‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 38 sur 398 · LIVRE I. - ECLAIRCISSEMENTS · texte numérisé non relu

LIVRE I. - ECLAIRCISSEMENTS

OU

la réforme de la musique ( Powel , Iiist. of Cambria ). ,

Lorsque le christianisme se répandit Hans l'Écosse et l'Irlande , les prêtres chrétiens adoptèrent leur goût pour la musique. A table, ils se passaient la harpe de i main erf main ( Bèdc. IV, 24). Au temptde (ïiraldusCam- | hrensis . les évéques faisaient toujours porter avec eux une harpe. — Guno dit dans son Enquiry : Je possède un ancien poème galliqtie, oh le poete, s'adressant à une vieille harpe, lui demande ce qu'est devenu son premier lustre? Elle répond qu'elle a appartenu à un roi d'Irlande et assisté à maint royal banquet; qu'elle a ensuite été successivement dans la possession de Dargo, dis du druide de Real , de Gaul , de Fillon , d'Oscar, de 0‘duine, de Dinrmid. d’un médecin, d’un harde, et enfin d’un prêtre, qui , dans un coin retiré, méditait sur un livre blanc ( Logan , Il . 308 ).

Les hardes, bien qu'attachés A la personne des chefs, étaient eux mêmes fort respectés. Sir Richard Cristeed, qui fut chargé par Richard 11 d'initier les quatre rois d’Irlande aux moeurs anglaises, rapporte qu’ils refusèrent de manger parce qu'il avait mis leurs hardes et principaux serviteurs à une table au-dessous de la leur (ihid., 138). — ■ Le joueur de cornemuse, comme celui de harpe, occupait cette charge par droit héréditaire dans la maison du chef; il avait des terres et un serviteur qui portait son instrument.

Le fameux joueur de cornemuse irlandais desderniers temps, Macdonald, avait serviteurs, chevaux, etc. Un grand seigneur le fait venir un jour pour jouer pendant le dîner. On lui place une table et une chaise dans l’antichambre, avec une bouteille de vin et un domestique derrière sa chaise ; la porte de la salle était ouverte.

Il s’y présente , et dit en buvant : » A votre santé et à celle de votre compagnie , monsieur... • Puis jetant de l’argent sur la table , il dit au laquais : « Il y a deux schillings pour la bouteille , et six pence (tour toi, mou garçon. • Et il remonta à cheval (ihid., 277-270). — La dernière école bardique d’Irlande , Filean nchool, se tint A Tipperary, sous Charles I" ( ihid., 247). — L’un des derniers bardes accompagnait Mont rose, et pendant sa victoire d’Inverlochy, il contemplait la bataille du haut du chAteau de ce nom. Montrose lui reprochant de ne pas y avoir pris part : « Si j’avais combattu , qui vous aurait chanté?» (Ihid., 215). — La cornemuse du clan Chnltan. que Walter Scott mentionne comme étant tombée des nuages pendant line bataille en 1308, fut empruntée par un clan vaincu . qui espérait en recevoir l’inspiration du courage, et qui ne l’a rendue qu’en 1822 ( ihid., 308). — En 1743. un joueur de cornemuse composa, pendant la bataille de Falkirk . un piohracli qui est resté célèbre. — A la bataille de Waterloo, un joueur de cornemuse , qui préparait un bel air. reçoit une balle dans son instrument, il le foule aux pieds . tire sa claymore. et se jette au milieu de l’ennemi où il se fait tuer ( ? ihid.. 273-270).

SUÉ LA L&GEXDK »E SAIXT MaRTIV ( Vt&. p. 42.»

Celle légende du saint le plus populaire de la FrAnce . nous semble mériter d’être rapportée presque entière- 3. NICUM.I'.T.

ment , comme étant l’une des plus anciennes, et de plus écrite par un contemporain; ajoutez qu’elle a servi de type A une foule d’autres.

Ex Sulpicii Sert ri vilâ U. Martini :

• Saint Martin naquit A Sa baria en Pannonie, mais il fut élevé en Italie , près du Tésin; ses parents n’étaient pas des derniers scion le monde, mais pourtant païens. Son père fut d’abord soldat , puis tribun. Lui - même , dans sa jeunesse, suivit la carrière des armes, contre son gré, il est vrai, car dès l’Age de dix ans il se réfugia dans l’Église, et se At admettre parmi les catéchumènes ; il n’avait que douze ans , qu’il foulait déjà mener la

1 vie du désert, et il eût accompli son vœu. 'si la faiblesse de l’enfance le lui eût permis... Un édit impérial ordonna d’enrôler les fils des vétérans ; son père le livra ; il fui enlevé, chargé de chaînes, et engagé, dans le serment militaire. Il se contenta pour sa suite d’un seul esclave, et souvent c’était le maître qui servait; il lui déliait sa chaussure, et le lavait de ses propres mains ; leur table était commune,.. Telle était sa tempérance, qu’on le regardait déjà , non comme un soldat , mais comme un moine.

