadre, Tamerlan, Gengis-khan, avoient conquis, ou voulu conquérir, ont pour propriétaires et pour maîtres une douzaine 4e marcbaods anglois dont on ne sait pas le nom, et qui demeurent à quatre mille lieues de Tlndoustan , dans une rue obscure de la Cité de Londres. Ces marchanda s'embarrassent très peu de cette vieille Chine ^ yoisine de leurs cent vingt millions de vassaux : lord Hastings leur a proposé d'en faire la conquête avec vingt mille hommes. Mais quoil le thé fa^isseroit de prix $ur les hçrçis (le la Tamise! Voilà ce qui sauve Tempire de Tobi , fondé deux mille sij^ cent trente-sept ans avant Tère chrétienne', de ce Tobi 1 contemporain de Réhu, trisaïeul d'Abraham.
En Afrique, un monde européen commence au cap de Bonne-Espérance. Le révérend John Campbell , parti de ce cap, a pénétré dans l'Afrique australe jusqu'à l9 distance de onze mille railles*, il a trouvé des cités très peuplées (Macbéou , Kurréchane) , des terres bien cultivées et des fonderies de ^. Au nord de l'Afrique , le royaume de Bornou et le Soudaq proprement dit ont offert à MM. Clapperton et Denham trente-six villes plus ou moins considérables, une civilisation avancée, une cavalerie nègre, armée comme les anciens chevaliers.
L'ancienne capitale d'un royaume nègre-mahométan présentoit des ruines de palais, retraite des éléphants, des lions , des serpents et des autrufhes. On peut apprendre à tout moment que le major Laing est entré dans ce Tombouctou si connu et si ignoré. D'autres Anglois , attaquant l'Afrique par la côte de Bénin, vont rejoindre ou ont rejoint, en remontant le$ fleuves , leurs courageux compatriotes arrivés par la Méditerranée. Le l^i\ et le Niger nous auront bientôt découvert leurs sources et leurs cours. Dans ces régions brûlantes, le lac Stad rafraîchit l'air; dans ces déserts ^ sable, sous cette zone torride, l'eau gèle au fond des outres, et un voyageur célèbre , le docteur Oudney, est mort de la rigueur du froid.
Au pôle antarctique, le capitaine Smith a découvert la Nouvelle-Shetland : c'est tout ce qui reste de la fameuse terre australe de Ptolémée. Les baleines sont innombrables et d'une énorme grosseur dans ces parages ; une 4'entreettes attaqua le navire américain i'E^scx en 1820, et le coula à fond.
La grande Océanique n'est plus un morne désert; des malfaiteurs anglois, naélés à des colons volontaires , ont bâti des villes dans ce monde ouvert le dernier aux hommes. La terre a été creusée; on y a trouvé le fer, la houille, le sel , l'ardoise , la chaux, la plombagine, Targile à potier , l'alun, tout ce qui est utile à l'établissement d'une société. La Nouvelle-Galles du Sud a pour capitale Sidney, dans le port Jackson. Paramatta est située au fond dn havre; la ville de Windsor prospère au confluent du SoUth-creek et du Hawkesbury. Le gros village de Liverpool a rendu féconds les bords du Georges-river, qui se décharge dans la baie Botanique (Botany-bay) , située à quatorze milles au sud du port Jackson.
L'île Van-Diemen est aussi peuplée; elle a des ports superbes , des montagnes entières de fer; sa capitale se nomme Hobart.
» Je suis la chronologie chinoise ; il faut en rabattre une couple de mille ans.
Sdoa la nature de leurs crimes , les déportés à la Nouvelle-Hollande sont ou détenus en prison , ou occupés à des travaux publics , ou Gxés sur des concessions de terre. Ceux dont les mœurs se réforment deviennent libres ou restent dans la colonie , avec des billets de permission.
La colonie a déjà des revenus : les taxes montoient , en 1819 , à 21,179 liv. sierl., et servoieot à diminuer d'un quart les dépenses du gouvernement.
La Mouvelte-Hollande a des imprimeries , des journaux politiques et littéraires, des écoles publiques, des théâtres, des courses de chevaux , des grands chemins, des ponts de pierre, des édifices religieux et civils, des machines à vapeur , des manufactures de drap , de chapeaux et de faïence; on y construit des vaisseaux. Les fruits de tous les climats, depuis Fananas jusqu'à la pomme , depuis Tolive jusqu'au raisin , prospèrent dans cette terre qui fut de malédiction. Les moutons , croisés de moutons anglois et de moutons du Cap-de-Boime-£spérauce , les purs mérinos surtout, y sont devenus d'une rare beauté.
L'Océanique porte ses blés aux marchés du Gap , ses cuirs aux Indes, ses viandes salées à l'Ile de France. Ce pays , qui n'envoyoit en Europe , il y a une vingtaine d'années, que des kanguroos et quelques plantes, expose aujourd'hui ses laines de mérinos aux marchés de Liverpool , en Angleterre; elles s'y sont vendues jusqu'à onze sous six deniers la livre , ce qui surpassoit de quatre sous le prix donné pour les plus fines laines d'Espagne aux mêmes marchés.
