‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 13 sur 398 · LIVRE I. — CELTES. — IBERES. — ROMAINS · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CELTES. — IBERES. — ROMAINS

même à cent cinquante milles, chez les Arvcrncs, I autrefois ennemis du parti druidique et populaire, j aujourd'hui scs alliés. Le Vercingétorix ( général en chef) de la confédération , fut un jeune Arverne, intrépide cl ardent. Son père, l'homme le plus puissant des Gaules dans son temps, avait été hrùlé, comme coupable d'aspirer à la royauté. Héritier de sa vaste clientèle, le jeune homme repoussa toujours les avances de César, cl ne cessa, dans les assemblées, dans les fcles religieuses, d’animer scs compatriotes contre les Romains. Il appela aux armes jusqu'aux serfs des campagnes , et déclara que les lâches seraient brûlés vifs ; les fautes moins graves devaient être punies de la perte des oreilles ou des yeux

Le plan du général gaulois était d’attaquer à la fois la Province au midi, au nord les quartiers des légions. César, qui était en Italie, devina tout, prévint tout. Il passa les Alpes, assura la Province, franchit les Cévennes à travers six pieds de neige, et apparut tout â coup chez les Arvernes. Le chef gaulois, déjà parti pour le nord , fut contraint de revenir; ses compatriotes avaient hâte de défendre leurs familles. C’était tout ce que voulait César ; il quille son armée, sous prétexte de faire des levées chez les Allobroges, remonte le Rhône, la Saône, sans se faire connaître, parles frontières des Éducs, rejoint cl rallie scs légions. Pendant que le Vercingétorix croit l’attirer en assiégeant la ville éduenne de Gcrgovie (Moulins), César massacre tout dans Genabum. Les Gaulois accourent , et c'est pour assister à la prise de Noviodunutn.

Alors le Vercingétorix déclare aux siens qu'il n’y a point de salut s’ils ne parviennent à affamer l'armée romaine ; le seul moyen pour cela est de brûler eux-mêmes leurs villes. Ils accomplissent héroïquement celte cruelle résolution. Vingt cités des Bituriges furent brûlées par leurs habitants. Mais quand ils en vinrent à la grande Agendicum (Bourges), les habitants embrassèrent les genoux du Vercingétorix, et le supplièrent de ne pas ruiner la plus IkîIIc ville des Gaules *. Ces ménagements firent leur malheur. I*a ville périt de même, mais par César, qui la prit avec de prodigieux efforts.

Cependant les Educs s'étaicut déclarés contre César, qui, se trouvant sans cavalerie par leur ! défection, fut obligé de faire venir des Germains pour les remplacer. Labiénus, lieutenant de César, eût été accablé dans le Nord, s’il ne s’était dégagé

1 Id., ikiil., c. 4. Igni... necat; leviorc de causa,

auribus desectis, defossis oculis , domum rcmittit.

3 Cæs., I. VII, c. 15. Pulchcrrimam propè totius Galli.e urbem. «pire et pnesidio et nrnamrntn sil civitati.

par une victoire (entre Lulèce el Melun). César lui-même échoua au siège de Gergnvie des Arvernes. Scs affaires allaient si mal, qu’il voulait gagner la province romaine. L’armée des Gaulois le poursuivit et l’atteignit. Ils avaient jûré de ne point revoir leur maison, leur famille, leurs femmes et leurs enfants, qu’ils n'eussent au moins deux fois traverse les lignes ennemies 5. Le combat fut terrible; César fut obligé de payer de sa personne, il fut presque pris , el son épée resta entre les mains des ennemis. Cependant un mouvement de la cavalerie germaine au service de César jeta une terreur panique dans les rangs des Gaulois , et décida la victoire.

Ces esprits mobiles tombèrent alors dans un tel découragement , que leur chef ne put les rassurer qu’en se retranchant sous les murs d'Alésia, ville forte située au haut d’une montagne (dans l'Auxois). Bientôt atteint par César, il renvoya scs cavaliers, les chargea de répandre par toute la Gaule qu'il avait des vivres pour trente jours seulement, et d'amener à son secours tous ceux qui pouvaient porter les armes. En effet , César n'hésita point d’assiéger cette grande armée. Il entoura la ville el le camp gaulois d’ouvrages prodigieux ; d'abord trois fossés, chacun de quinze ou vingt pieds de large et d’autant de profondeur, un rempart de douze pieds , huit rangs de petits fossés , dont le fond était hérissé de pieux et couvert de branchages et de feuilles, des palissades de cinq rangs d'arbres entrelaçant leurs branches. Ces ouvrages étaient répétés du côté de la campagne, et prolongés dans un circuit de quinze milles. Tout cela fut termine en moins de cinq semaines, et par moins de soixante mille hommes.

