LIVRE VIII. - CONCILE DE CONSTANCE
vitalité populaire aux abstractions de l’école, de saint Bernard à saint Thomas. Dans sa tendance vers l’abstrait et le pur , la religion spiritualiste refusait peu à peu tout autre aliment que la logique. Noble régime , mais sobre , et qui finit par se composer de négations. Aussi elle allait maigrissant; maigreur au quatorzième siècle, consomption au quinzième, effrayante figure de dépérissement et de phthisie, comme vous la voyez, à la face creuse, aux mains transparentes, du Christ maudissant d’Orcagna.
Telles étaient les misères do cet âge , ses contradictions. Réduit au formalisme vide, il y plaçait ses espérances. Gerson croyait tout guérir en ramenant l’Église aux formes républicaines, au moment même où il se déclarait contre la liberté dans l'Etat. L’expérience du concile de Pise n’avait rien appris. On allait assembler un autre concile à Constance, y chercher la quadrature du cercle religieux et politique : lier les mains au chef que l’on reconnaît infaillible, le proclamer supérieur, en se réservant de le juger au besoin.
Ce tribunal suprême des questions religieuses, devait aussi décider une grande question de droit.
d’Orléans (p. 48) : « Tous jours sa beauté renouvelle .•> El Eustachc Deschamps ( p. 09) : • De jour en jour vo beauté renouvelle. »
1 Lieet qais, contemnendum esse, quantum ad bella pertinet, du crm Lotkaringiœ , nec tantis pollere viribus, ut domui audeat Francine hélium ioferre, non parvos debet hostia vîderi quem Deus excitât et propter aliorum adjuvat lacinora. Nie. CIcmengia, t. II, p. 257. — On voit de même dans les lettres de Machiavel qu’à la veille d’étre couquise par les Espagnols, l’Italie ne craignait que les Vénitiens. Il écrit aux magistrats de Florence : « Vos seigneuries m’ont toujours dit que la liberté de l’Italie n’avait à craindre que Venise. » Machiavel, lettre de février ou mars 1508.— Autre exem-
I Le parti d’Orléans , celui de Gerson, voulait y faire | condamner la mémoire de Jean Petit, son apologie l du duc de Bourgogne, et proclamer ce principe qu’aucun intérêt, aucune nécessité politique n’est au-dessus de l’humanité. C’eût été une grande • chose , si. dans l'obscurcissement des idées, on fût revenu aux sentiments de la nature.
La France semblait tout entière à ces éternels problèmes; on eût dit qu’elle oubliait le temps , la réalité, sa réforme, son ennemi. Au moment où l’Anglais allait fondre sur elle , étrange préoccupation, un grand politique d’alors pense que si le royaume doit craindre, c’est du côté de l’Allemagne et du duc de Lorraine *. Lorsqu’on vint avertir Jean sans Peur que les Anglais , débarqués depuis près de deux mois , étaient sur le point de livrer à l’armée royale une grande et décisive bataille , les messagers le trouvèrent dans ses forêts de Bourgogne *. Sous prétexte de la chasse, il s’était rapproché de Constance, rêvant toujours à Jean Petit et à son vieux crime, inquiet du jugement que le concile allait rendre, et, en attendant, vivant sous la tente au milieu des bois, et prêtant l’oreille aux voix des cerfs qui bramaient la nuit *.
pie non moins singulier, de l'imprévoyance humaine : ; le Directoire craignait, en 1796, que ce jeune Bonaparte ne poussât l’ambition jutqu’à vouloir »e faire duc de Milan !
3 Peut-être y avait* il moins d’insouciance que de connivence. On jugera.
8 Le duc de Bourgongne , qui longtemps n’avoit demeuré ni séjourné en sou pays de Bourgongne, et qui vouloit bieu avoir scs plaisirs et soullas, se advisa que pour mieux avoir son déduit de la chasse des cerfs, et les ouyr bruire par nuit, il se logeroit dedans la forest d’Argilly , qui est grande et lée . Lefebvre de Sai nt-Remy, éd. Buchon, t. VII, ch. 51, p. 466.