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vision fut confirmée par une autre; il se croyait (levant Dieu et prêt à subir son jugemenl. C’était un signe solennel, qu’au lieu même où avait commencé son enfance, il fût ainsi averti de sa fin. Le prieur du couvent, auquel il sc confia, crut aussi qu'en effet il lui fallait songer à son âme , et se préparer à bien mourir.
Ce ne fut pas une apparition moins sinistre qu’il eut bientôt au château de Beauté. Il y reçut une étrange visite , celle de Jean sans Peur. Il devait peu s’y attendre , un nouveau motif avait encore aigri leur haine. Les Liégeois ayant chasse leur évêque, jeune homme de vingt ans, qui voulait être évêque sans se faire prêtre 4, ils en avaient élu un autre, avec l’appui du duc d’Orléans et du pape d’Avignon. L’évêque chassé était justement le beau-frère du duc de Bourgogne. Si le duc d’Orléans, maître du Luxembourg, étendait encore son influence sur Liège, son rival allait avoir une guerre permanente chez lui, en Brabant, en Flandre ; la France lui échappait. Ce danger devait porter son exaspération au comble 7.
Dès longtemps, il avait annoncé des résolutions violentes. En 1405, lorsque les deux rivaux étaient en présence sous les murs de Paris , Louis d’Orléans ayant pris pour emblème un bâton noueux ,
oncle le duc Philippe, tandis qu’ils étaient déjà au plus fort de leurs querelles. Histoire des Célestins, par le P. Beurrier. M. de Barante, t. III, p. 05, 3* édition. Voir Pacte original , inséré en entier par Godefroy, i la suite de Juvénal des Ursins, p. 031-040.
* Christine de Pisan, Mém. Acad., t. XVII, p. 520.
4 Jean Petit prétend qu'ils conspiraient ensemble. Voir son discours contre le duc d'Orléans, dans Monstrelet.
4 Telle était la tradition du couvent. Les moines avaient fait peindre cette vision dans leur chapelle i côté de l'autel ; ou y voyait la Mort tenant une faux à la main, et montrant au duc d'Orléans cette légende : u Juvenes ac senes rapio. • Millin, Antiquités nationales, Description des Célestins, 1. 1, p. 82.
4 Urgebaut ut aul sacris initiaretur, aut certè cpiscopatum abdicaret. Zanflict est ici d’autant plus croyable que sa partialité pour l'évêque est partout visible. Corn. Zanflict , Leodicnsi monachi chrouicon, apud Marlène, Arnplissima collcctio, t. V, p. 300. Voir aussi Catalogua episcoporum Leodensium, auctore Placentio, ann. 1403-1408, et la Collection de Cbapeauville.
7 Dans l'attente d’uue guerre prochaine , il s’était assuré «le l’alliance du duc de Lorraine ( D. Plancher, Hist. de Bourgogne , l. III , p. OftUV, 0 avril 1407) , et il avait pris à son service le maréchal de Boucicaut. Boucicaut promet de le aervir envers et conlre tout, sauf le roi cl scs enfants, « en mémoire de ce que le duc de Bourgogne lui a sauvé la vie, estons pris des Turcs.* Bibl. royale, Fonds Baluze, qjs., 9484, 2; 18 juill. 1407.
Jean sans Peur prit |H)ur le sien un rabot. Comment le bâton (levait- il être raboti 1 2 * ? On pouvait tout craindre.
Le duc de Rcrri, plein d'inquiétude, crut gagner beaucoup sur son neveu , en le décidant à aller voir le malade. Soit pour tromper son oncle, soit par un sentiment de haineuse curiosité, il se contraignit jusque-là. Le duc d’Orléans allait mieux; le vieil oncle prit ses deux neveux , les mena entendre la messe, et les lit communier de la même tiustic; il leur donna un grand repas de réconciliation, et il fallut qu’ils s’embrassassent. Louis d’Orléans le fil de bon cœur, tout porte à le croire; la veille, il s’était confesse et avait témoigné amendement et repentance*. Il invita son cousin à dîner avec lui le dimanche suivant; il ne savait point qu'il n’y aurait pas de dimanche pour lui.
On voit encore aujourd’hui, au coin de la Vieille rue du Temple et de la rue des Francs-Bourgeois, une tourelle du quinzième siècle, légère, élégante, et qui contraste fort avec la laide maison, qui, de côté cl d’autre, s’y est gauchement accrochée. Cette tourelle fermait, de ce côté, le grand enclos de l’hôtel Barbette, occupé en 1407 par la reine Isabeau , en 1350 par Diane de Poitiers.
