PSIE DE 1809 ET DE
Règlement du conseil impérial du 19 septembre 1809. — Liste des livres recommandés pour les classes de philosophie. (Les ouvrages marqués d'une croix ne se retrouvent point dans la liste nouvelle.)
Parmi tes anciens :
Les Dialogues de Platon ;
Les Analytiques d'Aristote ;
Les Traités philosophiques de Cicéron.
Parmi les modernes :
Le Traité de Aitgmmtis sdentiarvm, et le Novum orga" num de Bacon ; La Méthode de Descartes ; ses Méditations ;
PIÈCES RELâT. a L'ENSBI(»aMk DE LA PHILOSOPHIE. 41^9^
f Le chapitre de Pascal syr la manière de prouver la vérité et d& l'exposer aux houmes ;
La Logique de Port-Royal ;
L'Essai sur L'Ëntendemeut humain de Locke ;
Les Nouveaux Essais sur rEQtendefi»en( hu^n, de Leibmtz ; sa Théodicée ;
Recherche de la vérité par Malabranche; sas Entretiens métaphysiques ;-
De l'Existence de Dieu, par Fénelon ;
De l'Existence, de EMeu, paf Ckurke ;
f La Logique de Wolf ;
f L'Introduction à la philosophie, de S'Gravesande;
f Prineipeg du duoifc aatiuel, par Burlâma(|ui ;
f Traité des systèmes, l'Art de penser, ]^ Logique de Condillac ;
Lettres d'Euler à une princesse d'Allemagne.
f Essai analytique sur les facultés de Vâflç^^pa;r> Charles Boiuiet
Arrêté du conseil royal du 12 août 184S. — Liste des livres re- Q0Qim9|idés pour les classes de philosophie. (Les ouvrages marqués d'une croix sont nouvellement désignés.)
Parmi les anciens :
Les Dialogues de Platon ;
Les Analytiques d'Aristote;
Les Traités philosophiques de Gicéron.
Parmi les modernes :
Bacon : le livre de Au^gmmûs sdentiarum et le Novum organum ;
Descartes : le Discours de la Méthode, les Méditations avec les doleotions et les réponse» ;
La Logique de Port-Royal ;
f Bossuet ; Traité de la connaissance de Dieu et de soimême, et Traité du libre arbitre.
Fénelon : Traité de l'Existence de Dieu, et Lettres sur divers sujets de métaphysique;
Malebranche : Recherche de la vérité, Méditations chiétiennes, Entretiens métaphysiques;
f Arnauld : Traité des vraies et des fausses idées;
^ Buffier : Traité des vérités premières ;
Locke : Essai sur TEntendement humain ;
Leibnitz : Nouveaux essais sur TEntendement, et Théodicée;
Clarke : De l'Existence et des attributs de Dieu ;
Lettres d'Eulër à une princesse d'Allemagne;
-^ Instituts de philosophie moralef de Ferguson ;
f OEuvresdeReid.
Depuis, le conseil a ajouté à cette liste les Leçons de fMlosophie de M. Laromiguière et celles de M. Royer-Collard, publiées par M. Jouffroy.
SUJETS DE COMPOSITIONS PHILOSOPHIQUES POUR LE CONCOURS DES COLLÈGES DE PARIS.
On a vu plus haut les sujets de compositions philosophiques donnés par M. Royer-Collard dans les années 1817, 1818, 1819. Voici ceux que nous avons proposés de 1830 à 1850. Une comparaison impartiale reconnaîtra aisément que c'est nous, comme nous l'avons prétendu en 1844, qui, par le choix des sujets de prix , avons ramené et retenu l'enseignement philosophique dans les bornes des vérités essentielles auxquelles cet enseignement est consacré.
1831. Quelle est la part de la raison et celle de l'ex-
PIÈCES RELitr. À L'ENSEIGNEM. DE LA PHILOSOPHIE. il7
périenoe dans l'acquisition des connaissances humaines? In quo discrepent, et in quo conjungantur utile et honestum?
1832. De la vraie méthode philosophique.
Quid virtus valeat ad beatè vivendum ?
1833. Déterminer Tordre dans lequel la méthode exige que soient placées les diverses parties de la philosophie.
Quibus potissimùm argumentis comprobetur divina providentia?
1834. Apprécier ce qu^l ly a de faux et ce qu'il peut y avoir de vrai dans la théorie des idées innées.
Quàm distent inter se et quo simul vinculo conjungantur honestum et utile ?
1835. Des idées, de leurs différents caractères et de leurs diverses espèces ; les classer, et déterminer les facultés auxc[uelles les diverses classes d'idées doivent être rapportées.
Quali potissimùm argumentorum génère existentia Dei comprobetur?
1836. De l'idée du devoir et de celle du mérite et du démérite.
Décrire les phénomènes moraux sur lesquels repose ce qu'on appelle conscience morale, sentiment ou notion du devQir, distinction du bien et du mal, obligation morale.
Décrire les phénomènes d'où se déduisent la notion du mérite et du démérite, et la légitimité de la peine et de la récompense.
Quomodo ex hisloriâ philosophie penitùs exploratâ proficere debeat ipsa philosophia?
Quaesliones quasdam seliges quibus lucem afferat historia pbilosophise.
ÀiS 'APPENDICE O.
1837. Théorie du syllogisme. !• Le illogisme «st-il une forme de raisonnement purement artificielle^ ou leprésente-t-il un procédé réel de l'esprit humain ? fit qud est ce procédé ?
2. Quelles sont les principales figurée <et les'j^rincipales r^les du syllogisme?
S. Quels sont les avantagés et les abus de la méthode syllogistique ?
4. La réaction de la philosophie moderne contre le syllogisme n'a-t-elle pas été excessive? Bt «la méthode de déduction n'a-t-elle pas sa place légitime à côté de la mé-. thoded -induction parmi nos moyens nalurels et réguliers de connaître?
Questio oùm de philofecçhia «mondi, tùm ex historiàf hi-
losophîœ deprompta.
'QusBnam «t 'qualifi exliterit «nova 411a philosoj^niidi m tioy çujus auctor et parens apud Grsecos Socrates nuneiipatur?
• 1838. De la certitude. 1. Déterminer le oarMtàre de la certitude et ce qui )a- distingue de tout ee qui n'est pas elle. Par exemple, la certitude et la plus haute > probabilité se confondent^lles>?
2. Quelle- est la feiculté ou quelles sont lies facultés qui nous donnent la certitude? Si on admet qu'il^y a (plusieurs facultés de connaître, en exposer avec précision les différences.
3. Discuter les plus célèbres opinions anciennes et modernes sur le problème de la certitude, et les suivre dans leurs conséquences théoriques et pratiques.
• Conferantur inter se et justa aestimatione axpendantur Baco et Cartesius.
1840. En quoi la logique pfésuppose-t-elle la psycho-
Quse sitvis bujus prsecepti, nosoete4p&i^,dii bona nôs^ tra învenienda?
