‹ Œuvres de M. Victor CousinChapitre 19 sur 63 · M. DE CESSAC · texte numérisé non relu

M. DE CESSAC

deU. Il pensait alors, il a toujours pens^^ que la monarchie constitutionnelle est le seul gouvernement qui convienne à la France. Député à rassemblée législative, on le remarqua parmi les intrépides défenseurs d'une constitution qui renfermait au moins une umbre de monarchie. Plus tard, quand un enchaînement fatal de fautes réciproques eut perdu la royauté et compromis la révolution, M. de Cessac n'aperçut plus qu'une seule bonne cause à défendre, la grande cause de l'intégrité du territoire, et il s'y voua obscun''ment dans les bureaux du ministère de la guerre, sous la direction de Carnet. Plus d'une fois, m'eutretenanl de ces jours difficiles : «Nous étions placés, me disait-il, entre Téchafaud des clubs et l'épée de l'étranger. » 11 ne vit que celle-ci, et ne songea qu'à la France ; car la France devait survivre à l'anarchie, et il fallait la sauver pour des temps meilleurs. Ces temps arrivèrent, grâce à ceux qui n'avaient pas désespéré de la patrie. Le premier consul discernn bientôt la capacité et la haute probité do M. de Cessac, et il l'appela successivement au conseil d'État et à la lôte de l'école polytechnique. Quelques années après, l'Empereur lui confia toute l'administration de la guerre. La fortune et les honneurs vinrent chercher M. de Cessac; il les mérita par ses services ; il les porta avec modestie.

Il était du nombre de ces homnif^s que la nature semblait avoir faits tout exprès pour l'Empereur. A défaut de facultés extraordinaires, M. de Cessac possédait toutes les qualités que Napol(V)n recherchait. Il fallait à. Napoléon (les esprits droits, habiles à discerner les meilleurs moyens, sans trop examiner le but dernier de ses entreprises, ce but qui était comme im secret entre la destinée et lui; il lui fallait cette capacité limitée dans âes objets, mais accomplie en son genre, qui s'exerce impunément sur les détails les plus compliqués de la

guerre, des finances ou de Tadministration ; oetle loyauté rigide qui sert et ne flatte pas, qui contredit même quelquefois par fidélité ou par dévouement ; des mœurs aévôns, une vie retirée, consacrée tout entière au service de TÉtit, enfin une puissance de travail que rien n'effraie, que rien ne lasse. Voilà les vertus rares par elles-mêmes, plus rares encore dans leur réunion, que Napoléon demandait, et qu'il suscitait autour d.e lui en les couvrant de ses bienfaits, surtout en les honorant de son estime : car l'estÎDe d'un grand homme est la plus flatteuse de ses récompenses. Ainsi se forma une école de hautes capacités spéciales, au sommet desquelles était TEmpereur, qui les dominait toutes et les dirigeait. M. de Cessac était de cette fomille des grands administrateurs et des grands conseillers d'État, les Bassano, les Merlin, les Daru, les Roederer. Use faisait même remarquer parmi eux par la fermeté judicAOMse de ses avis, par la franchise de sa parole, surtout par sa simpliciti^ dans une si haute fortune. .

Mais (jiie peut l'expérience, que peuvent les plus savantes (*x)mhinaisoiis, (pie peut le génie lui-même quand le but (ju'il |KHirsuit est au delà des forces humaines? Après les victoires, les revers ; après l'empire du monde, une prison et un tomheau solitaire an milieu de l'Océan. C'est ici que parut dans sa pureté et dans sa force le caractère de M. de C(;ssac : il s'était attaché à la fortune de l'Empereur, il lui demeura fidèle ; il avait tout reçu de lui, il n'accepta rien i\\u', de lui. Pendant quinze ans entiers, il vécut dans la n^traite. Il fallut la mort de Napoléon et la révolution df* 1830 pour lui faire accepter la pairie de la main de M. Casimir Périer. Et quand, l'année passée, la France enfin ledemanda les cendres du prisonnier de Sainte-Hélène, M. de Cessac, déjà ji:lacé par l'âge, s(' ranima un moment à cette nouvelle inattendue; il voulut assister à MW

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