L'hôtel Barbette placé hors de l’enceitilc de Philippe-Auguste, entre les deux juridictions de la ville et du Temple, libre également de l’une et de l’autre, avait été longtemps soustrait, par sa position, aux gènes de la ville, couvre-feu, férmelure des portes, etc. Enfermé plus tard dans l’enceinte de Charles V, il n’en était pas moins, dans ce quartier peu fréquenté, hors de la surveillance des honnêtes et médisants bourgeois de Paris *.
Cet hôtel, liâti par le financier Etienne Barbette4 *, maître de la monnaie sous Philippe le Bel, fut pillé dans la grande sédition, où le peuple enragé poursuivit le roi jusqu’au Temple [1300]. Le même hôtel, quatre-vingts ans après, appartenait à un autre parvenu , au grand maître Monlaigu, l’un des Marmousets qui gouvernaient le royaume. Ils y firent coucher Charles VI, la veille de son départ pour la Bretagne, lorsque, malgré ses oncles, ils parvinrent à le tirer de Paris pour lui faire pour-
1 On disait après la mort du duc d'Orléans : Baculum nodosum factum esse planum. Meyer, 226 verso.— Devises : Mgr. d'Orlcaus , Je ému tnaretchal de granl renommée , Il en appert bien , jag forge levée. Mgr. de Bourgogne , Je eu it charbonnier d'étrange contrée , Jag oeees charbon pour faire fumée . Bibl. royale , ms., Colbert, 2403; Régi ut», 9681-5.
2 In bono statu crat , quia modicum antea dévote
confessus fuera t. Religieux de Saint - Denis , ms., fo-
lio 503.
9 Les maisons placées ainsi n'avaient pas bon re-
suivre la vengeance de l’assassinat de Clisson. Monlaigu, ami, comme Clisson, du duc d’Orléans, fil sa cour à la reine, en lui cédant cette maison commode s; clic n’aimait pas l’hôtel Saint- Paul, où vivait sou inari ; ce mari la gênait quand il était fou, bien plus encore quand il ne l’était pas.
Elle avait embelli à plaisir ce séjour de prédilection, l’avait agrandi, étendu jusqu'à la rue de la Perle. Les jardins étaient d’autant mieux fermés et solitaires, que le long de la Vieille rue du Temple, ils se trouvaient masqués d’une ligne de maisons qui regardaient la rue, et ne voyaient rien derrière, tout au plus le mur du mystérieux hôtel.
La reine y accoucha, le 10 novembre. Les deux princes communièrent ensemble le 20; le 22. ils mangèrent chez le duc de Bcrri, s’embrassèrent et se jurèrent une amitié de frères. Cependant, depuis le 17, le duc de Bourgogne avait tout préparé pour tuer ce frère; il lui avait dresse embuscade près de l’hôtel Barbette, les assassins attendaient.
Dès la Saint -Jean, c'est- à -dire depuis plus de quatre mois, Jean sans Peur cherchait une maison pour ce guet-apens. Un clerc de runiversité, qui était son homme, avait chargé un couratier public de maisons6 , de lui en louer une, où il voulait, disait-il, mettre du vin, du blé et autres denrées que les écoliers et les clercs recevaient de leur pays, et qu’ils avaient le privilège universitaire de vendre sans droit. Le courtier lui trouva et lui fit livrer, le 17 novembre, la maison de l’image Notre- Dame, Vieille rue du Temple, en face de l'hôtel de Ricux et de la Brelonnerie. Le duc de Bourgogne y fit entrer de nuit des gens à lui, entre autres, un ennemi mortel du duc d’Orléans, un Normand, Raoul d’Auquctonville, ancien général des finances, que le duc avait chassé pour malversations7. Raoul répondait de tuer ; un valet de chambre du roi promit, pour argent, de livrer et de trahir.
Le lendemain du repas de réconciliation, le mercredi 23 novembre 1407, Louis d’Orléans avait été, comme à l’ordinaire, chez la reine; il y avait soupé , et gaiement , pour essayer de consoler la pauvre mère8. Le valet de chambre du roi arrive
nom. On le voit par les plaintes que faisaient les chanoines de Saint- Méry contre les mauvais lieux qui se trouvaient le long de la vieille enceinte de Philippe- Auguste. Ils obtinrent une ordonnance de lienri VI, roi de France et d’Angleterre, pour en purger ce quartier.