Dans la mer Pacifique, même révolution. Les îles Sandwich forment un royaume civilisé par Taméama. Ce royaume a une marine composée 4'une vingtaine de goélettes et de quelques frégates. Des matelots anglois déserteurs sont devenus des princes : ils ont élevé des citadelles que défend une bonne artillerie; ils entretiennent un commerce actif, d'un côté , avec l'Amérique , de l'autre , avec l'Asie. La mort de Taméama a rendu la puissance aux petits seigneurs féodaux des îles Sandwich , mais n'a point détruit les germes de la civilisation. On a vu dernièrement, à l'Opéra de Londres , un roi et une reine de ces insulaires qui avoient mangé le capil$^ine Cook , tout en adorant ses os dans le temple consacré au dieu Rono»^ de roi et cette reine ont succombé à l'influence du climat humide de l'Angleterre , et c'est lord Byron , héritier de la pairie du grand poète mort à Missolonghi , qui a été chargé de transporter aux îles Sandwich les cercueils de la reine et du roi décédés : voilà , je pense, assez de contrastes et de souvenirs.
Otaïti a perdu ses danses, ses chœurs, ses mœurs voluptueuses. Les belles habitantes de la nouvelle Cytlière, trop vantées peut-être par Bougainville, sont aujourd'hui, sous leurs arbres à pain et leurs élégants palmiers , des puritaines qui vont au prêche , lisent l'Écriture avec des nnssionnaires méthodistes , controversent du matin au soir , et expient dans un grand ennui la trop grande gaîté de leurs mères. Oa inanimé à Otaïti des Bibles et des ouvrages ascétiques.
Un roi de l'Ile , le roi Pomario , s'est fait législateur : il a publié un code
. de lois criminelles en dix- neuf titres, et nommé quatre cents juges pour faire exécuter ces lois : Je meurtre seul est puni de mort. La calomnie au premier degré porte sa peine : le calomniateur est obligé de construire de ses propres mains une grande route de deux à quatre milles de long , et de douze pieds de large. « La route doit être bombée, dit TOrdonnanoe « royale , afin que les eaux de pluie s'écoulent des deux côtés. » Si une pareille loi existoit en France , nous aurions les plus beaux chemins de l'Europe.
Les Sauvages de ces tles enchantées , qu'admirèrent Juan Femandès, Anson , Dampier, et tant d'autres navigateurs , se sont transformés en matelots anglois. Un avis de la Gazette de Sidney, dans la Nouvelle- Galles , annonce que les insulaires d'Otaîti et de la Nouvelle-Zélande, Roni , Paoutou , Popoti , Tiapoa, Moai , Topa , Fieou , Aiyong et Haoubo^ vont partir du port Jackson dans des navires de la colonie.
Enfin , parmi ces glaces de notre pôle, d'où sortirent avec tant de peine et de dangers Gmelin , Ellis , Frédéric Martens , Philipp , Davis, Gilbert, Hudson , Thomas Button , Baffin , Fox, James, Munk , Jacob Hay, Owin, Koscheley; parmi ces glaces où d'infortunés Hollandois , demi-morts de froid et de faim , passèrent l'hiver au fond d'une caverne qu*assiégeoient 'les ours; dans ces mêmes régions polaires, au milieu d'une nuit de plusieurs mois, le capitaine Parry,ses officiers et son équipage, pleins de santé, chaudement enfermés dans leur vaisseau , ayant des vivres en abondance, jouoient la comédie, exécutoient des danses et représentoient des mascarades : tant la civilisation perfectionnée a rendu la navigation sûre, a diminué les périls de toute espèce , a donné à l'homme les moyens de braver l'intempérie des climats !
Dans le voyage même qui vient à la suite de cette préface, je parlerai des changements arrivés en Amérique. Je remarquerai seulement ici les résultats différents qu'ont eus pour le monde les découvertes de Colomb et celles de Gama.
L'espèce humaine n'a retiré que peu de bonheur des travaux du navigateur portugais: Les sciences sans doute ont gagné à ces travaux : des erreurs de géographie et de physique ont été détruites; les pensées de l'homme se sont agrandies à mesure que la terre s'est étendue devant lui: il a pu comparer davantage en visitant plus de peuples; il a pris plus de considération pour lui-même, en voyant ce qu'il pouvoit faire; il a senti que l'espèce humaine croissoit, que les générations passées étoient mortes enfants : ces connoissances, ces pensées', cette expérience, cette estime de soi, sont entrées comme éléments généraux dans la civilisation; mais aucune amélioration politique ne s'est opérée dans les vastes régions où Gama vint plier ses voiles; les Indiens n'ont fait que changer de maîtres. La consommation des denrées de leur pays , diminuée en Europe par l'inconstance des goûts et des modes , n'est plus même un objet de lucre; on ne courroit pas maintenant au bout du monde pour chercher ou pour s'emparer d'une tle qui porteroit le muscadier : les productions de l'Inde ont
été d'ailleurs ou imitées ou naturalisées dans d'autres parties du globe. En tout, les découvertes de Gama sont une magnifique aventure, mais elles ne sont que cela ; elles ont peut-être Tinconvénient d'augmenter la prépondérance d'un peuple , de manière à devenir dangereuse à l'indépendance des autres peuples.
