‹ Œuvres de m. Victor Cousin. 4. ser. LittératureChapitre 35 sur 66 · III · texte numérisé non relu

III

exposé un arrêt et des lettres de cachet, en ont abusé d'une manière injurieuse à la clémence de Y. M., et digne de cette attention avec laquelle elle écoute lès plaintes de tous ses sujets.

Ces pères , Sire, voyant les habitants plus aliénés que jamais par cette conduite et prêts d'en venir informer V. M., feignirent d'avoir du scrupule et du repentir de ce qu'ils avoienl ainsi obtenu cet arrêt et ces lettres de cachet, et promirent par écrit aux échevins une surséance qu'ils demandoient pour recourir à Y. M. ; et, comme ensuite les habitants s'alloient assembler promptement dans l'hôtel de ville pour députer, ils envoyèrent de nouveau leur recteur de Montferrand pour protester à cette assemblée qu'ils ne vouloient point du tout entrer dans Clermont sans le consentement de toute la ville, et porter parole que, quand même on les y vondroit forcer sous prétexte de cet arrêt et de ces lettres de cachet, ils n'y consentiroient jamais. Et cependant , Sire, dès le lendemain, ils vinrent avec ce recteur et s'emparèrent du collège à la vue de ces mêmes habitants à qui ils avoient donné cette parole le jour précédent et qui accouroient à cette surprise, mais qui n'opposèrent que la modération à toute celte conduite des jésuites; car la fidélité si ancienne et perpétuelle de la ville de Clermont est à toute épreuve, non seulement pour le service de ses roys, dont celle ville a cet honneur singulier de ne s'être jamais départie, mais pour les moindres choses qui perlent leur nom. Ces habitants. Sire, osent espérer que Y. M. ne permettra pas que, sous un règne tel que le sien, les jésuites jouissent du succès de leurs artifices, et que , pour être ainsi entrés dans Clermont et pour empêcher que cette ville n'ait eu l'honneur d'être ouïe de Y. M. , elle soit condamnée à les Y souffrir contre ses intérêts et contre son gré.

DOMAT. i75

.Ces intérêts , Sire , sont si grands et appuyés de raisons si fortes, et de la part des habitants de Clermont et de la part même des jésuites et de leur propre conscience, que ces habitants osent s'assurer que V. M. en seroit touchée, si elle vouloit souffrir qu'on Ten informât. Mais ces raisons,, Sire, sont en si grand nombre et fondées sur tant de titres^ édits, traités, arrêts, privilèges, et sur tant d'autres considérations, qu'ils n'oseroient l'en importuner.

Mais comme les roys, prédécesseurs de Votre Majesté, dont les jésuites ont autrefois obtenu de pareils ordres pour s'établir dans Clermont sur de semblables faux exposés qu'on les y demandoit , ont toujours révoqué ces ordres aussitôt qu'ils ont seulement connu la répugnance des habitants, il y a présentement. Sire, bien plus que cette- raison si naturelle du gré des villes : par une déclaration solennelle de l'année 1659, qu'elle a voulu faire publier dans tout son royaume, elle a très-effectivement deffendu tous établissements de communautés religieuses sans le rx)n8entement des villes. Ces doffenses de Votre Majesté ne doivent pas être nécessaires pour les jésuites ; car leurs statuts. Sire, leur font encore d'autres deffenses bien plus étroites, non-seulement de s'établir malgré les villes, mais de demander même d'y être reçus.

Et cependant, Sire, non-seulement ils demandent et ils insistent d'entrer dans Clermont contre les statuts qu'ils font vœu d'observer, mais ils y entrent par force et s'opiniâtrent à y demeurer, quoyqu'on persévère à leur dire qu'on ne les veut pas, et contraignent les^habitants à venir importuner V. M.

Ils espèrent. Sire, qu'elle leur fera cette justice de ne pas souffrir cette désobéissance des jésuites à vos ordonnances et i leurs statuts, et qu'elle n'obligera pas de très*»

lidèles sujets, pleins de zèle et d'amour pour son service, à recevoir contre leur gré des religieux qui, professant d'enseigner la piété et les bonnes mœurs, commencent par forcer ceux qu'ils veulent instruire à venir d'abord demander justice contre eux, et qui, pour le premier exemple de leur piété, violent en un jour ordonnances, édits, traités, vœux, statuts, parole, et qui ont violé le respect même qu'ils dévoient à Y. M. sacrée, par la supposition qu'ils ont faite à votre conseil qu'on les demandoit, et par la manière dont ils ont usé des lettres de cachet qu'ils ont obtenues par cette surprise.

La ville de Clermont, Sire , a fait élever sa jeunesse jusqu'à présent par d'autres maîtres que par ces pères; elle a eu la gloire de produire, dans tous les siècles, des personnes de mérite pour la religion et pour l'État ; mais surtout. Sire, elle a eu l'honneur de n'élever dans tous les temps que de véritables serviteurs des rois, et qui même par leurs services en ont mérité ce que demandent aujourd'hui à Votre Majesté avec tant d'instance les habitants de cette même ville, d'être dispensés de recevoir les jésuites.

