DISCOURS DE RÉCEPTION A L'ACADÉMIE
raison humaine; Tun^ disciple original de Condillac, qui semble avoir épuisé le système entier de Técole qu'il représente par rétendue et la hardiesse des conséquences que sa pénétration en a tirées, et dont Thonneur est de n'avoir guère laissé à ceux qui viennent après lui que l'alternative de le suivre comme à la trace ou de l'abandonner pour être nouveaux; écrivain singulièrement remarquable par cette clarté suprême qui à elle seule est déjà un mérite si rare, et qui en suppose tant d'autres; l'autre^ qui appartient à l'école de Descartes, et le premier parmi nous l'a réhabilitée en la rappelant à la sévérité de sa propre méthode ; puissant orateur qu'une raison inflexible, secondée d'une imagination qui s'ignore, conduit involontairement et par sa rigueur même aux plus heureux effets de style, pittoresque, brillant, ingénieux comme malgré lui-même, parlant naturellement la langue des grands maîtres du dix-septième siècle, parce qu'il a vécu dans leur commerce intime et qu'il est en quelque sorte de leur famille.
Comment arriver jusqu'à moi après vous avoir rappelé tous ces glorieux modèles de la science philosophique et de l'art d'écrire? Mais je ne me suis point considéré. Messieurs; je n'ai pensé qu'à la philosophie, et j'ai cédé devant vous à mon plus cher et plus habituel sentiment, la i(À à la dignité de la philosophie et le culte des grands hommes qui l'ont servie par la double puissance de la pensée et de la parole. Ce sentiment m'a conduit de bonne heure dans une carrière di{ficile; il m'a soutenu dans plus d'une épreuve ; qu'il me protège aujourd'hui , et me soit un titre à votre indulgence!
Qui m'eût dit en effet que jamais je viendrais m'asseoir
* M. de Tracy.
' M. Royer-CoUard
4 VftACMKNTS ÎJTTr^RAIRES.
à cette place qu'occupait naguère avec tant d'écfat le savant c(^lëbre dont la porte est un deuil pour l'Institut tout entier^ pour la France et pour l'Europe? Lui aussi avait voué sa vie â des études qui ne conduisent point ordinairement à r Académie Frani^aise , et c'est là malheureusement la seule ressemblance qui soit entre nous; mais la gloire, qui est de toutes les académies, le désignait à vos suffrages dans les hautes régions do l'analyse mathématique; et l'homme de goAt, Thomme excellent avait aisément introduit parmi vous le grand géomètre. Les titres de M. Fourier à Tadmiration du monde savant trouveront ailleurs un digne interprète : il m'appartient i peine de vousles rappeler.
La science qui a pour objet les grands phénomènes de la nature doit sa naissance et ses progros à trois causes, Fob- {(orvation, le calcul , le temps. C'est l'observation dirigée par la méthode qui recueille, amasse, éprouve les matériaux tie la science. Mais pour que la science se forme, il faut que le calcul s'ajoute à l'observation, le calcul, puis- MUice merveilleuse qui métamorphose tout ce qu'elle touche, négligi' dans les faits observés les détails arbitraires, fruits de oircimstances |>i\s$agèr6s et indifférentes, pour en retenir 9eulomont les éh^inonts ntH^essaires qu'elle dégage, met en lunùère ot exprinu\ dans leur simplicité et leur abstraction^ en formules gi'nérales sur lesquelles elle opère avec ci>nftance^ et dont elle tire des résultats aussi généraux que feuTS princii^es, c*esl-«-dirô des lois, c'est-À-direla science. Tno fois sortie du lierceau de ro\|HTience et lanct'v dans le monde |v^r la main du calcul, la <icionce niarcho,el s'avanco av(V lo tomps de ct^nquiHo on oonqnol'' jusqu'au tenne qui lui est assigne. To iormo^o.<t une loi si îr«''n orale qu'elle épuisk* ro\|vnonoi^ ol n\n»linel anouno niUro loi j-lns irônôrale qnoUo-mome. Mai> les siîvU^ en poursui\ani ci» terme, le reouloni s\ï»s cos.^e ei le chas>eni |H>ur ainsi dire devant