LIVRE VIII. — LE DUC D'ORLÉANS, LE DUC DE BOURGOGNE
fois , que la mort est an remède , qu’elle vient au secours des destinées qui ont peine à s’accomplir.
Louis d’Orléans avait trente-six ans ; mais déjà, depuis plusieurs années, parmi ses passions même, et ses Toiles amours , il avait eu des moments sérieux '. Il avait fait, écrit de sa main, un testament fort chrétien, fort pieux, plein de charité et de j pénitence. Il y ordonnait d’abord le payement de ; ses créanciers, puis des legs aux églises, aux collèges, aux hôpitaux , d’abondantes aumônes. Il y recommandait ses enfants à son ennemi meme, au duc de Bourgogne ; il éprouvait le besoin d’expier; il demandait à être porté au tombeau , sur une claie couverte de cendres *.
Au temps où nous sommes parvenus, il n’eut un pressentiment que trop vrai de sa fin prochaine.
Il allait souvent aux Célestins; il aimait ce couvent; dans son enfance, sa bonne dame de gouvernante l'y menait tout petit entendre les offices 5. Plus tard, il y visitait fréquemment le sage Philippe de Maizièrcs, vieux conseiller de Charles V, qui s’y était retiré 4. 11 séjournait môme quelquefois au couvent, vivant avec les moines, comme eux, cl prenant part aux offices de jour cl de nuit. Une nuit donc qu’il allait aux matines, et qu'il traversait le dortoir, il vit, ou crut voir, la Mort6. Celle
1 Ad multa vitia præccps fuit, quae tamen horruit cum ad virilrm .etatem pervenisect. Religieux de Saint- Denis, ms., 554 verso.
3 Son testament fut trouvé écrit tout entier de sa main, quaire ans avant sa mort. On y voyait le goût et la connaissance familière des divines Écritures et des choses saintes. Durant sa vie, il avait été le plus magnifique des princes dans ses dons aux églises. Scs dernières volontés étaient plus libérales encore. Après le payement de ses dettes qu’il recommandait d’une façon expresse, commençait un merveilleux détail de tontes les fondations qu’il ordonnait , des prières et services funèbres qn'il prescrivait pour sa mémoire et dont les cérémonies étaient soigneusement déterminées. Il Assignait des fonds pour construire une chapelle dans chaque église de Sainte -Croix d'Orléans, Notre-Dame de Chartres, Saiul-Eustache et Saint-Paul de Paris. En outre, comme il avait une dévotion particulière pour l’ordre des religieux célestins, il fondait une chapelle dans chacune des églises qu’ils avaient en France , au nombre de treize , sans parler des richesses qu’il laissait à leur maison de Paris. Il avait voulu y être inhumé en habit de l’ordre, porté humblement au tombeau sur une claie couverte de cendre, et que sa statue de marbre le représentât aussi vêtu de cette robe. Les pauvres et les hôpitaux n’étaicut pas oubliés dans ses bienfaits; et sou amour pour les lettres paraissait dans la fondation de six bourses au collège de l'Ave- Maria. Enfin, la bouté de son âme confiante et sans fiel se manifestait dans la recommandation qu’il faisait de ses enfants aux soiusdvsou