Le roy Henry le Grand, ayeul de Votre Majesté, a été l'un des roys qui a conservé la liberté de la ville de Clermont contre les entreprises de ces pères. Ce grand prince, Sire, aimoit cette ville, et avoit la bonté de vouloir bien reconnoître qu'elle lui avoit rendu un service bien important, et d'autant plus considérable qu'il regardoit aussi l'Etat. Car, pendant la ligue, les habittmts de Clermont ne s'éloient pas seulement conservés fidèles au milieu de la rébellion de presque tout le royaume, mais, par un zèle extraordinaire et tout inouï, étant sortis de leurs murailles et avec le peu de sujets qui restoient au roy, qui s'y étoient réfugiés, avoient exposé leurs vies, attaqué l'armée des li-

gueurs, repris sur eux une ville, et gagné cette bataille d'Issoire dont toutes les histoires remarquent qu'ayant rendu au roy TAuvergne entière et toutes les provinces voisines, et qu'étant arrivée, comme par une espèce de miracle, le même jour que ce prince gagna en personne celle d'Yvry, ces deux batailles avoient été la fin de la ligue et le rétablissement de ce grand roy dans son patrimoine, qui est aujourd'hui rhéritage de Votre Majesté.

Les habitants de Clermont, Sire, ont cette confiance que Votre Majesté aura toujours pour cette ville les mêmes bontés qu'ont eues pour elle tous les roys ses prédécesseurs, pour tous lesquels elle a conservé une fidélité plus ferme et plus inviolable qu'aucune autre ville de son royaume, et qu'elle ne leur refusera pas la même grâce qu'elle accorde à tant de villes qui résistent aux jésuites, de ne pas les obliger, non plus que les autres, à les recevoir, et qu'elle ordonnera à ces pères de retourner dans leur collège de Montferrand ; si ce n'est que cette affaire étant trop peu digne d'occuper les soins de Votre Majesté, elle veuille la renvoyer à son parlement de Paris, qu'elle a rendu juge naturel, à cause des déclarations et des édits qu'elle a fait vérifier en ce parlement et qui font une partie des moyens décisifs contre cette entreprise des jésuites; et toute cette ville redoublera, Sire, les prières publiques et particulières qu'elle fait incessamment pour Votre Majesté, et s'animera de plus en plus de zèle et d'ardeur pour son service et de tous les roys que Dieu fera naître jusqu'aux derniers siècles, du sang de Votre Majesté, le plus illustre de toute la terre comme elle en est le plus grand roy. »

c( M. Domat, avocat du roy, ajoute notre manuscrit, fut député pour présenter à Sa Majesté la requête cy-dessus. Étant arrivé à Paris, il rassembla vingt Auvergnats, avec

lesquels il alla porter sa plainte au roy ^ qui ayant fait avertir le P. Annat^ son confesseur, pour lui dire que c'étoit contre ses confrères qu'on agissoit, ce jésuite répondit que Sa Majesté ne devoit point s'inquiéter de cette affaire, qu'elle étoit accommodée, et par cette fourberie il obligea les suppliants de se retirer. Ceci se passait en 1663. Ainsi les jésuites s'établirent à Clermont malgré M. l'évêque, les doyens, chanoines et chapitre de la cathédrale, syndic du diocèse, le gardien des cordeliers, le sous-prieur des carmes et les échevins de la ville de Clermont.... »

Ce n'est pas la seule affaire où Domat ait osé combattre ouvertement les jésuites. Dix ans après , un de leurs prédicateurs, le père Duhamel , ayant fait, dans la cathédrale de Clermont, un sermon où il soutenait l'infaillibilité absolue du pape , ce qui était contre les maximes de l'église gallicane et contre l'ordonnance du roi, qui interdisait de traiter des matières étrangères au salut des âmes et préjudiciables à la paix publique, Domat, comme avocat du roi, et chargé de l'exécution des ordonnances royales, informa contre le père Duhamel, dressa lui-même un procès-verbal détaillé, et écrivit à M. le procureur général une lettre pour accompagner ce procès-verbal. Nous donnons ici ces deux pièces pour montrer et l'esprit généreux de l'ancienne magistrature et l'intrépidité de Domat en face du parti puissant qui persécutait le cartésianisme, menaçait l'Oratoire, écrcisait Port-Royal , et dominant sur la conscience du roi , entraînait l'État dans ses querelles et en faisait l'instrument de ses desseins.

' On raconte que la reine à laquelle la députation avait été présentée, dit à Domat avec vivacité : « Il faut que vous soyez bien janséniste, puisque vous vous opposez si fort à recevoir les jésuites dans votre ville, vous qui avez un frère de cette société. »

bOMAT. 179

Procès- Verbal.

« L'an 1673 et le dernier jour de février, nous, Jean Domat, avocat du roy en la sénéchaussée et siège présidial d'Auvergne, à Clermont, ayant appris par le bruit commun que ce jourd'huy mardy d'après le deuxième dimanche do carême, le père Duhamel, jésuite, qui prêche pendant ledit carême dans l'église cathédrale de ladite ville , ayant pris pour texte Super cathedram Moysi Hederunt, etc. y auroit pris pour son sujet l'infaillibilité de l'Eglise et celle ihv pape, et auroit traité en deux points de ces deux sortes d'infaillibilité , et entrepris de prouver séparément celle du pape seul; nous aurions été obligés par le devoir de notre charge, en l'absence du S' procureur du roy audit siège, de nous informer plus particulièrement des propositions que ledit père Duhamel avoit avancées touchant ladite infaillibilité, pour exécuter, en ce qui dépend de nous, l'arrêt de la cour du parlement du 30 may 1663, par lequel la cour auroit ordonné la publication et enregistrement de six articles de certaine déclaration de la faculté de théologie de Paris, du 3 may... touchant l'autorité du pape avec deffense de soutenir aucune doctrine contraire, et aussi la déclaration de Sa Majesté avoir ordonné que ladite déclaration de la faculté de théologie do Paris seroit publii'e et enregistrée dans tous les parlements et autres jurisdictions de son royaume, avec deffense à toutes personnes de soutenir, deffendre et enseigner aucune proposition contraire à ladite déclaration, à peine de punition exemplaire, lecfuel arrêt et déclaration ont (Hé publiés et enregisUvs à ladite sénéchaussée; et à cette lin, comme nous n'aurions pas ouy ledit sermon, nous étant enquis de plusieurs per-

