E LA D. DE I.ONIIUEVILLB A LA M^^RE AGNÈS A P.-R. DES CHAMPS
« J'ai reçu, ma chère Mère, le billet que vous m'avez l'flrit de votre main, lorsque j'étois encore au Bouchot. Je
' Vnyeï dam Villerore, 1. 11, p. 67, quelles étaient les infirmités
.>vn||nuulle8 de mademoiselle de Vertus, quoiqu'elle ait survécu dit
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suis ravie que vous vouliez bien que notre commerce ne passe point par aucun canal étranger, et qu'ainsi je puisse en toute confiance vous parler des choses qui me font de la peine et dont j'espère que vous m'aiderez à faire usage, si Dieu ne veut pas m'en délivrer entièrement par l'assistance de vos prières et de vos conseils. Au reste, j'ai senti une vraie joie en apprenant que ces messieurs qui vont faire des dessins pour mon bâtiment, étoient arrivés à P.-R. Il me semble que cela m'approche du terme où je dois y aller moi-même, et quoique ce ne soit que d'un pas, c'est toujours beaucoup pour moi, puisque je ne suspends mon entier découragement, pour ne pas dire un mot plus expressif, que par l'espérance d'entrer dans votre maison, prenant cet établissement comme une marque que Dieu ne m'a pas abandonnée; ce que je craindrois tout à fait (pour ne pas dire croire) sans cette marquo-là à laquelle mon espérance présente est attachée. Car j'avoue que toutes les autres, c'est-à-dire, ce que l'on peut appeler quelque ombre de piété dans ma vie, ne me tirent pas de la pensée que j'ai, que tout au plus je suis dans cette voie qui paroît droite etqui conduite la mort, puisque je ne vois point encore de fruit qui me fasse entrevoir que je suis un bon arbre. De plus, il n'y a guère de jours où je ne connoisse de nouvelles plaies dans mon âme, et où je ne voie de certains fonds dont je ne pénètre pourtant pas la profondeur. Je n'ai qu'autant de lumière qu'il m'en faut pour voir que ce sont des abimes ; mais je ne vois pas ce qui y est, et ainsi je crains bien que Dieu regarde toute ma vie comme une vraie hypocrisie *. Or, je ne vois que cette entrée chez vous qui suspende toutes ces craintes. Non pasque je croie que je n'ai que cela à faire, car je croisque ce n'est
' Ce commencement seul est dans Yillefore.
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proprement qu'entrer dans h voie; mais c'est y entier, et e'est beaueoup pour moi qui crains de n'y être point et de courir dehors, ce qui est un terrible état, s'il est véritable. G^la me remplit de terreurs même naturelles; je crains tout; il n'y a nul accident possible qui ne me Casse frémir, regardant toujours Dieu prêt à me punir dès ce monde. Ainsi je suis m<^me humainement dans un état très-pénible, ne pouvant, ce me semble, aimer la volonté de Dieu sur moi, la craignant de justice plutôt que de miséricorde, et ne pouvant tout au plus par là que l'adorer et m'y soumettre. Je ne pensois pas vous en dire tant; mais ma confiance pour vous m'a rendue plus libre. J'espère que vous ne l'aurez pas désagréable puisqu'il me semble que je puis croire qu'elle ne Tesl pas à Dieu qui veut bien que je commence à regarder et à traiter comme ma Mère celle qui l'est de la maison où il me fait la grâce de vouloir aller essayer de satisfaire à sa justice.
Vous voulez bien que je fasse mes compliments à la Mère Prieure et à ma sœur Angélique et que je leur demande leurs prières. Je vous demande des nouvelles de ce pauvre Hilaire; sa maladie m'a donné bien deVinquiétude et pour votre Inlérôt et pour le mien. J'ai trouvé ici mademoiselle de Vertus bien incommodée; priez Dieu pour e\h. Dès que je serai retournée à Paris, je ferai parler de mon bAlini(»nl A M. de Paris et je vous en manderai le temps afin que vous lui rendiez ce devoir de votre côté. J'(»spèrn ((ue ce sera à la fin de la semaine qui vient.
Je vous (lomnnde dos passages soit de TÉcriture soit des Pôn^s pour avoir recours à Dieu, selon mon état, car ceux que vous m'avez envoyés do saint Augustin me sont de quelque consolation. »