‹ Œuvres de M. Victor Cousin: 5. sér. Instruction publiqueChapitre 23 sur 52 · DES PRINCIPAUX ACTES DU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION · texte numérisé non relu

DES PRINCIPAUX ACTES DU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION

du l«r mars au S9 octobre iUO ^ PRÉFACC:.

Le ministère du 1®' mars s'est retiré sur la question d'Orient. La conduite qu'il voulait suivre en cette circonstance difficile peut être diversement jugée; mais, si nous n'en sommes pas arrivés aux plus mauvais jours du basempire, qui pourra le blâmer d'avoir relevé la marine et l'armée, d'avoir porté l'une et l'autre au grand pied de paix qui convient à un pays placé dans notre situation géographique et politique, et, à défaut du rempart dé l'Océan, d'avoir mis du nioins sur le cœur de la France la cuirasse impénétrable des fortifications de Paris ?

Oui, j'ai concouru, et de grand cœur, à ces mesures, et, quoi qu'il arrive, je m'honorerai toujours d'y voir mon nom attaché pour sa faible part. Mais dans le cabinet du 1*' mars j'avais encore un rôle spécial où ma responsabilité personnelle est surtout engagée : ce sont surtout mes actes comme ministre de l'instruction publique et grandmaître de l'université qui m'appartiennent. Dans la retraite où pour longtemps je suis renfermé, et dans les

' Ce recueil parut en un volume in-8<», au commencement de Tannée 1841. Nous ne donnons ici que les pièces les plus impor* tantes.

loisirs qu'elle me fait, j*ai voulu recueillir ces actes et les présenter dans leur ensemble au jugement de tous ceux qui, en France et en Europe, s'intéressent à la grande affai^re de l'éducation publique.

Je suis arrivé au ministère après une longue étude des matières d'éducation, avec des desseins bien connus et exposés dans mes deux ouvrages sur l'instruction publique en Allemagne et en Hollande. Voici ce que je disais dans l'avant-propos de la troisième édition de mon rapport sur l'instruction publique en Allemagne S édition qui paraissait en même temps que j'entrais dans les conseils ifi la couronne : ce Puisqu'on ce moment la confiance « du roi m'appelle à la tête du ministère de l'instruction (( publique, je n'ai point à imaginer des théories nonce velles, je n'ai qu'à pratiquer celles que j'ai moi-même « proposées et dans cet écrit et dans mon ouvrage sur la a Hollande', qui sert de complément à celui-ci. L'univer- <x site de France, telle qu'elle est sortie de l'esprit de son a fondateur, forme un système simple et puissant qu'il faut « défendre contre les attaques de la passion et de l'igno- « rance, en le développant sans le déformer, en l'enri- « chissant d'un certain nombre d'institutions empruntées (K à l'expérience générale, et que nous pouvons perfec- « tionner encore en les transportant parmi nous. Ce que a j'ai dit, je le ferai ; ce que j'ai conseillé, je l'exécuterai « moi-môme ; et j'espère que je n'oublierai jamais que je ne « suis pas arrivé au poste où le roi m'a appelé péu^ ma satisa faction personnelle, mais pour le progrès de la plus grande « cause du XIX^ siècle, celle de l'instruction publique. »

' De l'Instruction publique dans quelques pays de V Allemagne et particulièrement en Prusse, Troisième édition. 2 vol. in-S». 1840. ' De l'Instruction publique en Hollande. 1 vol. in-8*. 1837.

Ai-je rempli ces engagements publiquement contractés? ne suis-je pas resté trop au-dessous de la confiance du roi, et de celle de mes collègues? Le recueil de mes actes répondra pour moi.

J'avouerai d'abord que, comme ministre, j'ai très-peu fait pour Finstruction élémentaire.

L'éducation du peuple était le premier devoir de la révolution de juillet. Dans les premières années de cette révolution, tous mes efforts comme conseiller de l'université, comme écrivain, comme pair de France, ^nt été tournés de ce côté. C'est pour préparer une bonne loi sur cette matière que j'allai étudier l'organisation et l'état de l'instruction primaire en Allemagne, et particulièrement en Prusse, où cette partie de l'instruction publique est si florissante. Je crois pouvoir dire que mes travaux n'ont pas été inutiles à la loi de 1833 ; j'ai été le rapporteur de cette loi à la chambre des pairs, et je n'ai cessé de concourir activement à son développement et à son exécution. La loi de 1833 peut avoir des défauts ^ ; mais elle a le mérite de former un système un et complet, dont toutes les parties se soutiennent les unes les autres ; elle a, de plus, un caractère essentiellement pratique. Aussi a-telle fait un bien immense; ce bien continue chaque jour : il faut le laisser se répandre et s'accroître sans le troubler par des innovations prématurées. Remuer sans cesse une législation, quand elle est bonne généralement, c'est en diminuer l'autorité; c'est lui enlever le respect dont elle a besoin, car le respect ne s'attache qu'aux choses qui durent. En Hollande, la loi de 1806 est encore intacte; en Prusse, le plan arrêté en 1819 n'a pas même été perfeotionifé; laissons donc notre loi de 1833 s'enraciner dans

' Voyez plus haut, page 86.

le soly et porter tous les fruits dont elle contient le germe.

Cette loi a établi des commissions d'examen en possession exclusive de conférer les brevets de capacité pour les écoles publiques et privées : fortifions sans cesse ces commissionsy entretenons leur zèle^ inspirons-leur une juste sévérité ; car si elles se relâchent, si, par une indulgence mal entendue, elles deviennent trop faciles et accordent légèrement le brevet de maître d'école, c'en est fait de toute l'instruction primaire, qui repose en dernière analyse , sur l'excellence des instituteurs.

Pour assurer au pays de bons instituteurs et des candidats qui puissent se présenter honorablement à de sérieux examens, la loi de 1833 a fondé les écoles normales primaires, institutions à la fois bienfaisantes et périlleuses, qui peuvent faire ou beaucoup de bien ou beaucoup de mal, dignes des bénédictions de tous les vrais amis du peuple si elles forment des maîtres d'école d'une instruction bornée mais solide, modestes , patients , attachés à leur humble et sainte profession. Ayons les yeux toujours ouverts sur les écoles normales primaires; c'est là qu'est particulièrement nécessaire une administration ferme et vigilante *.

Le ressort le plus puissant peut-être de l'instruction primaire est l'inspection, celle surtout qui se fait au nom de l'État par les inspecteurs primaires. Moins ces fonctionnaires seront chargés de soins étrangers à leur mission, plus on pourra exiger d'eux qu'ils la remplissent exactement. J'ai tout fait pour les délivrer du travail ingrat de tant et tant d'écritures sous lesquelles ils succoàibent, et qui les transforment en hommes de bureau au lieu d'être

' On peut reconnaitre ici une sorte de crainte et comme un secret pressentiment des abus qui depuis se sont introduits.

des hommes d'intelligence et d'action. J'ai plusieurs fois écrit à M. le ministre des finances pour qu'il veuille bien transporter à ses agents le soin des écritures relatives à la participation des instituteurs aux caisses d'épargne. Je souhaite vivement que la négociation entreprise à cet égard réussisse. Je me suis surtout opposé à la chambre des pairs, et devant une commission de la chambre des députés, à ce qu'on employât nos instituteurs primaires à la surveillance de la loi feite ou à faire sur le travail des enfants dans les manufactures. Il faut arriver à avoir un inspecteur primaire par arrondissement, et que dans cet arrondissement, comme en Prusse et surtout en Hollande, l'inspecteur soit l'âme de l'éducation du peuple à tous ses degrés; qu'il connaisse personnellement tous les instituteurs, au moins tous les instituteurs publics ; qu'il soit leur conseiller assidu^ en quelque sorte leur directeur spirituel, et aussi leur intermédiaire bienveillant auprès des autorités locales et du recteur de l'académie : et pour cela, il faut, comme en Prusse et en Hollande, que ce soit un homme ayant déjà par lui-même, soit par sa fortune, soit par des fonctions antérieures honorablement remplies, de la considération et une certaine autorité; surtout il faut qu'il soit libre de tout autre soin, et qu'il puisse se donner corps et âme à l'éducation du peuple.

Les instituteurs réclament contre la modicité de leur traitement fite et la presque nullité de leur traitement éventuel. Ai-je besoin de répéter ici ce que j'ai dit si souventi que l'instituteur doit être content de sa profession pour la bien exercer ; que cette profession ne peut attirer à elle, comme dans les deux pays si souvent cités, des hommes honorables qu'autant qu'elle pourvoira aux nécessités de la vie ? Il faut donc améliorer la condition des instituteurs ; mais comment, et dans quelle mesure ? Je

N. I. ' tO

170 MINISTÊUË DE 1840.

n'hésite point à dire qu'il ne faut pas songer d'ici à longtemps à élever le traitement fixe : ce serait accabler les communes déjà chargées de tant de dépenses obligatoires. 11 importe d'abord de rendre la rétribution scolaire réelle et effective. La loi donne ici aux conseils municipaux ui) double pouvoir : 1" déterminer chaque année le taux de la rétribution scolaire; 2^ établir une liste d'enfants dont les familles, à titre d'indigence, sont exemptées de cette rétribution. Sur quoi il arrive qu'un très -grand nombre de conseils municipaux abaissent beaucoup trop la rétribution et prodiguent les exemptions, ce qui annulle à peu près le traitement éventuel et ruine le maître d'éœle. Le moment est venu de porter remède à ce mal. Tous les instituteurs demandent, et je demande avec eux, que les arrêtés des conseils municipaux sur les deux points mentionnés soient soumis à l'approbation des sous-préfets ou des préfets qui puissent prendre en main les intérêts des maîtres d'école. Une modification à l'article 14 de la loi de 1833 pourrait donc être présentée aux chambres ^ ; elle suffirait aux besoins les plus pressants que l'expérience indique, et rendrait la condition des instituteurs publics au moins supportable. Car enfin il n'y aurait pas une commune rurale en France ou le maître d'école n'eût, au nom de la loi, un logement convenable dans la maison même de l'école, ordinairement avec un petit jardin, un traitement fixe de 200 francs par an , un petit traitement éventuel sur lequel il pourrait compter, indépendamment de ce qu'il peut gagner encore à

' Depuis que ces lignes sont écrites, M. Passy, comme membre de la chambre des députés, a pris Vinitialive de cette proposition qui a été acceptée et qui fait partie do la législation do rinstruolion primaire.

Taide des divers services qu'il rend à la commune. Ce n'est pas là, dans un village, une très-mauvaise condition ; et dans les villes, on sait que la rétribution scolaire est fructueuse, et que presque toujours le conseil municipal, quand il le peut, accorde à Tinstituteur public un traitement supplémentaire ^ double ou triple du traitement fixe.

J'avoue donc que je n'avais en vue aucune autre modification législative en fait d'instruction primaire. Quand on possède une bonne loi, d'excellentes ordonnances, d'exceUents règlements généraux, que resle-t-il à faire, sinon de les exécuter et d'administrer ? L'impulsion a été une fois donnée, et bien donnée; il ne s'agit plus que de la continuer.

Le seul point dans l'instruction primaire où j'aie voulu mettre particulièrement la main^ où j'aurais ardemment désiré réussir, mais où le succès n'est promis qu'à une action persévérante et infatigable poursuivie pendant plusieurs années, ce sont les écoles primaires supérieures.