Les découvertes de Colomb , par leurs conséquences qui se développent aujourd'hui , ont été une véritable révolution autant pour le monde moral que pour le monde physique : c'est ce que j'aurai occasion de développer dans la conclusion de mon Voyage. IN 'oublions pas toutefois que le continent retrouvé par Gama n'a pas demandé l'esclavage d'une autre partie de la terre, et que l'Afrique doit ses chaînes à cette Amérique si libre aujourd'hui. Nous pouvons admirer la route que traça Colomb sur le gouffre de l'Océan ; mais pour les pauvres nègres , c'est le chemin qu'au dire de Milton la Mort et le Mal construisirent sur l'abîme.
Il ne me reste plus qu'à mentionner les recherches au moyen desquelles a été complétée dernièrement l'histoire géographique de l'Amérique septentrionale.
On ignoroit encore si ce continent s'étendoit sous le pôle , en rejoignant le Groenland ou des terres arctiques, ou s'il se terminoit à quelque mer contiguë à la baie d'Hudson et au détroit de Behring.
En 1772, Hearn avoit découvert la mer, à l'embouchure de la rivière de la Mine de Cuivre; Mackenzie l'avoit vue en 1789, à l'embouchure du fleuve qui porte son nom. Le capitaine Ross , et ensuite le capitaine Parry, furent envoyés, l'un en 1818, l'autre en 1819, explorer de nouveau ces régions glacées. Le capitaine Parry pénétra dans le détroit de Lancastre, passa vraisemblablement sur le pôle magnétique , et hiverna au mouillage de l'île Melville.
En 1824, il fit la reconnoissance delà baie d'Hudson et retrouva Repulsè-bay. Guidé par le récif des Esquimaux , il se présenta au goulet d'un détroit qu'obstruoient les glaces, et qu'il appela le délroil de ta Fury et de VHécla^ du nom des vaisseaux qu'il montolt : là , il aperçut le dernier cap au uord-est de l'Amérique.
Le capitaine Franklin , dépéché en Amérique pour seconder par terre les efforts du capitaine Parry, descendit la rivière de la Mine de Cuivre, entra dans la mer Polaire , et s'avança à l'est jusqu'au golfe du Couronne^ ment de Georges IT, à peu près dans la direction et à la hauteur de Repulse-bay.
En 1825 , dans une seconde expédition , le capitaine Franklin descendit le Mackenzie, vit la mer Arctique , revint hiverner sur le lac de l'Ours, et redescendit le Mackenzie en 1826. A l'embouchure de ce fleuve, l'expédition angloise se partagea : une moitié , pourvue de deux canots , alla retrouver à l'est la rivière de la Mine de Cuivre; l'autre, sous les ordres de Franklin lui-même, et pareillement munie de deux canots, se dirigea vers l'ouest.
Le 9 juillet, le capitaine fut arrêté par les glaces; le 4 août, il recom-
mença à naviguer. H ne pouvoit guère avancer plus d'un millepar jour ; la côte étoit ti plate, Tean si peu profonde, qu'on put rarement descendre à terre. Des brumes épaisses et des coups de vent mettoient de nouveaux obstacles aux progrès de Texpédition.
Elle arriva cependant le 18 août au ISO*" méridien et au 70* degré 80 minutes nord. Le capitaine Franklin avoit ainsi parcouru plus de la moitié de la distance qui sépare Fembouchure du Mackenzie du cap de Glace , au* dessus du détroit de Behring : Fintrépide voyageur ne manquoit point de vivres; ses canots n'avoient souffert aucune avarie; les matelots jouis* soient d'une bonne santé; la mer étoit ouverte : mais les instructions de l'amirauté étoient précises; elles défendoient au capitaine de prolonger ses recherches s'il ne pouvoit atteindre la baie de Kotzebue avant le comment eement de la mauvaise saison. Il Tut donc obligé de revenir à la rivière de Mackenzie, et le 21 septembre il rentra dans le lac de l'Ours où il retrouva l'autre partie de l'expédition.
Celle-ci avoit achevé son exploration des rivages, depuis l'embouchure du Mackenzie jusqu'à celle de la rivière de la Mine de Cuivre; elle avoit même prolongé sa navigation jusqu'au golfe du Couronnement de Georges FF, et remonté vers Test jusqu'au 118<^ méridien : partout s'étoient présentés de bons ports et une côte plus abordable que la côte relevée par le capitaine Franklin.
