‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 2 sur 398 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

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» Le caractère commun de toute la race galliquc, dit Strabou d'aprcs le philosophe Posidonius , c'est qu’elle est irritable et folle de guerre , prompte au combat, du reste simple et sans malignité. Si on les irrite , ils marchent ensemble droit à l’ennemi , et l'attaquent de front , sans s’informer d’autre chose. Aussi , par la ruse, on en vient aisément à bout ; ou les attire au combat quand on veut , où l'on veut , peu importent les motifs; ils sont toujours prêts, n’eussenl-ils d’autre arme que leur force et leur audace. Toutefois , par la persuasion , ils se laissent amener sans peine aux choses utiles; ils sont susceptibles de culture et d'instruction littéraire. Forts de leur haute taille et de leur nombre, ils s'assemblent aisément en grande foule , simples qu’ils sont et spontanés , prenant volontiers en inain la cause de celui qu'on opprime » Tel est le premier regard de la philosophie sur la plus sympathique et la plus perfectible des races humaines.

* Ïi>ï3ty«va/7e.v7ts roI{ à^t/jisOatc Sovovoa itl oiqoiw. Strah., lit». IV. 211.

3 Diodor. Sic., lib. V... T oloSt vupÇl xidv/poi xac xeuxoi. — Appian. apud Scriptorcs m uni Irancicarum , 1 , 402 r Ïirâ7e pâlot <5o0,ualot,,. iÇtAÛovlo

3 Plut., iu Alex., c. Ofi. Longtemps même après la

mort d’Alexandre, Cassamlrc, devenu roi de Marc-

dninc, se promenait un jour il Delphes, et examinait les

Le génie de ces Galls ou Celtes n'est d'abord autre chose que mouvement, attaque cl conquête ; c'est par la guerre que se mêlent cl se rapprochent les nations antiques. Peuple de guerre eide bruit, ils courent le monde l’épée à la main , moins , cc semble , par avidité que par un vague et vain désir de voir, de savoir, d’agir; brisant, détruisant, faute de pouvoir produire encore. Cc sont les enfants du monde naissant ; de grands corps mous , blancs et blonds ; de l’élan , peu de force et d’haleine J; jovialité féroce, espoir immense; vains, n’ayant rien encore rencontré qui Uni devant eux. • Ils voulurent aller voir ce que c'était que cet Alexandre , ce conqaérant de l’Asie , devant la face duquel les rois s'évanouissaient d’effroi*. Que craignez-vous? leur demanda l'homme terrible. Que le ciel ne tombe , dirent-ils 3 4 ; il n’en eut pas d’antre réponse. Le ciel lui-méme ne les effrayait guère ; ils lui lançaient des flèches, quand il tonnait5. Si l’Océan même se débordait et venait à eux, ils ne refusaient pas le combat, et marchaient à lui l’épée à la main *. C’était leur point d'honneur de ne jamais reculer; ils s'obstinaient souvent à rester sous un toit embrasé 7. Aucune nation ne faisait meil-

Alatues; ayant aperçu tout à coup celle d'Alexandre, il en fut tellement saisi , qu'il frissonna de tout son corps, et fut frappé d'un étourdissement.

4 ...Et ,uri iptu b ovpavbç ail oit irctniiot- Stral»,, I. VII.

5 Aristot.,de Morib., 1. III, c. 10.

6 Ælian., I. XII... Tv/tobt t* {{y* xscl t4 ibpala npootloxl «<... Aristot. Eudemior., I. III, c. I : Oî Ki Xloi Kipàt rk xù/tala Si r>« AnavlÇoi )a€b»7tf.

7 Ælian., Ibid.

leur marché de sa vie. On en voyait qui, pour quelque argent , pour un peu de vin , s'engageaient à mourir ; ils montaient sur une estrade, distribuaient à leurs amis le vin ou l’argent , se couchaient sur leurs boucliers, et tendaient la gorge *.

Leurs banquets ne se terminaient guère sans bataille. La cuisse de la bêle appartenait au plus brdve *, et chacun voulait être le plus brave. Leur plus grand plaisir, après celui de se battre, c'était d'entourer l’étranger, de le faire asseoir bon gré mal gré avec eux, de lui faire dire les histoires des terres lointaines. Ces barbares étaient insatiablement avides et curieux ; ils faisaient la presse des étrangers, les enlevaient des marches et des routes, cl les forçaient de parler s. Eux -mêmes parleurs terribles , infatigables , abondants en figures , solennels et bnrlesqucinenl graves dans leur prononciation gutturale 1 * 3 4 , c'était une affaire dans leurs assemblée* que de maintenir la parole à l’orateur au milieu des interruptions. Il fallait qu’un homme chargé de commander le silence marchât l’épée à la main sur l'interrupteur; à la troisième sommation , il lui coupait un bon morceau de son vêtement, de façon qu’il ne pût porter le reste 5 *.