1841. Éléments de la cdnnaissanoe de Dieu piiisés datfs
la connaissance de nous-mêmes.
Divina providentia demonstretur.
1842. Exposer les principaux attributs 'dé Dieu. -^^ Insister particulièrement sur rintëlligence et sur ^la justice divines.
Asserantur et juste ordineeij^nantur arguknenta/quibus evincatur liberuiu hominis arbitrium.
1843. Établir les preuves de l'immortalité de l'âme. Quse sint prsecipua Dei attributa?
1844. Énumérer et apprécier les diverses preuves de la spiritualité de Tâme.
Quid discriminis iiitérsit hdhestum /in^r et utile, et quo uestu inter se conjungantut^
1845. Qu'il est impossible dé ra&ener ThônnSte à l'utilCy et le devoir à l'intérêt.
Qua via et quo potissimum principio mens humana a sui ipsius cognitione ad cognitionem Dei assurgat?
1846. Réunir les preuves les plus solides sur lesquelles les plus grands philosophes de tousies teUips ont établi l'elistence de la divine providence.
Iti qpo différant et quo simul Vinculo inter se conjungantur «umm» illse virtutes quBe justitia et caritas dieUDtur?
1847. Enumérer tes diverses preuves de la spiritualité de rftmey et en former une démonstration régulière.
Qua certa ratione homini detur cognbsCére ilia prsesertim Dei attributa quse moralia dicuntur, summam scilicet sapientiam, justitiam atque benevolentiam?
Nous nous an*êtons ici; car on pense bien que ce n'est .pas à nous que l'administration de l'instructioïi pd&Mqtie
s'est adressée en 1848 pour des sujets de prix. Ce n'est pas nous qui eussions proposé à des élèves de collée le logogriphe suivant : (c Dire quelles modifications subissent nos droits et nos devoirs en passant de Tordre naturel dans Tordre politique?» Mais depuis le ministère de M. FresloUy l'administration ayant de nouveau consulté le conseil, voici les sujets que nous avons conseillés et qui ont été adoptés pour Tannée qui vient de s'écouler :
1849. Que la connaissance de Thomme est le degré nécessaire pour arriver à la connaissance des plus grands attributs de Dieu.
An sit hic verus vitse humanse finis, scilicet ut quisque, quacumque via, dolorem effugiat et voluptatem persequatur?
Chaque année on publie les compositions couronnées. Le recueil de ces compositions est le témoignage irrécusable des doctrines que l'université encourage. On le trouve chez le libraire Delalain.
Concoars d'agrégation de philosophie auprès des collèges et aaprès des faenltés.
M. Tévêque d'Hermopolis a institué le concours d'agrégation pour les classes de philosophie des collèges. Nous l'avons successivement perfectionné. Nous pouvons maintenant le montrer en action, pour ainsi dire, dans les divers rapports du membre du conseil ordinairement chargé de le présider. Nous choisirons des rapports d'époques différentes, afin de faire voir la force constante de ces épreuves, et en même temps leurs sages limites, surtout depuis la création du concours d'agrégation auprès des facultés en 1840, création heureuse qui, en relevant l'enseignement des facultés, a fixé le vrai caractère de celui des collèges.
Paris, 11 septembre 1832.
MONSIEUR LE MINISTRE
Conformément à votre invitation, je me suis transporte au chef-lieu de Tacadémie de Paris, le !«' septembre, à .neuf heures du matin, assisté de MM. ,F. Cuvier, inspecteur général des études ; Cardaillac, inspecteur de l'académie de Paris; Laromiguiére, professeur.de philosophie à la faculté des lettres, et Jouffroy, professeur adjoint de philosophie à la même faculté, afin de procéder avec eux à l'ouverture du concours d'agrégation piiTr les classes de «philosophie.
Ce premier jour, nous nous sommes bornés à constater k présence des concurrents admis, et qui tous avaient antérieurement justifié des grades et conditions imposées par .le réglement.^ur L'agrégation.
La première épreuve, celle de la composition, a rempli les séances.du 3 et du 4 septembre.
Le sujet de .la composition sur un point de philosophie a été la question suivante : « Exposer les divers phénomé- M nés moraux compris sous la dénomination générale de K conscience, sentiment moral, sentiment du devoir, dis- « tinction du bien et du mal ; assigner à ces divers phéa Qomènes leurs caractères distinclifs, les rapporter aux a diverses focultés qu'ils supposent, et de ces observations «faites avec soin. et classées avec exactiU34e., tirer les c( principes fondamentaux du système entier de la nioa raie. »
Le siyet de la ooo^ii^iUQp ^r un ppint d!bi§toire .de.^
philosophie a été la question suivante : « Exposer et clas- « ser, dans leurs caractères essentiels, les principaux sys- « tèmes de philosophie morale, anciens et modernes, et (( apprécier leur valeur relative, en déterminant le plus ou (( le moins d'importance des faits réels sur lesquels chacun « d'eux repose. »
Les 5, 6 et 7 septembre ont été consacrés à l'épreuve de l'ai^umentation, dans les formes voulues par le règlement.
Les 8 et 9 septembre ont été consacrés à la dernière épreuve, celle de la leçon.
Le 10 septembre, nous nous sommes réunis pour porter un jugement définitif sur les résultats de ces différentes épreuves.
Après un exanen attentif, il nous a paru que trois concurrents, MM. Franck, Nougarède et Lafaist, avaient subi les différentes épreuves du concours de manière à mériter incontestablement le titre d'agrégé. Je viens 'donc vous proposer, monsieur le ministre, au nom de la commission, d'accorder ce titre à ces troisi* concurrents, suivant l'ordre dans lequel je viens de les placer.
Un public assez nombreux a constamment assisté à ce concours. Nous sommes heureux de pouvoir déclarer en conscience qu'il nous a paru plus fort que celui de l'année dernière, et que l'épreuve de l'argumentation, qui porte tout entière sur l'histoire de la philosophie, a eu cette année l'importance qui lui appartient.
En conséquence, monsieur le ministre, je vous propose lie nommer agrégés de philosophie, dans l'ordre suivant :
1° M. Franck *, de l'académie de Toulouse ;
• Depuis docteur ès-letlros, agrégé de la faculté des letlres de Paris, en 1840 ; auteur du livre de la Cabale, directeur du DiC'
S*" M. Nougarède, de Tacadémie d'Amiens ; 3*" M. Lafaist, élève de Técole normale.
Je suis avec respect, etc.
Paris, le 2 septembre 1833.
MONSIEUR LE MINISTRE
Le samedi 24 août 1833, je me suis rendu à la Sorbonne avec MM. Frédéric Cuvier et Matter, inspecteurs généraux des études; Cardaillac, inspecteur de Tacadémie de Paris, Damiron, professeur au collège royal de Louisle-Grand ; et j'ai ouvert le concours d'agrégation de philosophie, conformément à l'arrêté du conseil royal en date du 30 novembre 1832.
