‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 39 sur 398 · LIVRE 1. - ÉCLAIRCISSEMENTS · texte numérisé non relu

LIVRE 1. - ÉCLAIRCISSEMENTS

l'autre de la vie. Cédant enfin aux raisons que donna Maxime ou à ses instances réitérées , il se rendit à son invitation. Au milieu du festin , selon la coutume , un esclave présenta la coupe à l'empereur. Celui-ci la fit offrir au saint évéque, afin de se procurer le bonheur de la recevoir de sa main. Mais Martin, lorsqu'il eut bu, passa la coupe à son prêtre, persuadé sans doute que personne ne méritait davantage de boire après lui. Cette préférence excita tellement l’admiration de l'empereur et des convives , qu’ils virent avec plaisir cette action même , par laquelle le saint paraissait les dédaigner. Martin prédit longtemps avant à Maxime que s'il allait en Italie, selon son désir, pour y faire la guerre à Valentinien , il serait vainqueur dans la première rencontre , mais que bientôt après il périrait. C'est en effet ce que nous avons vu.

» On sait aussi qu'il reçut très-souvent la visite des anges qui venaient converser devant lui. Il avait le diable si fréquemment sous les yeux, qu'il le voyait sous toutes les formes. Comme celui-ci était convaincu qu’il ne pouvait lui échapper, il l'accablait souvent d'injures, ne pouvant réussir A l'embarrasser dans ses pièges. Un jour, tenant à la main une corne de bœuf ensanglantée , il se précipita avec fracas vers sa cellule, et lui montrant son bras dégouttant de sang et se glorifiant d'un crime qu’il venait de commettre : «Martin, dit-il, où est donc ta vertu? Je viens de tuer un des tiens. • Le saint homme réunit ses frères, leur raconte ce que le diable lui a appris, leur ordonne de chercher dans toutes les cellules afin de découvrir la victime. On vint lui dire qu’il ne manquait personne parmi les moines , mais qu’un malheureux mercenaire , qu’on avait chargé de voiturer du bois, était gisant auprès de la forêt. Il envoie à sa rencontre. On trouve non loin du monastère ce paysan à demi mort. Bientôt après il cessa de vivre. Un boeuf l’avait percé d’un coup de corne dans l’aine.

« Le diable lui apparaissait souvent sous les formes les plus diverses. Tantôt il prenait les traits de Jupiter, tantôt ceux de Mercure, d'autres fois aussi ceux de Vénus et de Minerve. Martin , toujours ferme, s’armait du signe de la croix et du secours de la prière. Un jour, le démon parut, précédé et environné lui -même d’une lumière éclatante, afin de le tromper plus aisément par celte splendeur empruntée : il était revêtu d’un manteau royal , le front ceint d'un diadème d’or et de pierreries, sa chaussure brodée d’or, le visage serein et plein de gaieté. Dans cette parure , qui n’indiquait rien moins que le diable, il vint se placer dans la cellule du saint pendant qu’il était en prière. Au premier aspect , Martin fut consterné , et ils gardèrent tous deux un long silence. Le diable le rompit le premier : « Martin , ditil, reconnais celui qui est devant toi. Je suis le Christ. Avant de descendre sur la terre, j'ai d’abord voulu me manifester à toi. » Martin se tut et ne fit aucune réponse. I.e diable reprit audacieusement : « Martin , pourquoi hésites-tu à croire lorsque tu vois? Je suis le Christ. — Jamais , reprit Martin, notre Seigneur Jésus-Christ n’a prédit qu'il viendrait avec la pourpre et le diadème. Pour moi , je ne croirai pas ù la venue du Christ , si je ne le vois tel qu’il fut dans sa Passion . portant sur son

corps les stigmates de la croix. • A ces mois, le diable se dissipe tout à coup comme de la fumée, laissant la cellule remplie d’une affreuse puanteur. Je liens ce récit de la bouche même de Martin ; ainsi, que personne ne le prenne pour une fable.

