‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 335 sur 398 · LIVRE VIII. — LE MT. D’ORLÉANS · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — LE MT. D’ORLÉANS

courir après eux , (le finir la secesiio , de rappeler la tjena togala du mont Aventin.

L’université ne s'en tint pas à ces moyens négatifs. Bientôt, associée au petit peuple, clic donna scs ordres à l’hôtel Saint -Paul, et traita le roi presque aussi mal qu’elle avait traité le pape. Dans cette éclipse misérable de la papauté, de l’Empire, de la royauté, l’université de Paris trônait, férule en main, et se croyait reine du monde.

F.l il y avait bien quelque raison dans cette absurdité. Avant rimprimerie,avant la domination de la presse, sous laquelle nous vivons , toute publicité était dans l’enseignement oral, que dispensaient les universités; or la première et la plus influente de toutes était celle de Paris.

Puissance immense, à peu près sans contrôle. El dans quelles mains se trouvait -clic? Aux mains d’un peuple de docteurs, aigris par la misère, en qui d’ailleurs la bainc, l’envie, les mauvaises passions, avaient été soigneusement cultivées par une éducation de polémique et de dispute. Ces gens arrivaient à la puissance, ils devaient montrer bientôt combien l’éristique sèche et durcit la fibre ! morale, comment, portée du raisonnement dans la réalité, elle continue d’abstraire, abstrait la vie et raisonne le meurtre , comme toute autre négation.

De bonne heure , l’université avait commencé la guerre contre le duc d’Orléans. Dès 1403, elle : déclara les ennemis de la soustraction d’obédience, ! les amis du pape, pécheurs et fauteurs du schisme. Le prince, si clairement désigné, demanda réparation ; mais le même soir, l’un des plus célèbres docteurs et prédicateurs , Courlccuisse , renouvela l'invective. »

Deux ans après, l’université saisit une occasion de frapper un des principaux serviteurs du duc d’Orléaus et de la reine, le sire de Savoisy. Ce seigneur, qui avait fait des expéditions heureuses contre les Anglais , avait autour de lui une maison | toute militaire, des serviteurs insolents, des pages ' fort mal disciplinés ; un de ceux-ci donna des éperons à son cheval tout au travers d’une procession de l'université; les écoliers le souffletèrent, les gens de Savoisy prirent parti , poursuivirent les écoliers qui se jetèrent dans Sainte-Catherine; des j portes, ils tirèrent au hasard dans l’église, au grand effroi du prêtre qui disait la messe en ce moment, j

1 11 déclara même qu’il était prêt à pendre le cou- j pable de sa propre main : Quod deliquentem ipsemet I manu proprià libenter daret suspendio. Religieux de I Saint -Denis, ms., folio 430.

3 Le roi ne put sauver qu'une galerie peinte à fresque, qui était l<A lie sur les murs de la ville, et ,

LE Dlf. DE BOURGOGNE. — 1400-1407. »78

Plusieurs écoliers furent blessés. Savoisy eut beau demander pardon à l’université, et offrir de livrer les coupables *. Il fallut qu’il perpétuât le souvenir de son humiliation, en fondant une chapelle de cent livres de rente; que son propre hôtel, l’un des plus beaux d’alors, fût démoli de fond en comble. Les peintures admirables dont il était décoré , ne purent toucher les scolastiques a. La démolition se fit à grand bruit, au son des trompettes qui proclamaient la victoire de l'université *.

Elle avait suspendu ses leçons , et défenda les prédications, jusqu’à ce qu'elle eût obtenu cette réparation éclatante. Elle usa du même moyen, lorsque Beuoll XIII s’étant échappé d’Avignon, le duc d'Orléans fil révoquer par le roi la soustraction d’obédience, et que le pape ordonna la levée d’une décime sur le clergé , dont le duc aurait profité sans doute. Un concile assemblé à Paris n’osait rien décider. L’université, par l’organe d’un de ses docteurs, Jean Petit, éclata avec violence contre le pape 4, contre les fauteurs du pape, contre l’université de Toulouse qui le soutenait ; celle de Paris exigea du roi un ordre au parlement de faire brûler la lettre qu’avaient écrite ceux de Toulouse à celte occasion. La terreur était si grande, que le même Savoisy, récemment maltraité par l'université , se chargea de porter au parlement l’ordre du roi *. Cet homme, intrépide devant les Anglais, rampait devant la puissance populaire, dont il avait vu de si près la force et la rage.