sonnes qui y auroient assisté, nous aurions appris par tous les récils conformes que ledit père Duhamel a pris pour son texte dans ledit sermon ce passage de l'Evangile du jour, Super cathedram Moysi sederunt, etc., et pour son sujet l'infaillibilité de l'Église et celle du pape; qu'il a divisé son sermon en deux points, le premier pour l'infaillibilité de l'Église, et le deuxième pour l'infaillibilité du pape ; que, dans le premier point, rapportant quelques preuves de l'infaillibilité de rÉglise, il a dit que comme celle du pape s'établissoit aussi sur les mêmes preuves, il prouveroit l'une et l'autre dans les deux points, et que, dans l'un et dans l'autre, il rapporte diverses preuves de l'infaillibilité du pape seul, et a avancé entre autres preuves de cette infaillibilité les propositions suivantes :

c< P Que les théologiens étant souvent contraires dans c( leurs opinions sur les matières de la foy, comme les « horloges qui ne s'accordent pas, il falloit une règle, et « que, comme le cadran solaire est la règle infaillible des « horloges, le pape est le cadran. solaire de l'Église, qui est « la règle infaillible dans les matières de la foy.

« 2° Que Notre-Seigneur avoit dit à Saint-Pierre ; Eyo <( autem rogavi pro te ut non deficiat fides tua et tu iili" « quando cœwersus œnfirma fratres tiioSy pour marquer c( l'infaillibilité qui lui a été communiquée et à ses suec*A3Si< seurs, et que ce passage se doit entendre de rinfuillibililc (4 de saint Pierre et de ses successeurs , et non de celle de a l'Église, ce qu'il a prouvé par deux réflexions sur ce pas- « sage, l'une sur ces mots pro te, en disant que c'étoit le « pronom de la seconde personne qui s'adressoil à la perce sonne de Pierre et non a l'Église, qui ne s'appelle pas (( Pierre, l'autre sur ce mol fratresy en disant que ce mol « s'entendoit des papes successeurs de saint Pierre, qui sont « ses frères, et non de l'Église, et que, si Notre-Seigneur

DOBfÂT. 181

« avoit prétendu parler de l'Églisey il auroit dit ses enfants ce et non ses frères.

3** « Qu'il est impossible que le pape enseigne une <c doctrine fausse, erronnée et scandaleuse, et qu'il arri- « veroit plutôt de ces trois choses Tune, ou qu'il changece roit de sentiment comme il arriva au pape Vigile , ou « que le Saint-Esprit se méleroit dans ses expressions « pour lui faire dire la vérité malgré qu'il en eût et lors « même qu'il voudroit dire une fausseté, comme il est « arrivé à Balaam et à Caïphe, ou qu'il mourroit d'une « mort subite avant que de prononcer une erreur selon x< le sentiment de B.

4° « Que le pape est infaillible dans les décisions qui «concernent la foi, la doctrine et les mœurs, et que « dans le reste il est homme comme les autres et sujet à « faillir; sur quoy il a ajouté et fait remarquer qu'il se « rendoit d'autant plus exact en cette matière qu'il s'y « agissoit du salut.

5*» « Que certains théologiens de robe courte semblent « jeter des scrupules dans les esprits foibles , lesquels il « est important de lever et qu'il y en a qui vont déterrer (( de vieux grimoires pour prouver qu'il y a eu des papes « qui ont failli.

6° « S'étant objecté comment il se pouvoit faire que « le pape fût infaillible, il a répondu que, dans les choc( ses de la foi; il ne falloit pas demander comment. Je c< sçay, a-t-il dit, que, dans le mystère de la Trinité, « Dieu est un en trois personnes ; mais si on me dece mande comment cela se peut faire, je n'en sçay rien. c( Je sçay que, dans le mystère de l'eucharistie, le corps c< et le sang de Notre-Seigneur sont sous les espèces du « saint sacrement; mais comment, je n'en sçay rien. Jo « sçai que d'abord qu'un homme est élevé à la chaire de m. u

Ci Saint-Pierre y il ne peut plus enseigner une doctrine « fausse, erronnée, scandaleuse; mais si on demande « comment, je n'en sçay rien. »