4 Sauvai, 1. 1, p. 68.
9 Mémoires de Bonamy , dans les Mém. de l’Académie des Inscriptions, t. XXI, p. 519.
6 Ibid., p. 222.
2 Ibid.
9 Dolorein... studuit mitigarc... cerna jocunda
FIVRF. VIII. - I.E IH'C D'ORLÉANS, l,F. DUC 1)E BOl'RGOÜNE. - 1400-1407.
en haie, et dit que le roi demande son frère, qu'il veut lui parler '. T.e duc, qui avait dans Paris si* l>»ti chevaliers ou écuyers, n’avait pourtant pas amen gran(j mondc avec lui , aimant mieux sans doute fa.^ ^ petit bruit ces visites dont on ne médisait qtta>0pf j| jajSîia même à l’hôtel Barbette une partie de ce*^ qUj l'avaient suivi , comptant peut-être y retourne. nuan(j ;i serait quitte du roi.
Il n’était que huit heurt-., c’était de bonne heure pour les gens de cour, mais urd pour ce quartier retiré, en novembre surtout. Il n'avait avec lui que deux écuyers montés sur un même cheval, un page et quelques valets pour éclairer. Il s’en allait, vêtu d’une simple robe de damas noir, par la Vieille rue du Temple, en arrière de scs gens, chantant é demi-voix, et jouant avec son gant, comme un homme qui veut être gai. Nous savons ces détails par deux témoins oculaires : un valet de l'hôtel de Rieux , et une pauvre femme qui logeait dans une chambre dépendante du même hôtel. Jacquelle, femme de Jacques GrilTarl, cordonnier, déposa qu'étant à sa fenêtre haute sur la rue , pour voir si son mari ne revenait pas . cl y
peracla. Religieux de Saint-Denis, ras., 531 verso,
1 Monstrelet, t. I, p. 311.
3 Elle s'en alla de sadite fenestre pour coucher 60n enfant, et incontinent apres ouït crier... Mém. Acad., t.XXI, p. 530.
* Déposition de Jacquctte GrilTarl. Ibid., p. 537. — L'autre témoin oculaire, serviteur d’un neveu du maréchal de Rieux, dépose aussi : « Que le jour d'hier au soir, environ huit heures de nuit,... estant à l'huis d'une des salles... qui ont égart sur la Vieille rue du Temple... ouit et entendit qu’en la roc avoit grand cliquetis comme d'epées et autres armures... et disoient tels mots : À mort , à mort! Dont lors pour sçavoir ce que c'estoit, il remonta en ladite chambre dudit son maître, qui est au - dessus de ladite salle... et trouva que aux fenêtres d'icelle estoit dcsja ledit son maître, le page, le barbier d’icelui son maître, qui regardoient en ladite Vieille rue du Temple, par l'une desquelles j fenestres il qui parle regarda emmi ladite rue, et veid j à la clarté d'une torche qui éloit ardente sur les carreaux, que droit devant l'hôtel de l'image de Notre- Dame, étoient plusieurs compaiguons à pied , comme du nombre de douze à quatorze , nul desquels il ne connaissoit, lesquels tenoicnt les uns des es pce s toutes nues, les autres haches, les autres becs de faucon, et massues de bois ayant piquants de fer au bout, et desdits harnois {croient et frappoient sur aucuns qui estaient en la compagnie , disants tels mots : A mort, h mort. Et qu’il est vrai que lors, il qui parle, pour mieux voir qui estaient iceux compagnons , alla ouvrir 1 le guichet de la porte qui a issue en ladite Vieille rue du Temple... EL ainsi qu’il ouvrit ledit guichet de ladite porte, on bouta un bec de faucon entre ledit guichet et la porte, dont lors il qui parle, pour double
prenant un lange qui séchait, elle vit passer un seigneur à cheval , et un moment après , comme elle couchait son enfant *. elle entendit crier : « A mort. à mort! » Elle courut à la fenêtre, son enfant dans les bras, et elle vil le même seigneur à genoux, dans la rue, sans chaperon; autour de lui, sept ou huit hommes, le visage masqué, qui frappaient dessus, de haches et d’épées; lui. il niellait I son bras devant, en disant quelques mots, comme:
« Qu’est ceci? D’où vient ceci ? « Il tomba . mais I ils ne continuaient pas moins à frapper d’estoc et de taille, ha femme, qui voyait tout, criait au j meurtre tant qu’elle pouvait. Un homme qui l’aperçut à la fenêtre, lui dit: « Taiset-vous, mauvaise femme! » Alors, à la lueur des torches , elle vit sortir de la maison de l’Image Notre-Dame, un grand homme, avec un chaperon rouge descendant j sur les yeux; il dit aux autres : « Éteignez tout.