Les écoles primaires supérieures forment la partie la plus nouvelle de la loi de 1833. Je n'avais pas été le dernier à réclamer une instruction intermédiaire entre les écoles élémentaires, telles qu'elles étaient sous la restauration, et nos collèges, a En France, » disais-je en 1831 au ministre de l'instruction publique dans mon rapport sur la Prusse^, je En France, l'instruction primaire est bien peu de chose; et entre cette instruction et celle de nos collèges, il n'y a rien : d'où il suit que tout père de famille, même dans la partie inférieure de la bourgeoisie,

' Voyez plus haut, p. 87 ce qui a été dit sur la nécessité d'établir, en certains cas bien définis, un traitement supplémentaire légalement obligatoire, en faveur de tous ceux qui s'en montrent dignes, selon les ressourcps diverses des départements.*

• Tome I, page 306.

qui a rhonorable désir de donner à ses enfants une éducation convenable, ne peut le faire qu'en les envoyant au collège. Il en résulte deux graves inconvénients. En général» ces jeunes gens, qui ne se sentent point destinés à une carrière élevée, font assez négligemment leurs études ; et quand, après des succès médiocres, ils rentrent vers dixhuit ans dans la profession et les habitudes de leur famille, comme rien dans leur vie ordinaire ne leur rappelle et n'entretient leurs études passées, quelques années ont bientôt effacé le peu de savoir classique qu'ils avaient acquis. Souvent aussi ces jeunes gens contractent au collège des relations et des goûts qui leur rendent difficile ou presque impossible de rentrer dans Thumble carrière de leurs pères : de là une race d'hommes inquiets, mécontents de leur position, des autres et d'eux-mêmes, ennemis d'un ordre social ou ils ne se sentent point à leur place, et prêts à se jeter avec quelques connaissances, avec un talent plus ou moins réel et une ambition effrénée, dans toutes les voies ou de la servilité ou de la révolte Assurément nos collèges doivent rester ouverts à quiconque peut en acquitter les charges; mais il ne faut pas y appeler indiscrètement les classes inférieures ; et c'est le faire que de ne point élever des établissements intermédiaires entre les écoles primaires et nos collèges. L'Allemagne et la Prusse en particulier sont riches en établissements de ce genre. J'en ai signalé et décrit plusieurs en détail à Francfort, à Weimar, à Leipzig. Vous voyez que je veux parler des écoles dites bourgeoises, Burgerschulm, nom qu'il est peut-être impossible de transporter en France, mais qui est en luimême exact et vrai par opposition aux écoles savantes, GekhrtesehtUen^ appelées en Allemagne Gymnases, et parmi

nous collèges L'école élémentaire doit être une; car

elle représente et elle est destinée à nourrir et à fortifier

Tunité nationale ; et en général il n'est pas bon que la limite fixée par la loi pour l'enseignement de l'école élémentaire soit dépassée. Mais il n'en est point ainsi pour une école bourgeoise ; car cell&-ci est destinée à une classe toute différente : il est donc naturel qu'elle puisse s'élever en proportion de l'importance des villes pour lesquelles elle est faite. Aussi ' l'école bourgeoise a-t-*elle en Prusse des degrés bien différentSy depuis le minimum fixé par la loi jusqu'au degré

où elle se lie au gymnase proprement dit

Les écoles bourgeoises allemandes, un peu inférieures à nos collèges communaux de seconde classe pour les études classiques et scientifiques, leur sept incomparablement supérieures pour l'enseignement de la religion, delà géographiç, de l'histoire, des langues modernes, de la musique, du dessin et de la littérature nationale. Selon moi, il est de la plus haute importance de créer en France, sous un nom ou sous un autre, des écoles bourgeoises dont le développement soit très-varié, et de réformer dans ce sens un certain nombre de nos collèges communaux. Je regarde ceci, monsieur le ministre, comme une affaire trèssérieuse En Prusse, les noms d'école élémentaire et

d'école bourgeoise, comme représentant le plus faible et le plus h^ut degré de l'instruction primaire, sont populaires; celui d'école intermédiaire, MiUelschuley est aussi employé dans quelques parties de l'Allemagne. Voyez, monsieur le ministre, si ce npm ne pourrait pas être adopté

parmi nous »

On voit quelle importance j'attachais dès 1831 à la fondation d'une instruction intermédiaire entre les écoles populaires proprement dites et nos collèges ; et j'insistai pour que cette instruction intermédiaire fût établie dans la loi sous le nom. même qui lui appartient, qui l'explique à tous les esprits, et pourrait plaire à la vanité des familles, en

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leur présentant des établissements d'un ordre distingué, et qu'il était impossible de confondre avec les écoles élémentaires. Mais tout le monde ne fut pas de cet avis, et . je dois remercier publiquement M. Guizot d'avoir eu le courage de déposer au moins dans la loi un germe que le temps et des soins habiles peuvent développer; Ce fut là la tftche que je me donnai à moi-même, relativement à l'instruction primaire.

Pour faire apprécier les bienfaits de la nouvelle institution , je me proposai de former un certain nombre d'établissements modèles de ce genre dans les dix vil*les du royaume qui paraissaient s'y prêter le mieux, Paris, Lyon, Bordeaux, Rouen, Marseille, Strasbourg, Nantes, Gaen, Orléans et Lille. Je m'efforçai d'im** primer à cette partie du service une impulsion sérieuse qui, je n'en doute pas, aurait surmonté tous les obstacles, si sur ces entrefaites n'était arrivé le renouvellement des administrations municipales, qui me força d'ajourner mes instances auprès des villes; et dans cet intervalle notre ministère avait cessé d'être. Du moins, ma correspondance contient-elle des directions qui pourraient être suivies avec succès. 1^ Point de gratuité, sauf un certain nombre de bourses données par les villes, conformément à la loi, à des enfants de familles pauvres, qui dans l'école élémentaire auraient montré une capacité particulière ; une rétribution scolaire modérée, mais fort au-dessus de celle de l'école élémentaire ; par conséquent , distinction bien tranchée de l'école intermédiaire d'avec l'école élémentaire, et en même temps moins de sacrifices imposés aux villes. 2"* Autoriser les écoles comprises sous le titre général d'instruction primaire supérieure à prendre le nom d'écoles intermédiaires, comme les établissements compris sous le titre général d'instruction secondaire sont appelés

collèges; accorder un assez libre développement à ces écolesy selon les besoins et les ressources des localités, comme le dit la loi elle-même, afin qu'elles s'élèvent audessus des écoles élémentaires, et prennent le rang spécidl qui leur appartient. 3° Tout en leur maintenant le caractère d'instruction générale» commune à tous les citoyens,'quelle que soil plus tard leur vocation, admettre déjà dans ces écoles des annexes professionnels, industriels, commerciaux , ce qui les sépare plus fortement encore de l'école élémentaire et du collège. 4° En général, fixer à trois ans l'étendue du cours, et s'appliquer à bien graduer l'enseignement de ces trois années; n'admettre dans l'école que d'après un examen constatant que l'élève possède à peu près Tinstruction primaire élémentaire; établir des examens et des prix au passage d'une année à l'autre ; don* ner quelque solennité à ces distributions de prix ; enfin, employer le plus possible pour l'enseignement les professeurs ou régents des collèges royaux ou communaux, avec une simple indemnité au lieu de traitement , ce qui est à la fois un moyen d'économie pour la ville et un élément de dignité pour l'école.

Je visitai moi-même l'école primaire supérieure de Paris, rue Neuve-Saint-Laurent, dans le sixième arrondissement, et un examen attentif me convainquit qu'elle pouvait servir de modèle à tous les établissements de cette sorte; j'en envoyai le prospectus, modifié dans un sens un peu plus universitaire, à toutes les académies du royaume; je réclamai avec force auprès de la ville de Paris pour chaque arrondissement une école semblable, et j'obtins l'assurance que bientôt on essaierait d'en établir une nouvelle dans le onzième arrondissement. Avec l'école de Paris, celle de Gaen, autant que j'en puis juger par le rapport du digne recteur de cette académie, peut être

proposée en exemple à toutes les villes du royaume.

Telle était l'œuvre à laquelle je m'étais attaché dans l'instruction primaire; puisse un autre l'accomplir, et la Franée un jour posséder réellement une institution qui a fait tant de bien en Allemagne et en Hollande I

Mais je me hâte d'arriver à l'objet principal de mes efforts : le perfectionnement de l'instruction secondaire et de l'instruction supérieure. Il ne s'agit plus ici de projets eommencéset inachevés, mais de travaux conduits à leur fin.

Dans l'instruction secondaire, un but a été sans cesse devant mes yeux, la loi promise par la Charte, et si ardemment réclamée, sur la liberté de l'enseignement.

Je l'avais annoncée pour la prochaine session à la chambre des pairs et à la chambre des députés. J'ai tenu ma parole en ce qui dépendait de moi. Je laisse une loi toute faite; on la trouvera dans ce recueil, avec l'indication des différences qui la séparent du projet présenté en 1837 par M. Guizot.

Le caractère commun de ces deux projets est le respect et le maintien du système entier de. nos établissements publics d'instruction secondaire. Sans doute on peut, on doit, sur plus d'un point, modifier et perfectionner ce système; mais tout cela peut se faire par Yoie d'ordonnance royale ou d'arrêts du conseil ou du ministre. Une loi n'est réclamée , n'est indispensable qu'en ce qui concerne les établissements privés. En effet, il s'agit d'un changement radical à apporter dans la législation existante des deux grands décrets de 1808 et de 1811, et ce changement ne peut avoir lieu que par une loi.

Voici quelle est aujourd'hui la condition légale des établissements particuliers d'instruction secondaire :

1*" Indépendamment des garanties morales et littéraires exigées de quiconque veut établir une école secondaire

privée, une autorisation spéciale du ministre, accordée en conseil royal, est nécessaire; cette autorisation doit être renouvelée quand le chef de rétablissement veut le transporter d'un lieu à un autre; et elle peut être retirée après une enquête administrative , et par une décision du conseil et du ministre, sans aucune intervention de la justice ordinaire du pays. U est reconnu qu'un tel état de choses ne peut subsister, que l'autorisation préalable doit être supprimée, qu'un jugement de la justice ordi* naire du pays est nécessaire pour fermer un établissement qui est une propriété privée, et que l'Etat, tuteur-né de l'éducation de la jeunesse, doit être satisfait des garanties littéraires et morales préalablement exigées, du droit permanent d'inspection, et de celui de déférer aux tribunaux tout chef d'établissement suspect. Telles sont les dispositions de la loi de 1833 sur les écoles primaires privées; elles ont paru s'appliquer convenablement aux établisse* ments particuliers d'instruction secondaire ^

2® D'après les deux décrets précités , tout établissement particulier doit conduire ses élèves au collège royal ou communal auprès duquel il se trouve ; et à cette condition seule, ces élèves peuvent se présenter au baccalauréat ès-lettres qui est l'entrée de toutes les carrières libérales. Tous les jeunes gens sont donc obligés de fréquenter les écoles de l'État; il n'y a d'exception qu'en faveur des droits de la puissance paternelle : un certificat d'études faites dans la maison même du père de famille est seul admis en remplacement du certificat d'études faites au collège. U est encore reconnu aujourd'hui que les droits de la puissance paternelle sont plus étendus, et qu'un

' Nous avions dégà exprimé cette opinion dans notre ouvrage sur l'Instruction publique en Allemagne, t. u, p. 361.

père de famille doit pouvoir faire étudier ses enfants dans toute école privée, légalement établie, qui jouit de sa confiance y sans qu'ils soient tenus de suivre le collège * ; et que par conséquent toutes les écoles privées sont aptes à préparer à Texamen du baccalauréat ôs-lettres. .

