‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 12 sur 398 · V HH I. - CKLTKS. — IBERES. — ROMAINS · texte numérisé non relu

V HH I. - CKLTKS. — IBERES. — ROMAINS

non sans vraisemblance, que si les Romains avaient, chassé les Suèves, ce u'était que pour leur succéder dans la domination des Gaules. Ils formèrent une vaste coalition, cl César saisit ce prétexte pour pénétrer dans la Belgique. Il emmenait comme guide et interprète le divitiac des Éducs 1 ; il était appelé par les Sérions , anciens vassaux des Édues , par les Rhèmes. suzerains du pays druidique des j Carnulcs J. Vraisemblablement, ces tribus vouées au druidisme, ou du moins au parti populaire, voyaient avec plaisir arriver l'ami des druides, et comptaient l'opposer aux Belges septentrionaux, leurs féroces voisins. C’est ainsi que, cinq siècles après, le clergé catholique des Gaules favorisa l’invasion des Francs contre les Visigolhs et les Bourguignonsariens.

C'était pourtant une sombre et décourageante perspective pour un général moins hardi, que cette guerre dans les plaines bourbeuses, dans les forêts vierges de la Seine et de la Meuse. Comme les conquérants de l'Amérique, César était souvent obligé de se frayer une roule la hache à la main, de jeter des ponts sur les marais, d'avancer avec scs légions, tantôt sur terre ferme, tantôt à gué ou à la nage. Les Belges entrelaçaient les arbres de leurs forêts, comme ceux de l’Amérique le sont naturellement par les lianes. Mais les I'izarre et les Cortcz, avec une telle supériorité d’armes, faisaient la guerre à coup sùr; cl qu’étaicnt-cc que les Péruviens en comparaison de ces dures et colériques populations des Bellovaques et des Nervicns (Picardie, llainaut- Flandre), qui venaient par cent mille attaquerCésar? Les Bellovaques cl les Sucssions s'accommodèrent par l’entremise du divitiac des Édues *. Mais les Nerviens , soutenus par les Atrebatcs et les Veromandui, surprirent l’armée romaineen marche, au bord de la Satnhrc , dans la profondeur de leurs forêts, et se crurent au moment de la détruire. César fut obligé de saisir une enseigne et de se porter lui-mèmc en avant : ce brave peuple fut exterminé. Leurs alliés, les Cimbres, qui occupaient Adual (Namur?), effrayés des ouvrages dont César entourait leur ville, feignirent de se rendre, jetèrent une partie de leurs armes du haut des murs, et avec le re9le attaquèrent les Romains. César

1 C’est déjà ce divitiac qui a exploré le chemin quand César marchait contre les Suèves, I. 1, c. 41. — Les Germains n’ont pas de druides , dit César, 1. VI, e. 2! .

( Neque druides habent... ncque sacrifiais studenl). Iis étaient, à ce qui semble, les protecteurs du parti antidruidique dans les Gaules.

3 Cæs., lik. II, c. 1, et lib. VI, in principio.

5 Jusqu'à l'expédition de Bretagne, nous voyous le divitiac des Édues accompagner partout César, qui sans

en vendit comme esclaves cinquante - trois mille.

Ne cachant plus alors le projet de soumettre la Gaule, il entreprit la réduction de toutes le» tribus des rivages. Il perça les forêts et les marécages des Ménapes et des Horins (Zélande et Gueldre, Gand. Bruges, Boulogne) ; un de ses lieutenants soumit les Unclles, Éburoviens et Lexovicns (Coutances, Évreux, Lisieux); un autre, le jeune Crassus, conquit l’Aquitaine, quoique les barbares eussent appelé d’Kspagnc les vieux compagnons de Sertorius 4. César lui-mèmc attaqua les Vénèlcs , et autres tribus de notre Bretagne. Ce peuple amphibie n’habitait ni sur la terre ni sur les eaux : leurs forts, dans des presqu’îles inondées et abandonnées tour à tour par le (lux, ne pouvaient être assiégés ni par terre ni par iner. Les Véuètcs communiquaient sans cesse avec l’autre Bretagne, cl en tiraient des secours. Pour les réduire, il fallait être maître de la mer. Rien ne rebutait César. Il (il des vaisseaux, il fit des matelots, leur apprit à (ixer les navires bretons en les accrochant avec des mains de fer et fauchant leurs cordages. Il traita durement ce peuple dur; mais la petite Bretagne ne pouvait être vaincue quedans la grande. César résolut d’y passer.