« Et comme toutes lesdites propositions de ce sermon tendent à persuader l'infaillibilité absolue du pape, et que cette doctrine que ledit P. Duhamel a prétendu établir par ledit sermon est directement contraire auxdits articles de la déclaration de ladite faculté, et notamment au sixième» concernant l'infaillibilité du pape, nous avons cru qu'il étoit d'une nécessité indispensable de faire, en cette rencontre , ce qui peut dépendre de nous dans notre fonction pour contribuer à réprimer une telle entreprise contre lesdiis arrêts et ladite déclaration de Sa Majesté et contre les lois de son État, et, ne pouvant y pourvoir avec prudence par d'autres voies, nous avons jugé qu'en une affaire de telle conséquence, où nous voyons cette doctrine de l'infaillibilité du pape aussi publiquement enseignée avec l'approbation et l'applaudissement de la plus part des ecclésiastiques et principalement des religieux, et consentement tacite du peuple qui, n'étant pas informé de la fausseté et des pernicieuses conséquences de cette doctrine , la reçoit comme véritable , nous devons au moins en donner avis à M. le procureur général, affîn qu'il lui plaise d'informer la cour de cette entreprise contre son arrêt, et Sa Majesté, s'il le juge à propos, de cet attentat contre sa déclaration ; et nous nous voyons aussi obligés en même temps de supplier très-humblement mondit seigneur le procureur général d'agréer que nous lui remontrions l'importance singulière que nous y remarquons d'employer son zèle, sa prudence et son autorité, comme il a fait cy-devant si utilement en toutes sortes de pareilles occasions, pour achever en celle-cy d'arrêter toutes les entreprises semblables de ceux qui publient ou débi-

tent en particulier cette doctrine au préjudice dudit arrêt et de ladite déclaration. Et ce qui nous oblige à ces remontrances, c'est que nous voyons en cette ville un exemple de la nécessite d'y exécuter avec éclat ladite déclaration et ledit arrêt, parce que cette ville étant le siège d'un des plus grands évéchés du royaume, et une ville capitale des plus fidèles au service des roys , comme elle en donna d'insignes preuves pendant les ligues, nous y voyons néanmoins que le sentiment de l'infaillibilité du pape y est insinué et s'y répand comme une doctrine de foi, et que la plus part croyent que la doctrine .contraire est une doctrine hardie, ce qui est arrivé non par des prédications ou leçons pubJiques que nous n'aurions pas dissimulées, mais par le cours universel que donne à cette doctrine le grand nombre de ses partisans, et parti* culièrement des réguliers et autres ecclésiastiques.

« Et il est facile de juger que si ce sermon du P. Duhamel demeure impuni, cette doctrine de l'infaillibilité du pape, publiquement établie par cette voie et sans contredit, passera pour une vérité de foy et un dogme qui ne peut être contesté; et comme nous apprenons de ladite déclaration de Sa Majesté que c'est son intention que les sentiments de ses sujets soient uniformes sur lesdits articles, et que nous voyons que, tout au contraire, ils se rendent uniformes dans la créance de l'infaillibilité du pape, et que cette créance s'établissant pourroit mettre les sujets du roy, dans cette ville si fidèle à son service, en péril de tomber dans les suites pernicieuses qu'elle pourroit produire contre leur devoir, s'il arrivoit des occasions où l'autorité des papes pût les porter à s'en départir, nous croyons que ces considérations nous obligent à supplier mondit seigneur le procureur général d'y faire les réflexions qui lui sont plus propres qu'à nous et qu'il

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dciura beaucoup mieux iaire, w ûv suuflErir que houf loi expobioub lee fail^ et les considérations partifaiiièreB qn'H ue peut dffpreiKlre que de uoi», et dont le devoir de n»- Ire diaf|[f llOu^ uLii^îe de Tavertir par ce présent ierkd que nouë a\unt^ dressé de tout ce qne dems, qu il plaise à uiundît seigneur le procureur général dy pourvoir aiusi qu'il avisera par sa prodenoe, €A noms soiuine^ bouseriu» a>ee notre greOier en toutes pages, et av^ U. Claude LaLourit^ui, ancien dianoine de l'égbae <»tliédi*ale et aueien ofibeial de Clermont: M. Etienne de U Mare y docteur eu théologie, chanoine eS U^id de ladite église: M. Auti.iine Dufonr, die la iiiéine ^lise; M. EtieoDe Périer, conseilkr eo ia ^Axr de« a}de(^ de ladite ville: M. François Bueal, (>fieur et sei^fieur de Termes et de la Fa^^be; M. Rohef't Hj^iiiiiiiUf a\ocat au parlement; M. Antoine Boortin, avoeat en ladite «'our; M. Geor^^^ du Gourd, docteur en mi'^UnHne; X* Jaoques-Antoifie-Sarret, avocat ao porfoment; austi soua'rits aiec nous en toutes pages, poor alii^bter, (iar leur sif^nature, la vérité du contenu en nôtredit préiieut procès-verbal touchant ledit sermon, après qu'ils ont fait le<;ture d'iceluy et des propositions avancées par ledit P. Duhamel dans ledit sermon , auquel ils ont HStiisté. Fait ledit jour et an. Signé DOMAT, premier avocat du roy ; ubol'RIFX'X, etc.. IIaitiste, greffier. »

I.KTTRB DB M, DOUAT A M. LB IKOCUREUR GÉNÉRAL POUR ACCOMt'AGNER LE PIlOCfeS-VERBAL.

