LIVRE 11. - LES ALLEMANDS
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être le premier de» leudes, leur chef dans la guerre, leur juge daus la paix. Or» à une époque où les hommes libres avaient intérêt à être sous la protection royale, m truste reyiâ, à devenir antr uslions et leudes, le juge des leudes dut peu à peu se trouver le juge du peuple.
[659-70] Le maire Ébroin avait entrepris l’impossible, établir l’uiiilé, lorsque tout tendait à la dispersion, fonder la royauté, quand les grands se Tortillaient de toutes parts. Les deux moyens qu’il prit pour y parvenir, étaient utiles si on eût pu les employer. l,e premier, fût de choisir les ducs et les grands dans une autre province que celle où ils avaient leurs possessions, leurs esclaves, leurs clients 1 ; isolés ainsi de leurs moyens personnels de ; puissance , ils auraient été les simples hommes du roi, et n’auraient pas rendu les charges héréditaires dans leurs familles. En outre, Ébroin parait avoir essayé de rapprocher les lois, les usages divers des nations qui composaient l’empire des Francs *, cette tentative sembla tyrannique , et elle l'était en effet à cette époque.
Aussi l'Ostrasie échappa d’abord à Ébroin ; elle exigea un roi , un maire, un gouvernement particulier. Puis, les grands d'Ostrasie et de Bourgogne, entre autres saint Léger, évéque d’Autun , neveu de Dido , évêque de Poitiers (tous deux étaient arnisdes Pépins8), marchent contre Ébroin au nom du jeune Childéric II, roi d’Ostrasie4. Ébroin, abandonné des grands neustriens , est enfermé au monastère de Luxeuil. Saint Léger, qui avait contribué à la révolution, n’en profila guère. Il fut accusé, à tort ou à droit, d’aspirer au trône, de concert avec le Romain Victor, palrice souverain de Marseille, qui était venu pour une affaire auprès de Childéric 8. Les grands du Nord inspirèrent au roi une défiance naturelle contre le chef des grands du Midi , et saint Léger fut enfermé à Luxeuil avec ce même Ebroin qu’il y avait enfermé lui-méme.
• Vila S. Leodegnrii, c. l,ap. Scr. rer. frM II, CIS.
2 td., idiil. Intereé Hilderico régi expetunt universi,
ut talia tiare t décréta per tria quas obtinuerat régna , ut uniuscujusquc patricr legcm vel cousucludiuem observaret, sicul antiqui judices conservavérc.
* Ibid., poaaitw.
4 La querelle de saint Léger et d'Ébroin enveloppait aussi une querelle nationale, une haine de villes. Saint Léger, évéque d'Autun, avait pour lui l'évéque de Lyon ( t otf. Vila 1a S. Lcodeg., c. H , 1 1 ) , et contre lui les évêques de Valence et de Chélous (c. U). Ces deux villes taisaient ainsi la guerre h leurs rivales, les deux capitales de la Bourgogne. — Lorsque saint Léger se lut livré volontairement h ses ennemis, Aulun u’eu fut pas moins obligé de te racheter {c. 10). Ils voulaient chasser aussi l'évéque dr Lyon , mais les Lyonnais s'arme-
L'adoucissement des mœurs est ici visible. Sous les premiers Mérovingiens un tel soupçon eût infailliblement entraîné la mort.
[ 670-5 J Cependant l’Oslrasieu Childéric eut à peine respiré l’air de la Neuslrie, qu’il devint lui aussi ennemi des grands. Daus un accès de fureur, il lit battre de verges un d’entre eux nommé Bodilo. Ce châtiment servile les irrita tous. Childéric II fut assassiné dans la forêt de Chelles ; les assassins n’épargnèrenl pas même sa femme enceinte et son fils enfant *.
[67 5-80 Ebroi n et sa inl Léger sortirent de Luxeuil réconciliés on apparence, mais ils se séparèreut bientôt pour profiler des deux révolutions qui venaient de s'opérer en Oslrasie et en Neuslrie. Les rôlesétaicnl changés : pendant que les grands triomphaient avec saint Léger en Neuslrie, par la mort de Childéric, les hommes libres d’Ostrasie avaient fait revenir d'Irlande cet enfant ( Dagobert II ), que la famille des Pépins avait autrefois éloigné du trône dans l’espoir de s’y asseoir elle-même. Les hommes libres d'Ostrasie formèrent une armée à Ébroin, le ramenèrent triomphant en Neuslrie, où il fit dégrader, aveugler, tuer saint Léger, comme coupable d’avoir conseille la mort de Childéric 11. Au moment même, un autre Mérovingien était tué en Ostrasic par les amis de saint Léger. Les deux Pépins et Martin, petits-fils d'ArnuIf, évêque de Metz, et neveux de Grimoald, firent condamner par un conseil et poignarder Dagobert II , le roi des hommes libres, c’est-à-dire du parti allie d'Ébroin. Ébroin vengea Dagobert comme il avait vengé Childéric II. Il attira Martin à une conférence et l’y fit assassiner. Lui-même fut tué peu après par un noble franc qu’il avait menacé de la mort 7.
[687] Cet homme remarquable avait, comme Frédégondc, défendu avec succès la France de l'ouest, et retardé vingt années le triomphe des grands oslrasiens. 8a mort leur livra la Neuslrie. Ses succes-
rent pour le défendre (c. 11 ). Les villes prennent évidemment part active à la querelle.