Là-dessus tout le monde est à peu près d*aocord. Mais voici où commencent les difficultés. Les écoles secondaires privées sont de deux sortes, à savoir, les écoles laïques et les écoles ecclésiastiques. D'après la législation impériale, ces deux sortes d'écoles étaient sous le même régime; mais en I8l4, une ordonnance royale, en opposition aux décrets de 1809 et de 1811, fit des écoles secondaires ecclésiastiques, auxquelles jusqu'alors s'appliquait le régime commun des écoles privées, des établissements spéciaux , qui successivement obtinrent des privilèges et furent soumis à des conditions extraordinaires. Aux termes de la dernière ordonnance sur cette matière, la célèbre ordonnance de 1828, les écoles secondaires ecclésiastiques ou petits séminaires conservent le privilège inouï de n'être assujettis ni aux garanties littéraire et morales exigées de tout chef d'établissement secondaire privé, ni même à l'inspection de l'État; et en même temps ils ne peuvent recevoir d'externes, ni préparer directement au baccalauréat ès-lettres, sur cette hypothèse que ces établissements sont principalement chargés de former des sujets pour les grands séminaires par une éducation appropriée. Ajoutez, que les petits séminaires sont aussi exemptés de l'impôt appelé taxe universitaire. Cependant les petits séminaires se plaignent des entraves qui leur sont

' Ainsi, plus de certificals d'études. Voyez la môme opinion dans l'ouvrage précité, t. ii, p. 369 ; voyez aussi plus bas notre projet de loi, et au volume suivant la discussion de la chambre des pairs, séance du 14 mai 1844.

imposées; les autres établissements privés se plaignent des privilèges accordés aux petits séminaires, privilèges qui rompent l'égalité et empêchent toute concurrence. Personne n'est content, tout le monde réclame. J'ai pensé que le seul remède était ici rétablissement du régime commun pour toutes les écoles secondaires privées ^ Dans l'instruction primaire, la loi de 1833 ne distingue pas les écoles tenues par les laïques et celles qui sont dirigées par des ecclésiastiques, par exemple les frères de la doctrine chrétienne ; pourquoi n'en serait-il pas de môme dans l'instruction secondaire? Mêmes charges et mêmes garanties : telle est la législation que je voulais établir avec les tempéraments convenables. Ainsi, pour les ecclésiastiques, les certificats de moralité pourraient être conférés par les supérieurs dans l'ordre ecclésiastique; et en supposant que l'on conservât l'impôt universitaire, des remises de cet impôt auraient pu être accordées et réparijps par le ministre de l'instruction publique sur la proposition des évoques, d'après le nombre moyen des jeunes gens qui entrent chaque année dans les séminaires, afin que les écoles secondaires ecclésiastiques pussent continuer de servir au recrutement du clergé.

C'est ainsi que j'aurais voulu fonder dans l'instruction secondaire, comme nous l'avons fait en 1833 dans l'instruction primaire, la liberté commune de l'enseignement avec de communes garanties. J'étais parvenu à gagner à ce projet les membres les plus influents de l'une et de l'autre chambre. M. le comte de Tascher, dans un rapport sur des pétitions relatives à la liberté d'enseigne-

' Voyez plus haut, p. 157, le discours sur les petits séminaires, cl surtout au volume suivant, la discussion de la chambre des pairs en 1844, séance du SS mai.

ment, avait préèenté, d'accord avec moi^ les mêmes vues, qui avaient obtenu les suffrages à peu près unanimes de la chambre des pairs. J'avais consulté plusieurs ecclésiastiques, éminents qui ont adhéré à ce projet : Mgrrarchevéque actuel de Paris (M. Affre) en avait approuvé l'esprit, et même les principales dispositions , dans une conversation que j'eus l'honneur d'avoir avec lui sur ce grave sujet. Je ne crois pas céder à une illusion flatteuse envers moimême , en ime nourrissant ie l'espoir que ces pensées conciliatrices, qui étendaient les droits de l'État en augmentant la liberté de tous, eussent obtenu l'assentiment général et résolu d'une manière satisfaisante le problème compliqué de la légitime liberté de l'enseignement.

Mais il ne faut pas se le dissimuler, l'établissement de la liberté d'enseignement est une innovation grave pour l'université et pour la société tout entière. J'ose dire que pendant les huit mois de mon ministère, je n^ai pas passé un seul jour, une seule heure sans préparer l'université à cette crise redoutable, et sans prendre toutes les mesures qui pouvaient mettre les écoles publiques en état de soutenir la concurrence avec les écoles privées.

Deux sortes de mesures sont ici nécessaires : V augmentation du nombre des collèges royaux, 2® perfectionnement de leur système d'études.

Quant au premier point, en 1837, la chambre des députés avait voté le principe d'un collège royal par département; j'avais moi-mtoie' rappelé ce principe à la chambre; j'avais déclaré à la commission du budget, avec son approbation unanime, que l'année prochaine, d'une main je présenterais la loi sur la liberté de l'enseignement, et de l'autre j'apporterais la demande de cinq nouveaux collèges royaux. Un collège royal avait été voté par la chambre en 1838 pour la ville de Saint-Étienne.

J'ai repris les négociations entamées à ce sujet, et à l'heure qu'il est ce collège est en pleine activité, et sa prospérité naissante répond à mes efforts et à mes espérances. La chambre m'ayant accordé un autre collège royal, dès le lendemain de la publication de la loi des dépenses , je m'adressai à la ville d'AIençon , et cette ville ayant éprouvé des difficultés pour satisfaire aux engagements qu'elle aurait dû contracter, je me suis adressé immédiatement à une autre ville, à Angouléme; et grâce à l'activité éclairée de M. le recteur de l'Académie de Bordeaux que j'envoyai sur les lieux, je suis parvenu à réaliser en quelques mois le collège royal voté par la chambre ; de telle sorte que j'eusse pu lui présenter les résultats déjà obtenus à l'appui des nouveaux sacrifices que je lui aurais demandés.

Yoiei maintenant dans leur ordre d'importance et dans leur enchaînement logique les diverses mesures que j'avais cru devoir prendre dans l'intérêt de l'enseignement national.

La première de toutes, la plus indispensable, était la réforme du baccalauréat ès-lettres. Au moment où vous émancipez toutes les institutions privées et leur donnez le droit de préparer à l'examen du baccalauréat , votre premier devoir est de constituer convenablement cet examen. Il est le terme des études, il les résume, il les juge; il est le passage du collège à l'instruction supérieure et à la société. Il faut que nul ne puisse franchir ce passage sans justifier d'une capacité suffisante. D'abord l'épreuve du baccalauréat doit être uniforme d'un bout de la France à l'autre. Jusqu'ici , excepté pour la philosophie, les matières étaient différentes dans toutes les académies. J'ai rendu l'examen absolument le même partout , et je l'ai à la fois simplifié et fortifié. Je l'ai for-

T. I. Il

tifié en y introduisant une compositiony une version latine , où chaque candidat doit montrer qu'il sait le latin, et surtout le français, qu'il sait au moins l'écrire correctement; je l'ai simplifié en retranchant une foule de détails littéraires, historiques et géographiques, où triomphait la mémoire, où périssait Tintelligence : or, c'est l'intelligence qu'il s'agit de former; l'instruction elle-même n'est qu'un moyen, l'éducation de l'intelligence est le but. Une épreuve nouvelle a été introduite, l'explication grammaticale et littéraire des classiques français. Enfin, pour qu'on ne pût accuser de partialité les jugements des commissions d'examen , il a été prescrit que dans toutes les académies où il n'y aurait pas de facultés des lettres, l'examen eût lieu non plus dans l'enceinte du collège, mais en public, dans le bâtiment même de l'Académie, et encore que les censeurs et les proviseurs ne fissent plus partie de ces commissions. Ainsi constituée, l'épreuve du baccalauréat acquiert une autorité incontestée, et elle protège efficacement la société contre les vices ou les négU*^ gences de l'éducation privée ^.

Mais la réforine du baccalauréat ès-lettres eût été un contre-sens si elle ne se fût appuyée sur la sérieuse entreprise d'améliorer l'intérieur de nos collèges, et d'Qn faire de plus en plus des établissements modèles, placés au-dessus de toute rivalité par la force des maîtres, la sévérité de la discipline et l'excellence du système d'études.

La division de l'agrégation des sciences, jusqu'ici unique, en deux agrégations distinctes, l'une pour les sciences mathématiques, l'autre pour les sciences physiques et naturelles, est un perfectionnement considérable apporté à l'enseignement scientifique. Quand je n'aurais pas fait

* Voyez plus bas, p. 337-946.

PRIJÏ'AGE. 188

autri chose pour les sciences, je croirais encore les avoir bien servies ^ La nécessité pour se présenter à chacune de ces agrégations de justifier du double brevet de licencié ès-sciences mathématiques et ès-sciences physiques, maintient cette généralité de connaissances indispensables à tout véritable savant ; et en même temps la distinction de deux ordres d'agrégation suscite des vocations spéciales , crée des professeurs plus profondément instruits et capables de donner un enseignement plus solide. Par là encore les sciences naturelles, qui jusqu'ici n'avaient obtenu aucune place dans l'agrégation, y sont convenablement représentées, et leur enseignement si négligé acquiert une juste importance de la qualité même de ceux qui désormais en seront chargés, et devront avoir passé aussi, comme tous les autres professeurs des collèges, par un concours d'agrégation. Cela m'a permis d'introduire enfin à l'école normale le sérieux enseignement des sciences naturelles et d'établir dans la section des sciences deux divisions correspondantes aux deux nouveaux ordres d'agrégation \ Ce perfectionnement est, je crois, le dernier que pût recevoir encore cette grande école, dont je m'honore d'être sorti, à laquelle j'ai si longtemps consacré mes soins, et qui désormais n'a plus besoin que d'un bâtiment digne d'elle : ce bâtiment, j'en avais moi-même arrêté le plan à l'aide d'un habile architecte, et je regrette de n'avoir pii le présenter moi-même à la chambre et donner à l'école normale ce dernier gage du profond intérêt que je ne cesserai de lui porter '.

' Page 985.

* C'est le plan présenté à la chambre en 1S41. Voyez plus haut, page 1S9.

En même temps que je préparais de bons professeurs à l'enseignement des sciences naturelles, je constituais cet enseignement jusque-là si divers, si arbitraire, tantôt trop faible, tantôt trop fort, ici, à Paris, annexé à la sixième, là, à des classes très-dififérentes. L'ancien programme avait soulevé d'unanimes réclamations. Grâce aux conseils que m'ont donnés deux honorables membres de l'Académie des sciences, M. Boudant, inspecteur général des études, et M. Milne Edwards, professeur suppléant d'histoire naturelle à la faculté des sciences de Paris, j'ai pu rédiger un programme qui détermine le véritable but de l'enseignement des sciences naturelles dans les collèges, lui donne son vrai caractère et en fixe le plan. Mais une fois cet enseignement bien constitué, avec le caractère général et philosophique qui lui appartient, il était impossible de le placer en sixième; j'ai dû le mettre à sa véritable place, c'est-à-dire l'incorporer au cours de physique dans la première année de philosophie ^

Ceci me conduit naturellement au service le plus effectif que je crois avoir rendu à la fois à l'enseignement scientifique et à l'enseignement littéraire : je veux parler du nouveau règlement des études.