Ce f mars 1673.

i( Mons(>if,meur, m'étaiil rencontn'^ dans la nécessité, |iar lu (hwoir du imt rharge, vu Tahsimce do M. le procu- HMir «lu roy (rfiilruproiidru In dplVunst» de Tintéri^t du roy

et du public en une affaire importante et qui regarde aussi rÉglise» je me trouve obligé, monseigneur, de vous en rendre raison et de la mettre entre vos mains. Le père Duhamel , jésuite , qui prêche présentement le carême en cette ville, fit, hier mardy, un sermon exprès pour prouver l'infaillibilité du pape. Vous verrez, monseigneur, par le procès-verbal que je prends la liberté de vous envoyer, le récit du dessein et de quelques propositions de ce sermon. Je n'ày rien à y ajouter de particulier pour ce qui est du fait, si ce n'est que je me suis rendu trèscertain de la vérité telle que je Texpose et qu'elle est prouvée par ce procès-verbal ; mais je crois, monseigneur, devoir adjouter qu'il est d'une conséquence extrême de réprimer cette entreprise, car je puis rendre ce témoignage que les réguliers et quelques ecclésiastiques de leur cabale ont tellement répandu cette doctrine de l'infaillibilité du pape, ou dans les confessions, ou dans les entretiens, ou par d'autres voies qui ne viennent pas à notre connoissance et qu'il ne nous est pas possible de réprimer, qu'encore que les personnes intelligentes, et particulièrement ceux qui sont instruits de l'arrêt et de la déclaration du roy sur cette matière, qui sont en trèspetit nombre, ayent été extrêmement scandalisés de ce sermon , le peuple et la pluralité des personnes même de condition, qui ne sont pas instruits de ces matières ny des conséquences de cette doctrine contre l'autorité légitime de rÉglise et contre l'intérêt du roy et de l'État, se laissent persuader de cette infaillibilité; et je crois, monseigneur, en cette occasion, que cette doctrine est devenue si commune que non-seulement elle passe pour catholique, mais que même la doctrine contraire passe, dans les esprits de ces personnes, pour une hérésie; mais cette opinion si pernicieuse demeureroit bien plus forte-

196 FRACMEyrS littéraîres.

tfwMi établie, si un tel sermon re>ioit impuni. Car vous «tentez, monseigneur, quelles sont les impressions que fait (Jan9 l'esprit de la multitude une doctrine enseignée comme la parole de Hieu et dans la chaire de vérité, et quelles en <4fint les cofis^fuenres surtout quand il s'agit des premièrtiH rè^U^ de la religion et du discernement de Tautorité légitime qui peut r^^gler les points de la foi. Mais l'entreprise de ce jésuite est d'une conséquence d'autant plus importante, qu'il a prêché cette doctrine si contraire à l'Écriture et à la tradition, aux conciles, aux caçons, aux libertés de l'Eglise gallicane, à cet arrêt, à cette déclaration, et si pernicieuse dans l'Eglise et dans l'Etat, comme une doctrine et une règle de la foi, et par un sermon exprès, en séparant exprès et distinguant l'infailUbilité (lu pape, qui fut son principl sujet, d'avec celle de l'Église, qu'il ne toucha quasi qu'en passant, et en traitant de ridicules, de théologiens de robe courte, ceux qui deffendent la véritable doctrine de l'Église, ce qui tourne, par une cons(k|uence nécessaire, contre les premiers magistrats du royaume et les officiers de la cour, qui se sont rendus les prolecteurs de cette doctrine par l'arrêt du 30 may 16G3, et enfin par un sermon prêché dans le cours ^ d'un carême, dans une église cathédrale, à la face d'un des plus amples auditoires du royaume et des mieux remplis d'ofiioiers do trois compagnies, d'ecclésiastiques d'une cathMrale, de trois collégiales, un grand séminaire et onze ('•ommunautés do réguliers de divers ordres, de tous lesquels corps il y u toujours bon nombre au sermon; et je dois encore «joutor, monsoigneur, à toutes ces circonstances, que je no sois (uis d'autro piirtie ny d'autre juge dont il faille attendre de justice contre ce sermon que vous, monseigneur, et le (parlement. Toutes ces considérations me font espérer* monsuMgnour, que vous aun^z la lx>nté, non-seule-

ment d'approuver ma conduite, mais de la protéger et d*en foire votre affaire, comme elle Test plus que de personne. J'aurois bien souhaité, monseigneur, de vous envoyer une information, au lieu d*un simple procès-verbal, mais il m'a été nécessaire de me réduire à cette voye en attendant que je puisse faire faire une information. Je vous prie de considérer qu'un procè&-verbal de la qualité de celui que je vous envoyé , en une affaire de celte nature, peut tenir lieu d'information, sinon pour établir toutes les peines que ce jésuite peut mériter, et que la cour pourra ordonner après une plus ample procédure , si elle le juge à propos, du moins pour effacer et réparer promptement les mauvaises impressions de ce sermon qui subsistent dans le public, par les voies que vous jugerez, monseigneur, le plus à propos par votre prudence... »

Le procureur général auquel cette lettre et ce procèsverbal étaient adressés était M. de Harlay, probablement Achille de Harlay, troisième de ce nom, celui dont Saint- Simon nous a laissé un portrait peu flatté, et qui, avant d'être président du parlement de Paris, en 1689, aurait été d'abord et se trouvait, en 1673, procureur général. M. de Harlay rendit compte de la lettre de M. Domat à M. le premier président Lamoignon, et il fut convenu entre eux que, d'une part, on approuverait la conduite de Domat, que, de l'autre, on ne donnerait point un éclat trop grand à cette affaire; que pourtant on exigerait une double réparation du père Duhamel : d'abord iin désaveu de ce qu'il y avait de blâmable dans son sermon par-devant M. l'évêque de Clerraont, en son palais épiscopal et en présence de l'avocat du roi (Domat) et du lieutenant criminel, et, de plus, des paroles de paix et de soumission en chaire devant l'assemblée des fidèles. Notre manuscrit contient la lettre où M. de Harlay écrit à Domat pour l'informer de ces résolutions,

et le procès-verbal de Tacte de soumission du père Duhamel devant Tévôque de Clermont, le lieutenant criminel et Domat.