4 Vila 9. Lcodeg., c. 5. Vir quidam nobilis, Hiclor vocatus nomine, qui tune regebat in fascihus Patriciatum Massilix... ad Hildericum regem pro quàdam causé «dveuerat... Mendacem fabulera de Lcodcgarioet Hictore conliiigunt, quasi idcô iusimul fuissent conjuucti ut regiam dominationcm everterent , et polestatis jura sibimet usurparent.
6 Gcsta reg. fr., e. 45.
7 Vita 1* S. Lcodeg., c. 10. Cuidam optimati , qui tune fuuctionem liscnlem minist ravit , inventé occasions , co usque inlulil spoiium , douce penè auferret omne cjus pradium : insuper minabatur eliam morlîs periculum. — M. de SUmoudi ne semble avoir traduit exactement ce passage.
seurs furent défaits par Pépin à Teslry , entre Saint- Quentin et Félonne
Celle victoire des grands sur le parti populaire, de la Gaule Germanique sur la Gaule Romaine, ne sembla pas d'abord entrafuer un changement de dynastie. Pépin adopta le roi même au nom duquel Ébroin et ses successeurs avaient combattu. On peut cependant considérer la bataille de Testry comme la chute de la famille de Clovis. Peu importe que cette famille traîne encore le titre de roi dans l'obscurité de quelque monastère. Désormais le nom des princes mérovingiens ne sera plus attesté comme signe de parti ; ils cesseront bientôt d'être employés même comme instruments. Le dernier terme de la décadence est arrivé.
Selon une vieille légende, le père de Clovis ayant enlevé Basinc, la femme du roi de Thuringc, « elle lui dit la première nuit, comme ils étaient couchés : Abstenons-nous ; lève-toi , et ce que lu auras vu dans la cour du palais , tu le diras à la servante. S’étant levé, il vit comme des lions, des licornes et des léopards qui se promenaient. Il revint et dit ce qu’il avait vu. La femme lui dit alors. Va voir de nouveau , et reviens dire à la servante.
Il sortit et vit cette fois des ours et des loups. A la I troisième fois, il vil des chiens cl d’autres bêles chétives. Ils passèrent la nuit chastement, cl quand ils se levèrent, Basine lui dit : Ce que tu as vu des yeux , est fondé en vérité. Il nous naîtra un lion ; scs fils courageux ont pour symboles le léopard et la licorne. D'eux naîtront des ours cL des loups, pour le courage et la voracité. Les derniers rois sont les chiens, et la foule des petites bêtes indique ceux qui vexeront le peuple mal défendu par scs rois *. »
La dégénéralion est en effet rapide chez ces Mérovingiens. Des quatre fils de Clovis, un seul , Clotaire, laisse postérité. Des quatre lits de Clotaire, un seul a des enfants. Ceux qui suiveut , meurent presque tous adolescents. Il semble que ce soit une espèce d'hommes particulière. Tout Mérovingien est père à quinze ans, caduc à trente. La plupart n'atteignent pas cet âge. Charibcrt II meurt à vingt-cinq ans; Sigebert II, Clovis II, à vingt-six, à vingt- trois; Childéric II, à vingt- quatre ; Clotaire III à dix-huit; Dagobert II à vingt-six ou
1 Annal. Mclcnses , ad ann. 690. — Contin. Fredeg., c. 100. — Chronic. Hoissiac., ap. Scr. fr., Il, 055.
* Greg. Tur., epitotn., ap. Scr. fr., II, 307. — Basilic a le don de accoude rue, comme 1a Brunhild de l’Edda. Comme Brunhild, elle se livre au plus vaillant : • Novi
ulilitatem tuam, quôd sis valdè slrenuus, ideùque veni ut habilem treum : non noverissi in transmarinis parlihii$nlii|u< Tncognovisftrni ut iliorcm te,cxpelifc-semu tique
vingt-sept, etc. Le symbole de celle race, ce sont les énetxét de Jumiéges, ces jeunes princes à qui l’on a coupé les articulations, cl qui s’en veut sur un bateau au cours du fleuve qui les porte à l'Océan; mais ils sont recueillis dans un monastère.
Qui a coupé leurs nerfs, et brisé leurs os, à ces enfants des rois barbares? c'est l'entrée précoce de leurs pères dans la richesse et les délices du monde romain qu'ils ont envahi. La civilisation donne aux hommes des lumières et des jouissances. Les lumières, les préoccupations de la vie intellectuelle , balancent chez les esprits cultivés ce que les jouissances ont d’énervant. Mais les barbares qui se trouvent tout à coup placés dans une civilisation disproportionnée, n'en prennent que les jouissances. Il ne faut pas s'étonner s’ils s'y absorbent cl y fondent, pour ainsi dire, comme la neige devant uu brasier.
I,c pauvre vieil historien Frédégaire exprime bien tristement, dans sou langage barbare , cet affaissement du monde mérovingien. Après avoir anuoncéqu’il essayera decontinuer Grégoire de Tours : u J’aurais souhaite, dit-il, qu’il me fut échu en partage une telle faconde, que je pusse quelque peu lui ressembler. Mais l’on puise diflicilemcul à une source dont les eaux tarissent. Désormais le monde se fait vieux, la pointe de la sagacité s'émousse en nous. Aucun homme de ce temps ne peut ressembler aux orateurs des âges précédents , aucun u’oserait y prétendre 1 * 3. *