‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 334 sur 398 · LIVRE VIII. - LE DUC D'ORLÉANS, LF. DUC DK BOURGOGNE · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. - LE DUC D'ORLÉANS, LF. DUC DK BOURGOGNE

course heureuse contre les Anglais *. Des secours furent envoyas aux Gallois 3. Les chefs de ces expédition, Albret, Armagnac, Savoisy , Rieux, Duehàtc) , étaient tous du parti d’Orléans.

L’exaspération de Paris contre les taxes, la jalousie des princes contre le duc d'Orléans, rendirent un moment Jean sans Peur maître de tout. Le roi de Navarre, le roi de Sicile, le duc de Berri déclarèrent que tout ce que le duc de Bourgogne avait fait , était bien fait. Le clergé et l'université prêchèrent en ce sens. Puis, les princes allèrent un à un à Melun prier le duc d’Orléans de ne plus assembler de troupes , et de laisser la reine revenir dans sa bonne ville. Le vieux duc de Berri s’emporta jusqu’à dire à son neveu, qu’il n’y avait aucun des princes qui ne le tint pour ennemi public; à quoi le duc d'Orléans répliqua seulement : «* Qui a bon droit , le garde 5 ! »

Il répondit aussi à l'ambassade de l'université, au recteur, aux docteurs, qui venaient le sermonner sur les biens «le la paix. Il les harangua à son tour en langue vulgaire, mais dans leur style, opposant syllogisme à syllogisme , citation à citation. Il concluait par les paroles suivantes, auxquelles il n'y avait , ce semble, rien à répondre : « L'université ne sait pas que le roi étant malade et le Dauphin mineur, c'est au frère «lu roi qu'il appartient de gouverner le royaume. Et comment le saurait-elle? L'université n'est pas française ; c'est un mélange d’hommes «le toute nation 4 ; ces étrangers n’ont rien à voir dans nos affaires... Docteurs, retournez à vos écoles. Chacun son métier. Vous n’appelleriex pas apparemment des gens d’armes à opiner sur la foi *. » El il ajouta d'un ton plus léger : •> Qui vous a chargés de négocier la paix entre moi et mon cousin de Bourgogne? Il n’y a entre nous ni haine ni discorde *. ■*

Le duc de Bourgogne comptait sur Paris. Il avait achevé de gagner les Parisiens par la bonne disci-

Irnsem adiit civitatem , ipsis manda us quod si exire audebant... — Le connétable d’Albrel et le comte d'Armaguac , employant tour à tour les armes et l’argent , se (ireui rendre soixante forts ou villages fortifiés. Religieux de Saint-Denis, ms., folio 471 verso.

1 Id., folio 560.

3 l«l., folio 461 verso.

s Qui bonam causant habet , enm brnr custodiat. Id., folio 460. Sur lea pcnnoncraux de leurs lances les Bourguignons porloient, i rh kouti, je tiens; à rencontre desOrléanois quiavoient je l'envie. lonstrclel , 1 , 176.

4 Bulaeus, Disions uuiversitatis Parisiensis, t. V, p. 120.

4 In casu fidei ad cousilium milites non cvocarctis. Religieux de Saint-Denis, ms., folio 460.

4 Sibi enim cum ro nullam simultatem esse sut dit-

i pline de ses troupes qui ne prenaient rien sans | payer. Les bourgeois avaient clé autorisés à se ; mettre en défense, à refaire les chaînes de fer qui j barraient les rues ; on en forgea plus de six cents ; en huit jours. Mais quand il voulut mener plus loin les Parisiens , et les décider à le suivre contre le duc d’Orléans, ils refusèrent nettement. Ce refus { rendit la réconciliation plus facile. Les princes consentirent à un rapprochement. Les deux partis avaient à craindre la disette. Le duc d’Orléans rentra dans Paris, toucha dans la main au duc de Bourgogne 7, et consentit aux réformes qu'il avait proposées. Quelques suppressions d’officiers, quelques réductions de gages , ce fut toute la réforme. Mais la discorde restait la môme entre les princes. I Le duc d’Orléans, doux cl insinuant, avait trouvé moyen de regagner son oncle de Berri, et presque tout le conseil ; il reprenait peu à peu le pouvoir. I On essaya bientôt d'un nouvel accord aussi inutile I que le premier.

