‹ Œuvres de M. Victor CousinChapitre 25 sur 63 · M. DE GÉRANDO · texte numérisé non relu

M. DE GÉRANDO

donnait, aspirant à donner davantage. Quel est Taiiteur de ce touchant écrit ^ où une expérience consommée enseigne aux niaitres des plus petites écoles la dignité et aussi les devoirs pénibles de leur utile profession ? Kst-co un homme dont la vie aitéu'; exclusivement vouée au saint ministère de l'éducation du peuples? Kst-ce Pestaloxzi? Est-ce le Père Giranl? Quel est (mconî celui qui, servant de guide à la Charité, Ta conduite dans la tlemeur<<! du pauvre, et Ta faite ingénieuse à surprendre toutes \(\8 misères pour la rendre habile à les soulager ^? Qui, parmi nous, avec une énergie plus persuasive, a demandé à la charité publique et privée de mesurer les heures de travail des enfants, employés dans nos manufactures, sur leur âge et sur leurs forces, et d'accorder au moins à la culture de leur ûme quelques Instants d'une journée jusqu'alors dévorée par un labeur sans reiftche ?

Mais je m'arrête, dans l'impuissance d'indi(|uer inéme tous les côtés de la vie de M. de Gérando par lesquels il nous appartient. J'ai écarté eu lui le secrétaire ou le pi-ésident de tant de sociétés utiles, l'administrateur de plusieurs grands établissements, le profess<nir qui a UmAv l'enseignement du droit administratif en France, l'ancitMi Siecrétaire général du ministùro. de l'intérieur, l'un doï^ vice-présidents, du conseil d'Etat, le pair de France; je n'ai dû considérer dans M. de Gérando ((ue le membre de notre Académie, et il m'échappe encore de toutes parts par la multitude de ses écrits et de ses services. En voyant ces députations des plus grands corps, ce concours de tant de personnes de toute condition, je me demande si les fu-

* Court normal det instituteurs primaires, ou Directions relati- Te< à l'éducation physique, morale et intellectuelle dans les écoles Tprimairet, 1832.

' Le Viiiteur du pauvre, 1840, troisième édition, 1896.

lu. S

nérailles de plusieurs citoyens illuslres se sont donué rendez-vous dans cette enceinte. Non, ce sont les funérailles d'un seul homme, mais d'un homme à qui rien d'humain n'était étranger. vous qui ne voulez voir dans la philosophie que le mal qu'elle peut faire en s'égarant, venez apprendre ici quel dévouement peut inspirer aussi cette religion de la raison et du cœur 1

Adorateur de Dieu, ami des hommes, M. de Gérandoa passé sur la terre en faisant du bien, et il s'est éteint doucement, satisfait de sa destinée, regardant avec une modesie assurance les souvenirs de sa longue vie, et rempli des meilleures espérances. La section de philosophie perd en lui ie seul nom illustre ((ui lui restât de tant de noms illustres : elle n'est plus composée que d'hommes nouveaux. Mais leur fidélité à ces mémoires vénérées les soutiendra, et ils penseront souvent à M. de Gérando pour affermir et animer en eux le sentiment de la dignité de la philosophie, et s'etforcer sans cesse de représenter en leurs travaux les deux qualités du vrai philosophe : l'indépendance et la modération.

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