‹ Œuvres de M. Victor CousinChapitre 16 sur 63 · M. POISSON. 1J · texte numérisé non relu

M. POISSON. 1J

ces, et résolus toujours avec précision, souvent avec grandeur. Le caractère de 3on esprit était une sagacité puissante; il y avait en lui de la finesse et de la force. Quand son attention se portait sur un objet» quel qu'il fût, elle s*y concentrait tout entière, et ne Tabandonuait qu'après en avofr pénétré les profondeurs et en avoir tiré des trésors de vues nouvelles et inattendues.

Mais d'autres vous entretiendront du grand géomètre ; il m'appartient plus particulièronient d'honorer dans M. Poisson le membre émineiit du Conseil royal do l'instruction publique qui, non content d'agrandir la science par ses propres travaux, la servait encore par If mouvement régulier qu'il imprimait aux études mathématiques, et l'ardeur féconde qu'il savait inspirer pour ces belles études à tous ceux qui l'approchaient. Il avait fait deux parts de sa vie : la première était consacrée à ses travaux personnels; la seconde appartenait à quiconque avait besoin de ses lumières. Depuis qu'il était entré nu conseil de l'Université, il s'était fait comme une religion de présider chaque année le: concours d'agrégation <l(^s sciences. Il suivait les jeunes professeurs dans toute l(îur carrière. Aux agrégés il montrait le doctorat; aux docteurs, il montrait l'Institut. Qu'il soit permis à l'ancien directeur de l'école normale de renouveler ici le tribut de la reconnaissance de cette école pour les encouragements qu*il prodiguait ù tous les élèves, dès qu'ils faisaient preuve de zèle et de goût pour les mathématiques. 11 répétait sans casse (jue les mathématiques ne repoussimt personne, mais qu'elles exigent un culte assidu. Il était lui-mèmo l'exemplaire vivant de celte maxime. Sans être étrange.r à aucun des intérêts de la vie, de la société et de la littérature, au fond, il était voué aux mathématiques, à leur avancement et à leur propagation : c'était la véritable pas-

sion de son âme ; et elle Ta suivi jusque dans les bras de la mort; car M. Poisson a rendu le dernier soupir sur les épreuves d'un grand ouvrage qu'il corrigeait de sa main défaillante. 11 n'a cessé de cultiver les mathématiques qu'en cessant de vivre. Il est tombé en quelque sorte au champ d'honneur, vétéran infatigable de la science.

Du moins, il faut recx)nnaître que la patrie avait décerné à M. Poisson toutes les récompenses qu'elle réserve à ceux qui l'honorent. Toute la carrière de M. Poisson a été facile; son génie pour les mathématiques, déclaré de bonne heure, lui avait gagné d'abord toutes les sympathies. Jeune encore, à l'école polytechnique, ses camarades s'étaient cotisés pour le retenir parmi eux, afin de ne pas priver la science d'une toile espérance. Depuis, il avait été nommé successivement membre de l'Académie des sciences, du Bureau des longitudes, examinateur de l'école polytechnique, cx)nsftiller de l 'Université, et \mr de France comme :ivant lui l'avaient él(»Pron\, Laplace, Monge et Lagrange; (^t ce m'est une sortes de nnisolaliou personnelle d'avoir pu le placer à la iùXe. de la Faculté des sciences quand M. Thénard accepta d'autres fonctions.

Le Conseil royal de l'instruction publique a fait en lui la perte la plus grande qu'il pût faire encore depuis la mort de Cuvier; mais il nous reste l'enseignement de sa vie et la protection de sa renommée. Avoir possédé trente ans M. Poisson est pour l'Université un engagement sacré de ne jamais laisser dépérir ou s'affaiblir dans ses écoles l'étude des mathématiques, qui n'est pas une médiocre part du patrimoine de l'esprit humain (H de la gloire de noln' patrie.

Adieu, pour la dernière fois, adieu, notre excelleni et illustre confrc^ro! Nos regards se tourneront souvent snr la place que tu laisses vide parmi nous; et ton souvenir

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