Le monde barbare de l'Occident qu’il avait en- ■ (repris de dompter, était triple. La (îaule entre la Bretagne et la Germanie, était en rapport avec l’une et l’autre. Les Cimbri se trouvaient dans les trois pays ; les Helvii et les Boii dans la Germanie cl dans la Gaule; les Parisii cl les Atrebatcs gaulois existaient aussi en Bretagne. Dans les discordes de la Gaule, les Bretons semblent avoir été pour le parti druidique, comme les Germains pour celui des chefs de clans. César frappa les deux partis et au dedans cl au dehors; il passa l’Océan, il passa le Rhin.

Deux grandes tribus germaniques, les Usipiens et les Tenclèrcs, fatigués au nord par les incursions ! des Suèves comme les Helvètes l’avaient clé au midi,

{ venaient de passer aussi dans la Gaule ($3). César j les arrêta, et sous prétexte que, pendant les pour- | parlers, il avait été attaqué par leur jeunesse, il ! fondit sur eux à l’improvisle, et les massacra tous. Pour inspirer plus de terreur aux Germains, il alla chercher ces terribles Suèves, près desquels aucune

doute leur faisait croire qu’il rétablirait dans la Belgique l’influence du parti éduen, c’est-à-dire druidique et populaire. — L. II, c. 14. Quôd si fccerit , Æduorom auctoritatem apud omnes Belgas amplilicaturum, quorum auxiliis atque opibus, si qua bclla incidcrint, sustentare consuerint.

4 Cm., I. III, c. 23. Duces ii deliguntur qui unà cum Q. Scrtorio omnes aunoa fucrant , summamque sciai tinm roi militari» habere existimabantur.

IIJSTUIHK 1>E KHANCE.

iialioa uVsail habiter jeu dix jours il jeta un pont sur le Rhin, non loin de Cologne, malgré la largeur et l'impétuosité de ce neuve immense. Après avoir fouillé en vain les forêts des Suèves, il repassa le Rhin, traversa toute la Gaule, et la meme année s’embarqua pour la Rretagne. Lorsqu'on apprit à Home ces marches prodigieuses , plus étonnantes encore que des victoires, tant d'audace et une si effrayante rapidité, un cri d'admiration s'éleva. Ou décréta vingt jours de supplications aux dieux. Au prix des exploit s de Cèsur, disait Cicéron, qu'a fait Marins 1 * * ?

Lorsque César voulut passer dans la grande Rrclagnc, il ne put obtenir des Gaulois aucun renseignement sur l’ile sacrée. L’ÉdueDumnorix déclara que la religion lui défendait de suivre César * ; il essaya de s'enfuir, mais le Romain, qui connaissait son génie remuant, le fit poursuivre avec ordre de le ramener mort ou vif; il fut tue en se défendant.

La malveillance des Gaulois faillit être funeste à César dans celte expédition. D'abord ils lui laissèrent ignorer les difficultés du débarquement. Les hauts navires qu'on employait sur l'Océan liraient beaucoup d’eau et ne pouvaient approcher du rivage. 11 fallait que le soldat se précipitât dans cette mer profonde, cl qu’il se formât en bataille au milieu des flots. Les barbares dont la grève était couverle avaient trop d’avantage. Mais les machines de siège vinrent au secours , et nettoyèrent le rivage par une grêle de pierres et de traits. Cependant l'équinoxe approchait; c’était la pleine lune, le moment des grandes marées. En une nuit la flotte romaine fut brisée, ou mise hors de service. Les barbares, qui dans le premier étonnement avaient donné des otages à César, essayèrent de surprendre son camp. Vigoureusement repoussés, ils offrirent encore de se soumettre. César leur ordonna de livrer des otages deux fois plus nombreux ; mais ses vaisseaux étaient réparés , il partit la même nuit sans attendre leur réponse. Quelques jours de plus, la saison ne lui eût guère permis le retour.