Mais les jésuites ne se tinrent pas pour battus. Selon leur méthode accoutumée, ils agirent auprès du roi, et lui persuadèrent d'enlever cette affaire au parlement de Paris, et de. l'évoquer à sa propre personne, en son conseil ; et là ils obtinrent un ordre enjoignant aux gens du roi, à Clermont, d'assoupir toute cette affaire, de se dessaisir des minutes mêmes des divers procès-verbaux et de toutes pièces écrites en cette circonstance, et de les envoyer à Paris, au conseil d'Etat, et encore faisant défense au parlement de Paris et à tous officiers du présidial de Clermont de plus faire aucune poursuite contre le père Duhamel, comme aussi au père Duhamel et à tous autres prédicateurs de parler ni traiter, dans leurs prédications, de semblables matières. M. de Marie, conseiller d'État et commissaire en la généralité de Riom, fut chargé de l'exécution de cet ordre, et il l'exécuta fidèlement. Le procureur du roi et le greffier criminel durent remettre toutes les minutes qui étaient entre leurs mains; mais voici qui témoigne de la manière la plus vive du sentiment d'honneur qui animait toute l'ancienne monarchie : le greffier criminel pria que les minutes à lui demandées fussent laissées du greffe pour sa propre décharge, et il ne les remit que sur l'injonction réitérée du commissaire du roi. Quant au procureur du r»i, au nom duquel avait agi Domat, il alla plus loin que le greffier criminel ; il fit une respectueuse mais ferme remmUrancôy et requit un sursis à l'exécution de l'arrêt du conseil. Ce procureur du roi s'appelait Pierre Pascal. On ne pouvait mieux porter un tel nom. Nous ne pouvons résister au plaisir de citer ici une partie du procès-verbal de cette dernière pièce.

« L'an 1(573 et le vingt-deuxième jour d'avril, par-devant nous Bernard de Marie, chevalier, seigneur de Yercigny, conseiller du roi en ses conseils, maître des requêtes ordinaires de son hôtel, et commissaire départi pour Texécution des' ordres de Sa Majesté en la province d'Auvergne et généralité de Riom, est comparu M* Pierre Pascal, écuyer, seigneur du Montel, procureur de Sadite Majesté en la sénéchaussée et siège présidial de Clermont, lequel nous auroit dit qu'ayant eu avis de la signification que nous aurions fait faire à M. le greffier criminel de l'arrêt du conseil d'État, portant évocation de la procédure faite contre le père Duhamel, jésuite-..., il est obligé de nous remontrer par le devoir de sa charge que, par l'expositif dudit arrêt, il paroît que Sa Majesté n'a pas été informée de la vérité de ce que ledit père Duhamel a avancé dans ladite prédication, et laquelle ne peut être connue que par la procédure qui en a été faite à la requête dudil procureur du roi, de laquelle ayant été envoyées des expéditions à M. le procureur général, celte affaire auroit été consommée suivant des ordres envoyés audit procureur du roi et ceux de M. le premier président, d'eux envoyés à M. l'évêque de Clermont, par le moyen de la rétractation que le père Duhamel avait faite de ce qu*il aurait avancé dans sa prédication, piar acte fait, le 27 du mois dernier, par-devant ledit lieutenant criminel, en présence du procureur du roi, et sa soumission à l'arrêt du parlement de Paris, du 30 mai 1663, et déclaration de Sa Majesté du 4** août audit an, et les défenses faites audit père Duhamel de contrevenir directement ou indirectement à ladite déclaration et arrêt, duquel acte ledit procureur du roi auroit envoyé une expédition audit sieur procureur général, et partant, ladite procédure se trouvant transmise suivant lesdits ordres, il est important audit proc/ireurdu roy que m. il-

ledit acte du 27 mars demeure au greffe dudit siège, pour justifier de ses diligences et de Texécution des ordres qu'il a reçus dudit sieur procureur général, ce qu'il nous a requis de vouloir ordonner, et qu'il soit sursis à l'exécution dudit arrêt sous le bon plaisir de Sa Majesté, en ce qu'il est ordonné par iceluyque lesdites minutes sefont mises en nos mains, jusqu'à ce que Sa Majesté ait été pleinement informée de la conduite dudit père Duhamel par la grosse de ladite procédure, que ledit procureur du roy offre de faire délivrer incessamment par ledit greffier, ou qu'il en ait été par elle autrement ordonné sur les remontrances par lui présentement faites, et a signé Pascal. »

Enfin, nous citerons une lettre du procureur général de Harlay à Domat, dans laquelle il s'excuse auprès de l'austère magistrat de l'arrêt du conseil, et l'invite à ne pas se décourager.