Il n’y avait qu'une chance de paix ; c'était le cas où les Anglais, par leurs pirateries, par leurs ravages autour de Calais, décideraient le duc de Bourgogne, comte de Flandre, à agir sérieusement contre eux, et & s’arranger avec le duc d'Orléans. On put croire un moment que les ennemis de la , France lui rendraient ce service. En 1408, les Anglais voyant que Philippe le Hardi était mort, crurent avoir meilleur marché de la veuve et du jeune duc ; ils tentèrent de s'emparer du port de l’Ecluse. Et ceci ne fut pas une tentative individuelle, un coup de piraterie, mais bien une expédition autorisée , par une flotte royale , et sous la conduite du duc de Clarencc, le propre fils de Henri IV *. C'était justement le moment où le nouveau comte de Flandre venait de renouveler les trêves marchandes avec les Anglais *.

Voilà les princes d’accord pour agir contre l'ennemi. Le duc de Bourgogne se charge d’assiéger

cordiam. Bulxus, Hist. univers. Paris., ibid. Monstrelet prétend que le duc d'Orléans avait pris l'université pour juge et arbitre, t. I, p. 174, — Ce qui est plus sùr, c'est qu’il s'adressa au parlement : Si requeroit la cour i qu'elle ne soufTrist ledict Dauphin cslre transporté... Archives, Registres du Parlement, Conseil, vol. XII, folio 222.

7 Cum amplexu pacitiro datis dexlris. Religieux, ms.,

: folio 467. Si l'qji en croyait la chronique suivie par M. de Barante, ils auraient couché dans le même lit. Bibl. royelf. Chronique, n* 10,397.

» Meyer, 222 verso.

9 Promesse de la duchesse de Bourgogne et du duc Jean, son fils, qui s'engagent à suivre l’instruction du | roi pour régler le commerce des Flamands avec les Anl glais, 19 juin 1404. Archives, Trésor des chartes, J. 575.

HISTOIRE DK FRANCK.

Calais . tandis que le duc d’Orléans fera la guerre j en Guienne. Calais et Bordeaux étaient bien les deux points à attaquer , mais ce n’était pas trop des forces réunies du royaume pour une seule des deux entreprises ; les tenter toutes deux à la fois , c’était tout manquer.

Calais ne pourait guère se prendre que l’hiver et par un coup de main ; c'est ce que vit plus tard le grand Guise *. Le duc de Bourgogne avertit longuement l'ennemi , par d'interminables préparatifs ; il rassembla des troupes considérables, des munitions infinies, douze cents canons *, petits il est vrai. Il prit le temps de bâtir une ville de bois pour enfermer la ville. Pendant qu’il travaille et charpente, les Anglais ravitaillent la place, l'arment, la rendent imprenable.

Le duc d'Orléans ne réussit pas mieux. Il commença la campagne trop lard, comme à l'ordinaire, se mettant en route lorsqu'il eût fallu revenir. On lui disait bien pourtant qu'il ne trouverait plus rien dans la campagne, ni vivres ni fourrages, que l’hiver approchait ; il répondait avec légèreté que la gloire en serait plus grande, d’avoir à vaincre l’Anglais et l’hiver.

Les Gascons qui l’avaient appelé, se ravisèrent, et ne l'aidèrent point *. N'ayant qu’une petite armée de cinq mille hommes , il ne pouvait se hasarder d’attaquer Bordeaux ; il aurait voulu du moins eu saisir les approches ; il tâta Blaye, puis Bourg. Le siège traîna dans la mauvaise saison; les vivres manquèrent, une flotte qui en apportait de la Rochelle fut prise en mer par les Anglais. Les troupes affamées se débandèrent. Le duc d’Orléans s'obstinait à ce malheureux siège, sans espoir, mais s’étourdissant1 * * 4 * , jouant la solde des troupes, n’osaut revenir.