Les trois épreuves du concours ont eu lieu dans l'ordre accoutumé, et selon les règles prescrites par le règlement.
Voici les deux questions qui ont été le sujet de la première épreuve, celle de la composition :
QuestUm de philosophie. « Donner une théorie complète du jugement, dans laquelle se trouvent résolues les questions suivantes :
a V Tous les jugements impliquent-ils une comparaison?
(( 2*" A quelle classe de jugements rapporter le jugement f existe ?
« 3*^ Le jugement n'appartient-il pas à une faculté plus générale, laquelle dans le jugement , comme dans les au-
ftonfiotre des sciences philosophiques, membre de l'Institut, académie des sciences morales et politiques.
•4S4 APMmnsB ^
très modes de 9on exercice, aperçoit et afbme le vrai ex le faux, le bien et le mal; etc. yy
Question d'histoire de la phUosophîe: <c Quelfce-sont les différences les plus générales qui distinguent Isb philosophie moderne de la philosophie ancienne?
Sur la première question, toutes les copies des concurrents nous ont paru faibles, une seule exceptée, que je suis heureux de vous signaler comme la composition la plus remarquable qui ait encore passé sous mes yeux depuis que j'ai Thonneur de présider les concours d'agrégation de philosophie. Cette composition appartient à M. Vacherot^ ancien élève de l'école normale, chargé du cours de philosophie au collège royal de Cahors.
Sur la question d'histoire de la philosophie, la composition du même M. Vacherot nous a paru au premier rang sous tous les rapports; et nous avons aussi distingué celle de M. Morelle, chargé du cours de philosophie au collège royal d'Angers.
La seconde épreuve, celle de l'argumentation, porte uniquement sur des questions d'histoire de la philosophie, publiées au moins six mois d'avance. Parmi celles que le conseil royal avait arrêtées dans sa séance du 30 novembre 1832, le sort a désigné les suivantes :
« 1° Exposer les règles générales de la critique historique, dans leur application à l'histoire de la philosophie.
« 2** Diviser en un certain nombre d'époques l'histoire entière de la philosophie, faire connaître le caractère de chacune de ces époques, et, dans leur succession, montrer les progrès de la philosophie elle-même.
« 3° Exposer en détail les idées contenues dans le premier livre de la Métaphysique d'Aristote.
« 4'' Histoire de la scolastique dans l'université de Paris aux wiv et xiv» siècles.
PIÈGES RELÂT. A L'ENSEIGNEM. DE LÀ PHILOSOPHIE. 425
<c 5** Donner une analyse du Novum orgarmm de Bacon, et apprécier la méthode générale de Bacon , dans son application à Tétude spéciale de la philosophie.
<c 6*" Discuter le mérite de la méthode employée par Condillac dans le Traité des sematiom. »
Cette épreuve a été soutenue d'une manière satisfaisante j^r deux concurrents, l"" le même M. Yacherot; S"" M. Bonnin, régent de philosophie au collège communal de Bourbon-Vendée.
La troisième et dernière épreuve, celle de la leçon, porte uniquement sur des questions de philosophie. Voici celles que le sort a distribuées aux concurrents :
1** Dans quelle fin et en quelle mesure Thistoire de la philosophie doit-elle être introduite dans l'enseignement des collèges?
<c 2** Des principales divisions de la philosophie , et de leur ordre.
« 3* De Taclivité volontaire et libre; décrire le phénomène de la volonté dans toutes ses circonstances.
a 4** De la certitude; des différentes espèces de certitude.
<c 5* Enumération et appréciation des diverses preuves de l'existence de Dieu.
« 6* Des principaux attributs de Dieu; de la divine providence; du plan de l'univers.
a T** Des divers motifs de nos actions; est-il possible de les ramener à un seul? Quelle est leur importance relative?
<c 8® De la faculté de connaître, ou de la raison; du caractère propre de celte faculté ; des facultés qui s'y rapportent. »
Cette épreuve, qui est la plus importante de toutes, a été soutenue très-faiblement par tous les concurrents,
426 Âjpnnùum b.
excepté M. Yaôherot , (fai seul nous a parti posséder la méthode et la fermeté d'esprit et d'élœution, sans lesquelles il n'y a point de professeur.
Après avoir comparé les résultats des trois épreuves du concours, et après une mûre délibération, la commission, à l'unanimité , a décidé que parmi les huit concurrents , ttn seUl^ M. Yacherot, était digne d'obtenir une des six places d'agrégé mises au concours par l'arrêté du 80 novembre i 832.
Je viens donc vous proposer en son nom , monsieur le ministre, de nommer agrégé M. Yàcherot S qui a obtenu le premier rang dans chacune des épreuves , et qui , dans la double épreuve de la composition , a montré un talent très-remarquable. Elle m'a chargé de mettre sous vos yeux les deux dissertations de ce concurrent : je les joins à ce rapport.
Je suis avec respect, etc.
Paris, le 80 aoAt i886.
Monsieur le ministre.
Conformément à votre invitation, je me suis transporté le 21 août à la Sorbonne, pour y ouvrir le concours d'agrégation de philosophie, avec MM. Cuvier et Matter, inspecteurs généraux des études ; de Cardaillac, inspecteur de l'académie de Paris, et Damiron, professeur de philosophie au collège de Louis-le-Grand.
* M. Vacherot est devenu docteur és-lettres; il a remporté un prix à Tacadémie des sciences morales et politiques sur VEeole <f Alexandrie, et il a fait du mémoire couronné un livre qui place son auteur parmi les têtes pensantes et les meilleurs écrivains philosophiques de notre temps. M. Vacherot est ttyourd'hai directeur des études à l'école normale.
PIÈGES RELAT. A L'ENSEIGI9SII. DE LA PHILOSOPHIE. Afi
Dix candidats ont répondu à Tappel et justifié des conditions exigées. ^
Les trois épreuves du concours ont eu lieu successivement et selon le règlement.
Epreuve de la composition.
Qmstion de philosophie. — De là méthode.
Jusqu'à quel point et dans quel sens est-il vrai de dire que la méthode expérimentale est la seule vraie méthode en philosophie? — Distinguer la connaissance naturelle de la connaissance philosophique. -— Serait-il possible de faire un seul pas assuré en métaphysique sans un point de départ psychologique? — La psychologie ne peut-elle four* nir qu'un recueil d'observations personnelles et arbitraires, ou ne découvre-t-elle pas aussi les lois nécessaires et universelles de la pensée ? — Etant donnés les grands résultats auxquels doit aboutir toute saine philosophie, déterminer la méthode ou les méthodes qui peuvent légitimemement y conduire. — Terminer par un examen des principales méthodes qui sont aujoui^d'hui recommandées ou pratiquées.
Question d*histovre de la philosophie.
