COUVENT DE PARIS
Ce 28 juin * 1650.
« Je ne puis douter * que vous n'imploriez la miséricorde de Dieu sur Tétat où il m'a réduite; il a fait une si grande grâce à ma fdle en la tirant du monde devant que de lui en avoir fait éprouver Tamerlume, que je n'ai senti par sa perle que ce que l'on ne peut refuser à la nature. Je ne doute point que vous ne l'ayez parmi vous * ; et plût à Dieu, ma chère Mère, y avoir eu une pareille retraite ou celle qu'il m'y avoit tant fait désirer! »
A LA MÊME 6
Ce 14 décembre 1650.
«Je reçus hier tout à la fois trois de vos lettres, dont la derniore m'apprend notre commune perte : vous jugez bien en quel état elle me doit mettre, et c'est mon silence,
• Voyez la Vie de M»« Longueville, 1. 1»»" p. 33. ' Ce billet n'est pas dans Viliefore.
^ Le manuscrit de Troyes : le 8 juin.
* Manuscrit de Troyes. Je ne veux plus d.
' Il parait que la fille de madame de Longueville fut enterrée aux Carmélites. C'est là du moins que fut inhumée la princesse de Condé, sa mère.
' Viliefore donne celle lettre, l. 1*', p. 183. U y a de petites va-
230 FRAGMEINTS LITTÉRAIRES.
plutôt que mes paroles, cpii doit faire connoitre ma douleur. J'en suis accablée, ma très-chère Mère, et c'est ce coup-là qui ne trouve plus de force dans mon âme. Il a des circonstances si cruelles que je n'y puis songer sans mourir, et je ne puis néanmoins penser à autre chose. Cotte pauvre princesse est morte au milieu de l'adversité do sa maison, abandonnée de tous ses enfants, et accompagnée seulement des tourments et des peines qui ont terminé sa malheureuse vie ; car enfin ce sont les maux de l'esprit qui ont causé ceux du corps, et je liens par là cette mort plus dure que si elle avoit été causée par les gênes et par les supplices corporels. Elle m'en laissera d'éternels dans l'esprit, et elle me laisse au point de sentir tous les autres malheurs avec plus d'aigreur que je n'eusse fait sans cela, et de n'être plus capable de sentir le bonheur, quand même il m'en viendroit quelqu'un, puisque ma pauvre mère ne l'aura pas goûté avant que de sentir l'amertume de son heure dernière. Je ne sçais aucune des particularités qui l'ont accompagnée, et je m'adresse à vous pour conjurer de me les vouloir apprendre bien exactement. C'est en m'affligeant que je me dois soulager. Ce
riantes que nous ne relèverons pas. Le texte que nous donnons est bien préférable à celui de Yillefore, où le style de madame de Longueville est défiguré. — Note du manuscrit de Troyes, sur la mère prieure des Carmélites du grand couvent de Paris. « Cette mère-prieure portoit dans le monde, étant de la cour de feu monsieur Gaston, le nom de M^^' de Saugeon ; elle étoit consultée sur toutes les grandes affaires à la cour, et feu madame la princesse Marguerite de Montmorency, mère du grand Condé et de madame la duchesse de Longueville, étoit liée avec elle d'une amitié très-tendre, comme il paroit dans cette lettre que madame de Longueville lui écrit après la mort de la princesse sa mère qui arriva le 9 décembre 1650 à Châtillon où elle s*étoit retirée pendant la prison de ses enfants. »
récit fera ce triste effet, et c'est pourquoi je vous le demande; car enfin vous voyez bien que ce ne doit point être te repos qui doit succéder à une douleur comme la mienne, mais un tourment secret et éternel, auquel aussi je me prépare, et à le porter en la vue de Dieu et de ceux de mes crimes qui ont appesanti sa main sur moi. 11 aura peut-être agréable rhumiliation de mon cœur et Vencliaînement de mes misères profondes. Vous les adoucirez un peu, si je puis espérer de votre amitié la part que la personne que nous regrettons en possédoit, et c'est le plus précieux de ses héritages. Pou^ moi, j'ose vous assurer, et je dis cela pour toutes celles de chez vous à qui elle étoit chère , que si je suis indigne par le peu que je rends de ce que je demande, je le mérite au moins par ma tendresse pour vous, qui augmente, ce me semble, par la triste et nouvelle liaison que notre perte nous fait faire.
Adieu, ma chère Mère, mes larmes m'aveuglent, et s'il étoit de la volonté de Dieu qu'elles causassent la fin de ma vie, elles me paroîlroient plutôt les instruments de mon bien que les effets de mon mal. Adieu, encore une fois, ma chère Mère, soyez assurée, pour vous et pour toutes nos amies, que j'hérite de l'amitié que celle qui n'est plus vous a portée, et que je la regarderai toute ma vie en voift . »