Le capitaine russe Otto de Kotzebue découvrit en 1816, au nord-est du détroit de Behring, une passe ou entrée qui porte aujourd'hui son nom; c'est dans cette passe que le capitaine anglois Beechey étoit allé, sur une frégate, attendre, au nord-est de l'Amérique , le capitaine Franklin qui venoit vers lui du nord-ouest. La navigation du capitaine Beechey s'étoit heureusement accomplie : arrivé en 1827 au lieu et au temps du rendezvous, les glaces n'avoient arrêté son grand vaisseau qu'au 72* degré 30 minutes de latitude nord. Obligé alors d'ancrer sous une côte, il remarquoit tous les jours des baJdars ( nom russe des embarcations indiennes dans ces parages) qui passoient et repassoient par des ouvertures entre la glace et la tçrre; il croyoit voira chaque instant arriver ainsi le capitaine Franklin.
Nous avons dit que celui-ci avoit atteint, dès le 18 août 1826, le 150* méridien de Greenwîch et le 70*^ degré 30 minutes de latitude nord; il n'étoit donc éloigné du cap de Glace que de 10 degrés en longitude ; degrés qui , dans cette latitude élevée , ne donnent guère plus de quatre- vingtune lieues. Le cap de Glace est éloigné d'une soixantaine de lieues de la passe de Kotzebue : il est probable que le capitaine FranMlin n'auroit pas même été obligé de doubler ce cap, et qu'il eût trouvé quelque chenal en communication immédiate avec les eaux de l'entrée de Kotzebue ; dans tooe les cas , il n'avoit plus que cent vingt-cinq lieues à faire pour rencontrer la frégate du capitaine Beechey !
C'est à la fin du mois d'août, et pendant le mois de septembre, que les mers polaires sont le moins encombrées de glaces. Le capitaine Beechey
ne quitta la passe deKotzebue que ie 14 octobre ; ainsi le capitaine Franklin auroit eu près de deux mois, du 18 août au 14 octobre, pour Êiire cent vingt-cinq lieues, dans la meilleure saison de l'année. On ne sauroit trop déplorer Tobaticle que des instructions , d'ailleurs fort humaines , ont mis à la marche du capitaine Franklin. Quels transports de joie mêlée d'un juste orgueil n'auroient point ftît éclater les marins anglois, en ache- Tant la découverte du passage du nord*ouest , en se rencontrant au milieu des glaces , en s'embrassant dans des mers non encore sillonnées par des vaisseaux , à cette extrémité jusqu'alors inconnue du Nouveau-Monde! Quoi qu'il en soit, on peut regarder le problème géographique comme résolu; le passage du nord-ouest existe, la configuration extérieure de l'Amérique est tracée.
Le continent de l'Amérique se termine au nord-ouest dans la baie d'Hudson, par une péninsule appelée MelvillCy dont la dernière pointe ou le dernier cap se place au 69*^ degré 48 minutes de latitude nord, et au 82* degré 50 minutes de longitude ouest de Greenwich. Là se creuse un détroit entre ce cap et la terre de Cockburn , lequel détroit , nommé le détroit de la Fury et de l'Hécla, ne présenta au capitaine Parry qu'une masse solide de glace.
La péninsule nord-ouest s'attache au continent vers la baie de Repuise; elle ne peut pas être très large à sa racine, puisque le golfe du Couronnement de Georges IV, découvert par le capitaine Franklin dans son premier voyage, descend au sud jusqu'au 66° degré et demi, et que son extrémité méridionale n'est éloignée que de soixante-s^t lieues de la partie la pHi« occidentale de la baie Wager. Le capitaine Lyon fut renvoyé à la baie ée Repuise, afin de passer par terre du fond de cette baie au golfe du Couronr nement de Georges IV. Les glaces , les courants et les tempêtes arrêtèfèèl le vaisseau de cet aventureux marin.
Maintenant, poursuivant notre .investigation, et nous plaçant de l'aulft côté de la péninsule MeMlle , dans ce golfe du Couronnement de Georges IV, nous trouvons l'embouchure de la rivière de la Mine de Cuivre à 67 degrés 42 minutes 85 secondes de latitude nord, et à 115 degrés 49 minutes 9K secondes de longitude ouest de Greenwich. Hearn avoit indiqué cette em* bouchure quatre degrés et un quart plus au nord en latitude , et quatre degrés et un quart plus à l'ouest en longitude.
De l'embouchure de la rivière de la Mine de Cuivre, naviguant vers Ten»bouchure du Mackenzie, on remonte le long de la côte jusqu'au 70* d^ré 87 minutes l^titude nord , on double un cap , et l'on redescend à l'embouchure, orientale du Mackenzie par les 69 degrés 29 minutes. De là, la cdie se porte à l'ouest vers le détroit de Behring, en s'élevant jusqu'au 70* degré 30 minutes de latitude nord, sous le 150* méridien de Greenwich, point où le capitaine Franklin s'est arrêté le 18 aoOt 1826. Il n'étoit plus alors, comme je l'ai dit, qu'à 10 degrés de longitude ouest du cap de Glace; ce cap est à peu près par les 71 degrés de latitude.
