DISCOURS AU ROI, LE 1*' MAI
un besoin égal : la liberté , pour que l'esprit humain se développe suivant ses nobles destinées; Tordre, afin que ridée de la stabilité , pénétrant dans la pensée publique , inspire et soutienne les grandes entreprises, les longs travaux, et ces veilles fécondes d'où naissent les véritables succès.
Sire, la seule flatterie permise à l'université envers un roi tel que vous est le simple récit de ce qu'il a fait pour elle.
Vous avez créé l'instruction primaire; vous agrandissez incessamment l'instruction secondaire; et l'enseignement supérieur vous doit chaque jour une impulsion nouvelle. Tandis que, dans les plus humbles villages, les connaissances indispensables à toute créature humaine sont distribuées à tous ceux qui ont le bonheur de naître sur la terre de France, aux chefs-lieux des départements, des collèges royaux, dignes de ce nom, déjà nombreux, et qui, je l'espère, se multiplieront encore, préparent l'élite de la jeunesse française à toutes les carrières libérales. Au centre de chacune des grandes divisions territoriales de la France, les quatre facultés réunies, forment autant de foyers de lumière et pour ainsi dire de capitales intellectuelles. A Paris, tous les grands établissements d'instruction publique ont reçu des chaires nouvelles; et dans le sein de l'Institut l'académie des sciences morales et politiques a reparu comme un signe éclatant de la confiance de Votre Majesté dans toutes les études généreuses.
Voilà, Sire, ce que vous avez fait, parmi les soucis d'un gouvernement à fonder, d'une société ébranlée à raffermir, et de la paix du monde à maintenir et à fortifier. Portez un moment vos regards sur ces œuvres de votre sagesse, qui ont aussi leur gloire; que, réunies à d'autres témoignages de la prospérité générale, elles réjouissent, elles consolent
878 BONISTËRE DE 1840.
votre cœur. Non, Sire , vous n'avez pas en vain, depuis 1830, bravé tant de périls, supporté tant d'épreuves; non, vous n'avez pas souffert en vain. Les orages, longtemps suspendus sur le berceau de votre dynastie, se sont éloignés, conjurés par votre courage et par votre clémence. Tous les bons citoyens, les esprits bien faits, les cœurs généreux, un moment divisés, comme il arrive presque toujours dans les commencements d'une ère nouvelle, oublient leurs querelles passées, et se rallient de toutes parts, dans le service de la commune patrie, autour du trône constitutionnel. Votre race étend de jour en jour ses nobles rameaux. Pendant que l'héritier de votre couronne, accompagné d'un de ses frères, va de nouveau planter le drapeau national au pied de l'Atlas, une jeune princesse apporte dans votre famille de nouvelles joies et l'espérance de nouvelles vertus. Heureux père, heureux roi, jouissez longtemps. Sire, et de votre bonheur et de celui de la patrie, au milieu de la France forte et unie, et de la reconnaissance des générations nouvelles, dont l'université est la tutrice et l'interprète.
Discours prononcé par le ministre de rinstruction publique aux obsèques de M. Poisson, le 80 avril 1840.
Messieurs ,
J'aurais cru manquer à mes devoirs si je n'étais venu moi-môme dire un dernier adieu à l'un de mes plus illustres confrères de l'Institut et de l'Université.
Nous avons perdu. Messieurs, le premier géomètre de l'Europe. Ce titre n'était plus disputé à M. Poisson depuis la mort de Laplace et de Fourier. M. Poisson appartenait à cette grande école de mathématiciens qui reconnaît pour