LIVR E II. - LES ALLEMANDS
Ht autant pour d’autres religieuses. Ces règles n’éi aient donc pas les mêmes.
La règle de saint Colombaii , opposée en ceci à la règle de saint benoit, ne prescrit pas l'obligation d’un travail régulier; elle assujettit le moine à un nombre énorme de prières. En général , elle ne porte pas cette empreinte d’esprit positif qui distingue l’autre à un si haut degré. Elle prescrit de même l'obéissance, mais elle ne laisse pas les peines à l’arbitraire de l'abbé ; elle les indique d’avance pour chaque délit avec une minutieuse et bizarre précision. Dan» cet étrange code pénal, bien des choses scandalisent le lecteur moderne. «In an de :• pénitence pour le moine qui a perdu une hostie ; » pour le moine qui a failli avec une femme, deux » jours au pain et à l'eau, un jour seulement s'il • ignorait que ce fût une faute. » Kn général , la tendance est mystique ; le législateur a plus égard aux pensées qu’aux actes. — «■ La chasteté du moine, dit-il, s'estime par scs pensées; que sert qu’il soit vierge de corps, s’il ne l’est pas d’esprit *?»
Celte réforme, doublement remarquable et par son éclat, et par sa liaison avec le réveil des races vaincues daus les Gaules, était loin pourtant de satisfaire aux vrais besoins du monde. Ce n'était pas de pratiques pieuses, d'élans mystiques qu'il s'agissait, lorsque la barbarie pesait si lourdement, et qu’une invasion nouvelle était toujours immi-
* Bib. max. PP., XII , p. La base de la discipline est l'obéissance absolue jusqu'à la mort. « Obedienlia usquè ad quem raodum dcfiuitur? Usquc ad mortem cerlè, quia Christus usquè ad mortem obedîvit patri pro nabis. * — Quelle est la mesure de la prière : « Est vera orandi Lraditio,ul possibilitas ad hoc destinât! sine fastidio voti pravalcat. » Celui qui perd l'hostie, aura pour punition un an de pénitence. — Qui la laisse manger aux vers, six mois. — Qui laisse le pain consacré devenir ronge, vingt jours. — Qui le jette dans l'eau jxar mépris, quarante jours. — Qui le vomit par faiblesse d'estomac, vingt jours; — par maladie, dix jours. — Six coups, douze coups, douze psaumes à réciter, etc., pour celui qui n'aura pas répondu amen au bénédicité, qui aura parlé en mangeant, qui n’aura pas fait le signe de la croix sur sa cuiller (qui non signaverit cochlear quo lamhit ) , ou sur la lanterne allumée par un plus jeune frère.— Cent coups à celui qui fait un ouvrage à part. — Dix coups à celui qui a frappé la table de son coutcan , ou qui a répandu de la bière. — Cinquante à celui qui ne s’est pas courbé pour prier, qui n'a pas bien chante; qui a toussé en entonnant les psaumes, qui a souri pendant l'oraison, ou qui s'amuse h conter de* histoires. — Celui qui racoute un péché déjà expié, sera mis au pain et à l'eau pour un jour (pour que l'on ne réveille pas en soi les tentatiou» passées?) — « Si quis monaebus dormierit in unà domo tutu inulierr , duos dits in pane et aquâ ; si nrscivit
nentc sur le Rhin. Saint Benoit avait mieux compris qu’il fallait à une telle époque un monachisme plus humble, plus laborieux, pour défricher la terre, devenue tout inculte et sauvage, pour défricher l’esprit des barbares. Loin de se mettre en opposition avec Rome, centre naturel de la civilisation romaine et ecclésiastique, il fallait se serrer autour d’elle. Mais l'Église irlandaise, animée d’un indomptable esprit d’individualité cl d’opposition, n'élail d’accord ni avec Rome , ni avec elle-nièine. Saint Ghll, le principal disciple de saint Coloinhan, refusa de le suivre en Italie, resta en Suisse, et y travailla pour son compte *. Saint Colomban, passant alors en Italie, s'occupa de combattre l'arianisme des Orientaux; c’était se tourner vers le monde Uni , vers le passé, nu lieu de regarder vers la Germanie, vers l'avenir. Comme il était encore sur le Rhin, il eut un instant l'idée d'entreprendre la conversion des Suèvcs; plus tard, celle des Slaves. Un auge l’en détourna dans un songe, et lui traçant une image du monde, il lui désigna l’Italie *. Ce défaut de sympathie pour les Germains, pour les travaux obscurs de leur conversion, est la condamnation desainl Coloinhan eldel'Églisc celtique. Les missionnaires anglo-saxons, diseiples soumis de Rome, vont, avec le secours d’unedynastie ostrasienne, recueillir dans l’Allemagne cette moisson , que l'Irlande n’a pu, ou n'a pas voulu cueillir *.
