‹ Œuvres de M. le vicomte de ChateaubriandChapitre 24 sur 149 · MOISSONS · texte numérisé non relu

MOISSONS

On a cru et on a dit que les Sauvages ne (iroient pas parti de la terre : c'est une erreur. Ils sont principalement chasseurs à la vérité , mais tous s'adonnent à quelque genre de culture , tous savent employer les plantes et les arbres aux besoins &e la vie. Ceux qui occupoient le beau pays qui forme aujourd'hui les états de la^ Géorgie, du Tennessee, de TAlabama, du Mississipi , étoient sous ce rapport plus civilisés que les naturels du Canada.

Chez les Sauvages , tous les travaux publics sont des fêtes : lorsque les derniers froids éloient passés, les femmes Siminoles, Chicassoises, Nalchez, s'armoient d'une crosse de noyer, mettoient sur leur tête des corbeilles à compartinients remplies de semailles de maïs , de graine de melon d'eau , de féveroles et de tournesols. Elles se rendoient au champ commun , ordinairement placé dans une position facile à défendre , comme sur une langue de terre entre deux fleuves ou dans un cercle de collines.

A l'une des extrémités du champ , les femmes se rangeoient en ligne , et commençoient à remuer la terre avec leur crosse en marchant à reculons.

Tandis qu'elles rafraîchissoient ainsi l'ancien labourage sans former de sillon, d'autres Indiennes les suivoient ensemençant l'espace préparé par leurs compagnes. Les féveroles et le grain du maïs éloient jetés ensemble sur le guéret , les quenouilles du maïs étant destinées à servir de tuteurs ou de rames au légume grimpant.

Des jeunes Allés s'occupoient à faire des couches d'une terre noire et lavée : elles répandoient sur ces couches des graineâ de courge et de tournesol ; on allumoit autour de ces lits de terre des feux de bois vert, pour hâter la germination au moyen de la fumée.

Les Sachems et les jongleurs présidoient au travail ; les jeunes hommes rôdoient autour du champ commun et chassoient les oiseaux par leurs cris.

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