« Monsieur l'avocat, nous avons été aussi surpris que vous de l'arrêt du cx)nseil que vous m'avez envoyé. Si le roi eût été ici, je ne doute pas que Sa Majesté n'y eût apporté les remèdes nécessaires, sur les très-humbles remontrancesquenous lui en eussions faites. Mais, en son absence, nous verrons, dans la première occasion, ce que l'on pourra faire pour y remédier. On ne peut écrire tout ce que l'on pense et tout ce que l'on sait sur ce sujet, et je finirai en vous assurant que des choses de cette nature ne doivent pas vous empêcher de témoigner votre zèle avec prudence dans toutes les occasions qui se présenteront. Je suis, monsieur l'avocat, votre frère et bon ami. De Harlay. »

Les pensées de Domat que nous trouvons dans le recueil de M"® Périer (p. 273) y occupent plusieurs feuilles et font ronnaitro des cotés nouveaux «t inattendus de l'esprit

et de rame de notre grand jurisconsulte. Commençons par celles qui peignent le magistrat, Timpartial exécuteur ou rintelligent réformateur des lois, l'homme qui avait un sentiment si profond et un amour si ferme de la vérité et du droit.

Nous ne connaissons point dans d*Aguesseau, de plus belles et de plus hautes pensées que celles-ci : « Les avocats ont pour objet la vérité même.

« L'éloquence de Tavocat consiste à faire connaître la justice par la vérité.

« Fins différentes de l'éloquence : plaire, instruire, persuader, exhorter, louer : toutes doivent avoir pour règle la vérité.

c( Le geste est un effort de l'âme pour se communiquer à travers le corps, et faire passer dans l'âme de celui qui entend ce qu'elle sent et ce qu'elle voit.

« Les gens d'épée appellent les officiers * gens d'écritoire ; il faut appeler les officiers gens de tête, et eux gens de main.

« Il y a une infinité de lois qui ne subsistent que parce qu'on n'a pas le temps de les réformer.

(( Les passions sont des lois que les juges suivent. « Nous faisons dans le palais, qui est le temple de la justice , ce que faisaient les marchands dans le temple.

« N'y a-t-il pas quelque compagnie où l'on examine su le bon sens comme sur la loi ? »

Écoulons maintenant l'ami du peuple, l'ami des pau*vres et de la pauvreté, un digne élève de cette grande école de stoïcisme chrétien qui s'appelle Port-Royal : « Le superflu des riches devrait servir pour le néces-

' OfficierSr gens po\irvus d'offices, les magislrats.

saire des pauvres, mais tout au contraire le nécessaire des pauvres sert pour le superflu des riches.

« Cinq ou six pendards partagent la meilleure partie du monde et la plus riche. C*en est assez pour nous faire juger quel bien c'est devant Dieu que les richesses.

a On doit plus craindre d'avoir trop à Theure de la mort que trop peu pendant la vie.

« On se sert du prétexte de ce que Ton mendie pour ne pas donner à Thôpital, et de l'hôpital pour ne pas donner aux mendiants. »

Les pensées morales qui suivent, sans avoir une grande originalité, valent assurément la peine d'être tirées de l'oubli.

« Comme le corps s'appesantit et s'affaiblit par l'âge et la durée de' la vie, le cœur s'appesantit et s'affaiblit par la durée des mauvaises habitudes.

c< Les événements sont hors de nous; notre volonté '

seule est à nous; ne pouvant régler aucun événement, nous devons nous mettre en état que nul événement ne nous trouble et ne nous empêche d'être heureux.

« Il n'y a que deux voies pour se rendre heureux et content, l'une de remplir tous nos désirs, l'autre de les borner à ce que nous pouvons posséder. La première est impossible en cette vie ; ainsi c'est une folie que d'entreprendre de se contenter en ce monde par cette voie.

« Les maximes de morale des païens sont des règles particulières pour de certaines actions, et en de certaines rencontres, pour certaines conditions; celles de l'Evangile sont universelles; car elles changent le fond du cœur et s'étendent à toute la conduite en tous lieux et en toutes rencontres.

« Il y a une différence extrême entre la manière dont nous sentons les injustices qui nous regardent et celle

dont nous jugeons de celles qui ne regardent que le prochain.

« Pourquoi souffrons-nous les douleurs sans nous mettre en colère^ et que nous ne souffrons pas les injustices et les maux que nous causent les hommes sans mouvement décolère?

c( Nous voulons tellement plaire que nous ne voulons pas déplaire aux autres lorsque nous nous déplaisons à nous-mêmes, et que nous voulons plaire à ceux qui nous déplaisent.

« Quand on est dans la vérité, il ne faut pas craindre de creuser; on trouve toujours un hon fond, on ne saurait manquer d'être soutenu ; mais dans les choses vaines et incertaines, il est périlleux de creuser.

« Les hommes ne jugent de la malice des actions et du cœur de l'homme que par rapport à ce qui les touche. Une incivilité à leur égard leur paraît plus criminelle que de grands péchés devant Dieu qui ne choquent pas les hommes.

« Tout homme qui a la moindre expérience dans le monde juge facilement que tous les autres, sans exception des plus raisonnables, raisonnent mal quelquefois, et raisonnent mal pour l'ordinaire dans leurs intérêts. Ainsi il faut être fou de présomption pour s'imaginer qu'on soit l'unique au monde raisonnable dans son intérêt, et ne pas se défier toujours de son jugement quand il s'en agit. D'où j'admire l'extravagance de la plupart des gens, surtout des plaideurs, qui s'imaginent toujours tous avoir le meilleur droit du monde.