Comparer dans leurs ressemblances et dans leurs différences, la révolution socratique et la révolution cartésienne, et en général la philosophie anoienna 6| la philo^ Sophie moderne.
Épreuve de l'argumentation.
Le sort a distribué aux divers eandidats les dix questions désigskées par leoooseil royal.
République de Platon.
V Quel est le véritable but et le plan de la République?
2** Exposer et discuter la théorie des idées renfermées dans les divers livres de la République ;
3° Comparer dans leurs divers rapports la République^ la Politique et les Lois ;
À° Apprécier le jugement général qu'Aristote a porté de la République 9 au livre II de la Politique, et les critiques particulières qu'il en a faites dans d'autres parties de ce même ouvrage ou ailleurs ;
5** Comparer les passages de la République où la théorie des idées est exposée aux passages analogues du Phèdre, du Phédon et particulièrement du Parménide.
Métaphysique (TAristote.
1° Discuter Tordre des différents livres de la métaphysique, et se prononcer sur le but et l'ensemble de la confposition ;
2^ Donner une analyse succincte de chacun des livres de la métaphysique, en-reproduisant et expliquant les termes et les formules les plus importantes qu'Aristote a introduites dans la langue de la science ;
3° Présenter une analyse détaillée du P' livre, en apprécier le caractère et la valeur ;
4® Présenter l'analyse détaillée du XII* livre, qui renferme la Théodicée i*Arh\oie; en apprécier le caractère et la valeur ;
b"" Insister sur l'exposition du système de Platon et de la théorie des idées ; reproduire la réfutation qu'Aristote a donnée de cette théorie, particulièrement aux livres P^ XIÏT et XtV; discuter et apprécier celte réfutation.
PIÈGES RELAT. A L'EN^ICamOii. 08' LA PHILOSOPHIE. 439^
Epreuve de la leçon.
Ydiei la» questions cpie le 9M a distribuées avK candida4s<:
V Tkéeme die la pepoep^n «sterne';
^ Théorie de 1» mémoire;
^ Décrire les phénomènes sur lesquels eepose-ca qu'on appellêc la conscience morale ;
4"* Théorie de la faculté de eônnaîtee' et des faeidté» seoiNKlama qui s'y rapportent ;
5° Théoriie: du raisonnement ^ de ses dîfféfentes fonnes ;
6" Théorie de l'induction ;
7^ Est-U possible de laimeiïfflr à un seul ks motib de nos aetietts?
g'» Théorie de la liberté
9^ Démofisfiratioa de b dîrine providence;
10^ Qurile méthode faut-il appliquer à Thislom de la philosophie?
Chacune de ces épreuves a donné lieu à une liste de mérile^ et ce» trois listes, rapprochées et combinées, ont produit une liste unique.
Parmi les dix concurrents un seul s'est soutenu à la même hauteur dans chacune des trois épreuves. Ce candidat est M. Ravaisson, un des plus brillants élèves des collèges de Paris» qui» après avoir remporté le prix d'honneur de philosophie au concours général en 1832, a été couronné Fannée dernière par l'académie des seiences morales et politiques. le suis heureux de pouvoir vous sign»* 1er ce jeune homme, monsieur le ministre, comme un des sujets îes plus distingués que puisse acquérir Funiversité, et je désire qu'il puisse rester à Paris pour cultiver et per-< fectionner son talent. La commisiûoa présente à l'unani-
mité M. RavaissoDy comme le premier agrégé de cette années
Au-dessous de M. Ravaisson, trois élèves actuels de récole normale ont, à divers titres, satisfait la commission. M. Jules Simon, si brillant dans Targumentation, et dont les compositions nous avaient donné tant d'espérances, a malheureusement échoué dans l'épreuve la plus importante, celle de la leçon. Au contraire, MM. Lorquet et Saisset, inférieurs 'pour la composition, ont montré dans Fargumentation du savoir et* de la fermeté d'esprit, et leurs leçons ont été méthodiques et élégantes. La commission vous propose de nommer agrégés ces trois' candidats.
Enfin, elle me charge de vous demander le même titre pour deux autres concurrents, inférieurs aux trois derniers, mais qui nous ont paru posséder des connaissances solides. La faiblesse de la leçon de M. Rontoux a été rachetée par une argumentation trè&-convenable et par des compositions ^distinguées. M. Pichard, qui se présente pour la quatrième fois au concours , n'a échoué que dans l'argumentation. Ses compositions et sa leçon ont témoigné d'un esprit nourri de bonnes doctrines , les exposant avec régularité et clarté.
En résumé , la commission est d'avis d'accorder les six places d'agrégés mises au concours aux six candidats dont les noms suivent :
MM. Ravaisson, répétiteur au collège Rollin ;
* M. Ravaisson a parfaitement justifié nos espérances. 11 est aujourd'hui membre de l'Institut, académie des inscriptions et belles-lettres.
' Sur ces trois candidats, voyez le t. I«', p. 136,. note 4, et particulièrement sur M. Saisset et M. Lorquet, voyez plus bas le rapport sur le concours d'agrégation de philosophie auprès des facultés pour Tannée 1843.
Jules Simon, élève actuel de Técole normale;
Lorquet, id. ;
Saissety id. ;
BontouXy chargé du cours de philosophie au collège royal de Pontivy ;
Pichardy chargé du cours de philosophie au collège royal de Gahors.
Je suis avec respect, etc.
Août 1837.
Monsieur le ministre,
Conformément à Tarrêté du conseil royal du 4 novembre 1836, et à rarrêté ministériel du 21 juillet 1837, je me suis rendu, le 21 du présent mois, à la Sorbonne, pour ouvrir le concours d'agrégation de philosophie avec MM. Cuvier, inspecteur général des études; Cardaillac, inspecteur de l'académie de Paris; Damiron, professeur de philosophie au collège royal de Louis-le-Grand ; et Bouillet, également professeur de philosophie au collège royal de Gharlemagne.
Pour répreuve de la composition, j'ai proposé les deux sujets suivants :
Sujet de philosophie : De l'induction et de la déduction ; les comparer dans leurs procédés et dans leurs règles; analyser ce qu'elles ont de commun; maintenir leurs différences ; s'expliquer sur leur légitime usage.
Sujet d'histoire de la philosophie : Parallèle de Bacon et de Descaries.
Les résultats de cette première épreuve , monsieur le ministre, ont été entièrement satisfaisants.
H n'est pas un des concurrents dont les compositions
4S2 AiVEiaMGE ^
ne témoignent-d'un savoir; étendu «et solide, et d-une excellente manière de penser et d'écrire. Un talent plus exercé, un style toujours sain et quelquefois élevée ont placé au premier rang M. «Bouiller, qui promet un écrivain à Tuniversité et à la philosophie. Je crois devoir ^mettre sous vos yeux les deux compositions de œ candidat.