quod non débet , unum diern. — Castitas vera monachi in cogitationibue judicatur... et qoid prodett virgo corpore , si non ait virgo mente ? «
7 Pour se dispenser de suivre Colomban en Italie, saint Gall prétendait avoir la (lèvre... Ule verô existimnns cum pro laboribus ibi consummandis amure loci détention , vue longions delractarc laborem , dicil ei : Scio, frater, jam tibi onerosum esse tantis pro me laboribus faligari ; tamen hoc discessurus drnunlio, ne, vivente me in corpore, missam celcbrarc présumas. — Un ours vint servir saint Gall dans sa solitude , et lui apporter du bois pour entretenir son feu. Saint Gall lui donna un pain : • Uoc paclo montes et colles circompositos habelo communes. » Poétique symbole de l'alliance de l’homme et de la nature vivante daus la solitude.
3 Acta SS. ord. S. Bcncd.,scc. II : Cogitatio in meutem irruit ut Venetiorum, qui et Slavi dicuntur, terminos adirct. — Angélus Domini ei per visum apparuit, parvoque atnbilu, velut in paginali soient stylo orbis describeretcircul«m,mundicompagem monsl ravit, etc.
4 Les Bollandistes disent très-bien qu'il y a entre la règle de saint Colomban et celle de saint Benoit la même différence qu’entre les règle des franciscains et des dominicains. C'est l'opposition de la loi et de la grâce. L’ordre de saint Benoit devait prévaloir : 1*> suite rationalisme des Pélagietis ; 2° sur le mystilismk de saint Colomban. — Par lui commence le travail lirrk,
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(/impuissance de l'Église celtique , son défaut i d'unité, se retrouve dans la monarchie qui à cette époque dominait nominalement toute la Gaule. La , dissolution définitive semble commencer avec la mort de Dagobert. Sous lui, il est probable que l'influence ecclésiastique fut supérieure à celle des grands. Les prêtres dont nous le voyons entoure, doivent avoir suivi les traditions de l'ancien gouvernement ncuslrien dans sa lutte contre l'Ostrasie, c’est-à-dire contre le pays des barbares et de l'aristocratie. Lorsque le fameux maire du palais Ébroiu, envoya demander conseil à l’évêque de Rouen , saint Oucn, le vieux ministre de Dagobert répondit sans hésiter : « De Frédégondc te souvienne 1 f n
[658-50 1 Les grands manquèrent d'abord leur coup cnOslrasie, sous Sigcbcrt III, fils de Dagobert. Pépin avait été maire, puis son fils Grimoald. et celui-ci, à la mort de Sigebert, avait essayé de faire roi un de ses propres enfants. Il était secondé par Dido, évéque de Poitiers , oncle du fameux saint Léger. L’oncle et le neveu étaient les chefs des grands dans le Midi a. Le vrai roi n’avait que trois ans. On se débarrassa sans peine de cet enfant. Dido le conduisit en Irlande. Mais les hommes libres d’Ostrasie tendirent des embûches à Grimoald. l'arrêtèrent et ; renvoyèrent à Paris , au roi de Ncustrie Glovis II , ! (ils de Dagobert, qui le ûl mourir avec son fils.
Les trois royaumes se trouvèrent ainsi réunis , sous Glovis II, ou plu tût sous Erchinoald, maire du palais de Neustrie. Pendant la minorité des trois | fils de Glovis, le même Erchinoald, puis le fameux 1 Ébroiu, remplirent la même charge, s’appuyant du
dont l'absence était la grande plaie de l'Empire mou- ^ raid.
1 tîesta reg. fr., c. 45. Ad beatum Audocnntn dircail, ; quid ci coucilii daret, interrogaturus. Ai illc per interii u ut lus hoc sol uni scripto dirigeas, ait ; De Fredegunde tibi subveniat in memoriam. Al ille, ingeniosus ut erat , intellcxit.