» Car sur le bruit de sa religion , brûlant du désir de le voir, et aussi d'écrire son histoire, nous avons entrepris , pour l'aller trouver, un voyage qui nous a été agréable. Il ne nous a entretenus que de l'abandon qu'il fallait faire des séductions de ce monde et du fardeau du siècle, pour suivre d’un pas libre et léger notre Seigneur Jésus Christ. Oh ! quelle gravité , quelle dignité il y avait dans scs paroles et dans sa conversation ! Ou elle force, quelle facilité merveilleuse pour résoudre les questions qui touchent les divines Écritures! Jamais le langage ne peindra cette persévérance et celle rigueur dans le jeûne et dans l'abstinence, cette puissance de veille et de prière, ces nuits (tassées comme les jours, cette constance A ne rien accorder au repos ni aux affaires, à ne laisser dans sa vie aucun instant qui ne fût employé A l’œuvre de Dieu ; à peine même consacrait il aux repas et au sommeil le temps que la nature exigeait. O homme vraiment bienheureux, si simple de cœur, ne jugeant personne , ne condamnant personne . ne rendant à personne le mal pour le mal ! Et en effet , il s’était armé, contre toutes les injures, d’une telle patience. que, bien qu'il occupât le plus haut rang dans la hiérarchie , il se laissait outrager impunément par les moindres clercs, sans pour cela leur ôter leurs places ou les exclure de sa charité. Personne ne le vit jamais irrité , personne ne le vit troublé , personne ne le vit s’affliger, personne ne le vit rire; toujours le même, et portant sur son visage une joie céleste, en quelque sorte, il semblait supérieur à la nature humaine. Il n'avait A la bouche que le nom du Christ, il n'avait dans le cœur que la piété, la paix, la miséricorde. Le plus souvent même , il avait coutume de pleurer pour les péchés de ceux qui le calomniaient , et qui , dans la solitude de sa retraite , le blessaient de leur venin et de leur langue de vipère.

n Pour moi , j’ai la conscience d'avoir été guidé dan» ce récit par ma conviction et par l’amour de Jésus Christ. Je puis ine rendre ce témoignage que j’ai rapporté des faits notoires et que j'ai dit la vérité. ••

Ex Sulpicii Severi Hiêloriâ sactâ, lib. II :

« Un certain Marcus de Memphis apporta d’Égypte en Espagne la pernicieuse hérésie des gnosliques. Il eut pour disciples une femme de haut rang, Agape, et le rhéteur Tlelpidus. Priscillien reçut leurs leçons... Peu A peu le venin de celte erreur gagna la plus grande partie de l’Espagne. Plusieurs évêques en furent même atteints, entre autres Instantius elSalvianus... L’évéque de Cordoue les dénonça à Idace, évêque de la ville de Merida... Un synode fut assemblé A Saragosse, et on y condamna, quoique absents, les évêques Instantius et Salvianus , avec les laïques Helpidus et Priscillien. Itliacius fut chargé de la promulgation de la sentence... Après de longs et tristes débats, Idace obtint de l'empereur Gratien un rescril qui bannit de toute terre les hérétiques... Lorsque Maxime eut pris la pourpre, et S.

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fui miré vainqueur à Trêve* , il le pressa de prières el de dénonciations contre Pri&cillieii et se* complice* : | l'empereur ordonna d'amener au synode de Bordeaux tous ceux (pi’uvail infecté* l'hérésie. Ainsi furent.’ unenés Inslanliuset Priscillien (Salvianus était mort). Le* accusateurs Idace el Ithacius les suivirent. J’avoue qm* les accusateurs me sont plus odieux pour leurs violences que les coupable* eux -mêmes. Cet Ithacius était plein d’audace et de vaines parole* , effronté, fastueux , livré aux plaisirs de la table... Le misérable osa accuser du crime d'hérésie l'évêque Martin , un nouvel apôtre ! Car Martin, se trouvant alors h Trêves, ne cessait de poursuivre Ithacius pour qu'il abandonnât l'accusation, de supplier Maxime qu’il ne répandit point le sang de ces infortunés : c’était assez que la sentence épiscopale chassât de leurs siéent les hérétiques; et ce serait un crime étrange cl inouï qu'un juffe séculier jugeât la cause de l'Eglise. Entio . tant que Martin fut à Trêves, on ajourna le procès; et lorsqu'il fut sur le point de partir, il arracha à Maxime la promesse qu'on ne prendrait contre les accusé* aucune mesure sanglante. »

E. v Sulpicii Sereri Dialogo Ht :

« Sur l'avis des évêques assemblés â Trêves , l'empereur Maxime avait décrété que des tribuns seraient envoyés en armes dans l 'Espagne , avec de pleins pouvoirs pour rechercher les hérétiques , et leur ôter la vie el leurs biens. Nul doute que cette tempête n’eùl enveloppé aussi une multitude d'hommes pieux; la distinction n'étant pas facile à faire , car on s'en rapportait aux yeux , el on jugeait d’un hérétique sur sa pâleur ou son habit, plutôt que sur sa foi. Les évêques sentaient que cette mesure ne plairait pas à Martin ; ayant appris qu'il arrivait, ils obtinrent de l’empereur l’ordre de lui interdire l'approche de la ville s'il ne promettait de s'y tenir en pais avec les ècêques. Il éluda adroitement cette demande, et promit de venir en paix arec Jésus-Christ.

