L'ORDRE DU TEMPLE
nement des favoris d’Édouard II , qui les tenait humiliés devant la France. Les Gibelins d’Italie appelaient le nouvel empereur, Henri de Luxembourg, pour détrôner le petit-fils de Charles d’Anjou, le roi Robert, grand clerc et pauvre roi, qui n'était habile qu’en astrologie. La maison de France risquait de perdre son ascendant dans la chrétienté. L’Empire , qu’on avait cru mort , menaçait de revivre. Dominé par ces craintes, Philippe permit à Clément de déclarer que Boniface n'était point | hérétique 4, en assurant toutefois que le roi avait i agi sans malignité, qu'il eût plutôt, comme un autre Seni , caché la honte, la nudité paternelle... Nogarct lui-même est absous, à condition qu'il ira : à la croisade (s’il y a croisade), et qu’il servira , toute sa vie à la terre sainte ; en attendant, il fera tel et tel pèlerinage. Le continuateur de Naugis ajoute malignement une autre condition, c’est que Nogaret fera le pape son héritier 5.
Il y eut ainsi compromis. Le roi cédant sur Boniface , le pape lui abandonna les templiers. Il livrait les vivants , pour sauver un mort. Mais ce mort était la papauté elle-même.
Ces arrangements faits en famille, il restait à les faire approuver par l'Église. Le concile de Vienne s'ouvrit le 16 octobre 1512 ; concile œcuménique, où siégèrent plus de trois cents évéques; mais il fut plus solennel encore par la gravité des matières ! que par le nombre des assistants.
D'abord on devait parler de la délivrance des saints lieux. Tout concile en parlait, chaque prince prenait la croix , et tous restaient chez eux. Ce n'était qu’un moyen de tirer de l’argent*.
4 Cette timide et incomplète réparation ne semble pas suffisante à Villaui. Il ajoute, saus doute pour rendre la chose plus dramatique et plus honteuse aux Français, que deux chevaliers catalans jetèrent le | gant, et s'offrirent pour défendre en combat l'innocence | île Boniface. Villani , 1. IX, c. 22, p. 454.
3 Contin. Guil. de Naug., ad ann. 1311.
3 I.a pièce suivante, trouvée i l'abbayc des dames de Longcliarap , est un échantillon des merveilleux récits par lesquels ou tâchait de réchauffer le zèle du peuple pour la croisade : « A Irez sainte dame de la real linguiée des Françoiz, Jehenne Roy ne de Jérusalem et de Cécile , notre Irez honorable cousine , Ilue roy de Cypre , touz ses boz désirs emprospérilé venir. Esjouisscz vous et elessirz avecqueznous et avecqucz lez autrez ; crcsticnz portans le stagne de la croix , qui pour la i rcverance de Dieu et la venjance du Irez doulz Jlicsuj crist qui pour nous sauver voull estre en l'autel de la crois sacre fi< z , se combatent contre la Irez mcscréant genls des Turs. Eslevcz au ciel le cri de vous voiz au plus baut que vous pourrez et criez ensemble et laitez crier eu rendant gracez et loangez sanx jamcz cesser à la benoîte Trinité et à la Irez glorieuse Vierge Marie de
Le concile avait à régler deux grandes affaires, celle de Roniface, et celle du Temple. Dès le mois de novembre, neuf chevaliers se présentèrent aux prélats , s’offrant bravement à défendre l’ordre , et déclarant que quinte cents ou deux mille des leurs
si Bollcmpiifl si grant et singullicr bénéfice qui onqurs maiz tel dusquez à liore ne fu ouis, lequel je faiz savoir. Quar le xxini jour de juing, nous avecquez lez autrez creslienz signés du singne de la croix , estions assemblez en un plain entre Smirme et haut lieu, là ou rstoit l’ost et l'assemblée Irez fort et trez puissant des Turs prez de xii. c. mille, et nous erestiens environ cc. mille, meus et animez de la vertu divine, coraansamez à si vigrcuscmcnt couibatre et si grant multitude de Tura mettre à mort, que environ de heure de vesprez nouz feusmez tant lassez et tant afoihloiez que nous u’en poyonz pluz. Mais tous ebeux à terre atandions la mort et le loier de notre martire , pour ce que des Turs avoit encore moult deschicllez qui encore point ne scsloicnt combatu ne nestoient de rienz travaillez et venoient contre nous, aussi désiraux de boire notre sanc comme chicnz sont désiraux de boire le sanc des lievrez. Et beu l'eussent, si la trez haute doulceur du ciel ne eust aullremcnt pourveu. Maiz quant les chevaliers de Jbcsucrist se regardèrent que il estoient vcijuz à tel point de la bataille, si commcncierent de cucr crosemblc à crier a voiz enroueez de leur grant labeur cl de leur grant frblcsce : O Irez doulzfilz de la Irez doulce Vierge Marie, qui pour nous racheter vousiz eslre crucifiez, donne nous ferme espérance et veillez nox cuers si en vous conl'ermcr que nous pussions par l'amour de ton glorieux non le loier de martire recevoir, que pluz ne nous poonz deflaudre de cez chiens meacreanz. Kl ainci comme nous