3 Vit» S. Lcodegarii, c. 1, etc., ap. Scr, fr., II, 6J I, \ sqq. — Fredegar. cou tin., ibid., 450.
* Script, rer. fr., II, 440.
* In infantiA Sigiberli omîtes Austraaii , Cnm digèrent Chrodinum majorera domûs.,. I Ile respuens... Tune Gogoncm cligunt. Greg. Tur. epitom., c. 58. — Au. 638. Defunctn Gundoaldo... Dagobert us rex Ercoualdum virum illustrera in majorcmdotnùs atatuit... — 050. Dcfuncto Erconaldo... F ranci in incertum vacillante!, præfinito cousit io Ebruino hujus honoris altitudine Majorera domo in aulA regis statuant (Dagobert était mort, et ils avaient élu pour roi Clotaire III ). Gesla reg. fr., c. 43, 45. — G 20. Clotarius II... cura pro- 1 ceribuset leudis Burgundi* T recassis conjuugitur, cura vos sollicitâsset , si vellent mortuo jàm Warnachario j alium in rjus honoris gradum sublimait1. Scsi omm-s
nom et de la sainteté de Uathiide, veuve du dernier roi. C’élail une esclave saxonne que Glovis avait faite reine *. Ges maires, ennemis des grands, leur opposaient avec avantage aux yeux des peuples une esclave et une sainte.
Quelle était précisément cette charge des maires du palais? M. de Sismondi ne peut croire que le maire ait été originairement un officier royal. 11 y voit un magistrat populaire, institué pour la protection des hommes libres, comme lejuslixa d’Aragon. Gette espèce de tribun et de juge eût été appelé mord-ilom, juge du meurire. Ces mots allemands auraient été facilement confondus avec ceux de major domûs, et la mairie assimilée à la charge de l'ancien comte du palais impérial. Nul doute que le inaire n’ait été souvent élu , et même de bonne heure, aux époques de minorité ou d'affaiblissement du pouvoir royal. Mais aussi , nul doute qu’il n’ait été choisi par le roi, au moins jusqu'à Dagobert *. (Quiconque connaît l'esprit de la famille germanique, ne s'étonnera pas de trouver dans le maire un officier du palais. Dans celte famille . la domesticité anoblit. Toutes les fonctions réputées serviles chex les nations du Midi, sont honorables chex celles du Nord, et en réalité, elles sont rehaussées par le dévouement personnel. Dans les Nibelungcn, le maître des cuisines, Uumolt, est un des principaux chefs des guerriers. Aux festins du couronnement impérial, les électeurs tenaient à honneur d’apporter le boisseau d’avoine, et de mettre les plats sur la table. Chcx ces nations, quiconque est grand dans le palais, est grand dans le peuple. Lep/ue grand du palais (major) devait
un. mi mi ter denegantes se neqnaquAm velle Majorent dormis digéré, regis graliam nbnixè petentes cutn rege transiger*.. . Frcdcgar., c. 54, ap. Scr. fr., II, 435.— 641. Flaochatos, genrre Francus, Major domûs in régit U rn Rurgundiar . dectionc poutificucn et conclorum ducum, à Naniichilde reginà in hune gradum honoris stnhilitur. Id., c. 89, ibid., 447. — f'oy. les livres suivants.
— M. Perla, dans son ouvrage intitulé, Geschichtc der Merowingiaeben Haosmeier (1819), a réuni tous les noms par lesquels on désignait les maires du palais : — Slagor domûs regiæ, domûs regalis, domûs, domûs palalii, domûs in palatin, palalii, in aulà. — Senior dormis.— Princeps domûs. — Princcps palalii. — Prœpositns palalii. — Pncfrctus domûs régi*. — Pradectus palalii. — Prcfcctus aulx. — Meetor palalii. — Nutritor et bajulus regis? ( Predeg.,c. 86.) — Hector aube, imû lotius regni. — Gubernator palalii. — Moderator palalii. — Dux palatii, Custos palalii et tulor regni. — Subregulus. — Ainsi le maire devient presque le roi, et réciproquement gouverner le royaume s’exprima par gouverner le palaia. » Bat Initia régi ira, qux cum Chlolario (itio Fraucorum regebat palalium.