‹ Œuvres de M. le vicomte de ChateaubriandChapitre 113 sur 149 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

Le récit de Chactas avoit conduit les Natchez jusqu'aux vallées fréquentées par les castors, dans le pays des Illinois^ ces paisibles et merveilleux animaux furent attaqués et détruits dans leurs retraites. Après des holocaustes oQerts à Michabou , Génie des eaux, les Indiens, au jour marqué par le jongleur , commencèrent à dépouiller tous ensemble leurs victimes. A peine le fer avoit-il entr'ouvert les peaux moelleuses, qu'un cri s'élève : « Une femelle

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de castor ! »» Les guerriers les plui fermes laissent échapper lenr preie; Chactas luinmême parott troublé.

Trois causes de guerre existent entre 1e$ Sauvages : nnyasion des terres, l'efilètement d'une famille, là destruction des femelles de castor. IgMrant du droit public des Indiens , et n'ayant point encore Texpérience des chasseurs , René avoit tué des femelles de castor. On délibère en tumulte : Ondouré veut qu'on abandonné le coupable aux Illinois pour éviter une guerre sanglante. Le frère d'Amélie est le premier à se présenter en expiation : « Je « traîne partout mes infortunes , dit-il à Chactas ; délivrez-vous « d'un homme qui pèse sur la terre. »

Outougamiz soutint que le guerrier blanc dont il pdrtoit le Manitou d'or , gage de l'amitié jurée , n'avoit péché que par Ignorance : u Ceux qui ont une si grande terreur des Illinois, s'écria- « t-il , peuvent les aller supplier de leur accorder la paix. Quant à « moi , je sais un moyen plus sûr de l'obtenir , c'est la victoire. H L'homme blanc est mon ami : quiconque est son ennemi est le .«( mien. » En prononçant ces paroles, le jeune Sauvage laissoit to&ber sur Ondouré des regards terribles.

Outougamiz étoit renommé chez les Natchez pour sa candeur autant que pourson courage : ils l'avoient surnommé Ontougamir le Simple. Jamais il ne prenoit la parole dans un conseil , et ses vertus ne se manifestoient que par des actions. Les chasseurs furent étonnés de la hardiesse avec laquelle il s'exprima et de la soudaine éloquence que l'amitié avoit placée sur ses lèvres : ainsi la fleur de l'hémérocalle , qui referme son calice pendant la nuit, ne répaind ses parfums qu'aux premiers rayons de la lumière. La jeunesse , généreuse et guerrière, applaudit aux sentiments d'Outougamiz. René lui-môme avoit pris sur ses compagnons sauvages l'empiré qu'il exerçoit involontairement sur les esprits : l'avis d'Ondouré fut rejeté ; on conjura les mânes des femelles des castors; Chactas recommanda le secret; mais le rival du frère d'Amélie s'étoit déjà promis de rompre le silence.

Cependant on crut devoir abréger le temps des chasses : le retour précipité des guerriers étonna les Natchez. Bientôt on mur»mura tout bas la cause secrète de ce retour. Repoussé de plus en plus de Céluta, Ondouré se rapprocha de son ancienne amante, et chercha dans l'ambition des consolations et des vengeances à Tamour.

Durant l'absence des chasseurs , les habitants de la colonie a'étoient répandus dans les villages indiens : des aventuriers sans

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