Ce nouveau règlement n'est pas autre chose que le re^ tour, avec quelques perfectionnements, au plan d'études des lycées de l'empire, qui lui-même était la pratique perfectionnée des anciens collèges de l'université de Paris. Depuis, il avait été introduit diverses innovations, perpétuellement changeantes et chaque année modifiées, sans avoir encore pu satisfaire personne, dans le but d'entremêler l'enseignement des sciences et celui des lettres, depuis le commencement jusqu'à la fin des études. Le der-

* Plus bas, page 997.

nier essai joint Thistoire naturelle à la sixième, Tarithmétique et la géométrie à la cinquième, à la quatrième et à la troisième, la chimie à la seconde, la cosmographie à la rhétorique, etc., en donnant à cet enseignement additionnel le moins de temps possible. 11 ne produisait donc aucun fruit, n*excitait qu'un très-médiocre intérêt de la part des maîtres et de la part des élèves ; et ce peu de temps accordé aux sciences, et qui ne leur servait à rien, était un dommage considérable pour renseignement des lettres auquel il avait été retranché. Je ne prétends pas que ce mélange n'eût quelques avantages accessoires; mais en tout ce n'est pas l'accessoire, c'est le principal qu'il faut considérer; et le principal ici, c'est l'immense inconvénient de tout mêler dans la tête des jeunes gens, et d'énerver leurs forces en les disséminant sur un trop grand nombre d^bjets disparates. Quel est le but du collège? Ce n'est pas seulement, comme on le croit, de donner une certaine dose d'instruction. Non, le but du collège est tout autrement général et élevé : ce n'est pas moins, je l'ai déjà dit, que l'éducation de l'intelligence, à l'aide d'enseignements divers, convenablement répartis selon les forces et les besoins de chaque âge. De là, cette grande maxime , qui sort et de la connaissance de l'esprit humain et de l'expérience universelle : que les lettres doivent venir avant les sciences, dans l'intérêt des unes et des autres , et dans l'intérêt commun de la bonne et solide culture de l'intelligence. Quand les lettres, par l'enseignement des langues et de l'histoire, ont cultivé à la fois et l'esprit et le cœur et l'imagination, quand elles ont formé l'homme, c'est aux sciences à l'achever, en donnant la main à la philosophie ; je parle des sciences prises au sérieux : car tout enseignement qui n'est pas sérieux n'est pas seulement inutile, mais dangereux ; il amollit et effé-

mine l'esprit; il est un mauvais apprentissage de la vie; il donne ce préjugé qu'avec peu de peine on peut apprendre quelque chose, ce qui est radicalement faux. Voilà pourquoi j'ai supprimé depuis la sixième jusqu'à la rhétorique tous ces petits et légers enseignements d'histoire naturelle, de chimie et de géométrie, et je les ai réunis et placés après la rhétorique dans l'année de philosophie, selon la prati- .que universelle en France jusqu'en 1789, et selon le plan d^études de l'empire, tel qu'il était suivi de mon temps à Paris. Cependant j'ai laissé la faculté d'établir des conférences libres de mathématiques depuis la sixième jusqu'à la rhétorique, pour le petit nombre des élèves qui n'ont pas en vue le baccalauréat ès-lettres , c'est-à-dire l'éducation régulière du collège, mais les écoles spéciales, militaires et autres, qui par conséquent ne font d'ordinaire ni rhétorique ni philosophie, et ont besoin d'une culture scientifique particulière avant d'arriver à l'enseignement approfondi des sciences qui commence à la tin de la rhétorique. Suit qui vejut ces conférences préparatoires; elles ne sont imposées à personne , et ne déforment pas le plan général des études, fondé sur la nature môme des choses, sur l'expérience à la fois et sur une haute philosophie ^

Par ce nouveau règlement d'études, ye crois avoir donné une nouvelle preuve de ma haute estime pour l'enseignement des sciences, et en particulier des sciences mathématiques. Sans doute, mes propres réflexions et le profond sentiment de la dignité des sciences m'avaient depuis longtemps conduit à ce résultat ; mais je m'y suis d'autant

* Voyez p. 332. Ce plan d'études avait reça Tapprobation des connaisseurs, et je mets au premier rang M. Royer-Collard, qui voulut bien m'en féliciter. M. Villemain le conserva* Il a péri sous Tadministration qui a suivi.

plus attaché que j'ai vu mes principes confirmés par l'autorité de celui des membres du conseil royal qui est chargé de la direction des études mathématiques, M. Poinsot, ancien inspecteur général des études, membre de l'Académie des sciences, et quQ la voix publique proclame comme l'un des mathématiciens les plus habiles de la France et de l'Europe.

En même temps que je m'efforçais de fortifier ainsi l'enseignement des lettres et des sciences, j'ai voulu fonder d'une manière sérieuse celui des langues vivantes. Je leur ai donné trois années consécutives, à partir de l'âge où l'esprit, déjà formé par une certaine connaissance des langues anciennes, est apte à avancer rapidement dans l'étude plus facile des langues modernes. Je leur ai donné trois années, il est vrai, avec une seule leçon par semaine, mais avec une leçon de deux heures, qu'il serait mieux peut-être de diviser en deux leçons d'une heure chacune ; j'ai moi-même tracé dans une circulaire le plan que doit suivre, pendant ces trois années, le maître chargé de cet enseignement ^

Mais que pourraient produire ces améliorations, si les élèves auxquels elles s'adressent en définitive peuvent manquer impunément d'attention et de zèle, et ceux-là surtout qui tiennent de la munificence nationale le bienfait de l'instruction, et qui, à ce titre, devraient toujours être les modèles de leurs camarades? J'ai donc prescrit qu'aucune promotion de bourse ne pût être accordée que sur des preuves de travail et de capacité, aux élèves qui seraient portés d'après l'ensemble de leurs notes sur la liste d'avancement; car si les demi-bourses doivent être données au mérite ië la famille, toute promotion doit

' Plus bas, page SS9.

être le prix du mérite personnel. J*ai voulu aussi que nul ne pût passer dans une classe supérieure sans avoir prouvé * qu'il est en état de la suivre avec fruit , mesure décisive qui, bien exécutée, avec un juste tempérament de sévérité et d'indulgence, doit, après quelques années d'épreuves, délivrer nos collèges de cette foule de mauvais élèves, retardataires incorrigibles, qui assistent aux leçons du professeur sans les comprendre, trompent leurs familles en se traînant ainsi de classe en classe jusqu'à la fin de leurs études, et vont encombrer toutes les carrières de candidats incapables K

J'ose dire que cet ensemble de mesures, toutes empruntées à l'expérience et d'un succès infaillible, si on veut y tenir la main, devait assurer à nos collèges une prépondérance incontestable dans la vaste concurrence qu'allait ouvrir l'émancipation de l'instruction secondaire. C'est après avoir ainsi arùié l'université que j'aurais sans crainte présenté la loi sur la liberté de l'enseignement.

D'ailleurs, je m'empresse de le reconnmtre : toutes les réformes organiques sont vaines sans une administration vigilante, conduisant habilement ou expédiant avec rapidité les affaires, et surtout attentive au choix ides hommes; car, on ne saurait trop le redire, dans l'université les hommes sont tout. C'est au choix des hommes que je me suis particulièrement appliqué. J'ai fait des conseillers, des inspecteurs généraux, des proviseurs, des censeurs, des professeurs de tout ordre, et on a bien voulu remarquer que, dans aucune circonstance, je n'ai fait plier l'intérêt universitaire devant des considérations politiques; que, sourd à toutes .les sollicitations, de quelque côté qu'elles partissent, j'ai toujours été chercher l'homme le plus ca-

' Plus bas, page 939.

pable, d'abord par justice, pour honorer le mérite et dans l'intérêt du service, ensuite parce que, dans un corps où tous les membres se connaissent, les choix sont un enseignement pour le corps entier; et grâce à cet enseignement, le plus clair de tous, quinze jours après mon entrée aux affaires, je n'ai plus reçu que des demandes suffisamment autorisées.

Mais, dans l'instruction supérieure, la meilleure administration ne pourrait suppléer aux vices de l'organisation ; et, il faut le dire, autant l'instruction secondaire est admirablement constituée en France, autant l'instruction supérieure laisse encore à désirer, j'entends pour l'organisation. Les facultés confèrent des grades, c'est-là leur principale mission, et elles la remplissent d'une manière satisfaisante, avec zèle et avec équité. Mais le nombre des facultés dans les différents ordres est arbitraire, et leur répartition sur les divers points du territoire n'est réglée par 'aucun principe. Le mode de nomination des professeurs est divers dans les différentes facultés, et il est trèsjustement attaqué. Il n'y a aucune émulation parmi les étudiants. En un mot, sans renouveler ni multiplier des critiques qui ont été cent fois faites, je rappellerai que moimême, dans mes ouvrages sur l'instruction publique en Allemagne et en Hollande, j'avais signalé le mal et indiqué le remède. Après cela , étais-je reçu à ne rien faire, et à ne point exécuter moi-même, comme ministre, ce que j'avais tant recommandé comme conseiller et comme écrivain? Voilà ma réponse aux personnes, même bienveillantes, qui, un peu étrangères à ces matières, se sont étonnées du grand nombre d'ordonnances et de règlements que j'ai publiés en si peu de temps sur l'instruction supérieure. Si j'ai été si vite, c'est, encore une fois, qu'en arrivant aux affaires j'avais un but, un plan, des desseins

arrêtés ; c'est que je savais aussi que le temps m'était mesuré, que les ministères durent peu, et que si je ne mettais moi-même courageusement et promptement la main à l'œuvre, des pensées utiles, longtemps mûries dans mon esprit, couraient le risque d'y mourir. Je ne prendrai qu'un seul exemple, celui des écoles de droit. Depuis longtemps il n'y a qu'un cri sur les vices de l'enseignement du droit parmi nous; et pourtant, qui a commencé la moindre réforme? Du moins, ai-je fait le premier pas. Mais j'ai donné M. Rossi au conseil royal ; c'est à lui de poursuivre et d'achever la réforme que j'avais entreprise et que j'ai à peine commencée en ce qui regarde les écoles de droit.

Et puis on n'a pas remarqué que ce grand nombre d'ordonnances, de règlements et d'arrêtés, ne sont que les diverses faces de deux ou trois idées. Les ordonnances royales posaient les principes, les règlements entraient dans toutes les dispositions particulières de la matière, et les arrêtés ministériels exécutaient. Je n'ai pas posé dans une ordonnance un seul principe qui ne soit aujourd'hui en pleine exécution.

Voici les principales idées générales auxquelles on peut rapporter tous mes actes relatifs à l'instruction supérieure.

V Conformément à tout ce que j'avais dit et répété dans mes ouvrages, je me proposais de substituer peu à peu aux facultés isolées, éparpillées et languissantes sur une multitude de points, un système de grands centres scientifiques où toutes les facultés fussent réunies, selon la pratique du monde entier. Oui, je ne le cache pas, si j'admire profondément l'unité de la France, je ne crois pas que cette précieuse unité fût en péril parce qu'il y aurait de la vie ailleurs qu'à Paris. Pour me borner à l'instruction pu-

blique, je suis convaincu qu41 est possible d'établir dans un*certain nombre de villes des foyers de lumières qui, en projetant leurs rayons autour d'eux, éclaireraient et vivifieraient de grandes provinces, au profit de la civilisation de la France entière. Par exemple, j'ai voulu faire une sorte d'université bretonne à Rennes. II y avait déjà à Rennes une faculté de droit et une faculté des lettres; j'ai demandé i la chambre des députés les fonds nécessaires pour y éta» blir encore une faculté des sciences et une faculté de médecine pour tous les départements de l'ouest. La chambre a voté sans difficulté la faculté des sciences , et je n'ai pas perdu de temps pour l'établir et la constituer fortement avec un personnel d'élite. Le projet d'une faculté de médecine n'a pu être discuté^ et je l'aurais reproduit à cette session. Je me serais présenté à la chambre des députés appuyé, d'une part, sur l'ordonnance du 13 octobre, qui constitue solidement les écoles secondaires de médecine qu'on n'aurait pu m'accuser de vouloir détruire ; de l'autre, sur les vœux hautement exprimés de la Bretagne tout entière, excepté la ville de Nantes. La chambres des pairs, par l'organe de M. de Gérando, s'était prononcée nettement à cet égard ; elle réclamait, le plus tôt possible, une faculté de médecine à Rennes ; et nous aurions vu si, à la chambre des députés, de petits intérêts de localité l'eussent emporté sur des vues nationales, sur l'expérience universelle, sur l'opinion de la chambre des pairs, et sur les besoins de toute la Bretagne. En tout cas, la chambre des députés aurait dû se charger elle-même de la responsabilité du rejet de cette loi ; car je n'aurais pas hésité à la lui présenter. J'espère qu'au moins l'école secondaire de médecine de Rennes se ranimera dans l'atmosphère scientifique que va lui créer la faculté des sciences, et qu'ainsi il y aura dans «ette capitale intellectuelle de la Bretagne, avec un des

meilleurs collèges du royaume et une grande école normale primaire, quatre belles écoles de droit, de lettres, de sciences et de médecine, où viendront se former tout ce qu'il y a en Bretagne de jeunes et nobles esprits aspirant à se distinguer. Il ne faut pas craindre les foules ; c'est des foules que sortent les hommes supérieurs, parce que dans les foules seules il y a de Tardeur, de Témulation, de la vie. Quatre départements de la Bretagne sur cinq ont voté des sacrifices pour la future école de médecine qu'un projet de loi une fois présenté leur a promise. La ville de Rennes a contracté rengagement de consacrer un grand bâtiment académique aux facultés réunies. Avant de quitter le ministère, j'ai fait un envoi considérable de livres précieux pour la bibliothèque de ces facultés, et en particulier, pour la nouvelle faculté des sciences. A ma prière, mon honorable ami, M. de Rémusat, ministre de Tintérieur, avait commandé un buste de Descartes, le plus illustre enfant de la Bretagne, pour la nouvelle faculté des sciences de Rennes ; et j'avais promis aux députés de la Bretagne, je m'étais promis à moi-même d'aller à Rennes inaugurer l'établissement d'une université bretonne. Du moins les fondements de cette université sont posés; le temps, j'espère, fera le reste.

