‹ Œuvres de M. le vicomte de ChateaubriandChapitre 112 sur 149 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

Sachcm , quelque prêtre instruit de l'avenir et habitant une ile du Meschacebé , ou si ce n'étoit pas l'ancêtre des fleuves , le Meschacebé lui-même. « Chactas, » me dit-il d'un son de voix semblable au bruit de la chute d'une onde, « cesse de méditer le rétablisse- « ment de cette cabane. En disputeras- tu la possession contre un « Génie , ô le plus imprudent des hommes? Crois-tu donc être « arrivé à la fin de tes travaux, et qu'il ne te reste plus qu'à <« t'asseoir sur la nalte de tes pères? Un jour viendra que le sang « desNatchez »»

« Il s'interrompt , agite le roseau qu'il tenoit à la main , me lance des regards prophétiques , tandis que , baissant et relevant la tête , sa barbe limoneuse frappe sa poitrine. Je me prosterne aux pieds du vieillard ; mais lui , s'élangant dans le fleuve , disparoit au milieu des vagues bouillonnantes.

t( Je n'osai violer les ordres de cet homme ou de ce G^ie, et j'allai bfttir ma nouvelle demeure sur la colline où tu la vois aujourd'hui. Âdario revint du pays des Iroquois ; je travaillai avec lui et le vieux Soleil à l'amélioration des lois de la patrie. Pour un peu de bien que j'ai fait, on m'a rendu beaucoup d'amour. **

«« J'avance à grands pas vers le terme de ma carrière^ je prie le Ciel de détourner les orages dont il a menacé les Natchez, ou de me recevoir en sacrifice. A cette fin je tâche de sanctifier mes jours , pour que la pureté de la victime soit agréable aux Génies : c'est la seule précaution que j'aie prise contre l'avenir. Je n'ai point interrogé les jongleurs : nous devons remplir les devoirs que nous enseigne la vertu , sans rechercher curieusement les secrets de la Providence. Il est une sorte de sagesse inquiète et de prudence coupable que le Ciel punit. Telle est, ô mon fils! la trop longue histoire du vieux Chactas. »

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