En relevant maintenant les divers points , nous trouvons :
Le dernier cap nord-ouest du continent de rAmérique septentrionale, au 69'' degré 48 minutes de latitude nord, et au S2* degré 50 minutes de longitude ouest de Greenwich; le cap Tumagain, dans le golfe du Couron* nement de Georges IV, au 68* degré 30 minutes de latitude nord ; Tembouchurede.la rivière de la Mine de Cuivre, au GO'^ degré 49 minutes 35 secondes de latitude nord, et au 115* degré 49 minutes 33 secondes de longitude ouest de Greenwich; un cap sur la côte entre la rivière de la Mine de Cuivre et le Mackenzie, au 70' degré 37 minutes de latitude nord , et au 126® degré 52 minutes de longitude ouest de Greenwich ; Tembouchure du Mackenzie, au 69*" degré 29 minutes de latitude , et au r33*' degré 24 minutes de longitude; le point où s'est arrêté le capitaine Franklin, au 70*^ degré 30 minutes de latitude nord, et au 150' méridien à Touest de Greenwich; enGn le cap de Glace, 10 degrés de longitude plus à Touest, au 71' degré de latitude nord.
Ainsi , depuis le dernier cap nord-ouest de rAmérique septentrionale , dans le détroii de VHécla et de la Fury, jusqu'au cap de Glace au-dessus du détroit de Behring, la mer forme un golfe large, mais assez peu profond, qui se terminée la côte nord-ouest de l'Amérique; cette côte court est et ouest, offrant dans le golfe général trois ou quatre baies principales dont les pointes ou promontoires approchent de la latitude où sont placés le dernier cap nord-ouest de l'Amérique au délroit de la Fury et de VHécla, et le cap de Glace , au-dessus du détroit de Behring.
Devant ce golfe gisent, entre le 70' et le 75' degré de latitude , toutes les découvertes résultantes des trois voyages du capitaine Parry, l'île présumée de Cockhum, les délijiéations du délroil du Prince régent, les ties du Prince Léopold, de Balhurst, de Melville, la terre de Banks. Il ne s'agit plus que de trouver, entre ces sols disjoints, un passage libre à la mer qui baigne la côte nord-ouest de l'Amérique , et qui seroit peut-être navigable dans la saison opportune pour des vaisseaux baleiniers.
M. Macleod a raconté à M. Douglas , aux grandes chutes de la Colombia , qu'il existe un fleuve coulant parallèlement au fleuve Mackenzie , et se jetant dans la mer près le cap de Glace. Au nord de ce cap est une île où des vaisseaux russes viennent faire des échanges avec les naturels du pays. M. Macleod a visité lui-même la mer Polaire, et passé, dans l'espace de onze mois , de l'océan PaciGque à la baie d'Hudson. Il déclare que la mer est libre dans la mer Polaire après le mois de juillet.
Tel est l'état actuel des choses à l'extérieur de l'Amérique teptentrionale , relativement à ce fameux passage que je m'étois mis en tête de chercher, et qui fût la première cause de mon excursion d'outre-mer. Voyons ce qu'ont fait les derniers voyageurs dans l'intérieur de cette même Amérique. ;
Au nord-ouest, tout est découvert, dans ces déserts glacés et sans arbres qui enveloppent le lac de l'Esclave et celui de l'Ours '. Mackenzie partit, le 3 juin 1789, du fort Chipiouyan, sur le lac des Montagnes, qui
« On peul voir, dans Tanalyse que J'ai donnée des Voyages de Mackenzie, Thistoire des découvertee qui ont précédé cellwde Mackeiuie dans rAmérique seplonlrionale.
PRÉFACÉ. . âô
communique h celui de T Esclave par un courant d'eau : le lac de l'Ksclave voit naître le fleuve qui se jette dans la mer du pôle, et qu'on appelle maintenant le fleuve Mackenzie.
Le 10 octobre 1792, Mackenzie partit une seconde' fois du fort Chtpiouyan : dirigeant sa course à l'ouest, il traversa le lac des Montagnes, et remonta la rivière Oungigah ou rivière de la Paix, qui prend sa sourott dans les montagnes Rocheuses. Les missionnaires françois avoient déjà connu ces montagnes sous le nom de montagnes des Pierres Brillantes* Mackenzie franchit ces montagnes, rencontra un grand fleuve, le Ta* coutché-Tessé , qu'il prit mal à propos pour la Colombia : il n'en suivit point le cours, et se rendit à l'océan Pacifique par une autre rivière qa*il nomma la rivière du Saumon.
Il trouva des traces multipliées du capitaine Vancouver; il observa la latitude à 52 degrés 21 minutes 33 secondes, et il écrivit avec du vermillon sur un rocher : « Alexandre Mackenzie est venu du Canada ici par terre le « 22 juillet 1793. » A cette époque, que faisions-nous en Europe?
Par un petit mouvement de jalousie nationale dont ils ne se rendent pas compte , les voyageurs américains parlent peu du second itinéraire de Mackenzie; itinéraire qui prouve que cet Anglois a eu l'honneur de traverser le premier le continent de l'Amérique septentrionale depuis la mer Atlantique jusqu'au Grand Océan.