Ce que j'ai presque accompli à Rennes pour la Bretagne, je l'avais tenté à Caen pour la Normandie. Caen est évidemment la capitale intellectuelle de la Normandie. Il y a eu là, autrefois, une université qui a compté des hommes de beaucoup de mérite ; il serait facile d'y rétablir un certain mouvement scientifique et surtout littéraire. Il y a une faculté de droit, une faculté des lettres, une faculté des sciences, une école secondaire de médecine que l'ordonnance du 13 octobre 1840 va développer encore. Mon dessein était d'y transporter la faculté de théologie de

Rouen. L'ordonnance de translation existe, signée par le roi. Une faculté de théologie à Rouen est un germe stérile. Elle est isolée; elle ne s'appuie point sur une faculté des lettres. Rouen est une admirable ville de coinmerce, mais nullement une ville d'études, encore bien moins d'études ecclésiastiques. Aussi cette faculté n'a-t-elle jamais produit aucun résultat. Elle est entièrement ignorée , et c'est presque en voulant la déplacer que j'ai appris aux habitants de Rouen son existence. *Les cours ne se font pas; l'archevêque y est contraire; le doyen m'avait spontanément envoyé sa démission. A la lettre, je l'ai trouvée morte ; j'ai voulu la recréer en la transportant ailleurs'. J'ai offert à Rouen, au lieu de cette faculté insignifiante, une grande école intermédiaire que la loi impose à la ville et qui lui serait d'une utilité incontestable. Au contraire, Caen est une ville où une faculté de théologie serait parfaitement bien placée en raison des dispositions générales et de l'esprit du pays, où la piété est en grand honneur, en raison aussi du voisinage des trois autres facultés qui fourniraient un magnifique auditoire à des prédicateurs de religion éloquents et instruits, comme déjà je les avais trouvés. Le recteur de l'Académie, M. l'abbé Daniel, avait pris à cœur cette affaire, et personne n'était plus propre que lui à la négocier habilement. Je fais des vœux pour qu'elle réussisse ; ce serait un grand avantage pour la Normandie tout entière qui aurait, comme autrefois, son université.

Successivement j'aurais ainsi essayé d'établir dans le cœur de chacune des grandes régions de la France plusieurs facultés, liées entre elles, se soutenant et s'animant Tune l'autre, mettant en commun leurs bibliothèques, leurs élèves, leurs lumières.

2*" Mais la base d'un tel système est l'institution des agrégés de facultés en possession exclusiye de suppléer les

professeurs empêchés et ayant le droit de faire des cours libres dans l'auditoire même de la faculté, avec Fassentiment du doyen et du ministre. Les agrégés, voilà l'élément de vie pour une faculté. J'ai emprunté cette, grande institution, d'abord à nos facultés de médecine, ensuite à la pratique de T Allemagne, où elle donne les plus admirables résultats ^ Elle existait môme, jusqu'à un certain point, dans les facultés de droit, car les suppléants sont de vrais agrégés ; il n'y avait plus qu'à leur conférer le droit de faire des cours complémentaires. J'ai l'honneur de l'avoir introduite pour la première fois dans les facultés des lettres et dans les facultés des sciences. Je ne me suis pas contenté de mettre cette institution dans une ordonnance : j'ai réalisé l'ordonnance par des règlements, et ces règlements je les ai exécutés immédiatement. De grands concours se sont ouverts à Paris, à la Sorbonne, pour les sciences mathématiques, pour les sciences physiques, pour les sciences naturelles, pour les lettres, pour la philosophie, pour l'histoire. De tous les points de la France s'y sont présentés de nombreux candidats, l'élite des agrégés de collège , la fleur de l'université. Ces concours ont été présidés par les hommes les plus éminents, tous membres de l'Institut et hauts fonctionnaires de l'instruction publique. L'éclat de ces concours a converti les plus incrédules, et la nouvelle institution a été fondée à son début par ses succès mêmes. Douze agrégés pour les facultés des lettres et des sciences ont été nommés cette année : ils sont aujourd'hui en exercice à Paris et en province. De leur côté, les agrégés des facultés de droit ont

* De Vinstruction publique dans quelques pays de VAllemagne, t. !•', pag. 100-105, 119, 172-175. De Vinstruction publique en Hollande, pag. 93, SIC.

demandé et obtenu la permission de faire des cours complémentaires sur des points importants et négligés de la science juridique. Si donc on sait se servir de cette institution, elle rendra en France les mêmes services qu'en Allemagne : elle vivifiera continuellement renseignement supérieur. Car il ne faut pas s*y tromper : pour renseignement comme pour la guerre, ne comptez que sur la jeunesse. Au bout de quinze ou vingt ans d'enseignement, j'entends d'un enseignement assidu et un peu éclatant, un homme est usé. Il peut avoir son mérite et son utilité encore ; mais il n'a plus le feu sacré. Il faut donc toujours, auprès d'une faculté, un certain nombre de jeunes gens pleins d'ardeur et même d'ambition, qui représentent le mouvement comme les vieux professeurs représentent la stabilité. Ces deux éléments sont également nécessaires dans une faculté comme ailleurs. Les agrégés ne sont pas faits, il est vrai, pour l'agrément des vieux professeurs, qui redoutent de jeunes rivaux ; mais ces jeunes rivaux mûriront avec Tâge, et feront à leur tour des titulaires pleins d'autorité. Ils donnent d'abord à la jeunesse une vive impulsion, en attendant qu'ils aient acquis le droit de la retenir ^

Un des résultats futurs de l'institution des agrégés de facultés nommés d'après un concours public, sera la suppression du concours pour les professeurs titulaires dans les deux facultés de droit et de médecine. Cette suppression, que j'ai moi-même demandée ^, qui a été réclamée par tous les esprits impartiaux, était arrêtée dans ma pen-

' Plus bas, p. 2Ô9-S90.

' De Vlnstruction publiqw dans qwlquet pays d^Alkmagnef tome 1«S page 110, 178 sqq. — De VInsk%ctionp%»blique en Hoir « lande, page 93 sqq.

sée ; mais je ne pouvais guère la réaliser que par une loi, el cette loi, je ne pouvais la présenter aux chambres qu'après que l'agrégation aurait acquis toute la popurarité qu'elle mérite : alors il eût été évident que le ministre, qui avait établi spontanément les concours de l'agrégation, ne voulait pas supprimer ceux du titulariat en haine des concours en général. Les concours sont admirables pour la jeunesse; ils ne conviennent pointa l'âge mûr, et il faut qu'un titulaire ait déjà un certain âge et une belle renommée. Les renommées fuient les concours, qui leur paraissent au-dessous d'elles : elles ne sont pas tentées de comparaître , un peu en suppliantes , devant un tribunal composé de juges où elles n'aperçoivent pas toujours des égaux, encore moins des supérieurs. Il ne faut pas non plus qu'une faculté se recrute elle-même sans aucun contrôle ; car, supposez une majorité composée une fois ou de gens de parti ou de gens médiocres, on ne sait jusqu'où les choix pourront s'abaisser ou s'égarer ; tandis qu'une présentation de la faculté, balancée par une autre présentation, celle d'une académie de l'Institut, par exemple, en laissant au choix du ministre une certaine latitude, nécessaire fondement de sa responsabilité, est infiniment plus favorable aux grandes candidatures ^

B"* Si l'institution des agrégés anime l'enseignement, celle des prix de facultés anime les études. Ici encore j'ai été guidé par l'exemple des écoles de médecine et par la

* J'ai fait triompher ce principe à la chambre des pairs en 1847, après un long débat dans la discussion du projet de loi présenté par M. Salvandy sur la médecine; il avait aussi triomphé dans la commission de la chambre des pairs, chargée de l'examen du projet de loi sur l'enseignement du droit , commission dont j'avais Thonneur de feire partie , et qui avait arrêté toutes les dispositions principales du rapport qu'elle devait à la chambre.

pratique de rAIlemagne confirmée par celle de la Hollande ^ Déjà même deux facultés de droit, celle d'Aix et de Poitiers, avaient fondé quelques prix dont la libéralité des conseils de département faisaient les frais. De ces précédents isolés, j*ai tiré une institution générale pour toutes les facultés de droit du royaume ; et cette institution, mise immédiatement à exécution, a produit d'abord les meilleurs fruits. La distribution de ces prix s'est faite partout avec une solennité utile ^. Grâce à la pieuse munificence d'une mère admirable ^, les prix de la faculté de Paris sont dignes de faire naître de sérieux travaux. Si dès la première année nous avons eu de si beaux résultats, que ne faut-il pas attendre de l'avenir? Les jeunes gens qui remporteront les prix à la licence seront attirés aux examens du doctorat , puisque cet examen et les inscriptions qui y 'donnent accès ne leur coûteront rien. Une fois docteurs, ils songeront naturellement à se présenter au concours pour les prix du doctorat. Voilà donc plusieurs années de solide travail ménagées à la jeunesse. Ajoutez que, pour autoriser davantage cette utile innovation, M. le ministre de la justice et M. le ministre des finances ont établi de sages privilèges en faveur des lauréats des écoles de droit; de sorte que cette institution, qui est d'hier, semble aujourd'hui presque consacrée

Les prix , dans les facultés des lettres et des sciences, sont des remises de frais assez considérables d'examens et d'inscriptions pour les candidats qui se distinguent

' De l'Instruction fmblique en Allemagne, tome l«^ page 113, 119. — De l'Instruction publiqv£ en Hollande, page 219.

' Lisez, dans le Journal de l'Instruction publique, les rapports sur les concours des étudiants dans les diverses facultés de droit.

' Madame de Beaumont.

19S HimSTtAË Dfi 1840.

dans les concours de licence et dans les épreuves du doctorat.

Je n'insisterai pas sur quelques autres mesures qui se lient à celles-là. Ainsi, puisque la licence et le doctorat ôs-lettres tirent une nouvelle importance des récompenses qui y sont affectées, il fallait d'autant plus volontiers constituer convenablement ces deux épreuves et en surveiller les résultats. De là le devoir imposé à toutes les facultés des sciences et des lettres d'adresser au ministre un rapport sur les épreuves du doctorat et de la licence, et l'examen de ces rapports prescrit en conseil royal, ce qui souvent donne lieu à des observations du conseil qui, adressées aux facultés, servent à exciter leur zèle et leur juste sévérité. La même règle a été appliquée au doctorat en droit. Pour tous ces examens, l'usage de la langue latine a été aboli, même pour les exercices relatifs au droit romain. Enfin, un cours d'introduction générale à l'étude du droit a été établi dans toutes les écoles pour les élèves de première année, à Paris, par une chaire spéciale, ailleurs, soit par des cours complémentaires faits par des agrégés, soit par un certain nombre de leçons préparatoires placées au début du cours de droit civil.

Pour la médecine, je crois l'avoir servie en assurant, par des privilèges modérés, l'avenir des écoles secondaires de médecine qui forment le premier degré de l'enseignement médical, en faisant entrer les écoles de pharmacie dans le cadre universitaire, et en donnant à ces écoles une organisation commune qui répond à l'importance de leur objet. Ces deux ordonnances ont prouvé au corps médical ce que j'aurais osé faire si une plus longue durée m'eût été donnée.