Une autre race, celle des Ibères, parait de bonne heure dans le midi de la Gaule, à côté des Galls, et même avec eux. Ces Ibères, dont le type et la langue se sont conserves dans les montagnes des Dasqucs, étaient un peuple d’un génie médiocre, laborieux , agriculteur, mineur, attaché à la terre, pour en tirer les métaux cl le blé *. Rien n’indique qu’ils aient été primitivement aussi belliqueux

1 Position., I. XXIII , ap. Athen., I. IV, c. 13 : A XXot 2’ ht OexlfHf XxCôvhç àpyCptov îj j^pvaiov, ol 2l oîvov xtp«-

ftlott ÔtptO/tÔ» Tttx, xai 0<9?»>ff2/*«V0< T'.V S&7tVf XCU TO<i «us vjxxlotf fiXoti ttaàtofi} viyucvot , tiitltot Ixlaôhltç lut OoptûvxtlvTar crapa<j7*< 2i ntflfft ràx Xat/xà » ànoxonltt.

3 Posid., apud Athen., I. IV, c. 13.

9 Diod. Sic., lib. V , p. 306. — Cæsar, Bell. Gall., lib. IV, c. R : Est autem hoc gallicæ consuetudinis , ut et viatores etiam invitos consislcrc cogant;... et mer-

catores in oppidis vulgus cireumsistat.

* Diodor. Sicul., I. IV. Et il xai ral( fu talg fiapvr.xot, xai uaxliÂÛf rpxxvfatxot' xa7â ot ôfitXix f ppaxvXr/ot,

xai aiitr/pinot xai r'a aoiià aixtlli/uvot auvtxcox **£«•

tloiià ol Xlyovltf t> ùaspSoXaï j...

9 ... Of«v ctxpr)o7ox aoif.oai r b btitiv. Strab., I. IV, ap. Scr. r. fr., 1, 50. — ic ne puis quitter ce sujet sans remarquer combien les anciens ont été frappés de l’instinct rhéteur et tin caractère bruyant des Gaulois. Aoto in tanos tumultu* gens (Tit, Liv. à la prise de Rome).

Les crieurs publics, les trompettes , les avocats étaient souvent Gaulois, fntuber, ulest , mcixalorclprwco (Ciccr.

fragm. or. contra Pisunem). l'oy. aussi tout le discours pro Fonleio. — Plerttque Gallia duas res iitdustriosissimè penequilur, rirtuUm tell ica m cl aryutc loqui (Cato in

qu'ils ont pu le devenir, lorsque, foulés dans les Pyrénées par les conquérants du Midi et du Nord , se trouvant malgré eux gardiens des défilés, ils ont été tant de fois traversés, froissés, durcis par la guerre. La tyrannie des Romains a pu une fois les pousser dans un désespoir héroïque; mais généralement leur courage a été celui de la résistance 7, comme le courage des Gaulois celui de l'attaque. Les Ibères ne semblent pas avoir eu , comme eux, le goût des expéditions lointaines , des guerres aventureuses. Des tribus ibériennes émigrèrent, mais malgré elles, poussées par des peuples plus puissants.

Les Galls et les Ibères formaient un parfait contraste. Ceux-ci , avec leurs vêtements de poil noir et leurs Inities tissues de cheveux 8 ; les Galls, couverts de tissus éclatants, amis des couleurs voyantes et variées, comme le plaid des modernes ga&s de l’Écosse 9 * , ou bien à peu près nus, chargeant leurs blanches poitrines et leurs membres gigantesques de massives chaînes d’or ,0. Les Ibères étaient divisés en petites tribus montagnardes, qui, dit Slrabon, ne se liguent guère entre elles, par un excès de confiance dans leurs forces. Les Galls , au contraire, s’associaient volontiers en grandes hordes, campant en grands villages dans de grandes plaines tout ouvertes , se liant volontiers avec les étrangers, familiers avec les inconnus, parleurs, rieurs, orateurs; se mêlant avec tous et en tout, dissolus par légèreté , se roulant à l’aveugle , au hasard , dans des plaisirs infâmes 11 (la brutalité de l'ivrognerie appartient plutôt aux Germaius) ; toutes les

Charisio? Je cite de mémoire). An£(A*7a«, xai àvaîa- 7 txel, xai zil pay*2nfib»ot. Diodor. Sic., lib. IV.

* Strab., I. IV. — Cassa r, Bull. Gall., 1. III , c. 20.

7 II ne faut pas confondre les Ibères avec leurs voisins les Cantabrcs. M. W. de Humboldt a établi cette distinction dans sou admirable petit livre sur la langue des Basques, l'oy. les Éclaircissements.

9 Tpix^aç xtïe&9< xwjjutoaj. Diodor.

9 Diodor. Sicul., 1. V... X<7ûva; pkx paaloùt, Xfwjuasi aavloôaaoTi 2trt\iQtep.ivovi , xai àv ampleur iitezopaowlti o c ehyovt pz€2ot“o TtXtvÔiotf boïvuyHsi xai Bvxvoif ituXu/ifiiiveut. — Virgil., Ænrid., I. VIII, v. 000 : Virgatis luccnt sagulis... — J'ai recueilli ailleurs d'autres passages analogues.

10 Diod. Sicul., 1. V : ÎI*p« rois xapnoitfxui roù« ftsa- Xlotat ÿiXXta fo poùer atpi il toù$ àvxixaf xplxottf aax*‘i oXo xpvaovf, xai daxruÀiovc z{( oX6yov(, in 2i xpveoitf âùpxxaç.

Virgil., Æn.,1. VIII, v. 659.

Aurca c «sa rie» ollis, alqtie aurea reslis

; tùm lactca colla

Auro innecluntur.

M Diodor. Sicul., I. V, ap. Scr. fr., I, 310.— Strab.,

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