L'épreuve de Targumentaiion n'a guère été moins heureuse. L'arrêté du 'Conseil «royal du 4 novembre 1836 indiquait dix questions empruntées aux deux plus grands monuments de la philosophie ancienne, la République de Platon et la Métaphysique d'Aristote.
Ici encore, M. Bouiller s'est maintenu au premier rang par une grande connaissance des matières , une dialectique nerveuse, une parole claire et incisive. Après lui, H. Henné a montré de Taplomb, de l'ordre et une élocution abondante et lucide. M. Debs, dans une élocution un peu pénible, a trahi quelquefois une rare intelligence, et M. Jeannel a déployé, dans ses écarts môme, une facilité souvent ingénieuse. Après cette seconde épreuve, les titres de quelques-uns des candidats avaient pu s'affaiblir, mais tous méritaient encore, à des degrés divers, d'être désignés à votre choix.
Pour la dernière épreuve, celle de la leçon, voici les sujets que h sort a de nouveau distribués aux concurrents :
V Tracer le plan d'un cours de logique;
2"" De la certitude et de la probabilité.
La certitude n'est-elle que la plus haute probabilité? Quels sont les objets auxquels la probabilité s'applique? Quel est l'emploi légitinse du calcul des probabilités?
Z"* Théorie de la raison ; la raison estrelle capable de connaître la vérité, ou est-elle condamnée au scepticisme?
4° Ënumérer et apprécier les principales preuves de Texistence de Dieu.
L'épreuve de la leçon, monsieur le ministre, est la plus décisive et en même temps la plus périlleuse; elle fait paraître le talent qu'il s'agit plus particulièrement de constater, celui du professeur; et, d'ordinaire, elle est fotale aux candidats les plus capables, qui se présentent à l'agrégation sans avoir passé par l'enseignement. Il ne faut donc pas s'étonner que sur les candidats de cette année, deux seulement aient résisté à cette épreuve. Sans s'y soutenir peut-être à la même hauteur que dans la corn* position et l'argumentation , M^ Bouiller a conservé l6 premier rang par une leçon où une exposition méthodique, une ordonnance régulière et une parole toujours nette et ferme, sont venues au secours d'aperçus raisonnables mais qui auraient pu être plus approfondis. M. Henné a montré les mêmes qualités que nous avions déjà remarquées en lui : l'ordre, la clarté, la facilité. Les autres concurrents ont été moins heureux , et nous n'osons les présenter à votre choix dès cette année; mais nous avons la ferme espérance que l'an prochain de nouveaux efforts et une plus grande habitude de l'enseignement leur feront obtenir définitivement un titre que les premières épreuves leur avaient presque mérité. Le bureau me charge donc de recommander à votre bienveillance MM. Debs et Jeannel , et de vous proposer de nommer agrégés :
1* Hors ligne, M. Bouiller *, élève de l'école normale ;
' M. Bouiller est aujourd'hui doyen de la faculté des lettres de Lyon et membre correspondant de T Institut , académie des sciences morales et politiques, section de philosophie. Voyez t. I*', p. 1Î8.
T. U« fb
2° M. Henné, élève de la m&ne école. Je suis avec respect, etc.
Monsieur le ministre ,
Le 32 août dernier, j'ai ouvert le concours d'agrégation pour les classes de philosophie, assisté de MM. Garnier^ professeur adjoint à la faculté des lettres de Paris; Simon, professeur suppléant auprès de la même faculté ; France et Jacques, professeurs au collège Charlemagne et au collège de Versailles. Sur dix-neuf candidats, dix-huit ont répondu à l'appel et oiit pris part à la première épreuve, celle de la composition. Quinze ont été déclarés admissibles aux épreuves orales. Un des concurrents s^est retiré i^ntanément. Quatorze ont persévéré jusqu'à la fin du concours.
J'ai choisi, avec l'approbation du bureau, ces deux sujets de composition : Question de philosophie : Analyse et dé- 7nonstration de la liberté : question d'histoire de la philosophie : Discuter les preuves que les différentes écoles oni données de V existence de Dieu.
L'argumentation a eu lieu, conformément au règlement, sur les matières déterminées par le conseil et publiées il y a neuf mois.
Pour l'épreuve de la leçon, le sort a distribué aux concurrents les questions suivantes : V faire la part de l'expérience et de la raison dans la connaissance ; 2° de l'origine des idées ; 3° théorie de l'attention ; 4° théorie du jugement ; 5° du désir et de la volonté ; 6** plan d'un cours de logique ; V théorie de la certitude ; 8° différences et rapports de rinduclion et de la déduction ; 9° théorie du syl-
logisme ; 10° énumérer et apprécier les différentos preuves de la spiritualité de rame; 11* des fondements de la mo* raie; IS"* de l'emploi de la méthode psychologique en philosophie, et particulièrement ëh théodicée; 13° de la justice divine ; 14° de la divine providence.
De tous les concurrents y un seul a montré une force presque égale dans les trois épreuves : c'est M. Janet » élève sortant de Técole normale. Il a été le second dans la composition et Targumentation , et le premier hors ligne pour la leçon. Il a de la science , du nerf et de la précision. Sa leçon sur la divine pnmdmce est assurément une des plus fortes et des plus belles que j'aie envandues depuis quinse ans. La doctrine la plus pure, une méthode sévère, un rare savoir, une élocution nette et vigoureuse, ont, pendant une heiue entière, captivé un nombreux auditoire. Je n'hésite point, monsieur le ministre, à vous signaler ce jeune homme comme une des meilleures ^pérances de l'enseignement philosophique. Il est à souhaiter qu'il puisse rester un an de plus à Paris pour y cultiver son talent. C'est du moins le v<3&u que le bureau m'a chargé de vous exprimer.
M. Janet excepté, tous les autres concurrents ont plus ou moins chancelé dans quelques-unes des épreuves. M. Yéra, régent de philosophie au collège communal de Lille, qui avait mérité un rang très-élevé dans la composition, est tombé assez bas dans l'argumentation ; mais sa leçon l'a relevé, et nous vous proposons, monsieur le ministre, de lui conférer le titre d'agrégé. M. Véra a évidemment le goût de la grande philosophie ; il vise haut , mais il ne vise pas toujours juste, et il n'est encore assez maître ni de sa pensée ni de sa parole. Mais quand le temps et l'exercice l'auront mûri, ce sera un professeur et peut-4tre un écrivain distingué.
M. Rondelet , élève sortant de Técole normale, a eu les honneurs de l'épreuve de rargumentation. Il est difficile de discuter avec plus d'ordre, de clarté et de force. La parole de M. Rondelet a du (k)ids et de l'autorité; mais ses compositions laissaient beaucoup à désirer , et nous l'invitons à relire souvent nos grands philosophes , qui presque tous ont été aussi de grands écrivains.
