AU NOM DE LA SECTION DE PHILOSOPHIE
Le (4 Qovembre 1842.
Oui, la mort a des rigueurs particulières pour la se* <le philosophie. Qui nous eût dit que cette année, i d*être terminée, lui enlèverait trois de ses membre que je serais condamné à venir ici, dans un interval quelques mois, adresser un dernier adieu à un dîsci| cher et à un maître vénéré? La tombe de M. Jouffroy, d(i M. Edwards sont à peine fermées, et nous voilà ai du <^Ai^6il de M. de Gérando. Nous perdons aujourd notrtflPyen et notre guide, toute la compagnie une d lumières, une de ses plus vieilles et de ses plus pure nommées.
Membre déjà célèbre de Tancienne Académie, M Gérando était un des pères de la nouvelle. Il y donna main à deux générations, à deux époques, comme la science il était le lien de deux grandes philosopl immortelles dans leurs principes, incompatibles seulei
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par leurs excès : Ttine qui s'appelle la philosophie de l'expérience, l'autre celle de la raison, toutes deux se relevant de noms diversement glorieux : celle-ci d'Âristote, de Bacon et de Locke ; celle-là de Platon et de notre Descartes. M. de Gérando dut à la première les brillants succès de sa jeunesse * ; et sans la désavouer jamais, à mesure qu'il avança dans la vie , il se rapprocha de la seconde.
VHifUoire comparée, des mjstèmes de philoftopkiey dané* les deux éditions qui en parurent à vingt ans d'intervalle *, marque excellemment le progrès toujours mesuré de l*esprit de M. de Gérando. C'était en 1804 une idée heureuse et nouvelle d'appeler l'histoire au secours de la science, d'interroger les deux grandes écoles rivales au profit de la
' M. de Gérando se flt connaître d'abord par un mémoire qu'il coroposa étant simple soldat (grenadier à cheval) dans l'armée de Masséna, sur la question proposée pour la seconde fois, en l'an VI, par TAcadércie des sciences morales et politiques : Déterminer l'infhteneeden signes sur la formation des idées. M. de Gérando reçut la nouvelle qu'il avait remporté le prix quelques jours après la bataille de Zurich, à laquelle il avait pris part. Ce mémoire est le fond de l'ouvrage : Des signes et de l'art de penser, considérés dans leurs rapports mutuels. (Paris, 1800, i vol. in-8o.)— Il rumporla un aulu; prix à rAcadémie de Berlin sur la ({uestion de la Génération des connaissances. Le mémoire couronné est devenu VHistoire comparée des systèmes de philosophie, relativement auoc principes des Mwuiùsances humaines, (Paris, 1804, 3 vol. in-S».) Cet ouvrage «M traduit en allemand par Tennemann (Marb., 1806-7).
* Histoire comparée des systèmes dephilosophict deuxième édition, Paris, I8î5et 1853, 4 vol. in-S^. Cette- édition n*est point terminée; elle devait comprendre encore quatre volumes. Le manuscrit du cinquième a été sous nos yeux il y a déjà bien des années. Les quatre premiers volumes embrassent l'antiquité et le moyen âge ; le cinquième était consacré à la philosophie de la renaissance. — On dit que M. de Gérando, entre autres manuscrits, laisse un traité inachevé de VExistence de Dieu.
la vérité, et de dresser l'inventaire impartial de l'héritage qu'elles lèguent au dix-neuvième siècle. Le temps em« portera peut-être quelques parties de ce bel ouvrage, mais la pensée première en demeurera, et conservera le nom de M. de Gérando*.
Noublions pas ici un autre livre d'un caractère différent, d'un mérite au moins égal, ce livre du PerfecUcnnenmit moral et de l'éduccUion de soi-même ^ où parvenu au seuil de la vieillesse, M. de Gérando reporte ses regards sur la route qu'il a suivie, et nous enseigne avec une autorité pleine de charme le grand art de la vertu, car c'est un art aussi, qui a ses régies et ses pratiques, qui demande sans doute une nature heureuse, mais surtout de généreux efforts, un exercice modéré mais soutenu. Le dessein et toute la conduite de cet écrit est vraiment admirable. Resserrez un peu ces riches développements, donnez à ce style élégant et facile un peu plus de sobriété et de force, et cet ouvrage, digne de Socrate ou de Franklin, sera l'un des meilleurs et des plus bienfaisants de notre siècle.
La bienfaisance, Messieurs, la bienfaisance sous toute ses formes, dans ses applications les plus hautes ou les plus humbles, tel était l'objet constant de M. de Gérando. Il le poursuivait avec une ardeur infatigable. C'était la seule passion ((ue sa sagesse eût peine à contenir et à gouverner. Elle se répandait par toutes les voies, trouvant tm elle, comme le véritable amour, des ressources infinies, se prodiguant sans jamais s'épuiser, et, à mesure qu'elle
' Voyez une appréciation plus étendue des deux éditions de cet ouvrage, iw série, t. iv, Philosophie contemporaine, p. 280.
'Paris, 1895, 2 vol. in-8<>; traduit en allemand par Schelle, Halle, 18S8-?9.