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CHAPITRE IV

RÉCAPITULATION. — «YSTtlES DIVERS. — INFLUENCE DES RACES INDIGÈNES, DES RACES ÉTRANGÈRES. — SOURCES CELTIQUES ET LATINES DE LA LANGUE FRANÇAISE. — DESTINEE DE LA RACE CELTIQUE.

Le génie hclléno-ccllique s’est révélé par Pelage dans la philosophie religieuse; c’est celui du moi indépendant, de la personnalité libre. L'élément germanique, de nature toute différente, va venir lutter contre, l’obliger aiusi de se justifier, de se

1 Le premier qui teuta cette conciliation difficile, ce fut le moine Jean Cassien , disciple de saint Jean Chrysostémc , et qui plaida près du pape pour le tirer d’exil. Il avança que le premier mouvement vers le bien parlait du libre arbitre, et que la grAcc venait ensuite l’éclairer et le soutenir; il ne la crut pas, comme saint Augustin, gratuite et prévenante, mais seulement efficace. (Collât. XIII , c. 8 : Qui ( Deus) cûm in nobis ortum quemdam bonæ voluntatis inspexerit, illuminât eam confeslim atquc confortât, et incitât ad salutem. — Aposlolus testis est, dicens : Voile adjacet roilii, perliccrc autem bonura non iuvenio.) Il dédia un de scs livres A saint Honorât, qui avait, comme lui, visité la Grèce (Gallia Christ., I), et qui fonda Lérins , d’où devaient sortir 1rs plus illustres défenseurs du sentipélagianisme. La lutte s’engagea bientôt. Saint Prosper d'Aquitaine avait dénoncé à saint Augustin les écrits de Cassien, et tous deux s'étaient associes pour le combattre. Lérins leur opposa Vincent, et ce Faustus qui soutint contre Mamrrl Claudieu la matérialité de l'Ame, et qui écrivit, comme Cassien , contre Ncstorius, etc. Arles et Marseille inclinaient au semi-pélagianisme. Le peuple d'Arles chassa son évêque, saint Héros, qui poursuivait Pélage, et choisit après lui saint Houorat; A saint Honorât succède saint nilaire, son parent, qui soutint comme lui les opinions de Cassien, et fut comme lui enterré A Lérins, etc. Gcunadius écrivit , au neuvième siècle, l'histoire du semi-pélagianisme. — sur cette controverse les excellentes leçons de M. Gui-

| développer, de dégager tout ce qui est cil lai. Le moyen âge est la lutte; le temps moderne est la victoire.

Mais avant d’amener les Allemands sur le sol de la Gaule, et d’assister à ce nouveau mélange, j’ai besoin de revenir sur tout ce qui précède , d’évaluer jusqu'à quel point les races diverses établies sur le sol gaulois avaient pu modifier le génie primitif de la contrée, de chercher pour combien ces races avaient contribué dans l'ensemble , quelle avait été la mise de chacune d'elles dans celle communauté, d’apprécier ce qui pouvait rester d’indigène sous tant d'éléments étrangers.

Divers systèmes ont été appliqués aux origines de la France.

Les uns nient l'influence étrangère; ils ne veulent point que la France doivent rien à la langue , à la littérature, aux lois des peuples qui l’ont conquise. Que dis -je? s’il ne tenait qu’à eux, on retrouverait dans nos origiues les origines du genre humain. Le Brigant et son disciple, Latour- d’Auvergne, le premier gTenadicr de la république, dérivent toutes les langues du bas -breton; intrépides et patriotes critiques, il ne leur suffit pas d’affranchir la France, ils voudraient lui conquérir le monde. Les historiens et les légistes sont moins audacieux. Cependant l'abbé Dubos ne veut point que la conquête de Clovis soit une conquête; Grosley

zol. La question n'est posée nulle part avec plus de précision.

3 Sitlon. Apolliii., epist. ad Basil. : ... Sacratissimorum pontificuin, Lenntii, FauMi,ete, — En 417, saint Hilaire d’Arles l’oblige de s'asseoir, quoique simple prêtre, entre «leux saints évêques, ceux de Fréjus et de Riez. Hist. littéraire de France, I, 340.

* Gallia Christ., III, 1 189. Lérins fut foudé par saint Honorât, dans le diocèse d'Antibes, A la fin du quatrième siècle. Saint Hilaire d’Arles, et saint Césaire, Sidonius de Clermont , Ennodius du Tésin , Honorât de Marseille, Faustus de Riez, appcllcnl Lérins l'ilc bienheureuse, la terre des miracles, l’ile des Saints (on donna aussi ce nom à l’Irlande), la demeure de ceux qui vivent en Christ, etc. (/y,oy. aussi Euchcr.,ad Tlilar Sid. Apoll.,in Eucharist.; Cæsarius,in)]om.,XX.) Innocent fit réformer ce monastère. Il fut soumis A Cluny, puis A Saint-Victor de Marseille eu 1560 ; enfiu en 1310, au Mout-Cassiu. » Aujourd'hui, discut les auteurs de la Gallia Christian! (en 172a), il n'y reste que six religieux, dont trois septuagénaires. • — Lérins avait de grands rapports avec Saint-Victor de Marseille, fondé par Cassien, vers 410. Selon un contemporain , on suivait à Saint-Victor les pratiques des moines d'Egypte ( Gall. Christ., II ) ; et Ennodius dit de Lérins (de laude Eremi ad Hilar. ) : * ll.ee ( Lcriua ) nunc linbet scncs illos qui divisis ccllulis Ægypüos patres Galliis uoslris iuluterunt. « — Les deux couvents furent une pépiuière de libres penseurs.

afRrme que noire droit coutumier est anterieur à César.