Le bureau vous propose donc , monsieur le ministre, de nomnier agrégé, t*" M. Janet ^ ; S"" M. Véra ; S*" M. Rondelet. Parmi les autres concurrents, il en a distingué trois qu'il recommande à votre bienveillance.: MM. Boutron et Brisbarre, qui ont déjà paru dans ces concours , et Burneuf, élève sortant de l'école normale. M. Boutron a bit une assez bonne leçon sur Pmdtœtion et la déductMn. M. Brisbarre a du sens et de la clarté; mais son élocution n'a pas encore acquis la fermeté nécessaire. M. Bumouf est très-capable de porter un jour son nom avec honneur. Encore une année d'efforts, et ces trois jeunes gens atteindront le but.
Il est juste de remarquer aussi que M. Denis, élève sor* tant de l'école normale , qui a été bien faible dans la leçon et dans l'argumentation , avait fait une composition d'un grand mérite.
Je joins ici le procès-verbal des opérations détaillées du concours.
Je suis avec respect, etc.
' M. Janet est devenu docteur ès-leltres avec une thèse savante et distinguée sur la Dialectique de Platon^ puis agrégé de faculté ; il est maintenant chargé du cours de philosophie à la faculté de Strasbourg. Voyez plus bas le rapport sur l'agrégation de faculté pour 1S49.
i" septembre 1845.
Monsieur le ministre,
Le 31 du mois dernier, j'ai ouvert le concours d'agrégation pour les classes de philosophie, assisté de MM. Damiron, membre de l'Institut, professeur de philosophie de la faculté des lettres; Garnier, professeur adjoint à la môme faculté; Danton, ancien agrégé de philosophie, inspecteur de l'académie de Paris; et Jacques, professeur au collège de Versailles. Les diverses épreuves ont duré dix jours, à deux séances par jour. Sur vingt-un candidats inscrits, dix-neuf ont répondu à l'appel. Douze oat été déclarés admissibles aux épreuves orales. L'un d'eux s'est retiré spontanément.
Les deux sujets de composition ont été :
1"* Question de philosophie : Est-il vrai que l'intérêt bien ou mal entendu soit l'unique mobile des actions humaines, et quelle morale peut s'élever sur ce fondement?
3" Question d'histoire de la philosophie : Dans quelles erreurs la confusion de la volonté et du désir a conduit Malebranche et surtout Spinoza?
L'argumentation a eu lieu sur les matières déterminées par le conseil et publiées neuf mois avant le concours.
Pour la leçon, voici les sujets que le sort a distribués an concurrents :
V Importance de la méthode psychologique;
2" Théorie du jugement;
3° Théorie de l'induction ;
4'* Des règles du témoignage ;
5<* Théorie du syllogisme;
6" Des causes de nos erreurs;
ÂM ilPPENDIGE B.
7® Démonstration de la spiritualité de l'âme;
S** Démonstration de la liberté ;
9** Des fondements de la morale ;
10° Démonstration de la divine providence;
11° Des preuves de l'immortalité de l'âme.
Dans ces diverses épreuves, le eoncours de eette année, sans être aussi remarquable que celui de Tannée dernière , s'est soutenu à une hauteur convenable, et a fait paraître sous un jour honorable les doctrines et la capacité des candidats. Le vainqueur a été incontestablement M. Chauvet, ancien élève de l'école normale, chargé de l'enseignement philosophique au collée royal de Mâcon. Le caractère distinctif du talent de M. Chauvet est la solidité. Ses compositions, sans être d'un ordre très-élevé, attestent une érudition exacte, une grande justesse ^'esprit; et le style en est simple, clair, méthodique. M. Chauvet est partieulièrement propre à l'enseignement. Sa leçon sur la spiritualité de l'âme nous a paru offrir un modèle de ce que doit être une leçon de philosophie dans un cours de collège : méthode vraiment philosophique, principes certains et éprouvés, ordre, précision, avec un accent de sincérité et de conviction capable de produire un impression heureuse sur l'esprit et sur l'âme des élèves.
M. Burnouf, chargé de l'enseignement de la philosophie au collège d' Angoulême , et M. Boutron , au collège de Moulins, ont tous deux réalisé les espérances que nous en avions conçues l'année dernière. A une assez grande distance de M. Chauvet dans l'épreuve de la composition , M. Burnouf l'a surpassé dans l'argumentation et s'en est rapproché dans la leçon. Sa parole a déjà du poids et de la fermeté. M. Boutron a été plus inégal ; mais il a fait preuve d'un savoir peu commun , et sa leçon a été judicieuse. Il ne lui manque qu'une manière de dire plus
PIÈCES RELAT. A L'ENSEIGNEM. DE LA PHISOSOPHIE. 439
soutenue et plus distinguée. Il nous a semblé aussi qull était juste de récompenser en lui une persévéranee bien honorable ; car c^est la cinquième ou même la sixième fois que M. Boutron se présente au concours de Tagrégation.
Nous vous proposons donc y monsieur le fninistre, do nommer agrégés 1* M. Chauvet; S* M. Burnouf; S* M. Boutron.
Parmi les autres concurrents , nous avoués distingué , et nous recommandons à votre bienveillance M. Chappuis, élève sortanf de l'école normale, et M. Denis, chargé du cours de philosophie au collège d'Avignon. M. Chappuis a eu les honneurs de Targumentation. Il sait beaucoup et il sait bien ; mais il n'a pas été suffisamment exercé dans l'art d'écrire. Ses compositions ont été tellement faibles , qu'à peine a-t-il été jugé admissible aux épreuves oralesi. Le nommer agrégé eût été presque abolir l'épreuve de la composition. M. Denis a succombé par un tout autre endroit. Après avoir approché du premier rang dans la composition, il est descendu très-bas, et il a été d'une faiblesse extrême dans l'épreuve la plus importante, celle de la leçon. Sérieusement avertis, et sachant bien de quel côté doivent porter leurs efforts, ces deux jeunes gens se présenteront l'année prochaine avec toutes les chances de succès.
Je joins ici le procès-verbal des opérations détaillées du concours, et suis avec respect, etc.
8 septembre 1846.
MONSIEUR LE MINISTRE
Je viens vous rendre compte des opérations et du résul-
tat du coDcours d'agrégation pour les classes de philosophie, ouvert le 21 du mois d'août dernier, dans une des salles de la Sorbonne. Le jury d*examen était composé, sous ma présidence, de MM. Gamier, professeur titulaire de philosophie à la faculté des lettres de Paris ; Bouillet, ancien professeur de philosophie, proviseur du collège Bourbon ; Simon, professeur suppléant de l'histoire delà philosophie ancienne à la faculté, et Mallet, professeur de philosophie au collège Saint-Louis. Sur vingt-six candidats inscrits, vingt ont répondu à l'appel et pris part au concours. A la suite des compositions, seize ont été admis aux épreuves orales.