» Pendant un hiver plus rude que d’ordinaire, et qui faisait mourir beaucoup de monde, il rencontre à la porte d’Amiens un pauvre tout nu ; le misérable suppliait tous les paysans, et tous se détournaient. Martin n’avait que son manteau ; il avait donné tout le reste : il prend son épée, le coupe en deux et en donne la moitié au pauvre. Quelques uns des assistants se mirent à rire de le voir ainsi demi-vètu et comme écourté... Mats la nuit suivante, Jésus-Christ lui apparut couvert de celle moitié de manteau dont il avait revêtu le pauvre .

• Lorsque les barbares envahirent la liaule, l'empereur Julien rassembla son armée et fit distribuer le donatirum... Quand ce fut le tour de Martin : « Jus

1 qu’ici, dit-il A César, je t’ai servi; permets-moi de servir Dieu ; je suis soldat du Christ , je ne puis plus combattre... Si l’on pense que ce n’est pas foi. maislAcheté, je viendrai demain sans armes au premier rang; et au < nom de Jésus , mon Seigneur, protégé par te signe de la croix, je pénétrerai sans crainte dans les bataillons ennemis. » Le lendemain l’ennemi envoie demander la paix . se livrant corps et biens. Qui pourrait douter que ce fût IA une victoire du saint, qui fut ainsi dispensé d’aller sans armes au combat?

• En quittant les drapeaux , il alla trouver saint Hilaire , évêque de Poitiers , qui voulut le faire diacre. . .

1 mais Martin refusa, se déclarant indigne; et l’évêque voyant qu’il fallait lui donner des fonctions qui parus- | sent humiiiantrs, le fit exorciste... Peu de temps après, il fut averti en songe de visiter, par charité religieuse . sa patrie et ses parents, encore plongés dans l'idolAlrie, et saint Hilaire voulut qu'il partit, en le suppliant avec larmes de revenir. I! partit donc , mais triste , dit on . | et après avoir prédit à «es frères qu'il éprouverait bien des traverses. Dans 1rs Alpes , en suivant des sentiers s écartés, il rencontra des voleurs... L’un d’eux l'emmena \ les mains liées derrière le dos... mais il lui prêcha la ! parole de Dieu , et le voleur eut foi : depuis il mena une vie religieuse, et c’est de lui que je tiens cette histoire.

Martin commuant sa roule, comme il passait près de .Milan, le diahlc s’offrit à lui sous forme humaine, et lui demanda où il allait; et comme Martin lui répondit qu'il allait où l'appelait le Soigneur, il lui dit Partout où tu iras, et quelque chose que tu entreprennes, le diable W jettera à la traverse. Martin répondit ces paroles prophétiques : Dieu est mon appui, je ne craindrai pas ce que l'homme peut faire. Aussitôt l'ennemi s'évanouit de sa présence. — Il Ht abjurer à sa mère l'erreur du paganisme; son père persévéra dans le mal. — Ensuite, l’hérésie arienne s'étant propagée par tout le inonde, et surtout en Illyrie, il combattit seul avec courage la perfidie des prêtres, et souffrit mille tourments (il fut frappé de verges et chassé de la ville)... Enfin il se relira à Milan , et s'y bâtit un monastère. — chassé par Auxenlitis, le chef des ariens, il se réfugia dans l'ilc Gallinaria , où il vécut longtemps de racines.

» Lorsque saint Hilaire revint de l’exil, il le suivit, et se bâtit un monastère près de la ville. Un catéchumène se joignit à lui... Pendant l'absence de saint Martin il vint à mourir, et si subitement , qu'il quitta ce inonde sans baptême... Saint Martin accourt pleurant et gémissant. — Il fait sortir tout le monde, se couche sur les membres inanimés de son frère. Lorsqu'il eut prié quelque temps, à peine deux heures s'étaient écoulées, il vil le mort agiter peu A peu tous ses membres, et |>alpiler ses paupières rouvertes à la lumière. 11 vécut encore plusieurs années.

•• On le demandait alors pour le siège épiscopal de Tours, mais comme on ne pouvait l’arracher de son monastère , un des habitants, feignant que sa femme était malade , vint sc jeter aux pieds du saint, et obtint qu’il sortit de sa cellule. Au milieu de groupes d'habitants disposés sur la route, on le conduisit sous escorte jusqu'à la ville. Lue foule innombrable était venue des \illes d'alentour pour donner son suffrage. Un petit nombre cependant, et quelques-uns des évêques, refusaient Martin avec une obstination impie : • C'était un homme de rien . indigne de l'épiscopat , et de pauvre figure, avec ses habits misérables et ses cheveux en désordre. ... Mais, en l'absence du lecteur, un des assistants prenant le psautier, s’arrête au premirr verset qu'il rencontre : c'était le psaume : Ex ore infantium et luctcntium perfeclêU (au de ni , ut detlruas itiirniruut etdefensorem. «Le principal adversaire de Martin s'appelait précisément Defcnsor. Aussitôt un cri s’élève parmi le peuple, et les ennemis du saint sont confondus.