D'autres esprits , moins chimériques peut-être, mais placés de même dans un point de vue exclusif et systématique, cherchent tout dans la tradition, dans les importations diverses du commerce ou de la conquête. Pour eux , notre langue française est une corruption du latin, notre droit une dégradation du droit romain ou germanique, nos traditions un simple écho des traditions étrangères. Ils donnent la moitié de la France à l’Allemagne, l'autre aux Romains; elle n'a rien à réclamer d'elle-méme. Apparemment ces grands peuples celtiques, dont parle tant l'antiquité, c'était une race si abandonnée, si déshéritée de la nature, qu'elle aura disparu sans laisser trace. Celte Gaule, qui arma cinq cent mille hommes contre César, et qui parait encore si peuplée sous l'Empire, elle a disparu tout entière, elle s’est fondue par le mélange de quelques légions romaines, ou des bandes de Clovis. Tous les Français du Nord descendent des Allemands, quoiqu'il y ait si peu d'allemand dans leur langue. La Gaule a péri, corps et biens, comme l'Atlantide. Tous les Celtes ont péri , et s'il en reste , ils n'échapperont pas aux traits de la critique moderne. Pinkerton ne les laisse pas reposer dans le tombeau ; c’est un vrai Saxon acharné sur eux, comme l'Angleterre sur l'Irlande. Ils n’ont eu, dit-il. rien en propre, aucun génie original; tous les gentlemen descendent des Golhs (ou des Saxons, ou des Scythes; c’est pour lui la même chose). II voudrait, dans son amusante fureur, qu'on instituât des chaires de langue celtique - pour qu'on apprit à sc moquer des Celtes.»

Nous ne sommes plus au temps où l’on pouvait choisir entre les deux systèmes, et se déclarer partisan exclusif du génie indigène, ou des influences extérieures. Des deux côtés , l'histoire et le bon sens résistent. 11 est évident que les Français ne sont plus les Gaulois; on chercherait en vain parmi nous ces grands corps blancs et mous, ces géants enfants qui s'amusèrent à brûler Rome. D'autre part, le génie français est profondément distinct du génie romain ou germanique; ils sont impuissants pour l'expliquer.

Nous ne prétendons pas rejeter des faits incontestables ; nul doute que notre patrie ne doive beaucoup à l’influence étrangère. Toutes les races du inonde ont contribué pour doter celte Pandore.

La base originaire, celle qui a tout reçu, tout

1 Us y ont etc souvent maltraités, il est vrai , mais bien moins i|u*aillrurs. Il» ont eu des écoles à Montpellier, cl dans plusieurs autres villes de Languedoc ci de Provence.

5 /'oif. plus bas.

accepté, c'est celte jeune, molle et mobile race des Gacls, bruyante, sensuelle et légère, prompte à apprendre, prompte à dédaigner, avide de choses nouvelles. Voilà l’élément primitif, l’élément perfectible.

Il faut à de tels enfants des précepteurs sévères. Ils en recevront et du Midi et du Nord. La mobilité sera fixée, la mollesse durcie et fortifiée; il faut que la raison s'ajoute à l'instinct, à l'élan la réflexion.

Au Midi apparaissent les Ibères de Ligurie et des Pyrénées, avec la dureté et la ruse de l’esprit montagnard, puis les colonies phéniciennes ; longtemps après viendront les Sarrasins. Le midi de la France prend de bonne heure le génie mercantile des nations sémitiques. Les juifs du moyen âge s'y sont trouvés comme chcx eux *. Les doctrines orientales y ont pris pied sans peine à l'époque des Albigeois *.

Du Nord, descendent de bonne heure les opiniâtres Kymry, ancêtres de nos Bretons et des Gallois d'Angleterre. Ceux-ci ne veulent point passer en vain sur la terre, il leur faut des monuments; ils dressent les aiguilles de Locmariaker, et les alignements de Carnac; rudes et muettes pierres, impuissants essais de tradition que la postérité n'entendra pas. Leur druidisme parle de l'immortalité ; mais il ne peut pas même fonder l'ordre dans la vie présente; il aura seulement décelé le germe moral qui est en l’homme barbare, comme le gui, perçant la neige , témoigne pendant l'hiver de la vie qui sommeille. Le génie guerrier l’emporte encore. Les Bolg descendent du Nord, l’ouragan traverse la Gaule, l’Allemagne, la Grèce, l’Asie Mineure; les Galls suivent, la Gaule déborde par le monde. C’est une vie, une séve exubérante, qui coule et $c répand. Les Gallo-Belges ont l'emportement guerrier et la puissance prolifique des Bolg modernes de Belgique et d'Irlande. Mais l’impuissance sociale de l’Irlande et de la Belgique est déjà visible dans l'histoire des Gallo-Belges de l'antiquité. Leurs conquêtes sont sans résultat. La Gaule est convaincue d’impuissance pour l'acquisition comme pour l’organisation. La société naturelle et guerrière du clan prétaul sur la société élective cl sacerdotale du druidisme. Le clan . fondé sur le principe d’une parenté vraie ou fictive, est la plus grossière des associations ; le sang, la chair en est le lien ; l’union du clan se résume en un chef, en un homme*.

Il faut qu’une société commence, où l'homme

8 Indépendamment de ce lien commuu, quelquesuns se voueront à cet homme qui les nourrit, qu'ils aiment. Ainsi prendront naissance lesr/éroitéa des Galls et des Aquitains.— Ciesar, B. Gall.. I. III, c. 22 : Devoti, quoi illi suldurios appellant... Ncque adluic reperlus

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