Voici quels ont été les sujets de composition : V Question de philosophie : le désir et la volonté ne sont-ils que des degrés et des formes diverses d'une seule et môme faculté? Gomment, dans cette hypothèse, rendre compte de la liberté et de la responsabilité des actions? — 2° Question d'histoire de la philosophie : exposer et apprécier les conséquences métaphysiques et morales de la confusion du désir et de la volonté dans les systèmes de Hobbes, de Spinoza, de Malebranche et de Condiliac.
Dans cette première épreuve, quatre candidats se sont distingués presque également, quoiqu'à des titres divers : M. Javary, régent au collège communal de- Libourne; M. Philibert, régent au collège communal de Roanne; M. Denis, chargé du cours de philosophie au collège royal d'Angouléme; M. Magy, élève sortant de l'école normale.
L'argumentation, particulièrement consacrée à l'histoire, a eu lieu sur les monuments les plus célèbres de la philo* Sophie ancienne et moderne, la Répiibliqite de Platon, la Métaphysique et la Logiqm d'Aristote, les Méditations de Descartes, Y Essai sur Cmtendemmt humavn de Locke, et
la Théodicéeie Leibnitz. M. Javaryet M. Philibert ont parfaitement soutenu leur rang, et ils ont été égalés par un candidat qui leur avait été très-inférieur dans la compositioUy M. GhappuiSy ancien élève de Técole normale, chargé du cours de philosophie au collège royal de Besançon. Après ces trois candidats, M. Magy et M. Denis ont encore mérité d'être mentionnés.
L'épreuve de la leçon doit renfermer sévèrement les candidats dans les limites d'un cours de philosophie de collège et représenter avec fidélité l'importance relative de chacune des parties de ce cours. Dans cet esprit, j'ai fait choix des seize questions suivantes, que le sort a distribuées aux concurrents :
Logique. — l"" Plan d'un cours de logique; 2® de la méthode philosophique ; W du fondement de la certitude; 4"* théorie de la définition ; 5*" principes et règles du témoignage; G"" théorie du syllogisme.
Psychologie. — V Quelles sont les rapports et quelles sont les différences des facultés de l'entendement et des facultés de la volonté? S"" Analyse de l'attention ; 9® démonstration de la spiritualité de l'âme.
Morale et Théodîcée. — 10'' Plan d'un cours de morale ; 11'' démonstration de la liberté; 12'' distinction de la justice et de la charité; IS'' démonstration de la divine providence ; 14" fondements de l'immortalité de l'âme.
Histoire de la philosophie. — 15" Quels avantages peuton tirer de l'histoire de la philosophie pour la philosophie elle-même ? 16" Dans quelles limites convient-il de renfermer l'histoire de la philosophie dans un cours élémentaire de philosophie?
MM. Philibert, Javary, Chappuis et Magy ont fait preuve, à peu près au même degré, d'une doctrine solide,, d'une exposition méthodique, simple, lumineuse. M. Denis, bien
T. II. ?ô.
qu'il ait fait des progrès depuis Tannée dernière, a été faible encore. M. Dubouzet, régent au collège communal de Dieppe, et M. Bourgeois, régent au collège communal de Cambrai, se sont placés au-dessus de lui ; leurs leçons, claires et bien ordonnées, ont été écoutées avec intérêt. Ce n'est pas le débit qui manque à M. Pèlissier, répétiteur de philosophie à Paris; mais chez lui la netteté de la pensée ne répond pas toujours à la fermeté de la parole. M. Brisbarre, diargé du cours de philosophie au collège royal de Laval, a montré les qualités et les défauts contraires : sa parole émoussée ne laisse pas assez paraître la justesse de son esprit et la solidité de son instruction.
Le bureau, après avoir comparé et apprécié les résultats de toutes les épreuves, vous propose, à l'unanimité» monsieur le ministre, de nommer agrégés :
1* MM. Javary et Philibert, sur la même ligne :
2** M. Chappuis ;
3° M. Magy ;
À"" M. Denis.
Déjà, monsieur le ministre, vous connaissez M. Javary par le prix qu'il a remporté cette année sur la question de la Certitude, à Tacadémie des sciences morales et politiques. C'est un esprit sain, ferme, réglé. Il est appelé à prendre un jour une place distinguée comme professeur et comme écrivain, si, en continuant d'éviter le paradoxe et en s'attachant toujours au sens commun, il ne se contente pas de ses premières vues et tend avec ardeur à Texcellence dans la pensée et dans le stylet
M. Philibert supplée à la faiblesse de sa voix par la net-
* M. Javary a publié le mémoire couronné par l'Académie, De la Certitude, 1 vol. in-8«, 1847. Il est aujourd'hui professeur au lycée d'Orléans.
teté des idées. Il a de la pénétration, un tour d'esprit fin et distingué. H a besoin d'être dirigé et maintenu dans les routes battues, qui sont les plus sûres. Je lui crois une aptitude peu commune pour Thistoire de la philosophie, et singulièrement de la philosophie ancienne.
M. Ghappuis est de tous les concurrents celui qui montre le plus d'habitude de la méthode psychologique. Il s'efforce de se rendre compte de ses idées; il pense, et il apprendra aux autres à penser. Mais son style laisse beaucoup à désirer. Nous lui recommandons la lecture et l'étude assidue des grands écrivains.
M. Magy écrit déjà avec une rare correction et une certaine force ; il parle avec vivacité et intérêt. C'est un jeune homme de talent, mais inégal et inexpérimenté.
En admettant M. Denis, le bureau a voulu récompenser des compositions distinguées, une bonne argumentation, un savoir solide et étendu.
Le bureau me charge aussi de recommander à votre bienveillance, MM. Dubouzet, Bourgeois, Brisbarre et Pélissier.
Je joins ici le procès-verbal détaillé des opérations du concours.
Agréez, monsieur le ministre, l'assurance de mon profond respect.
Septembre 1849.
Monsieur le ministre ,
Je viens vous rendre compte des diverses opérations et du résultat du concours d'agrégation de philosophie, pour Tannée 1849, que vous m'avez chargé de présider, avec l'assistance de MM. Ozaneaux, inspecteur général des étu-
des ; Danton et Mallet, inspecteurs de rAcadémie de Paris, et M. Tabbé Noirot, professeur de philosophie au lycée de Lyon.
Quinze candidats ont répondu à Tappel. D'après l'épreuve de la composition, dix ont été déclarés admissibles aux épreuves orales. Tout s'est passé dans l'ordre accoutumé, sous l'œil d'un public souvem nombreux, et les conclusions du jury ont été prises à l'unanimité.