Le 7 mai 1792, le capitaine américain Robert Gray aperçut à la côte nord-ouest de l'Amérique septentrionale l'embouchure d'un fleuve sous le 46^ degré 19 minutes de latitude nord, et le 126*" degré 14 minutes 15 secondes de longitude ouest, méridien de Paris. Robert Gray entra dans ce fleuve le 11 du même mois, et il rappela la Colomlia : c'étoit le nom du vaisseau qu*il commandoit.
Vancouver arriva au même lieu le 19 octobre de la même année : Broughton, avec la conserve de Vancouver, passa la barre de la Colombia et remonta le fleuve quatre-vingt-quatre milles au-dessus de cette barre.
Les capitaines Lewis etClarke, arrivés par le Missouri, descendirent des montagnes Rocheuses, et bâtirent , en 1805, ù l'entrée de la Colombia un fort qui fut abandonné à leur départ.
En 1811 , les Américains élevèrent un autre fort sur la rive gauche du même fleuve : ce fort prit le nom d'Asloria, du nom de M. J.-J. Astor, négociant de New-York et directeur de la compagnie des pelleteries à l'océan Pacifique.
En 1810, une troupe d'associés de la compagnie se réunit à Saint-Louis du Mississipi, et fit une nouvelle course à la Colombia, à travers les montagnes Rocheuses : plus tard , en 1812 , quelques-uns de ces associés, conduits par M. R. Stuart, revinrent de la .Colombia à Saint-Louis. Tout est donc connu de ce côté. Les grands affluents du Missouri , la rivière des ^ usages, la rivière de la Roche-Jaune, aussi puissante que l'Obio, ont été remontés : les établissements américains communiquent par ces fleuves t
au aordH>uest avec les tribus indiennes les plus reculées , au sud«est avec les habitants du Nouveau-Mexique.
En 1820, M. Cass, gouverneur du territoire du Michigan, partit de lA ville du Détroit , bâtie sur le canal qui joint le lac Érié au lac Saint- Glaire i suivit la grande chaîne des lacs et rechercha les sources do Mis- «issipi; M. Schoolcraft rédigea lé journal de ce voyage plein de faits et d'instruction. L*expéditiOn entra dans le Mississipi par là rivière du Lao* de-Sable : le fleuve en cet endroit étoit large de deux cents pieds. Les voya^ genrs le remontèrent, et franchirent quarante -trois rapides : le llississipi sAloit tdfjours se rétrécissant, et au saut de Peckagoma, il n'ifvott plus fpe quatre-vingts pieds de largeur. « L'aspect du pays change, dit « rt. Schoolcraft : la forêt qui ombrageoit les bords du fleuve disparoît ; il « décrit de nombreuses sinndsités dans une prairie large de trois milles, où « B*élèvent des herbes très hautes , de la folle-avoine et des joncs , et bordée « de collines de hauteur médiocre et sablonneuses , où croissent quelques « pins jaunes. Nous avons navigué longtemps sans avancer beaueoup \ U « semfaioit que nous fussions arrivés au niveau supérieur des eaux : le Côu- « rant du fleuve n'étoit que d'un mille par heure. Nous n'apercevions que c le ciel et les herbes au milieu desquelles nos canots se frayoient un pas- « sage ; elles eachoient tous les objets éloignés. Les oiseaux aquatiques a etoient extrêmement nombreux, mais il n'y avoit pas de pluviers^ •
L'eipédition traversa le petit et le grand lac Ouinnipec : cinquante milles plus haut, elle s'arrêta dans le lac supérieur du Cèdre-Rouge, auquel elle imposa le nom de Cassina, en l'honneur de M. Cass.
C'est là que se trouve la principale source du Mississipi : le lac a dixhuit milles de long sur six de large. Son eau est transparente et ses borda sont ombragés d'ormes, d'érables et de pins. M. Pike, autre voyageur qui place une des principales sources du Mississipi au lac de la Sangsue, met le lac Cassina au 47*^ degré 42 minutes 40 secondes de latitude nord.
La rivière la Riche sort du lac du même nom et entre dans le la» Cas^ sina. « En estimant à soixante milles, dit M. Schoolcraft, la distance du « lac Cassina ati lac la Biche, source du Mississipi la plus éloignée, on « aora poar la longueur totale du cours de ce fleuve trois mille trente- « huit milles. L'année précédente je l'avois descendu ( le Mississipi) depuis * SaintrLouis dans un bateau à vapeur, et le 16 juillet j'avois passé son « embouchure pour aUer à New- York. Ainsi un pea plus d'un an après , « je me trouvois près de sa source , assis dans un canot indien. »
M. Schoolcraft fait observer qu'à peu de distance du lac la Biche, fe^ eaux coulent an nord de la rivière Ronge, qui descend à la baie d'Hudson.