La Gaule entière vint s’y briser. Les efforts désespérés des assiégés réduits à une horrible famine, ceux de deux cent cinquante mille Gaulois, qui attaquaient les Romains du côté de la campagne, échouèrent également. Les assiégés virent avec désespoir leurs alliés, tournés par la cavalerie de César, s’enfuir cl se disperser. Le Vercingétorix, conservant seul une âme ferme au milieu du désespoir des siens, sc désigna et sc livra comme l’auteur de toute la guerre. Il monta sur son cheval de bataille, revêtit sa plus riche armure, et après avoir tourné en cercle autour du tribunal de César, il jeta son épée, son javelot et son casque aux pieds du Romain, sans dire un seul mot l * 3.

5 C*s., I. VII , c. CO. Ne ad libères , ne ad parentes , ne ad uxorem redit uni habeat , qui. non bis per hostium agmen percquitàrit.

* Plut., in Cæt. — Dio., I. XL, op. Scr. r. fr., 1, 513 :

... Eixi ftkt o\nït, crcmùv H «< yivv...

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HISTOIRE DK FRANCK.

L'armée suivante , tous les peuples (le la Goule essayèrent encore de résister partiellement, et d'user les forees de l'ennemi qu’ils n'avaient pu vaincre. La seule U xellodun uin (Cap-de-Nac, dans le Qucrcy?) arrêta longtemps César. I/exemplc était dangereux; il n'avait pas de temps à perdre en Gaule; la guerre civile pouvait commencer à chaque instant en Italie; il était perdu s'il fallait consumer des mois entiers devant chaque bicoque. 11 lit alors, pour effrayer les Gaulois, une chose atroce, dont les Romains, du reste, n'avaient que trop souvent donné l'exemple; il fil couper le poing à tous les prisonniers.

Dès ce moment , il changea de conduite à l'égard des Gaulois : il Qt montre envers eux d'une extrême douceur; il les ménagea pour les tributs, au point d’exciter la jalousie de la Province. Le tribut fut même déguisé sous le nom honorable de solde militaire Il engagea à tout prix leurs meilleurs guerriers dans ses légions; il eu composa une légion tout entière, dont les soldats portaient une alouette sur leur casque , et qu'on appelait pour cette raison Vatauda *. Sous cet emblème tout national de la vigilance matinale et de la vive gaieté, ces intrépides soldats passèrent les Alpes en chantant, et, jusqu'à Pharsale, poursuivirent de leurs bruyants défis les taciturnes légions de Pompée. L’alouette gauloise, conduite par l’aigle romaine, prit Rome pour la seconde fois, et s'associa aux triomphes de la guerre civile. La Gaule garda, pour consolation de sa liberté, l'épée que César avait perdue dans la dernière guerre. Les soldats romains voulaient l’arracher du temple où les Gaulois l’avaient suspendue : Laisses-la, dit César en souriant, elle est sacrée *.

1 Suelon., in C. J. Cies., c. 25. lo siugulos annos stipendii nomeu imposuit.

* ld.,ibid.,c. H.Unam ex transalpinis conscriptam (legionem) vocabulo quoque gai lieu (alauda enim appellabatur)... posteà universam civitate donavit.

9 Plutarch., in C.T8. 2iç>i£tov ... S $i«aipt*aç aùTos uçtpov, i/xtiSixvt, xai t<3v fUw xadtX il* x«l cv4»7o#y, oux lilfO, Itpbv fyoùfttvof.

4 Si l'on veut qu’Alexandre n’ait paa péri par le poi-

son, on ne peut nier du moins qu'il fut peu regretté des Macédoniens. Sa famille fut exterminée en peu d'années.

6 Les Romains, dit saint Augustin (de Divit. Dei , lib. V , c. 10) , n’ont nui aux vaincus que par le sang qu’ils ont veraé. Ils vivaient sous les lois qu’ils imposaient aux autres. Tous les sujets de l'Empire sont de-

venus citoyens; le petit peuple, qui n’avait point de

terres , a vécu aux frais du public. Sauf la vaine gloire . quel avantage ont-ils tiré de tant de guerres? Leurs

terres ne payent-elles pas tribut ? Ont-ils quelque pri-

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