Il savait bien ce qui l’attendait à Paris. Le duc de Bourgogne y était déjà , il ameutait le peuple contre lui. le désignait comme l’ami des Anglais , l’accusait d’avoir détourné pour sa belle expédition de Guienne l’argent avec lequel on eut pris Calais6. Paris était fort ému, l’université, le clergé même.

1 L’hiver, au contraire, découragea le duc de Bourgogne. Juvénal des Ursins, p. 180.

* f 'oy. le curieux travail ( encore manuscrit ) de M . Lacabane, sur Vllitloiru de l’artillerie au moyen âge.

6 Fcrebatur capilaneos ad custodiam Aquitauto deputatos dominum ducem Aureliancnsem antea sollicitasse, ut... aggrediendo armis patriam Burdegalensem... — lier arripuit , quamvis minime iguoraret Agilitatem Vasconum et quant is astuciis Francos reitei-alis vicibus deceperunt ab auliquo. Religieux de S.iint-Renis, ms., folio 489 , 400.

4 ld., folio 495.

4 Mmislrdrt dit que l’on avait abuse du nom du roi

Le duc d’Orléans avait récemment irrité l’évéque et l’Église de Paris ; à son départ pour la Guienne, il avait été à Saint- Denis baiser les os du patron tic la France; ceux de Paris, qui prétendaient avoir les vraies reliques du saint , ne pardonnèrent pas au duc de décider ainsi contre eux.

Peu à peu . Paris devenait unanime contre le duc d’Orléans. Les gens de l’université de Paris couvaient contre lui une haine profonde, haine de docteurs, haine de prêtres. D’abord, il était l’ami du pape leur ennemi, il faisait donner les bénéfices à d’autres qu’aux universitaires, il les affamait. Autre crime : à l’université de Paris, il opposait les universités d’Orléans. d’Angers, de Montpellier et de Toulouse , toutes favorables au pape d’Avignon *. Il soutenait, comme on l’a vu, que l’université de Paris n’était pas française; que, composée en grande partie d’étrangers, elle ne pouvait s’immiscer dans les affaires du royaume. C’étaient là de terribles griefs auprès de nos docteurs. Peutêtre cependant lui auraient- ils à la rigueur pardonné tout cela ; mais, ce qui était bien autrement grave pour des lettrés, décidément irrémissible et inexpiable, il se moquait d’eux.

Déjà surannée, pour la science et renseignement l’université de Paris avait atteint l’apogée de sa puissance. Elle était devenue, pour ainsi dire,

1 l’autorité. Depuis plus d'un siècle, cette vieille I aînée des rois avait parlé haut dans la maison de I son père, fille équivoque 7 en soutane de prêtre, et I comme les vieilles filles, aigre et colérique. Le roi j aussi l’avait gâtée, ayant besoin d'ellcconlre les templiers, contre les papes. Dans le grand schisme, elle se chargea de choisir pour la chrétienté, et choisit Clément Y II ; puis elle humilia son pape.

C’était pour le roi un instrument peu sûr. et • qui souvent le blessait lui -même. Au moindre I mécontentement l’université venait lui déclarer que la Fille des rois, lésée dans ses privilèges, irait, brebis errante 8. chercher un autre asile. Elle fermait scs classes, les écoliers se dispersaient, au grand dommage de Paris. Alors on se hâtait de

pour défendre aux capitaines de la Picardie et du Boulenois d’aider le duc de Bourgogne. Monstrciet , l. I , p. 192. — Le duc réclama des dédommagements. Voir

Compte des dépenses faites par le duc de liour gagne pour te siège de Calais, extrêmement important pour l’hif- I loire de l'artillerie, et en général du materiel de la guerre. Archives , Trésor des chartes, J, 922.

8 Buttons, Hist. universitatis Parisiens», t. V, p. 50.

7 On a débattu pendant cinq cents ans celte question insoluble si l’université était un corps ecclésiastique ou laïque. Cog. Butons, passim.

8 Quasi ovem errabundam. Religieux de Saint-Denis, m»., folio 551.

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