III. t
fais à Dieu d'en graver par sa sainte grâce le ressentiment dans mon cœur, ce que je luy demande par l'intercession de la glorieuse sainte de ce jour, et par l'assistance de laquelle je les ay reçues.
Premièrement, j*ai reçu l'absolution de tous mes péchez au premier renouvellement que j'ay fait, depuis que j'ay songé sérieusement à demander à Dieu ma conversion.
Secondement, j'ay reçu force pour faire une action à laquelle fût attachée la grâce qui me fit vaincre, dans le moment de cette action, une tentation violente dont j'élois attaquée.
Troisièmement, j'ay eu une lumière assez claire que jusques icy j'avois cherché Dieu d'une manière très-humaine, m'attachant aux personnes qui me conduisaient à luy d'une façon très-pleine d'amour-propre, cherchant ma consolation par leur moyen, regardant trop leur talent, leur sainteté, leur infaillibilité, et fondant là-dessus toute l'espérance de mon salut; en sorte que je ne regardois pas assez Dieu en eux. Il a permis que j'aye été détrompée de cette mauvaise manière que j'avois prise, en me faisant voir par expérience que qui s'appuye trop sur le bras de la chair est toujours prest à tomber ; qu'ainsy il faut bien aller aux hommes parce que nous sommes indignes de recevoir nos instructions immédiatement de Dieu, cela n'appartenoit qu'aux saints et surtout aux saints Innocents, mais qu'en allant à eux il faut y aller seulement avec la foy et se deffaire autant que l'on pourra de toutes les raisons humaines qui nous y conduisent; je dis même de ces raisons qui ne nous le paroissent pas, et qui ont rapport à notre salut, mais que la prudence humaine pourtant nous inspire. Il faut donc seulement regarder Jésus-Christ en eux, et pour cela il faut aller à luy avant que d'aller à eux ; luy demander les paroles que nous leur devons dire.
et celles qu'ils nous doivent répondre; les oreilles avec lesquelles nous les devons écouter, le cœur avec lequel nous devons aimer et goûter les vérités que nous recevons d'eux; la grâce de les exécuter, et enfin toute notre conduite à regard de nos directeurs et toute la leur au nôtre, la grâce de ne plus mêler notre satisfaction, notre consolation et la douceur de notre vie présente à ces sortes de communications ; ainsy de recevoir comme des ordres de sa justice et de sa providence sur nous toutes les duretez que nous trouverons dans Tassujétissement désormais dépourvu des douceurs que nous y avons recherchées, d'essayer de'ne nous en plaindre qu'à Dieu seul, de les porter en silence dans le secret de notre cœur, et de demander à Jésus-Christ qu'il soit cet homme que nous cherchons depuis si longtemps, comme il le fut à l'égard du paralytique de trente-huit ans. Mais, comme nous ne méritons pas qu'il le soit immédiatement, demandons-luy qu'il le soit en la personne do celuy à qui nous avons confié notre conduite. Que ce soit luy qui le conduise pour nous conduire, et qu'ainsy il ait par luy l'infaillibilité que nul homme ne peut avoir par luy-méme. Demandons-luy le discernement qui nous est nécessaire pour nous éloigner d'une obéissance qui nous pourroit faire sortir de ses saintes voyes, et la docilité dont nous avons besoin pour pratiquer l'obéissance, quoy qu'elle nous coûte, qui nous conduira droit à luy. Qu'il nous donne donc l'esprit qu'il nous faut pour juger notre juge, si par punition de nos péchez Dieu perroettoit qu'il nous dît le mensonge au lieu de la vérité; mais qu'il nous ôte cet esprit de discernement dans tout le reste du cours de notre vie ; et quand notre obéissance nous devroit coûter la vie, de ne nous en départir point , et de n'être capables de nous en séparer que lorsque, par un juste jugement de Dieu sur notre misère, il permettroit qu'elle pourroit
nous porter à quelque chose contre notre conscience et contre ce que nous luy devons.
Le jour Sainte-Madeleine, 23 juillet 1663. »
11 est temps d'en venir aux lettres que nous avons annoncées, et qui metlent encore plus à découvert le caractère de M*"® de Longueville, et sa vie intérieure depuis les plus faibles lueurs de sa conversion jusqu'à sa mort.
Nous tirons ces lettres, comme nous l'avons dit, du Uecueil de Margtieî'ite Périer, et nous pouvons les compléter ou du moins les accroître à l'aide de nouveaux manuscrits que nous avons récemment consultés ^
Commençons par celles de la première classe, qui sont adressées aux Carmélites.
Nous supposons que le lecteur a sous les yeux Villefore, et qu'il place toutes ces lettres dans le cadre des événements bien connus de la vie de M"® de Longueville.
Les premières lettres que nous rencontrons dans notre manuscrit remontent jusqu'à l'année 1650, où M"** de Longueville, après ses aventures de Normandie, retirée à Srenay avec Turenne, perdit presque en môme temps et sa tille en très bas-êge et sa mère la princesse de Condé , pendant que ses deux frères, le prince de Condé et le prince de Conti, étaient en prison. Sans cesse M"* de Longueville avait les yeux tournés vers le couvent des Carmélites de Paris, où depuis bien longtemps la belle M"® du Vigean, son amie intime, avait trouvé un asile contre les séductions du monde et les vicissitudes de la
^ Dans la bibliothèque de Troyes et dans celle de M. Paris.
fortune. Jadis elle avait plu au duc d'Enghien depuis prince de Condé ^ Mais leurs amours avaient été arrêtées par M"*^ de Longueville, alors W^ de Bourbon, qui troubla leur commerce et entraîna son amie aux Carmélites. Passer sa vie dans cette sainte retraite est le vœu qui échappe sans cesse de son cœur.
A LA nÉVl^.RRNDE MÈRB PRIEURE DES CARMÉLITES DU GRAND