‹ Œuvres de M. le vicomte de ChateaubriandChapitre 71 sur 149 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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te père Souël se lève à son tour. Une grande doctrine, une vaste érudition, un esprit capable des plus hautes sciences, dlslinguoient ce missionnaire : charitable comme Jésus^Sirist , humble comme ce divin Maître , il ne cherchoit à convertir leà âmrf ah Seigneur que par des actes de bienfiaiisance et par Texenlplé d'une bonne vie j pacifique envers les autres , il aspiroit ardemment au martyre.

n ne devoit point rester au fort Rosalie, son ancienne résidence : la palme des confesseurs , qu'il demandoit au roi de gloire , lui devoit être accordée à la mission des Tabous. C'étoit pour la dernière fois qu'il plaidoit la cause de ses néophytes Natchez.

Toujours vêtu d'un habit de voyage, le père Souël avoit l'air d'un pèlerin qui ne fait qu'un séjour passager sur la terre, et qui va bientôt retourner à sa patrie céleste : lorsqu'il ouvrir la boubho, lin silence profond régna dans le conseil.

Le saint orateur remonta , dans son discours , jusqu'à la découverte de l'Amérique ; il traça le tableau des crimes commis par les Européens au Nouveau -Monde. De là, passant à l'histoire de la Louisiane, il fit un magnifique éloge de Ghactas, qu'il peignit comme un homme d'une vertu digne dès anciens Sages du pagatiisme \ il nomma avec estime Adario , et invita le conseil à ^e défier d'Ondouré. Exhortant les François à la modération et à la justice , il conclut aifasi :

« J'espère que notre commandant et cette assemblée voudront « bien pardonner à un religieux d'avoir osé expliquer sa pensée. »» A Dieu ne plaise qu'il ait parlé dans un esprit d'orgueil ! Ayons, « pour l'amour de Jésus-Christ , notre doux Seigneur , quelque « pitié des pauvres Idolâtres ; tâchons , en nous montrant vrais « Chrétiens, de les appeler à la lumière de l'Évangile. Plus ils « sont misérables et dépourvus des biens de la vie , plus nôiis tt devons plaindre leurs foiblesses. Missionnaire du Dieu de paix (t dans ces déserts, puissé-je vivre et mourir en semant la parole « de TAgneau ! Puisse mon sang servir au maintien de la conte corde ! mais ^tous n'est pas réservée une si grande bénédiction^ « à moi n'appartient pas d'aspirer à la gloire des Brébœuf et dès « Jogues, morts pour la foi en Amérique. »>

Le Père Souël s'inclina devant le commandant, et reprit sa place. O véritable religion ! que tes délices sont puissantes sur les cœurs ! que ta raison est adorable ! que ta philosophie est haute et profonde! Dans celle des hommes , il manque toujours quelque chose; dans la tienne, tout est surabondant. Le conseil, touché

des paroles du missionnaire , eroyoit sentir les inspirations de la miséricorde de Dieu .

Xe Démon de TOr, envoyé par Satan , craignit l'eflct du discours du père Souël, en voyant les âmes s'attendrir à la voix du juste. Cet esprit infernal , à la tête chauve , aux lèvres minces et serrées, au corps diaphane, au cœur sans pitié, à l'esprit toujours plein de nombres , au regard avide et inquiet , aux manières défiantes et cachées , cet esprit souffle sa concupiscence sur le conseil. Aussitôt les sentiments généreux s'éteignent. Robert, Salëncy, Artagnan , veulent répliquer au religieux ; Fébriano obtient la parole.

Né parmi les Francs sur les côtes de la Barbarie , cet aventurier, chrétien dans son enfance, ensuite parjure à l'Evangile, fut, dans Tordre des Seyahs, disciple zélé du Coran. Jeté en Europe par un coup de la fortune, entrô dans la carrieru des ariucs, trop noble pour lui, il est redevenu extérieurement chrétien, mais il continue à détester les serviteurs du vrai Dieu , et à observer en secret les abominables lois du faux prophète. Chépar l'a rencontré dans les camps , et le traître, moitié nioine , moitié soldat , a pris sur le loyal militaire l'ascendant que la bassesse exerce sur les caractères impérieux et la finesse sur les esprits bornés. Fébriano dispose presque toujours de la volonté de Chépar, qui croit suivre ses propres résolutions lorsqu'il ne fait qu'obéir aux inspirations de Fébriano. Ce vagabond étoit, du reste, un de ces scélérats vulgaires qui ne peuvent briller au rang des grands infâmes , et qui meurent oubliés dans la portion obscure du crime ; jouet d'Ondouré , dont Il rècevoit les présents, il en avoit les vices sans en avoir le génie. Rencontré par le frère d'Amélie à la Nouvelle-Orléans, traité par lui avec hauteur dans une contention passagère, Fébriano nourrissoit déjà contre René un sentiment de haine et de jalousie. Le renégat élève ainsi la voix contre le pasteur de l'Evangile :

« Les moines se devroient tenir dans leur couvent où avec les « femmes , et laisser à l'épée le soin de l'épée. Le brave cominan- « dant saura bien ce qu'il doit faire, et sa sagesse n'a pas besoin « de nos conseils. Les Natchez sont des rebell^qui refusent de « céder leurs terres aux sujets du roi. Qu'on me charge de l'ex- <( pédilion, je réponds d'amener ici enchaînés, et cet insolent ti Adario , et ce vieux Chactas qui reçoit dans ce moment m<^:ne «un homme dont on ignore la famille et les desseins, un homme « qui pourroit n'être que l'envoyé de quelque puissance ennemie. »»

Dé bruyants éclats de rire et de longs applaudissements cou-

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