‹ Œuvres de M. Victor Cousin: 5. sér. Instruction publiqueChapitre 48 sur 52 · DISCOURS AUX OBSÈQUES DE M. POISSON. S · texte numérisé non relu

DISCOURS AUX OBSÈQUES DE M. POISSON. S

chefs, dans les temps modernes, Galilée et Newton, pour qui le calcul n'est qu'un instrument, et dont l'objet est la découverte des lois de la nature. M. Poisson est le disciple direct et Théritier de Laplace. Son nom demeurera attaché à une foule d'écrits, oh les problèmes les plus difficiles de la physicpie mathématique sont abordés avec la méthode la plus rigoureuse, poursuivis sous toutes leurs faces, et résolus toujours avec précision, souvent avec grandeur. Le caractère de son esprit était une sagacité puissante ; il y avait en lui de la finesse et de la force. Quand son atten* tion se portait sur un objet, quel qu'il fût, elle s'y concentrait tout entière, et ne l'abandonnait qu'après en avoir tiré des trésors de vues nouvelles et inattendues.

Mais d'autres, Messieurs, vous entretiendront du grand géomètre ; il m'appartient plus particulièrement d'honorer dans M. Poisson le membre éminent du conseil royal de l'instruction publique , qui , non content d'agrandir la science par ses propres travaux, la servait encore par le mouvement régulier qu'il imprimait aux études mathématiques, et l'ardeur féconde qu'il savait inspirer pour ces belles études à tous ceux qui l'approchaient. Il avait fait deux parts de sa vie : la première était consacrée à ses travaux personnels; la seconde appartenait à quiconque avait besoin de ses lumières. Depuis qu'il était entré au oonseih de l'université, il s'était fait comme une religion de présider chaque année le concours d'agrégation des sciences. Il suivait les jeunes professeurs dans toute leur carrière. Aux agrégés ^ il montrait le doctorat; aux docteurs, il montrait l'Institut. Qu'il soit permis à l'ancien directeur de l'école normale de renouveler ici le tribut de

' Entendez les agrégés de collèges , l'agrégation de facultés n'existant pas encore du temps de M. Poisson.

la reconnaissance de cette école pour les encouragements (ju'il prodiguait à tous les élèves, dès qu'ils faisaient preuve de zèle et de goût pour les mathématiques. Il répétait sans cesse que les mathématiques ne repoussent personne, mais qu'elles exigent un culte assidu. Il était lui-même l'exemplaire vivant de cette maxime. Sans être étranger à aucun des intérêts de la vie, de la société et de la littérature, au fond, il était voué exclusivement aux mathématiques, à leur avancement et à leur propagation : c'était la véritable passion de son âme; et elle l'a suivi jusque dans les bras de la mort ; car M. Poisson a rendu le dernier soupir sur les épreuves d'un grand ouvrage qu'il corrigeait de sa main défaillante. Il n'a cessé de cultiver les mathématiques que pour cesser de vivre. Il est tombé en quelque sorte au champ d'honneur, vétéran infatigable de la science.

Du moins, il faut reconnaître que la patrie avait décerné à M. Poisson toutes les récompenses qu'elle réserve à ceux qui l'honorent. Toute la carrière de M. Poisson a été facile; son génie pour les mathématiques, déclaré de bonne heure, lui avait gagné d'abord toutes les sympathies. Jeune encore, à l'école polytechnique, ses camarades s'étaient cotisés pour le retenir parmi eux, afin de ne pas priver la science d'une telle espérance. Depuis, il avait été nommé successivement membre de l'académie des sciences, du bureau des longitudes, examinateur de l'école polytechnique, conseiller de l'université, pair de France, comme avant lui l'avaient été Prony, Laplace, Monge et Lagrange ; et ce m'est une sorte de consolation personnelle d'avoir pu le placer à la tête de la faculté des sciences quand M. Thénard accepta d'autres fonctions.

Le conseil royal de l'instruction publique a fait en lui la perte la plus grande qu'il pût faire encore depuis la mort de Cuvier; mais il nous reste l'enseignement de sa

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