« On juge aussi témérairement en bien qu'en mal. Il y a du péril en l'un et en l'autre. Si on juge mal en mal, on blesse la charité; si on juge mal en bien, on blesse la vérité; c'est-à-diro que, jugeant mal d'une bonne action.

on fait tort à son prochain, et que, jugeant bien d'une mauvaise action, on fait tort à la vérité.

« Les louanges, quoique fausses, quoique ridicules, quoique non crues, ni par celui qui loue, ni par celui qui est loué, ne laissent pas de plaire; et, si elles ne plaisent par un autre motif, elles plaisent au moins par la dépendance et par Tassujétissement qu'elles marquent de celui qui loue. »

Si les deux pensées suivantes étaient plus travaillées pour le tour et l'expression, on les attribuerait aisément à celui qui a pris la défense des répétitions et qui réduisait toute la poésie à des figures, fatal laurier^ bel astre.

« On hait si fort les redites que, quand elles sont nécessaires, on veut au moins à chaque fois être averti que c'est une redite : dans le palais, ledit, ladite ;c* est V excuse de celui qui redit... Mais d'où vient cette haine des redites ? La nouveauté et l'ennui des mêmes choses. L'orgueil y a sa part ; car il y a apparence qu'on veut inculquer par redites, et qu'on n'aime pas paraître dur à comprendre.

« La poésie a d'ordinaire plus d'éclat et plus d'agrément que la prose ; mais ce n'est que comme les grotesques dans la peinture : ce qui y plait est plus surprenant, mais assurément moins solide et moins beau que le naturel. »

Maximes toutes empreintes de l'esprit de Port-Royal, et qui auraient pu échapper à la plume de Pascal dans un moment de négligence :

« Aujourd'hui la dévotion et la vertu sont choses fort différentes.

« Il est bien à craindre que les dévotions extérieures de ce temps, scapulaires, etc., ne soient dans la nouvelle loi ce qu'étaient dans l'ancienne les traditions superstitieuses des pharisiens, par lesquelles et sous prétexte desquelle»

ils quittaient Tessentiel de la loi, s'imaginant qu'ils étaient purifiés par ces cérémonies. x>

Voici les fondements même de ce qu'on pourrait appeler la logique et la philosophie de Pascal :

« Nous n'agissons pas par raison, mais par amour, parce que ce n'est pas l'esprit qui agit, mais le cœur qui gouverne; cl toute là déférence qu'a le cœur pour l'esprit est que, s'il n'agit pas par raison, il fait au moins croire qu'il agit par raison ' .

« 11 y a deux manières de venir à la connaissance de la vérité, l'une par démonstration, et l'autre par des vraisemblances qui peuvent venir i un tel point, que la preuve en soit aussi lorte que la démonstration et même plus touchante, plus persuasive et plus convaincante : par exemple, on est plus persuadé qu'on mourra, quoiqu'il n'y en ait pas de démonstration, que de toutes les vérités d'Ëuclidc.

(c II est impossible d'avoir des démonstrations des vérités de notre religion , car il arriverait deux choses : Tune que tout le monde l'embrasserait, l'autre qu'il n'y aurait pas de foi, qui est la voie par laquelle Dieu a voulu nous unira lui. »

Est-ce l'auteur des Lois civiles ou celui des Pensées qui a tracé ces lignes où l'esprit, l'humeur et la mélancolie, se confondent dans une originalité si touchante? Ce peu de lignes nous font pénétrer dans l'âme de Domàt, et nous découvrent sa grandeur et ses misères, son austérité et sos caprices, l'une et l'autre face de la médaille, l'homme tout entier.

ce L'esprit sans piété ne sert qu'à rendre misérables ceux qui en ont, ce qui arrive en bien des manières, et entre autres par la peine qu'il y a à souffrir les sots.

' Voyez t. l'»", p, 9 et p. 50t.

196 nUGMOTS UTTÉRAIBES.

fi O n'est pas one petite oonsohtioD poor quitter ce monde que de sortir de la foule du grand nmnbre des sots et des méchants dont on est environné.

a Toutes les sottises et les injustices que je ne fiiis pas m'émeuvent la bile.

a Je ne serais ni de Thumeur de Démocrite ni de celle d'Heraclite ; je prendrais un tiers parti pour mon naturel, d'être tous les jours en colère contre tout le monde.

n Quelle satisfaction peut-on avoir de ne voir que des misères sans ressources? Quel sujet de vanité de se trouver dans des obscurités impénétrables?

a Un peu de beau temps, un bon mot, une louange, une caresse, me tirent d'une profonde tristesse dont je n'ai pu me tirer par aucun effort de méditation. Quelle machine ' qiio mon âme, quel abime de misère et de faiblesse !

ii, J'ai une expérience réglée d'un certain tour que fait mon esprit du iroublo au repos, du repos au trouble, sans que jamais la cause ni de l'un ni de l'autre cesse, mais seulement parce que, la roue tournant, il se trouve tantôt dessus, tantôt dessous.

« Mon sort est différent du vôtre : vous changez souvent d'état, et moi je suis toujours à la même place; nous sommes pourtant tous deux également tourmentés : vous mule?: dans les flots et je les sens roulersur moi. »

' Sur le sens de ce mot machine^ voyez t. !«' p. 981, et le Dictionnaire de Pascal, p. 517.

LETTRES INEDITES

DB MADAMB LA DUGHB8BE

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