Il me reste à dire un mot de cette partie du ministère de l'instruction publique qui comprend les établisse-

PRiFAGË. 199

ments littéraires et scientifiques placés en dehors de l'uni- Yersité proprement dite, et de l'emploi des fonds consacrés à l'encouragement des sciences et des lettres.

Il n'y a qu'un seul moyen d'être utile à l'Institut de France, c'est de lui fournir l'occasion de s'honorer par de nouveaux services. La révolution de juillet avait rétabli l'Académie des sciences morales et politiques, supprimée en 1803; pour achever ce grand acte de réparation, auquel je suis fier d'avoir concouru, j'ai voulu mettre la nouvelle académie au niveau de toutes les autres, en la chargeant d'écrire l'histoire des sciences qui forment son domaine depuis 1789, comme chacune des académies de l'Institut l'avait fait pour les sciences diverses qui leur sont confiées. L'Académie a nohlement répondu à cet appel ; déjà les travaux des différentes sections sont commencés, et je me flatte que l'ordonnance du 20 mars 1840 fera naître un ouvrage digne d'être placé à côté des heaux rapports de Dacier, de Delamhre et de Guvier, une grande page de l'histoire de l'esprit humain dans une de ses époques les plus agitées et les plus fécondes.

Quand je suis venu demander à la chamhre des députés un modeste crédit de 5,000 francs pour la création d'une chaire nouvelle au Collège de France, consacrée à l'enseignement de la langue et de la littérature slave, je rencontrai de6 objections de plus d'un genre. Où sont-elles aujourd'hui, devant le savant et brillant enseignement de M. Mickiewitz ^ ? En donnant à la France une chaire de slave et M. Mickiewitz, je crois avoir rendu à la France et aux lettres un double service. Mon dessein, je ne le dissimule pas, et M. de Gérando, à la chambre des pairs, m'a déjà un peu trahi, mon dessein était de demander, à la

' Qui depuis, mais alors

session prochaine, un nouveau crédit de 5,000 francs pour établir à ce même collège de France une nouvelle chaire de langue et de littérature germanique; et je n'étais pas sans espérance de séduire M. Grimm, comme j'avais fait M. Mickiewitz.

Pour les souscriptions, ma règle a été bien simple : n'en accorder sous aucun prétexte qu'à des ouvrages sérieux, honorables au pays, onéreux à leurs auteurs. Le Moniteur a toujours fait connaître les ouvrages auxquels j'ai appliqué les souscriptions du gouvernement.

Les encouragements aux savants et aux gens de lettres se divisent en deux classes : les simples secours une fois donnés et les indemnités qui autrefois s'appelaient indemnités annuelles, et qu'on appelle aujourd'hui indemnités éventuelles, de peur de leur donner le caractère de pension, quoiqu'elles se renouvellent ordinairement, sauf des cas très-rares. J'ai suivi la vraie maxime en cette matière, celle qu'avait rappelée l'honorable rapporteur du budget à la chambre des pairs, M. d'Audiffret : moins de secours, et plus d'indemnités sérieuses pour des titres sérieux. J'ai repoussé l'idée de détruire arbitrairement ce qu'avaient fait mes prédécesseurs et de porter le deuil ou l'efiroi dans l'âme de tant de personnes estimables en les frappant subitement, parce qu'elles n'avaient peut-être pas toute l'illustration ou toute la misère requise; j'aurais reçu cet ordre que je ne l'aurais pas exécuté, je le déclare ici hautement. J'ai donc respecté le passé, qui n'était pas mon ouvrage; mais j'ai voulu que l'avenir pût braver tous les regards, et, depuis le V^ mars jusqu'au 29 octobre 1840, je n'ai accordé ni une indemnité ni même un simple secours qu'au grand jour et en publiant moi-môme ce que je faisais dans le Moniteur. On y trouvera les noms des personnes qui ont reçu de pareils encouragements. On verra que je

me suis surtout propbsé, dans Tintérét de la dignité des lettres, d'accorder très-peu d'indemnités à titre gratuit et de les attacher à des missions ou à des travaux, en sorte que ces encouragements soient à la fois une dette envers ceux qui les reçoivent et les méritent, et un service envers le public par les ouvrages qu'ils favorisent et dont ils sont la récompense anticipée.

A l'égard de la Légion-d'Honneur, cette grande et nationale institution affaiblie par tant de prodigalités, et qu'il importe de relever, soit par une mesure législative, soit du moins par un sobre et sévère usage de la prérogative royale, si la loi sortie des débats provoqués par la noble proposition de M. Meunier n'a point été sanctionnée, je me suis fait un point d'honneur de la pratiquer en ce qui concernait mon département. Le journal ie Y Instruction publique a publié toutes les nominations qui ont été faites le V^ mai 1840, et les motifs sur lesquels reposent ces nominations. Nulle nomination isolée n'a eu lieu, et toutes ont été fondées sur cette maxime que j'ai tant de fois répétée : ou de très-longs services ou des services très-. éclatants.

Mais il est temps de terminer ce compte déjà trop long d'une administration qui a si peu duré. J'ai cru le devoir à mon pays, à l'université, à moi-même. J'ai voulu placer les réformes que j'ai entreprises sous la protection de l'opinion des juges .compétents en France et en Europe. Pourquoi ne le dirais-je pas ? Je suis, je l'espère, au-dessus de tout soupçon de regretter le pouvoir ; mais en achevant ce récit, en posant ici la plume, il me semble que je quitte de nouveau, et avec un sentiment que je n'essaie pas de dissimuler, ce corps illustre qui est pour moi une seconde patrie dans la grande patrie, où je suis entré comme simple élève de l'école normale dans les premiers

20f MINISTÈRE DE 1840.

jours de 181 1, où j'avais conquis lentement un avancement légitime , auquel depuis dix années, comme membre du conseil royal et directeur de Técole normale, je rapportais presque toutes mes pensées, que j'ai un moment dirigée avec ce sérieux dévouement qui seit et ne flatte pas, et que j'aimerai et continuerai de servir pendant toute ma vie, dans toutes les fortunes que me fera la divine providence.

A la Sorbonne, SO janvier 1841.

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ÉCOLES VRIMAIRS8 SUVÉaSBURfiS.

Dans la discussion du budget du ministère de Tinstruction publique 9 la chambre des députés exprima le vœu que toutes les écoles primaires supérieures, décrétées parla loi du 28 juin 1832, fussent complètement organisées. Aux termes de cette loi, il doit y avoir au moins une école primaire supérieure dans chaque ville dont la population excède 69OOO âmes ou qui est chef-lieu de département. Un grand nombre de villes ont rempli cette obligation, et môme beaucoup de communes qui n'y sont pas obligées ont créé des établissements de ce genre ; mais toutes ces écoles sont loin de remplir le but que la loi s'est proposé.

Le ministre de l'instruction publique, convaincu que les écoles primaires supérieures peuvent rendre les services ]^ plus utiles à cette partie de la population qui n'aspire point à l'instruction secondaire, et qui a besoin de s'élever au-dessus de l'enseignement élémentaire, a voulu faire apprécier les bienfaits de cette institution, en s'attachant d'abord à former quelques établissements modèles dans un certain nombre de grande villes.

Paris, Lyon y Bordeaux , Rouen , Marseille , Strasbourg, Nantes, Caen, Orléans et Lille ont successivement iSxé son attention ; et des instructions ont été adressées aux recteurs des Académies et aux autorités locales dont le concours était indispensable pour .fonder des écoles primaires supérieures.

Après avoir rappelé le but de ces établissements qui doivent préparer à toutes les professions industrielles ou commerciales, le ministre a indiqué les moyens de les organiser d'une manière solide et durable.

Il lui a semblé que les cours devaient être divisés en trois années, et presque partout celte division a été adoptée. 11 a énuméré les matières de renseignement qui devait être donné aux élèves, en invitant les autorités locales à faire un choix conforme aux besoins ou aux ressources des villes. Indépendamment de la religion, de la morale, de la lecture et de l'écriture, de la grammaire française, de l'histoire et de la géographie de la France, qui doivent être enseignées dans toutes ces écoles, il y a d'autres connaissances qui peuvent être d'une application plus ou moins utile dans telle ou telle ville, et qui doivent par conséquent recevoir plus ou moins de développement; par exemple, la géométrie, la physique, l'histoire naturelle, la chimie, le dessin linéaire, le lever des plans, le lavis, la tenue des livres, les langues vivantes. Il n'est pas nécessaire que toutes ces connaissances soient données dans chaque école; mais en se bornant aux notions les plus indispensables, il est encore difficile de subvenir aux dé* penses qu'exige le personnel de ces établissements qui, pour être de véritables écoles supérieures, doivent compter trois ou quatre maîtres. Le ministre a pressé les virtes de voter des fonds pour cette louable entreprise et il a promis son concours efficace.

Si la loi du 28 juin n'a point décrété la gratuité absolue de l'instruction élémentaire , à plus forte raison Finstruotion primaire supérieure ne doit-elle pas être offerte gratuitement à tous les élèves. La loi a sagement ordonné que des places gratuites fussent réservées dans chaque école aux enfants de familles indigentes qui montreraient d'heureuses dispositions; mais il est bon que les conseils municipaux profitent des ressources qu'il y a lieu d'attendre d'une modique rétribution payée par chaque élève. Une correspondance active s'est engagée à ce sujet , et de grandes améliorations ont été obtenues . Là où des écoles avaient été essayées sans succès, on voit maintenant des établissements régulièremrat organisés; et si le renouvellement des administrations municipales n'avait pas arrêté dans quelques villes Télan donné par le ministre» on y compterait aujourd'hui des écoles primaires supérieures parfaitement appropriées à leur destination. 11 est permis d'espérer qu'avant peu les dispositions manifestées par les villes répondront aux pressantes sollicitations de l'autorité supérieure. Une lettre au recteur de l'Académie d'Aix, que nous transcrivons ci-dessous (n"* 1)» donnera une idée de la vive sollicitude du ministre à' cet égard.

A Paris y l'école primaire supérieure communale reçoit un grand nombre d'enfants, et ne suffira bientôt plus à tous ceux qui se présenteront. Il y a lieu de croire que, sur la diBmande du ministre de l'instruction publique (voir la lettre n^ 2), le conseil municipal de cette grande cité votera les fonds nécessaires pour établir des écoles semblables dans trois ou quatre autres arrondissements, désignés d'avance par leur population commerciale et industrielle.

A Nantes y Técole primaire supérieure est en pleine activité et rend d'importants services; mais l'enseignement

y est trop exclusivement industriel, et no répond qu'à une partie des besoins de la population. Des observations ont été adressées à cet égard, et de nouveaux cours vont être créés aussitôt que rétablissement aura été ti^nsféré dans un autre local. La suppression de Técole normale laisse à la disposition de la ville des bâtiments dans lesquels elle compte placer son école primaire supérieure.

A Bordeaux, le local de Técole vient d'être restauré. Une modique rétribution perçue sur chaque élève permet à l'instituteur de s'adjoindre plusieurs maîtres ; et un programme meilleur, soumis au conseil royal de l'instruction publique, promet à la jeunesse bordelaise un enseignement approprié à tous ses besoins.

Lyon possède une école primaire supérieure, placée sous le patronage de la société pour l'instruction élémentaire. Cet établissement va prendre un nouveau développement. Le local agrandi permettra de donner à l'enseignement l'extension compatible avec les ressources dont on peut disposer. Le renouvellement dé l'administration municipale a fait également ajourner ici la solution de la question ; mais des ordres sont donnés pour que le nouveau conseil municipal soit appelé promptementà délibérer sur cette branche importante de l'éducation publique ; et assurément la ville de Lyon ne reculera pas devant les légers sacrifices réclamés pour un si grand objet. .