• Non loin de la ville était un lieu consacré par une fausse opinion comme une sépulture de martyr. Les évêques précédents y avaient même élevé un autel... Martin, debout près du tombeau, pria Dieu de lui révéler quel était le martyr, et ses mérites. Alors il vit à sa gauche une ombre affreuse et terrible. Il lui ordonne de parler : elle s'avoue pour l'ombre d'un voleur mis à mort pour ses crimes , et qui n’a rien de commun avec un martyr. Martin fil détruire l'autel.

« Un jour il rencontra le corps d'un gentil qu’on portait au tombeau avec tout l'appareil de funérailles

• Dan* Grégoire de Totir» (ap. Scr. fr.. Il, 467 i , saint $uupiictus voit de loin promener par la campagne, sur un char

superstitieuses ; il en était éloigné de près de cinq cent* pas, et ne pouvait guère distinguer ce qu'il apercevait. Cependant . comme il voyait une troupe de paysans , cl que les linges jetés sur le corps voltigeaient agités parle vent, il crut qu'on allait accomplir les profanes cérémonies des sacrifices ; parce que c'était la coutume des paysans gaulois de promener à travers les campagnes, par une déplorable folie, les images des démons, couvertes de voiles blancs *. U élève donc le signe de la croix, et commande à la troupe de s’arrêter et de déposer son fardeau. O prodige! vous eussiez vu 1m misérables demeurer d'abord roides comme la pierre. Puis , comme ils s'efforcaient pour avancer, ne pouvant faire un pas, ils tournaient ridiculement sur eux-mêmes, enfin . accablés par le poids du cadavre . ils dé|»osent leur fardeau, et se regardent les uns les autres, consternés, et se demandant à eux -mêmes ce qu'il leur arrivait. Mais le saint homme s'étant aperçu que le cortège s'élait réuni pour des funérailles et non pour un ■sacrifice , éleva de nouveau la main, et leur permit de s'en aller et d’enlever le corps.

« Comme il avait détruit dans un village un temple très-antique, et qu'il voulait couper un pin qui en était voisin , les prêtres du lieu et le reste des païens s'y opposèrent... « Si lu as, lui dirent-ils , quelque confiance en ton Dieu , nous couperons nous- mêmes cet arbre , reçois- le dans sa chute, et si ton Seigneur est comme lu le dis avec toi . lu en réchapperas... » Comme donc le pin penchait tellement d'un côté qu'on ne pouvait doutera quel endroit il tomberait, on y amena le saint, garrotté... Déjà le pin commençait à chanceler et à menacer ruine ; les moines regardaient de loin et pâlissaient. Mais Martin, intrépide, lorsque l'arbre avait déjà craqué , au moment où il tombait et se précipitait sur lui, lui oppose le signe du salut. L'arbre se releva comme si un vent im|>étueux le repoussait , et alla tomber de l'autre côté, si bien qu'il faillit écraser la foule qui s'élait crue à l'abri de tout péril.

» Comme il voulait renverser un leuiple rempli de toutes les superstitions païennes, dans le village de Leprosum (le Loroux), une multitude de gentils s'y opposa , et le repoussa avec outrage. Il se relira donc dans le voisinage, et là, pendant trois jours, sous le ciiice et la cendre, toujours jeûnant et priant, il supplia le Seigneur que, puisque la main d'un homme ne pouvait renverser ce temple, la vertu divine vint le détruire. Alors deux anges s’offrirent à lui, avec la lance elle bouclier, comme des soldats de la milice céleste; ils Se disent envoyés de Dieu pour dissiper les paysans ameutés, défendre Martin, et empêcher personne de s'opposer à la destruction du temple. 11 revient, et à la vue des païens immobiles , il réduit en poussière les autels et les idoles... Presque tous crurent eu Jésus-Christ.

n Plusieurs évêques s'étaicnl réunis de divers endroits auprès de l'empereur Maxime, homme d'un caractère violent. Martin , souvent invité* à sa table, s'abstint cfy aller, disant qu'il ne pouvait être le convive de celui qui avait dépouillé deux empereurs . l'un de son trône ,

traîné pur de» liortif», une statue de Cvltèlc. La Cvbcle germanique, Ertiia, était traînée de mémr. Tacit. Germa».

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