Trois ans plus tard , en 1^23 , M. Beltrami a parcouru les mêmes régions. U porte les sources septentrionales du Mississipi à cent milles au-dessus du lac Cassina ou du Cèdre-Rouge. M. Beltrami affirme qu'avant lui aucun ^yageur n'a passé au delà du lac du Cèdre-Rouge. Il décrit ainsi sa découverte des sources du Mississipi :
a j^ous nous trouvons sur les plus hautes terres de FAmérlque septen-
« trionale Cependant tout y est plaine, et la colline où je suis
« n'est pour ainsi dire qu'une éminence formée au milieu pour servir d'ob- « servatoire.
a £n promenant ses regards autour de soi , on voit les eaux couler au « sud vers le golfe du Mexique; au nord, vers la mer Glaciale; à Test, vers « l'Atlantique; et à l'ouest, se diriger vers la mer Pacifiquet
« Un grand plateau couronne cette suprême élévation ^ et , ce qui étonne a davantage, un lac jaillit au milieu.
« Comment s'est-il formé, ce lac? d'où viennent ses eaux? c'est au a grand architecte de l'univers qu'il faut le demander. .... Ce lac n'a « aucune issue, et mon œil , qui est assez perçant, n'a pu dé<iouvrir, dans a aucun lointain de l'horizon le plus clair, aucune terre qui s'élève au- « dessus de son niveau; toutes sont au contraire beaucoup inférieures
« Vous avez vu les sources de la rivière que j'ai remontée jusqu'ici ( la « rivière Rouge) : elles sont précisément au pied de la colline, et filtrent « en ligne directe du bord septentrional du lac; elles sont les sources de « la rivière Rouge ou Sanglante. De l'autre côté, vers le sud, d'autres n sources forment un joli petit bassin d'environ quatre-vingts pas de cir- « conférence ; ces eaux filtrent aussi du lac, et ces sources..... ce sont les « sources du Mississipi.
« Ce lac a trois milles de tour environ ; il est fait en forme de cœur, et « il parle à l'ame; la mienne en a été émue : il étoit juste de le tirer du « silence où la géographie , après tant d'expéditions , le laissoit encore , et « de le faire connoitre au monde d'une manière distinguée. Je lui ai donné « le nom de cette dame respectable dont la vie , comme il a été dit par son « illustre amie , madame la comtesse d'Albani , a été un cours de morale « en action, la mort une calamité pour tous ceux qui avoient eu le bon-
a heur de la connottre J'ai appelé ce lac le lac Julie, et les sources
« des deux fleuves, les sources Juliennes de la rivière Sanglante, les « sources Juliennes du Mississipi.
« J'ai cru voir l'ombre de Colombo, d'Americo Vespucci, des Cabotto, « de Verazani , etc. , assister avec joie à cette grande cérémonie , et se fé« « liciter qu'un de leurs compatriotes vînt réveiller par de nouvelles décou- « vertes le souvenir des services qu'ils ont rendus au monde entier par < leurs talents , leurs exploits et leurs vertus. »
C'est un étranger qui écrit en françois : on reconnoîtra facilement le goût, les traits, le caractère et le juste orgueil du génie italien.
La vérité est que le plateau où le Mississipi prend sa source est une terre imie, mais culminante, dont les versants envoient les eaux au nord, à l'est, au midi et à l'ouest; que sur ce plateau sont creusés une multitude de lacs; que ces lacs répandent des rivières qui coulent à tous les rhumbs de vent. Le sol de ce plateau supérieur est mouvant comme s'il flottoit sur des abîmes. Dans la saison des pluies , les rivières et les lacs débordent : on diroit d'une mer, si cette mer ne portoit des forêts de folle-avoine de vingt et trente pieds de hauteur. Les canots perdus dans ce double océan
d'eau et d*herbes ne se peuvent diriger qu*à l'aide des étoiles ou de la boussole. Quand des tempêtes surviennent, les moissons fluviales plient, se renversent sur les embarcations, et des millions de canards, de sarcelles, de morelles, de hérons, de bécassines, s'envolent en formant un nuage au-dessus de la tête des voyageurs.
Les eaux débordées restent pendant quelques jours incertaines de leur penchant; peu à peu elles se partagent. Une pirogue est doucement entraînée vers les mers polaires , les mers du midi , les grands lacs du Canada , les a£Quents du Missouri , selon le point de la circonférence sur lequel elle se trouve, lorsqu'elle a dépassé le milieu de l'inondation. Rien n'est étonnant et maj^tueux comme ce mouvement et cette distribution des eaux centrales de l'Amérique du nord.
Sur le Mississipi inférieur, le major Pikeen 1806, M. iVuttall en 1819, ont parcouru le territoire d'Arkansa , visité les Osages, et fourni des renseignements aussi utiles à l'histoire naturelle qu*à la topographie.
Tel est ce Mississipi dont je parlerai dans mon Voyage ; fleuve que les François descendirent les premiers en venant du Canada; fleuve qui coula sous leur puissance, et dont la riche vallée regrette encore leur génie.
Colomb découvrit l'Amérique dans la nuit du 11 au 12 octobre 1492: le capitaine Franklin a complété la découverte de ce monde nouveau le 18 août 1826. Que de générations écoulées, que de révolutions accomplies, que de changements arrivés chez les peuples , dans cet espace de trois cent trente-trots ans neuf mois et vingt-quatre jours !