A Orléans, l'école primaire supérieure, annexée à l'école normale et placée dans un quartier éloigné du centre, donne un enseignement faible et qui n'est nullement spécial. Mais la ville possède des cours de physique et de chimie appliqués à l'industrie et des cours d'instruction pratique pour la coupe des pierres. Le succtîs de ces cours est un puissant encouragement à la ville d'Orléans de cou-

ronner cette excellente institution municipale en créant une véritable école primaire supérieure. Déjà une commission a été nommée pour examiner la question. Plusieurs de ses membres ont émis l'avis d'accorder une subvention à un chef d'institution qui voudrait fonder un enseignement spécial sur un programme présenté par Tautorité universitaire, laquelle en surveillerait l'exécution.

A Caen, l'école primaire supérieure est maintenant bien organisée. Les cours duraient quatre ans ; ils seront désormais de trois ans. L'expérience a prouvé que ce temps était suffisant. La rétribution mensuelle, fixée à dix francs, tenait éloignés de l'école une foule de jeunes gens pour qui elle était un trop lourd sacrifice : elle a été abaissée à six francs. Les cours seront faits dorénavant par les professeurs du collège royal et par des maîtres spéciaux , en un mot par les hommes les plus capables de donner une direction utile à l'enseignement, (ci-après, n*»* 3 et 4.)

A Rouen, il n'y a pas d'école primaire supérieure proprement dite : une école industrielle, qui doit recevoir toutes les modifications et les développements nécessaires, atteindra le but que l'on se propose. Mais la retraite de M. Henri Barbet, maire de la ville, et la réorganisation du conseil municipal ont paralysé les efforts de l'administration supérieure. M. le ministre a prescrit au recteur de l'Académie de provoquer une délibération de la nouvelle municipalité dès qu'elle sera installée , et de redoubler de zèle pour que les retards apportés à cette affaire ne se prolongent pas davantage.

A Lille, l'école primaire supérieure satisfait aux prescriptions de la loi. L'enseignement y sera complet quand on aura ouvert quelques cours de langues vivantes. Le

local actuel est insuffisant , mais on construit des bâtiments qui ne laisseront rien à désirer. L'admission des élèves est entièrement gratuite. Le conseil municipal , loin de chercher une compensation à ses sacrifices, a voulu ouvrir cet établissement aux enfants pauvres des écoles élémentaires. Il a fait de la gratuité la règle, tandis qu'elle n'est présentée dans la loi que comme une exception en faveur des familles indigentes. Il a établi une prime d'encouragement pour les enfants les plus dépourvus ; il a fondé en leur faveur douze bourses de cent vingtcinq francs chacune, qu'il confère aux plus dignes et aux plus capables d'entre eux. Tandis que d'autres cités reculent devant les sacrifices indispensables, Lille s'en est imposé qui ne sont pas absolument nécessaires.

A Strasbourg, deux établissements privés avaient été, à l'époque de la promulgation de la loi, érigés en écoles primaires supérieures communales. Mais l'un de ces établissements, qui ne mérite d'ailleurs nullement le titre dont il se décore, a renoncé à la subvention de la ville pour reprendre sa première situation ; l'autre n'est, à proprement parler, qu'une école élémentaire. Tout est donc à faire dans cette ville. M. le recteur et M. le préfet ont uni leurs efforts pour faire adopter au conseil municipal les vues du ministre, et sans doute la ville de Strasbourg, où l'instruction a toujours été si florissante à tous ses degrés, ne voudra pas rester en arrière dans une entreprise aussi nationale.

Ainsi sur tous les points de la France , l'impulsion est donnée, des mesures d'exécution sont prescrites : le pays ne peut manquer de recueillir bientôt les fruits de tant de soins et d'efforts.

No 1. — Lettre adressée par le ministre de Tinstructiou publique, le 29 juin 1840, à M. le recteur de TÂcadémie d'Aix.

Monsieur le recteur, les rapports de rinspeclion des écoles primaires des Bouches-du-Rhône me font connaître qu'il existe à Marseille une école primaire supérieure di* rigée par un maître habile, et pour laquelle le conseil municipal a voté à son budget une allocation annuelle de mille huit cents francs. La ville de Marseille a donc compris Futilité d'un établissement de ce genre; elle est entrée dans l'exécution fidèle de la loi du 28 juin 1833, en fondant une école spécialement consacrée à cette partie de la population qui se destine aux professions commerciales et industrielles. Il iinporte, monsieur le recteur, de veiller à ce que cet établissement réponde, sous tous les rapports, aux besoins de la ville, et de provoquer les nouveaux sacrifices qui seraient nécessaires pour achever une œuvre qui ne semble pas encore avoir été suffisamment comprise.

L'école primaire supérieure de Marseille admet des enfants de tout âge qui viennent y recevoir l'instruction primaire élémentaire : l'enseignement n'y a eu jusqu'ici aucun caractère spécial d'utilité pratique. Et cependant des cours de tenue de livres, de géographie maritime, de langues vivantes, particulièrement des langues qui sont parlées en Italie, en Grèce, dans les échelles du Levant, seraient d'un avantage incontestable dans une ville dont le mouvement commercial est immense. Vous n'ignorez pas que le $ 4 de l'article V de la loi du 28 juin 1833 permet de donner à l'enseignement primaire supérieur les développements qui seront jugés nécessaires selon les besoins ot les ressources des localités.

210 BimiSTÈRE DE 1840.

Rien n'empêcherait par conséquent d'ajouter dans l'école de Marseille les cours désignés ci-dessus , ou d'autres reconnus plus utiles y aux cours obligatoires dans ces sortes d'établissements, c'est-à-dire aux leçons de géométrie avec ses applications usuelles, de dessin linéaire et d'arpentage, de physique et d'histoire naturelle, de chant, d'histoire et de géographie.

Je vous invite, monsieur le recteur, à vous occuper, de concert avec les autorités locales, de la rédaction d'un règlement sur l'admission des élèves, et d'un programme d'études qui semble devoir embrasser un espace de trois années, selon ce qui a été adopté pour l'école primaire supérieure de Paris.

A l'aide de cette organisation l'école primaire supérieure de Marseille pourrait rendre les plus importants services à la partie la plus nombreuse de la population , qui viendrait y puiser les connaissances nécessaires pour exercer avec succès les diverses professions auxquelles elle se livre. J'ai lieu de croire que M. le préfet du département et M. le maire de Marseille sentiront tout le parti que l'on peut tirer de l'établissement lorsqu'il aura été constitué d'une manière conforme à l'esprit et au but de la loi : je ne doute pas qu'ils ne lui accordent tout leur intérêt, bien persuadés que les bienfaits qui en résulteront pour la classe intermédiaire compenseront et au delà les sacrifices qu'il pourra exiger. Il est d'ailleurs possible que ces sacrifices ne soient pas très-considérables, puisqu'ils seraient diminués par le produit de la rétribution payée par chaque élève, conformément à l'article 14 de la loi du 28 juin 1833. Cette rétribution serait même une ressource considérable si l'institution de l'école primaire supérieure était bien comprise par la population. Pour en mieux faire sentir l'utilité pratique, peut-être serait-il

à propos de lui donner le titre, soit d'école intermédiaire , soit d'école commerciale et industrielle. On pour-^ rait enfin, en publiant le programme des cours, annoncer le concours pour les places gratuites, qui, conformément au S 4 de l'article 14 de la loi, doivent être réservées aux enfants dont les familles seraient hors d'état de payer la rétribution. La ville pourrait trouver encore un dédommagement dans l'établissement d'un pensionnat qui serait régi à son compte et dont les bénéfices lui appartiendraient.

Je sais, monsieur le recteur, que cette organisation exigerait impérieusement un local où plusieuis cours pour« raient être faits à la même heure et un certain nombre de maîtres adjoints au directeur; mais peut-être le local actuel de l'école primaire supérieure, en y faisant quelque addition ou quelques dispositions nouvelles, pourrait-il continuer de recevoir la même destination. C'est un fait facile à vérifier et sur lequel vous aurez encore besoin de conférer avec M. le maire. Quant au choix des maîtres, il ne serait nullement embarrassant. 11 y a au collège royal de Marseille des cours spéciaux de commerce et d'industrie, divisés en trois années, dirigés par des maîtres habiles, et qui comprennent presque toutes les matières qui doivent être enseignées dans l'école primaire supérieure. Ces cours, devenus moins utiles dans Tintérieur du collège royal par l'organisation régulière d'un établissement spécial, pourraient être en quelque sorte transférés dans l'école primaire supérieure, où ils continueraient d'être dirigés par les mêmes maîtres. La prospérité du collège royal de Marseille ne serait nullement compromise par cette mesure, et tous les intérêts se trouveraient conciliés par une séparation conforme au vœu de la loi et destinée à prévenir bien des mécomptes pour l'avenir des enfants, lesquels

seraient désormais dirigés d'une manière plus sûre et plus utile vers les professions auxquelles chacun d'eux est destiné par sa famille.

Je vous prie, monsieur le recteur, de suivre cette affaire avec le plus grand soin. L'attention du gouvernement et des chambres s'est fixée d'une manière toute particulière sur cette partie si importante de l'éducation publique, et je ne doute pas que la ville de Marseille qui, par son importance commerciale, est placée au premier rang, ne tienne à honneur de n'être devancée par aucune autre cité dans les efforts que réclame l'instruction primaire supérieure.

J'attends de vous, monsieur le recteur, un rapport détaillé :

l"" Sur l'organisation de l'enseignement dans l'école primaire supérieure de Marseille, et un projet de programme des cours qui y seront faits ;

2° Sur la distribution de cet enseignement entre les divers fonctionnaires qui en seront chargés ;

3^ Sur la fixation de la rétribution et sur l'organisation d'un pensionnat;

4° Sur l'état du local et les modifications qui y seraient nécessaires.

Recevez, monsieur le recteur, elc.

No s. — Lettre adressée par le ministre de l'instruction publique, le S9 juin 1840, à M. le préret de la Seine.

Monsieur le préfet, lorsque le conseil municipal de Paris a été appelé à délibérer sur l'exécution de l'article 10 de la loi du 28 juin 1833, concernant les écoles primaires supérieures, il a pensé avec raison qu'il convenait de faire

d'abord un essai de cette nouvelle espèce d'établissements. Il n'a voté des fonds que pour la fondation et Tentretien d'une seule école primaire supérieure, se réservant de &ire d'autres sacrifices aussitôt que les résultats de cette première expérience pourront être appréciés, et que la création de plusieurs autres écoles du même degré serait décidément reconnue nécessaire ou utile à la population.

L'expérience est faite aujourd'hui, monsieur le préfet; Bile a parfaitement réussi, comme le prouvent les rapports entièrement satisfaisants que j'ai reçus sur l'école primaire supérieure dirigée, rue Neuve-Saint-Laurent, par M. Pompée. Cet établissement offre aux jeunes gens qui ont déjà fréquenté les écoles primaires communales ou privées, et qui se destinent aux professions commerciales ou industrielles, un enseignement tout à fait approprié à leurs besoins et à leurs convenances. Il forme un degré intermédiaire entre l'instruction primaire élémentaire, qui est indispensable à tous les enfants, mais qui ne suffit pas à tous, et l'instruction secondaire qui prépare aux professions savantes. Il remplit une lacune signalée depuis longtemps par tous les bons esprits, et dont les inconvénients avaient surtout de la gravité dans cette ville immense qui est le véritable centre de l'industrie et du commerce français.

Le moment est venu d'étendre le bienfait de cette création nouvelle, en fondant plusieurs écoles primaires supérieures dans les quartiers les plus populeux et les plus commerçants. Je vous prie, monsieur le préfet, d'appeler l'attention du conseil municipal sur ce projet, et de demander un vote de fonds qui puisse en assurer l'exécution aussi prompte que possible* Vous savez que, selon les termes de la loi, une école primaire supérieure doit être établie dans toute ville chef-lieu de département, ou dont la

population excède six mille âmes; les douze arrondissements de Paris surpassent certainement en importance la plupart des villes que concerne cette disposition ; il serait donc à désirer que Ton pourvût à l'ouverture d'une école primaire supérieure par arrondissement. C'est là un but vers lequel il faut tendre, et qui est bien digne du zèle éclairé des autorités qui dirigent les affaires de la capitale. Je conçois que tout ne soit pas fait à la fois; mais je ne doute pas que le conseil municipal ne reconnaisse la nécessitié de poursuivre l'œuvre qu'il a commencée, en portant, dès ce moment, à quatre ou cinq le nombre des écoles primaires supérieures. Ce conseil n'a jamais reculé devant les dépenses réclamées par les véritables intérêts de la population : il en est peu qui présentent au même degré que celle-ci un caractère d'utilité incontestable.

