UVRE XII
sentit près de mourir de joie lorsqu'il aborda la cyprière. « Oh ! « s'écriat-il , en rompant alors pour la première fois le silence , « il » est sauvé! Délicieuse nécessité de mon cœur! pauvre colombe " fugitive, te voilà donc à Tabri des chasseurs! Mais, René, je n crains que tu ne me veuilles pas pardonner , car c'est moi qui <« suis la cause de tout ceci , puisque je n'étois point auprès de toi « dans la bataille. Comment ai-je pu quitter mon ami qui m'avoit « donné un Manitou sur mon berceau? C'est fort mal , fort mal à « toi, Outougamizl »
Ainsi parloit le Sauvage : la simplicité de ses propos en contraste avec la sublimité de ses actions fit sortir un moment René de l'accablement de la douleur : levant une main débile et des yeux éteints , il ne put prononcer que ces mots : «« Te pardonner ! »
Outougamiz entre sous les cyprès : il coupe les rameaux trop abaissés ; il écarte des genoux de ces arbres les débris des branches : il y fait un doux lit avec des cimes de joncs pleins d'une moelle légère ; puis, attirant son ami sur ce lit, il le recouvre defeuillas séchées : ainsi, un castor, dont les eaux ont inondé les premiers travaux , prend son nourrisson et le transporte dans la chambre la plus élevée de son palais.
Le second soin du frère de Céluta fut de panser les plaies du frère d'Amélie. Il sépare deux nœuds de roseaux, puise un peu d'eau du marais , verse cette eau d'une coupe dans l'autre pour l'épurer, et lave les blessures, dont il a sucé d'abord le venin. La main d'un Ris d'Esculape , armée des instruments les plus ingénieux , n'auroit été ni plus douce ni plus salutarre que la main de cet ami. René ne pouvoit exprimer sa reconnoissance que par le mouvement de ses lèvres. De temps en temps l'Indien lui disoit avec inquiétude : « Te fais-je mal ? te trouves-tu un peu soulagé? » René répondoit par un signe qu'il se sentoit soulagé , et Outougamiz continuoit son opération avec délices.
Le Sauvage nesongeoit point à lui : il avoit encore quelque reste de maïs , il le réservoit pour René. Outougamiz ne faisoit qu'obéir à un instinct sublime, et les plus belles actions n'étoient chez lai que l'accomplissement des facultés de sa vie. Comme un charmant olivier nourri parmi les ruisseaux et les ombrages laisse tomber sans s'en.apercevoir, au gré des brises , ses fruits mûrs sur les gazons fleuris , ainsi l'enfant des forêts américainessemoit , au souffle de l'amitié, ses vertus sur la terre, sans se douter des merveilleux présents qu'il faisoit aux hommes.
Rafntchi et calmé par les soins de son libérateur, René sentit
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ses paupières se fermer, et Outougamiz tomba lui-même dans un profond sommeil à ses côtés : les Anges veillèrent sur le repos de ces deux hommes, qui avoient trouvé grâce auprès de celui qui dormit dans le sein do Jean.
Outougamiz eut un songe. Une femme lui apparut : elle s'appuyoit en marchant sur un arc détendu, entouré de lierre comme un Ihyrse; un chien la suivoit. Ses yeux étoient bleus; un sourire sincère entr'ouvroit ses lèvres de rose : son air étoit un mélange de force et de grâce. Presque nue, elle ne porloit qu'une ceinture plus belle que celle de Vénus. Outougamiz se Gguroit lui tenir ce discours :
« Etrangère , j^avois planté un érable sur le sol de la hutte où je « suis né : voilà que , pendant mon absence , do méchants Mani- « tous ont blessé son écorce et ont fait couler sa scve. Je cherche u des simples dans ces marais pour les appliquer sur les plaies de « mon érable. Bis-moi où je trouverai la feuille du savinier. »
D'une voix paisible l'Indienne paroissoit répondre à Outougamiz : •« En vérité , je dis qu'il connoîtra toutes les ruses de la sa- « gesse, l'homme qui pourra pénétrer celle de votre amitié. Ne te craignez rien ; j'ai dans le jardin de mon père des simples pour « guérir tous les arbres, et en particulier les érables blessés, n
En prononçant ces paroles, qu'Outougamiz croyoit entendre, rindienne fille du songe prit un air de majesté : sa tête se couronna de rayons *, deux ailes blanches bordées d'or ombragèrent ses épaulai divines. L'extrémité d'un de ses pieds touchoit légèrement la terre , tandis que son corps flottoit déjà dans l'air diaphane.
— -M Outougamiz, » sembloit dire le brillant fantôme, « élèvo- « toi par l'adversité. Que les vertus de la nature te servent d'éche- M Ions pour atteindre aux vertus plus sublimes de la religion de cet « homme k qui tu as dévoué ta vie : alors je reviendrai vers toi, c< et tu pourras compter sur les secours de l'Ange de l'Amitié. »
Ainsi parle la vision au jeune Natchez plongé dans le sommeil. Un parfum d'ambroisie, embaumant les lieux d'alentour, répand la force dans l'amedu frère de Géluta, comme l'huile sacréequi fait las rois ou prépare l'ame du mourant aux béatitudes célestea.
En môme temps , le rêve devient magnifique : le Séraphin dont il produit l'image, poussant la terre de son pied comme un plongeur qui remonte du fond de l'abîme , s'élève dans les airs. Cette Tertu caliiie ne se meut point avec la rapidité des messagers qui portent les ordres redoutables du Tôut-Puissant ^ son assomptlon vers la région de l'éternelle paix est mesurée > grave et mi^^*