Il entra de nuit, et se rendit à l'église pour prier; le lendemain il vient nu palais... Les évêque» se jettent aux genoux de l'empereur, le suppliant avec larmes de ne pas se laisser entraîner à l'influence d'un seul homme... L’empereur chassa Martin de sa présence. Et bientôt il envoya des assassins tuer ceux pour qui le saint homme avait intercédé. Dès que Martin l’apprit, c'était la nuit, il court au palais. Il promet que si on fait grâce, il communiera avec le* évêques, pourvu qu'on rap|ielle les tribuns cjéjà expédiés pour la destruction des églises d'Espagne. Aussitôt Maxime accorda tout. Le lendemain... Marlin se présenta à la communion, aimant mieux céder à l’heure qu'il était, que d’exposer ceux dont la télé était sous le glaive. Cependant les évêques eurent beau faire tous leurs efforts pour qu'il signâl cette communion, ils ne purent l'obtenir. Le jour suivant, il sortit de la ville, et il s'en allait le long de la route, triste et gémissant de ce qu'il s'élail mêlé un instant à une communion coupable : lion loin du bourg qu’on appelle Andethauna , où la vaste solitude de* forêts offre des retraites ignorées, il laissa ses compagnon* marcher quelques pas en avant, el s'assit, roulant dans «on esprit, justifiant et blâmant tour à tour le motif de sa douleur et de sa conduite. Tout â coup

lui apparut un ange. » Tu as raison , Martin, lui dit-il . de t'affliger et de te frapper la poitrine; mais tu ne pouvais t'en tirer autrement. Reprends courage; raflFer mis- toi le mur, ne va pas risquer maintenant non plus seulement la gloire , mais ton salut. » Depuis ce jour, il se garda bien de se mêler à la communion des partisans d'Itharius. Du reste , comme il guérissait les possédés plus rarement qu'aulrefois, et avec moins de puissance , il se plaignait â nous avec larmes , que , par la souillure de cette communion à laquelle il s'était mêlé un seul instant, par nécessité et non de son propre mouvement , il sentait languir sa vertu, H vécut encore seize ans, n’alla plus à aucun synode, et «'interdit -d'assister à aucune assemblée d’évêque*. •

Ex Sulpicii Seceri Dialogo U .*

• Comme nous lui faisions quelques questions sur la Sn du monde , il nous dit : Néron et l'Antéchrist viendront après; Néron régnera en Occident sur dix rois vaincus , et exercera la persécution jusqu'à faire adorer les idoles des gentils. Mais l'Antéchrist s'emparera do l'empire d'Orieut ; il aura pour siège de son royaume el pour capitale , Jérusalem ; par lui la ville el le temple seront réparés. La persécution qu’il exercera, ce sera de faire renier Jésus-Christ notre Seigneur, en se donnant lui -même pour le Christ, et de forcer tous le* hommes de se faire circoncire selon la loi. Moi-même enfin je serai tué par l’Antéchrist, et il réduira sous sa puissance tout l’univers et toutes le* nations : jusqu’à ce que l'arrivée du Christ écrase l'impie. On ne saurai! douter, ajoutait-il, que l'Antéchrist, conçu de l'esprit malin, ne fût maintenant enfant, et qu'une fois sorti de l'adolescence il ne prit l'Empire. •

EXTiAIT DR L'OtVHAG* DI M. PlfCR, SCD LIS 1ACI» DK

l’Axglktlrre. ( t'oy. page 46. )

MM. Thierry et Edwards oui adopté l'opinion de la persistance des races ; M. Price adopte celle de leur mutabilité. Mais U devait être franchement spiritualiste et expliquer les modifications qu’elles subissent par l'action de la liberté travaillant la matière. Il n'a su trouver à l'appui de son point de vue biblique que des hypothèses matérialistes.

Toutefois, nous extrairons de son ouvrage quelques résultats intéressants (An essay on the physiognouiy and physiology of the présent inhahilants of brilain . wiih référencé to their origin , as Goths and Celta, by the Rev. T. Price, London, 1K26).

Tout ce que les anciens disent des yeux bleus et cheveux blonds des Germains, ne désigne pas plus les Gothc que les Celles , parce qu'il y avait des Celte* dam la Germanie. Les Ciubies étaient des Celles; Pline, parlant de la Baltique, et citant Philémnn, dit : Morittutrusam â Cimbris vocari , hoc est , morluum mare ( en wclche Môrmarw).

L'auteur pense qu'il y a eu un changement des cheveux , du roux au jaune et du jaune au brun : Tacite •• Rutila* Caledoniain tiahitanlium mnw. magni artus

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