Je vous prie de me faire connaître prochainement le résultat des communications que vous aurez faites au conseil municipal sur l'objet de la présente lettre.

Recevez, monsieur le préfet, etc.

No 3. — Lettre adressée par le ministre de rinstruction* pabUque, le 13 juillet 1840. à M. le recteur de rAcadémie de Caen.

Monsieur le recteur, je vois par le rapport de M. l'inspecteur des écoles primaires du département du Calvados que l'école primaire supérieure de Caen, organisée en exécution de la loi du 28 juin 1833, reçoit environ 100 élèves, et que les dépenses de cette école, qui s'élèvent à 9,000 fr., sont couvertes : 1° par le produit de la rétribution mensuelle; 2^ par une somme de 1,000 fr., votée par le conseil municipal pour le traitement du directeur.

J'apprends en outre que, pour arriver à balancer ces dépenses sans imposer une nouvelle charge à son budget, le conseil municipal a cru devoir élever le taux de la rétribution mensuelle.

J'ai besoin de savoir, monsieur le recteur, si c'est uniquement à cause de cette élévation du prix de la pension, ou parce que l'école ne répond pas encore à tous les besoins de la ville, qu'elle n'est fréquentée que par un nombre d'élèves peu considérable.

11 importe de résoudre d'abord cette question, afin d'accomplir plus sûremept les améliorations désirables.

II est hors de doute que plus le taux de la rétribution sera élevé, moins l'école supérieure de Caen sera accessible aux familles qui sans être dans l'indigence sont cependant bien loin d'être à leur aise. Or, ce sont ces familles qui sentent le plus le besoin de donner à leurs enfants une instruction en harmonie avec les professions pour lesquelles ils se préparent. En abaissant le taux de cette rétribution, on donnerait donc accès dans l'école à un plus grand nombre d'enfants, et les revenus de la ville pourraient être plus considérables.

En second lieu, l'école est-elle bien organisée? Tous les cours nécessaires dans une ville de celte importance ont-ils été établis? N'y aurait-il pas lieu d'y ajouter des cours, soit de langues vivantes, soit de tenue de livres, soit d'économie rurale , ou de chimie industrielle , et d'en fixer la durée à trois ans, ainsi que cela a eu lieu' à Paris?

Enfin, le conseil municipal a-t-il fait tout ce qu'il fallait pour que la population put comprendre et apprécier l'utilité d'un semblable établissement? A-t-il ouvert un concours pour les places gratuites qui doivent être réservées aux enfants indigents? A-t-il publié le programme

des connaissances qui doivent être enseignées dans l'école? En un mot, s'est-il pénétré lui-même de l'importance d'une école destinée à donner aux familles vouées aux professions commerciales et industrielles les moyens de faire parcourir ces carrières à leurs enfants avec de nouveaux éléments de succès?

Je vous prie, monsieur le recteur, de porter sur tous ces points votre vigilante attention, et de me transmettre, tant sur l'état actuel de l'école primaire supérieure de Caen que sur les améliorations qui doivent y être introduites, un rapport spécial et détaillé. J'ai besoin surtout de connaître la répartition actuelle' et future de l'enseignement, le programme des cours, les noms des maîtres qui en sont ou qui pourront en être chargés, les traitements qui leur sont ou leur seront affectés, l'état actuel du local où cette école est établie, local qui dépend du collège royal et qui peut exiger quelques modifications si l'école reçoit de plus amples développements.

J'attache le plus grand prix à ce que partout l'enseignement primaire supérieur soit organisé d'une manière utile à la population , et je vous prie de ne rien négliger pour qu'il en soit ainsi à Caen. Vous devez à cet effet vous entendre immédiatement tant avec M. le préfet qu'avec M. le maire. J'écrirai directement à ces magistrats, dont le zèle, je l'espère, ne fera pas faute en cette circonstance, lorsque j'aurai reçu de vous les indications nécessaires pour établir d'une manière plus précise les améliorations sur lesquelles ils seront appelés à délibérer. Recevez, monsieur le recteur, etc.

No 4. — Autre lettre adressée par M. le ministre de rinstruction publique, le 18 août 1840, à M. le recteur de racadémie de Gaen.

Monsieur le recteur, j'ai lu avec beaucoup dlntérét le rapport que vous m'avez adressé sur l'école primaire supérieure de Caen et sur les autres écoles de ce genre dans les principales villes de votre ressort académique.

L'expérience vous a démontré que ces écoles n'ont pu se soutenir que lorsqu'elles ont été annexées à des collèges, et vous paraissez croire que sans l'appui d'un établissement déjà connu elles ne parviendront pas à obtenir la confiance des familles. Je ne puis méconnaître les avantages que présente un semblable état de choses : il est évident que pour les villes il doit y avoir souvent une grande économie à annexer l'école primaire supérieure au collège ; mais je suis porté à croire que si une semblable adjonction est réellement utile dans les commencements, elle doit plus tard s'opposer à ce que les écoles primaires supérieures reçoivent les développements convenables. En effet*, ces écoles ont une destination toute spéciale ; elles n'ont ou plutôt elles ne doivent avoir avec les collèges aucune relation nécessaire. £n sortant des écoles primaires élémentaires, les enfants doivent être dirigés , soit sur les collèges pour y recevoir rinstruction secondaire , soit sur les écoles primaires supérieures pour y puiser le complément d'instruction dont ils ont besoin dans les professions commerciales ou industrielles auxquelles ils sont destinés. Que dans les commencements les familles trouvent l'école primaire supérieure à côté du collège, et que, cédant à l'empire de l'habitude ou à l'amour-propre, elles soient ame-

2t8 IDNISTÈRE DE 1840.

nées à placer leurs enfants dans une école qu'elles s'accoutument à considérer comme une annexe du collège , on le (iomprend facilement , et on doit s'en applaudir , puisque c'est un moyen naturel , une transition en quelque sorte indispensable pour familiariser les esprits avec d'autres habitudes et populariser l'école primaire supérieure. Mais cette manière de procéder lui enlève son caractère particulier. Cette école ne devient pas ainsi un établissement spécial, elle n'est plus aux yeux des iisunilles qu'une division du collège; et si d'un côté elle reçoit quelques enfants qui autrement eussent embrassé l'instruction secondaire, elle est privée d'un autre côté de cette partie bien plus nombreuse de la population à qui la fréquentation des classes d'un collège est interdite par l'état de sa fortune.

Il est d'ailleurs à remarquer que l'école primaire supérieure se trouve placée alors sous la direction d'un fonctionnaire qui n'en fait pas l'objet particulier de sa sollicitude, et que par conséquent elle ne reçoit pas cette impulsion vive et continue que lui donnerait un directeur exclusivement chargé d'un seul établissement. Je pense donc, monsieur le recteur, que partout où , pour commencer, on pourra annexer à peu de frais une école primaire supérieure à un collège, on pourra le faire utilement, mais qu'il faudra tôt ou tard chercher les moyens de la placef dans un bâtiment spécial où elle puisse se développer en toute liberté.

Il y a lieu d'espérer que , dans un certain nombre de villes, les écoles primaires supérieures finiront par absorber les petits collèges qui végètent sans rendre de véritables services, et qu'elles pourront alors recevoir une plus forte organisation. C'est principalement dans les villes où ce résultat est désirable, que la réunion pro-

INSTRtiCTION PRIMAIRE SUrtRIEURE. 219

posée doit avoir le plus d'avantages , et c'est là que. vous pourrez suivre vos vues avec le plus de séeurité.

Quant aux titres qui devront être donnés à ces établis-* sements, il faut qu'ils soient une indication exacte de la destination des écoles. On peut , ici , les nommer écoles intermédiaires; \k, écoles de commerces; là, écoles in« dustrielles et commerciales; là, écoles préparatoires aux professions industrielles : mais nulle part elles ne devront porter le titre de collège, réservé aux établissements pu* blics d'instruction secondaire; et il n'y aurait que des inconvénients graves à attendre de la confusion à laquelle cette similitude de titres donnerait lieu.

Je ne puis qu'approuver, en principe, la proposition que vous me faites d'exiger que les écoles supérieures aient, comme les collèges communaux, des budgets arr^ tés par l'autorité supérieure. Ce serait un moyen d'établir, sous ce rapport, une grande régularité, et de s'assurer s'il a été pourvu convenablement à tous les besoins de l'enseignement. Je ne perdrai pas de vue les observations que vous m'avez soumises à ce sujet, et je les examinerai en vempi utile avec beaucoup d'attention.

A l'égard de l'école primaire supérieure de Caen , dont les cours ne sont pas encore suivis par un nombre d'élèves proportionné à la population de la ville, vous pensez qu'il en serait tout autrement si on abaissait le taux de la ré* tribotion payée par les élèves, et vous proposez de la ré* duire de 10 fr. à 4 fr. par mois. Il est évident que le taux actuel de la rétribution est trop élevé, et que c'est là une des causes de Téloignement de quelques familles qui ne peuvent supporter une semblable dépense. L'école pri* maire supérieure de la ville de Caen serait suivie par un plus grand nombre d'élèves si les conditions d'admission étaient plus modérées. Biais en proposant au conseil

municipal d'abaisser le taux de cette rélfibutioDy il faut prendre garde de tomber dans Texcès contraire, et de se rapprocher trop du système de la gratuité absolue, qui est opposé au principe posé par la loi du 28 juin 1833. Vous savez, monsieur le recteur, que TÉtat doit gratuitement instruction primaire élémentaire aux familles indigentes, parce qu'il est indispensable que toute créature humaine reçoive une certaine culture générale, mais que TÉtat ne doit rien de plus, et que c'est aux familles à s'imposer des sacrifices pour procurer, si elles en éprouvent le besoin, des connaissances spéciales à leurs enfants.

En réduisant à 4 francs par mois le taux de la rétribution, on s'exposerait aussi à diminuer la valeur de^ bourses gratuites que le conseil municipal doit réserver aux élèves indigents qui ont mérité cette faveur par leur travail et leurs succès. Mettez la rétribution à 6 francs par mois, et vous, parviendrez peut-être à concilier tous les intérêts.

Les dépenses delà ville seraient encore diminuées si on fixait à trois ans, au lieu de quatre, la durée du cours d'études. Cet espace de temps a paru généralement suffisant pour donner aux élèves l'instruction spéciale qu'ils viennent chercher, mais il est indispensable pour cela que la décision du 8 novembre 1833 soit strictement exécutée, c'est-à-dire que nul élève ne soit admis dans l'école primaire supérieure sans qu'un examen ait constaté qu'il possède suffisamment l'instruction primaire élémentaire.

En tenant à l'exécution de ce règlement, on élèvera immédiatement le niveau des études, et on attirera dans l'école des enfants qui n'auraient pu consacrer quatre années à en suivre les cours, et qui la fréquenteront plus volontiers si en trois ans ils ont la certitude d'acquérir l'instruction dont ils ont besoin. Enfin, il serait possible de

charger d'une partie des cours quelques professeurs du collège royal qui se contenteraient d'une simple indemnité ; des traitements spéciaux plus considérables seraient ainsi épargnés à la ville.

Yeuillezy monsieur le recteur, peser avec soin ces diverses considérations. Je désire qu'une détermination ne soit prise qu'en parfaite connaissance de cause, et j'attends de vous un nouveau rapport sur les suites que vous aurez données à cette affaire.

Recevez, monsieur le recteur, etc.

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