On peut juger de l’insolence des écoliers après de telles victoires, ils se croyaient décidément les maîtres sur le pavé de Paris. Deux d’entre eux, un Breton et un Normand, firent je ne sais quel vol 6. Le prévôt, messirc de Tignonvillc, ami du duc d’Orléans . jugeant bien que , s’il les renvoyait à leurs juges ecclésiastiques , ils se trouveraient les plus innoceutes personnes du monde, les traita comme déchus du privilège de cléricalurc, les mit à la torture, les fit avouer , puis les envoya au gibet. Là-dessus, grande clameur de l’université cl des clercs en général.

Les princes ne pouvant abandonner le prévôt , répondaient aux universitaires qu’ils pouvaient aller dépendre cl inhumer les corps, et qu'il n’en fût plus parlé. Mais ce n’était pas leur compte; iis voulaient que le prévôt fondât deux chapelles, qu’il fût déclaré inhabile à tout emploi , qu'il allât dé-

oii lui en fit payer la valeur. Religieux, folio 430 verso.

3 Cum lituis et instrumenté musicis. td., ibid.

* Contra tricas et ludiûcationes Benedicti. Bulæus, ilist. universitatis Parisiensis, p. 130, 133.

3 Religieux de Saint-Denis, ms., 477 verso.

* l.alrrwiuia prrpetrala. Id., folio 550.

pendre lai-même les deux clercs, et les inhumât de ses mains, après les avoir baisés, ces cadavres déjà pourris et infects, à la bouche

Tout leelergé soutint l’université. Non-seulement les classes furent fermées , mais les prédications saspcnducs, et cela , dans le saint temps de Noël , pendant tout l’A vent, tout le carême, à la fête même de Pâques J. Déjà, l'année précédente, les prédications et l'enseignement avaient été suspendus aux mêmes époques, pour ne pas payer la décime. Ainsi le clergé se vengeait aux dépens des âmes qui lui étaient confiées, il refusait au peuple le pain de la parole, dans le temps des plus saintes fêles, parmi les misères de l’hiver, lorsque les âmes ont tant besoin d’être soutenues. La foule allait aux églises, et u’y trouvait plus de consolation 3. L'hiver, le printemps, passèrent ainsi silencieux et funèbres.

Le duc d’Orléans avait beaucoup à craindre; le peuple s'en prenait de tout à lui. Son parti s'affaiblissait. Il reçut un nouveau coup par la mort de son ami Clisson. Tant qu'il vivait, tout vieux qu’il était, Clisson faisait peur au duc de Bretagne.

Quelque temps auparavant, le duc et la reine se promenant ensemble du côté de Saint-Germain, un effroyable orage fondit sur eux ; le duc se réfugia dans la litière de la reine ; mais les chevaux effrayés ; faillirent les jeter dans la rivière. La reine eut peur, le duc fut touché; il déclara vouloir payer j ses créanciers, ne sachant pas sans doute lui-même combien il était endetté. Mais il en vint plus de ; huit cents 4; les gens du duc ne payèrent rien, et les renvoyèrent.

Dans ce triste hiver de 1407, le duc et la reine crurent ramener les esprits eu ordonnant, au nom du roi, la suspension du droit de prite, celui de tous les abus qui faisait le plus crier. Les maîtres d’hùtcl du roi, des princes, des grands . prenaient sur les marchés, dans les maisons, tout ce qui pou-

1 Post oris osculum. Religieux de Saint-Denis , ms., ! lolio 550 verso.

3 Solcrani tempore Natalis Durai ni, Quadrngesima? et . Rrsurrectionisejos. ld., folio 551.

3 En récompense, les ménétriers semblent s'élre multipliés. Leur corporation devient importante. Elle fait confirmer ses statuts. Bibl. royale, Portef. Foutauico, 107-180, 24 avril 1407.

* Plus quant sccc viri ex diversis regni partibus convrnientes dictà die. Religieux, 45i verso, anno 1405.

3 Ils le suspendirent pour quatre ans. Ordonnances,

Page 1