allons-nous -en, il est bien mort. » Quelqu'un lui ! donna encore un coup de massue, mais il ne rei muait plus*. Près de lui . gisait un jeune homme , qui, tout mourant qu'il était, se souleva en criant: h Ah! monseigneur mon mattre 8! » C’était le page
qu'on ne loi fit mal dudit bec de faucon , referma ledit guichet et s’en retourna en la chambre dudit son maître, par l'une des fenestres de laquelle il vit aucun9 Compagnons qui étaient montés sur chevaux emmi la rue, et si veid sortir d'icelui hôtel, cinq ou six compagnons tou» montés sur chevaux, qu'incontinent qu’ila furent sortis, un homme de pied prés d'ieeux , féri et frappa d’une massue de bois un homme qui était tout étendu sur les carreaux , et revêtu- d’une houpelande de drap de damas noir, fourrée de martre; et quand il eut frappé ledit coup, il monta sur un cheval et sc mit en la compagnie des autres... Et incontinent après ledit coup de massue ainsi donne, il qui parle veid tous lesdits comp, signons qui étaient k cheval eux en aller et fouir le plutôt qu’ils pouvoient sans aucune lumière, droit à l’entrée de la rue des Blancs- Manteaux en laquelle ils se boutèrent, et ne sait quelle part ils allèrent. Incontinent qu’ils s'en furent allés, lui estant encore à ladite fenestre, vit sortir par les fenestres d'en haut dudit hôtel de l'Image Notre-Dame, grande tumée, et si ouit plusieurs des voisins qui crioient moult fort : Au feu, au feu. Et lors lui qui parle, ledit son maître et les autres dessus nommés, allèrent tous emmi la rue, eux étans en laquelle, il qui parle veid à la clarté d’une ou deux torches, ledit feu monseigneur d'Orléans qui étoit tout étendu mort sur les carreaux, le ventre contre-mont, et n'avoit point de poing au bras senestre,.., et si veid qu'environ le long de deux toises près dudit feu monseigneur le duc d'Orléans, étoit aussi étendu sur les carreaux un compagnon qui estoit à la cour dudit feu M. le duc d’Orléans , appelé Jacob , qui se complaignoit moult fort , comme s'il vouloit mourir. * Déposition du varltl Raoul Prieur. Mém. Acad., t. XXI, p. 530.
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qui ne l'avait pas quille, et s’était jeté au-devant des coups. Ce page était Allemand; il avait peutêtre été donné â Louis d'Orléans par Isa beau de Bavière.
Depuis l'assassinat manqué de Clisson. on savait qu’il ne fallait pas croire à la légère qu’un homme était lue; aussi, selon un autre récit, le grand homme au chaperon rouge vint avec un falot de paille, regarder à terre si la besogne avait été faite consciencieusement *. Il n’y avait rien à dire; le mort était taillé en pièces, le bras droit était tranché à deux places, au coude, au poignet; le poing gauche était détaché , jeté au loin par la violence du coup; la tète était ouverte de l’œil à l'oreille , d’une oreille à l'autre; le crâne était ouvert, la cervelle épandue sur le pavé a.
Ces pauvres restes furent portés le lendemain matin, parmi la consternation et la terreur générale 5, à l’église voisine des Blancs -Manteaux. Ce fut au jour seulement qu'on ramassa dans la boue, la main mutilée et la cervelle. Les princes vinrentlui
1 Cadaver ignominiosè traxit ad vicinum foetidissimum lutum , ubi, cura face straminis ardente, scelus adimplctum vidit ; inde hrlus , tanquam de re bene gesti, ad hospitium ducis Burgundiæ rediit. Religieux de Saint-Denis, ras., folio 555. — /V»y. dans les Preuves de Félibien , le récit des Registres du parlement. Conseil, XIII.
2 Lesquelles playes estoient telles et si énormes que le test étoit fendu, et que toute la cervelle en sailloit... Item que son bras destre estoit rompu tant que le maistre os sailloit dehors au droit du coude... Information du sire de Tignouvillc , prévôt de Paris , Mém. Acad., t. XXI, p. 533.