L’année suivante, nous le voyons presque en même temps en Illyric, à Trêves et en Rretagne. Il n’y a que les esprits de nos vieilles légendes qui aient jamais voyagé ainsi. Cette fois, il était conduit en Rretagne par un chef fugitif du pays qui avait imploré son secours. Il ne se relira pas sans avoir mis en fuite les Rretons, assiégé le roi Cas-

wallawn dans l'enceinte marécageuse où il avait rassemblé ses hommes et ses bestiaux. Il écrivit à Rome qu’il avait imposé un tribut à ta Rretagne, et y envoya en grande quantité les perles de peu de valeur qu'on recueillait sur les eûtes *.

Depuis cette invasion dans l'Ilc sacrée. César n’eut plus d'amis chez les Gaulois. La nécessité d'acheter Rome aux dépens des Gaules, de gorger tant d'amis qui lui avaient fait continuer le commandement pour cinq années, avait poussé le conquérant aux mesures les plus violentes. Selon un historien, il dépouillait les lieux sacrés, mettait des villes au pillage sans quelles l'eussent mérité 4. Partout il établissait des chefs dévoués aux Romains, cl renversait le gouvernement populaire. La Gaule payait cher l'union, le calme et la culture dont la domination romaiue devait lui faire connaître les bienfaits.

LadisctteobligeantCésardedisperser scs troupes, l'insurrection éclate partout. Les Éburons massacrent une légion , en assiègent une autre. César, pour délivrer celle-ci, passe avec huit mille hommes à travers soixante mille Gaulois. L'année suivante, il assemble à Lulècc les états de la Gaule. Mais les Ncrviens cl les Trévircs, les Sénonais et les Carnules n’y paraissent pas. César les attaque séparément cl les accable tous. Il passe une seconde fois le Rhin, pour intimider les Germains qui voudraient venir au secours. Puis, il frappe à la fois les deux partis qui divisaient la Gaule ; il effraye les Sénonais, parti druidique et populaire (?), par la mort d’Acco, leur chef, qu’il fait solennellement juger et mettre à mort; il accable les Éburons, parti barbare et ami des Germains, en chassant leur intrépide Ambiorix dans toute la forêt d'Ardenne, cl les livrant tous aux tribus gauloises qui connaissaient mieux leurs retraites dans les bois et les marais, et qui vinrent, avec une lâche avidité, prendre part à celle curée. Les légions fermaient de toute part ce malheureux pays, et empêchaient que personne pût échapper.

Ces barbaries réconcilièrent toute la Gaule contre César (lîij. Les druides et les chefs des clans sc trouvèrent d’accord pour la première fois. Les Edues même étaient, au moins secrètement, contre leur ancien ami. Le signal partit de la terre druidique des Carnulcs, de Gcnabum. Répété par des cris à travers les champs et les villages5, il parvint le soir

1 Cicer., De provinc. consularibu* : Ille ipse C. Ma-

rius... non ipse ad eorum urbes sedesque penctravit.

a Cæs., I. Y, c. 0 : Qu6d rcligionibut aese diceret

impediri.

8 Suc ton., in J. Cesare, e. 47 : Britanniara peliissc spe margnritarum... mulli prodiderunt.

* Siepitis ob prædam quàtn ok delictum. Ibid. , c. 54.

5 Cæs., I. Vit , c. 3. Nam, ubi major... incidit res , clamorc per agros regionesque signiticant ; hune alu deinceps cxcipiunt et prosimis traduut.

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