Je me suis efforcé, monsieur le ministre , d'imprimer de plus en plus aux exercices de l'agrégation de philosophie auprès des classes de collège, le caractère qui leur appartient essentiellement, un caractère moral et pratique. Plus que jamais j'ai cru devoir avertir les candidats que le concours auquel ils prenaient part n'est pas celui de l'agrégation des faculté; qu'ils ne sont (tos appelés à renseignement supérieur, mais bien à l'enseignement secondaire, parfaitement réglé et défini, s'adressant à des jeunes gens de dix-sept à dix-huit ans, et dont l'objet, à la fois simple et grand, est d'inculquer dans les esprits et dans les âmes les vérités que nul ne peut ignorer sans un préjudice immense pour soi-même et pour la société, les incontestables vérités de la logique, de la morale, de la théodicée. L'enseignement de la philosophie dans les lycées et les collèges , pour porter tous ses fruits, se doit mesurer aux besoins et aux forces des élèves. Il doit être très-élémentaire, circonscrit en des sujets d'une utilité certaine. 11 faut donc que le professeur, pour ne pas être au-dessous ni trop audessus de sa tâche, possède une méthode et une doctrine éprouvée, avec une érudition suffisante, et une élocution toujours claire et toujours simple, grave sans pédanterie, et animée seulement par la chaleur naturelle d'un zèle vrai et d'une conviction sincère.
Cette pensée, qui est, je crois, la vôtre, monsieur le mi-
nistre, et celle de l'université , n'a cessé de m'étre présente dans le choix des matières de la composition , de l'argumentation et surtout de la leçon. Il m'a paru nécessaire de fortifier l'enseignement de la logique, de lui donner une juste importance sans diminuer celle que nous avons toujours attachée à la théodicée et à la morale. Je me bornerai à mettre sous vos yeux les questions proposées aux candidats dans les diverses épreuves.
Épreuve de la composition : 1^ Dissertation sur un point de philosophie : Du devoir et du bonheur. 2® Dissertation sur un point de l'histoire de la philosophie : En quelle mesure l'histoire de la philosophie doit elle intervenir dans un cours élémentaire de philosophie?
L'argumentation a été renfermée dans l'examen de la logique d'Aristote et de celle de Port-Royal, dans les Mé^ dilations de DescarteSy la Théodicée de Leibnitz, V Essai de Locke sur l* entendement humain^ et les Essais de Reid.
Pour l'épreuve de la leçon ,^ voici les questions que nous avons proposées et que le sort a distribuées aux candidats. Sur douze questions, il y en a cinq de logique; les autres appartiennent à la psychologie, à la théodicée et à la morale :
1® Exposer le plan d'un cours de logique, en marquer les parties essentielles ; mettre en lumière les résultats à la fois intéressants et utiles qu'un cours de logique doit établir.
2^ De la méthode philosophique. Apprécier les plus célèbres méthodes , et exposer celle qu'on se propose de suivre.
3® Des modifications que la philosophie moderne a introduites dans la logique , et dans quelle mesure un cours de logique doit-il comprendre la logique d'Aristote, et celle que Bacon et Descartes ont recommandée et répandue?
4® Théorie de la démonstration dans les divers ordres de connaissances.
â* De Fart syllogistique. Le syllogisme étant l'instrument le plus sûr de certaines démonstrations , ne faut-il pas exercer les élèves avec le plus grand soin à Tart syllogistique, et quels sont les exercices les mieux appropriés à cet objet?
6"" De la place et de Timportanee de la psychologie dans la science philosophique. Donner des exemples d'erreurs graves et diverses auxquelles a conduit l'ignorance de faits certains, établis par la psychologie.
7® Exposer le plan d'un cours de morale ; marquer les principes, indiquer les divisioftas t insister sur les résultats pratiques.
S"" De la méthode et des principes qui doivent présider à un coursde théodicée;
9® Démonstration de la liberté humaine; ' 10° Des conditions et des caractères de la vertu ;
11° Théorie du souverain bien ;
12° Du principe et des fondements de la société humaine, indépendamment des différentes formes de gouvernement.
Il faut vous le dire, monsieur le ministre, l'épreuve de k composition a été faible. Pour la première fois , je n'ai à vous signaler aucune composition vraiment distinguée. Ce serait avec un profond regret que l'université verrait s'affaiblir l'alliance de la philosophie et des lettres, de l'art de penser et de l'art d'écrire, alliance si utile à toutes les études de nos collèges, et d'ailleurs consacrée en France depuis deux siècles par la tradition non interrompue de tant d'illustres exemples.
Nous avons été plus heureux dans l'épreuve de l'argumentation. MM. Challemel, Cahen, Delondre, Nourrisson,
PIÈCES RELÀT. À L'ENSËIGNSM* DE LA PHILOSOPHIE. 447
oDt fait preuve d'une exacte connaissance des grands monuments qui avaient été mis à Tétude cette année. Ils exposent bien, et le reproche le plus grave qu'on puisse faire i leur critique est d'incliner, en général, à une sévérité excessive et un peu ambitieuse.
Aucune des leçons que nous axons entendues ne nous a pleinement satisfaits. La plupart tlous ont paru effacées et trop dénuées d'intérêt; et celles qui avaient plus d'éclat et de vie n'étaient pas exemptes d'emphase, ou excédaient les limites d'un cours élémentaire. On ne saurait trop le répéter : plus l'instruction philosophique est élevée, plus elle doit savoir descendre et se proportionner aux besoins des faibles. Malgré tous mes avis, et quelquefois même mes interruptions, les meilleures leçons visaient toujours au delà d'un auditoire de collège.
Les quatre candidats qui s'étaient distingués dans l'argumentatioo ont à peu près maintenu leur rang dans la troisième et dernière épreuve.
En résumé , le jury vous propose, monsieur le niinistre, de nommer agrégés MM. Challemel et Delondre, et il recommande à votre bienveillance MM. Cahen , Nourrisson et Dubouzet.
M. Challemel a de l'élévation dans l'esprit et dans la parole ; mais il parait animé d'un feu intérieur qu'il doit s'appliquer à modérer, en portant sans cesse et en retenant sa pensée dans les régions sereines des vérités éternelles. C'est à la paix qu'elle met dans l'âme, comme à l'évidence souveraine dont elle brille, que la vraie philosophie se fait sentir.
M. Delondre diffère essentiellement de M. Challemel, il est un peu froid ; mais il est plus maître de ses idéjss et de sa parole; il est mûr pour l'enseignement.; mais il aura
encore besoin d'un travail assidu pour perfectionner son instruction.
Nous attendons au prochain concours M. Caben et M. Nourrisson. Le premier a de l'esprit, il parle bien, mais ses compositions étaient par trop défectueuses ; à peine si elles lui ont perjpis d'être rangé parmi les admissibles. M. Nourrisson est en possession d'une excellente doctrine ; sa parole a de la gravité ; mais elle a aussi trop peu de simplicité et de naturel, et ses compositions n'étaient guère au-dessus de celles de M. Caben.
En vous recommandant M. Dubouzet, nous voulons bonorer en lui sa persévérance , et lui tenir compte d'une leçon de logique assez bien faite, et du mérite relatif d'une de ses compositions.
Je joins à ce rapport le proeèfr-verfaal dAaiUé de toutes les opérations du concours, jour par jour, séanca par séance.
Agréez, monsieur le ministre, l'expression de mon profond respect.