Oeuvres de m. Michelet
Je l’offre à mes élèves devenus maîtres euxniêrnes. Je l’offre surtout à mes critiques, à ceux qui voudrontbien lecorriger, l’améliorer, lercfairc, le mettre au niveau des progrès ultérieurs de la science. « Plurimi pertransibuniï, et multiplex erit scientia. »
Mon livre (la critique la plus sévère eri conviendra) est sorti tout entier des sources originales. Cependant je dois beaucoup à quelques-uns de nos contemporains. C’est un devoir pour moi de le dire, c’est un bonheur pour leur ami ou leur disciple, de nommer les hommes auxquels il se sent uni par le lien le plus étroit, la parenté intellectuelle, la communion de la pensée. L’immense, la consciencieuse histoire de notre vénérable Sismondi , les beaux récits des deux Thierry, voilà les livres qui ne m’ont jamais quitté. Toutefois je dois encore davantage à ceux de M. Guizot '. Sous l’histoire des faits, il a vu l'histoire des idées. IL n’existait point avant son Cours une telle analyse des grands faits
1 Je parle ici des écrivains qui ont embrassé l'histoire de France dans son ensemble. Je reconnaîtrai en lempset lieu mes obligations envers ceux qui ont traité avec un mérite supérieur quelque partie de notre histoire politique ou littéraire. Je dois nommer entre autres les savautseontinuatenrs des Bénédictins, et mes collègues de la société des Antiquaires de Normandie. J’aurai aussi occasion de dire tout ce que je dois à plusieurs savants étrangers, J. Grimm , Gans , etc. Le Manuel de M. Girsclcr m'a été de la plus grande utilité pour
sociaux el intellectuels. Si je voulais énumérer mes obligations envers l’illustre historien. In liste serait longue. Il en est une que je ne reconnaîtrai jamais selon mon cœur; je parle du bienveillant intérêt qu'il a toujours pris à mes travaux.
Pour expliquer en quoi je me rapproche, en quoi je m'éloigne des deux écoles qui m’ont précédé, il faudrait dire sous quel point de vue j’envisage la méthode historique. Mais pour traiter de la méthode , il faut avoir autorité. Je laisserai parler mou livre. Qu’il dise sa méthode, s’il peut.
Un mol seulement sur l’ordre général :
Au premier et au second livre , les races. Elles sont unies, mais non mêlées dans l'empire romain, dans l'empire carlovingien.
Au troisième et au quatrième, les provinces, leur géographie; puis, leur tendance vers l’unité monarchique. Celle période féodale de notre histoire finit avant 1300, avec saint Louis, la fin et l’idéal du moyen âge. L'âge moderne commence avec Philippe le Bel, avec l’abaissement de la papauté, avec le soufflet de Boniface VIII.
l'histoire ecclésiastique. — Pour n'oublier aucune de mes obligations, j'en mentionnerai une de nature différente. Plusieurs de mes élèves m’ont habilement secondé, particulièrement MM. Monin, Duruy. Ravnisson. Le dernier m'a aidé avec autant d'intelligence que de zèledans les notes, éclaircissements et tables desquatre premiers livres.
V oyez, à la fin du livre IV, les circonstances personnelles qui ont décidé cette publication.
PRÉFACE
Au cinquième cl au sixième livre, les institutions ; leur originalité , leurs emprunts aux institutions étrangères. Détermination de la nationalité française.
Aux livres suivants, le progrès de celte nationalité depuis le quatorzième siècle jusqu’à nos jours, le grand ouvrage de l'égalité et de l'ordre civil, lentement préparé par la monarchie, consommé par la république . couronné et proclamé dans l'Europe par les victoires de Bonaparte.
Je viens de résumer l'histoire politique, l'histoire extérieure. Mais dans mon livre, elle est éclaircie ; par l’histoire intérieure, par celle de la philosophie ;
cl de la religion , du droit et de la littérature. L’effort est grand , si l'œuvre ne l'est pas. Ce n’est pas moins qu’un récite! uri système, une formule de la France, considérée d'une part dans sa diversité de races cl de provinces , dans son extension géographique , d’autre part dans son développement chronologique , dans l'unité croissante du drame national. C’est un tissu dont la trame est l'espace cl la matière , dont la chaîne est le temps et la pensée. Tel est du moins l’idéal que nous avons poursuivi.
l*r novembre 1835.
DE FRANCE