8 Cette terreur ne parait que trop dans le peu de mots qu'on écrivit le lendemain sur les registres du parlement. Preuves de Félibien, t. H, p. 540. Les gens du parlement paraissent sentir avec la sagacité de la peur , qu'un tel coup n'a pu être fait que par un homme bien puissant. Ils ne disent rien de favorable au mort : Ce prince qui si grand seigneur estoit et si puissant, et à qui naturellement, ou cas qu'il eust fallu gouverneur en ce royaume , appartenoit le gouvernement, en si petit moment a fine ses jours moult horriblement et honteuaement. F.t qui ce a faict, « Scietur autem postea. « — Plus tard, on apprend que le meurtrier est le duc de Bourgogne, et le parlement fait écrire sur ses registres les lignes suivantes, où le blâme est partagé assez également entre les deux partis. • XXIII novembris M CCCC Vil inhumaniter fuit trucidatns et interfectus D. Ludovicus Francis, dux Aurclianensis et frater regis, multum ««/h/m» et magni iutellectus, sed nimis in carnalibus lubricus , de nocte horâ IX per ducem Burgundîæ , ant Sun pneccplo , ut ronfcssus est , in vico prope portam de liarbelte. Unde infinita mala protesteront , quæ diu nimis durabunt. Registres du parlement, Liber consiliorum, passage im-
I donner l’eau bcnile. Le vendredi , il fut enseveli à l’église des Célestiris , dans la chapelle qu’il avait ; bâtie lui-méme 4. Les coins du drap mortn''^e étaient portés par son oncle le vieux duc d' *>crn* par scs cousins, le roi de Sicile, le d»* ®°ur~
gogue et le duc de Bourbon; puis, v ua'cnl *es se*~ gneurs, les chevaliers, uno foi»t' innombrable de peuple. Tout le monde pieu***'1’ ^es cn,iemiscomme ! les amis \ Il n’y a plu* d'ennemis alors ; chacun, dans ces moments , devient partial pour le mort.
I Quoi! si jeune, si vivant naguère, et déjà passé! Beauté, grâce chevaleresque, lumière de science; parole vive et douce; hier tout cela, aujourd'hui ; plus rien •.*.
Rien?... Davantage peut-être. Celui qui semblait ! hier un simple individu, on voit qu'il avait en lui ■ plus d’une existence, que c’était en efTet un être ; multiple inûniment varié 7 !... Admirable vertu de i la mort ! Seule elle révèle la vie. I/homme vivant n’est vu de chacun que par un côté, selon qu’il le I sert ou le gène. Meurt-il , on le voit alors sous mille
I primé dans les Mélanges curieux de Labbc,t. II, p. 702-3.
* Les Célcstins avaient été fondes par Pierre de Moroue (Célestin V), ce simple d'esprit qui fut déposé du pontificat par Boniface VIII. En haine de Bonifaee, Philippe le Bel honora les Célestins , les fit venir en France, les établit dans la forêt de Compïègne (1308).
| Cet ordre devint très-populaire en France. Tous les hommes importants du temps de Charles V et de I Charles VI , furent en relation intime avec cet ordre. Montaigu fil beaucoup de bien aux Célestins de Marcoussis. Archives, L. 1539-1540.
8 Monstrelet, serviteur de la maison de Bourgogne, qui écrit à Cambrai (en la noble cité de Cambrai , 1. 1, p. 48), et certainement plusieurs années après l'événement, assure que le peuple se réjouit de cette mort, i Le Religieux de Saint -Denis, ordinairement si bien j informé, si près des événements, et qui semble les enregistrer à mesure qu’ils arrivent , ne dit rien de pareil. Il assure que le meurtrier lui-méme parut affligé (folio 553); il ne croit pas, il est vrai, à la sincérité de cette douleur. Moi, j'y crois; cette contradiction me parait être dans la nature. L'apologiste du duc d'Orléans dit que le duc de Bourgogne pleurait et sanglo- ! tait : Singultihus et Incrymis. Ibid., folio 595.
8 • ... Et lui qui estoit le plus grai.t de ce royaume apres le roy et ses eufans,est en si petit de temps, si chétif. El qui rendit, ntnbili non eral iUe gradu. Aynosco nui ton* ho mi ni fiduciant, niai in Deo; et ai paru m rideatur, Uhicescat clanua... Parent sibi Dcua. » Archives, Registres du parlement. Plaidoiries, Matinées, VI , folio 7 verso.
7 Henri III s'écria en voyant le corps du duc de Guise : • Mon Dieu, qu‘i! est grand! Il parolt encore plus grand mort que vivant. » ( Relation de Miron, Coll. Mém. Petitot, t. XLV.) Il disait mieux qu’il ne croyait ; rela est vrai dans un bien autre sens.