eslienz en oraison en pleurs et en larmez, en criant alassez vois enroueez, et la mort Irez amere atendanz, soudainement devant nnz tentez «parut, suz un trez blanc cheval si Irez haut que nulle beste de si grant hauteur nest , unz homs eu sa main portant Lanière ni champ plus blanche que nulle rienz à une croiz vermeille plus rouge que sanc , et esloil vestu de peuz de charnel , et avoit trez gi aul et trez longue barbe et de maigre face clere et reluisant comme le soleil, qui cria a clerc et haute voiz : • O les genz de ihesucrist, ne vouz doublez. Vcci la majesté divine qui vooz a ouver lez cielx et vouz envoie aide invisible. Levez suz et vous recoufortez et prenez de la viaude et venez vigreuseraent avecquez moi combatre, ne ne vouz doublez de rienz. Quar des Turs vous aurez victoire cl peu mourrons de vouz et ceulx qui de vouz mourront auront la vie perdurablc. • Et adonc nous nouz ievamez toux , si réconfortez et aussi comme se nous ne nous feussienz unquez combatuz et soudainement nous assillemez ( assaillîmes) les Turs de trez grand cucr et nous combatimez toutez nuit, et si ne poons paz bien vraiement ilire nuit, car la lune non pas comme lune, inaiz comme le soleil resplendissant. Et le jour veuu, les Turs qui demeurez estoient , senfonirent si que pluz ne |rz veismez et aussi par l’aide de Dieu nous eûmes victoire de la bataille, et de malin nous nous scnlicnz plus fors que nous ne faisions an commencement de la première
I étaient à Lyon ou dans les montagnes voisines , tout prêts à les soutenir. Effrayé de celte déclaration , ou plutôt de l'intérêt qu'inspirait le dévouement des neuf, le pape les fit arrêter *,
Dès lors, il n’osa plus rassembler le concile. Il
liataille. Si feimez chanter une messe en lonueur de la henoite Trinité et de la benoite Vierge Marie, et dévotement priamcz Dieu que il nous vouait octroier grâce que lez corps dez sainz martirs nous puissions recon- ; noistre des corps aux mcscrcanz. Et adonc celui qui i devant nous avoit aparul nous dit : • Vous aurez ce que vous avez demandé et plus grant ehose fera Dieu pour vouz, se fermement en vraie foy perseverez. • Adonc i tle notre propre bouche li demandâmes : • Sire, di nous qui es tu , qui si granz choses ss fait pour noos, poorquoy nouz puissions au pucplc crcslicn ton nom manifester. » Et il respondi : « Je suis celui qui dist : Ecce agnus Dei, Ecce qui lollis peccata tnundi. Celui de cui aujourduv vous célébrez la Teste. * Et ce dit , pluz ne le veismez, mais de lui nous demoura si trez grant et si , trez soueve oudeur que ce jour et la unit ensuivant nous en feumez parfaitement soustenus reereez et repuez sans autre soutenance de viande corporelle. Et en ccste si parfaite récréation nous ordenemez de ' querre et dénombrer lez corps dez sainz martirs et quant nous veinmez au lieu nous trouvasraes au chief de chaccun corps dez crestieuz un loue fut stnz wranchez ( branches) qui avoit au coupel une trez blanche Heur ronde comme une oiste (hostie) que l'on consacre, et en celle fleur avoit escript de lettrez dor : Je soi crestien. Et adonc nous lez séparâmes des corps dez meacreanz, en merci» ut le souverain Seingneur. Et ainsi comme nous vonlienz suz lez corps faire dire l'office des mors , c y comme lez creslienz ont acoustumc a faire, lez voix du ciel sanz nombre entonnèrent et levèrent un chaus de si 1res doulce mélodie que il sembloit j a chaccun de nous que nous feussienz en possession de I la vie perdurablc, et par lit fois chantèrent ce verset : Venite, benrdicti patris mei, ete. Venez lez benois filz de mon pere , et vous metez en possession du royaume qui vouz est aplie dez le commencement du monde. Et adonc nous ensevelismez lez corps , cest a savoir 111 mille et cinquante et II, jouste la cite de Tetbayde qui fu jadiz une cite singulière , laquelle , avecquez le pays dileuc environ , nous tenonz pour nous et pour loiaux crestieuz. Et est cc pays tant plaisaut cl delitable et plantureux que nul bon crestien qui soit la, i ne se puet doubler qne il ne poist bien vivre et trouver sa soustenance. Et les charoingnez des corps des mcscrcanz cy comme nous Ica poimez nombrer, furent pluz ; de LXxm.N.Si avons espérance que le temps est présent ! venu que la parole de lEuvaugele sera verefiee qui dit qu'il sera une bergerie et un pasteur, ccst-a-dirc que toutez manières de gent seront d'une foy emsetnblez en i la maison et lobediance de S" cglise dont Jlicsucrist sera pasteur. Qui est benedictus in secula seculorum. j Amen. Et avint cedit miracle en lan de grâce mil ccc.
( et XLVii. Archives, Section hist., M. 105.
' f'oy. la lettre de Clément V au roi de France, I 1 1 nor. 151 1 , dans Raynotiard. p. 177.