Le monde ne ressemble plus au monde de Colomb. Sur ces mers ignorées au-dessus desquelles on voyoit s'élever une main noire , la main île Salan ' , qui saisissoit les vaisseaux pendant la nuit et les entraînoit au fond de l'abîme ; dans ces régions antarctiques, séjour de la nuit, de Tépou vante et des fables ; dans ces eaux furieuses du cap Horn et du cap des Tempêtes, où pâlissoient les pilotes; dans ce double Océan qui bat ses doubles rivages ; dans ces parages jadis si redoutés , des bateaux de poste font régulièrement des trajets pour le service des lettres et des voyageurs. On s'invite à dîner d'une ville florissante en Amérique à une ville florissante en Europe , et l'on arrive à l'heure marquée. Au lieu de ces vaisseaux grossiers, malpropres, infects, humides, où l'on ne vivoit que de viandes salées, où le scorbut vous dévoroit, d'élégants navires offrent aux passagers des chambres lambrissées d'acajou , ornées de tapis , de glaces , de fleurs, de bibliothèques, d'instruments de musique, et de toutes les délicatesses de la bonne chère. Un voyage qui demandera plusieurs années de perquisitions sous les latitudes les plus diverses n'amènera pas la mort d'un seul matelot.
Les tempêtes? on en rit. Les distances? elles ont disparu. Un simple baleinier fait voile au pôle austral; si la pêche n'est pas bonne, il revient ou pôle boréal : pour prendre un poisson , il traverse deux fois les tropiques, parcourt deux fois un diamètre de la terre, et touche en quelques
> royea les vieilles canes cl les navigateurs arabes.
mois aux deux bouts de Tunivers. Aux portes des tavernes de Londres on voit afjGchée l'annonce du départ du paquebot de la terre de Diémen avec toutes les cammodité$ possibles pour les passagers aux Antipodes, et cela auprès de l'annonce du départ du paquebot de Douvres à Calais, On a des Itinéraires de poche , des Guides, des Manuels, à l'usage des personnes qui se proposent de faire un voyage d'agrément autour du monde. Ce voyage dure neuf ou dix oiois, quelquefois moins : on part l'hiver en sortant de rOpéra; on touche auxtles Canaries, à RioJaneiro , aux Philippines, à la Chine, aux Indes, au cap de-Bonne-Espérance , et l'on est revenu chez soi pour l'ouverture de la chasse.
Les bateaux à vapeur ne connoissent plus de vents contraires sur l'Océan, de courants opposés dans les fleuves : kiosques ou palais flottants à deux et trois étages , du haut de leurs galeries on admire les plus beaux tableaux de la nature dans les forêts du Nouveau-Monde. Des routes commodes franchissent le sommet des montagnes, ouvrent des déserts naguère inaccessibles : quarante mille voyageurs viennent de se rassembler en partie de plaisir à la cataracte de Niagara. Sur des chemins de fer glissent rapidement les lourds chariots du commerce; et s'il plaisoit à la l^rance, à l'Allemagne et à la Russie d'établir uha ligne télégraphique jusqu'à la muraille de la Chine , nous pourrions écrire à quelques Chinois de nos amis, et recevoir la réponse dans l'espace de neuf ou dix heures. Un homme qui commenceroit son pèlerinageà dix-huit ans et le finiroit à soixante, en marchant seulement quatre lieues par jour, auroit achevé dans sa vie près de sept fois le tour de notre chétive planète. Legéniede l'homme est véritablement trop grand pour sa petite habitation : il faut en conclure qu'il est destiné à une plus haute demeure.
Est-il bon que les communications entre les hommes soient devenues aussi faciles? Les nations ne conserveroient-elles pas mieux leur caractère en s'ignorant les unes les autres, en gardant une fidélité religieuse aux habitudes et aux traditions de leurs pères ? J'ai vu dans ma jeunesse de vieux Bretons murmurer contre les chemins que l'on vouloit ouvrir dans leurs bois , alors même que ces chemins dévoient élever la valeur des propriétés riveraines.
Je sais qu'on peut appuyer ce système de déclamations fort touchantes, le bon vieux temps a sans doute son mérite; mais il faut se souvenir qu'un état politique n'en est pas meilleur purcequ'il est caduc et routinier; autrement il faudroit convenir que le despotisme de la Chine et de l'Inde, où rien n'a changé depuis trois mille ans, est ce qu'il y a de plus parfait dans ce monde. Je ne vois pourtant pas ce qu'il peut y avoir de si heureux à s'enfermer pendant une quarantaine de siècles avec des peuples en enfance et des tyrans en décrépitude.
Le goût et l'admiration du stationnaire viennent des jugements faux
que l'on porte sur la vérité des faits et sur la nature de l'homme : sur
la vérité des faits , parcequ'on suppose que les anciennes mœurs étoient
pjus pures que les mœurs modernes, complète erreur; sur la nature