‹ Œuvres de M. Victor CousinChapitre 39 sur 63 · GRAND COUVENT DE PARIS K · texte numérisé non relu

GRAND COUVENT DE PARIS K

De Bourdeaux, ce tt juin 16&3.

« Je ne désire rien avec innt (Fardour pn'«enlenienl que de voir celle giierre-cy finie pour aller me jeter avec vous pour le resle de mes jours. Je ne puis le faire qu'après la paix pour le malheur de ma vie, qui m'a été donnée seulement pour me faire éprouver ce qu'il y a au monde de plus aigre et déplus dur. Ce qui m'a fait résoudre a ce que je viensde vous dire, c'est que si j'ai endos attachements au monde, de quelque nature que vous les puissiez imaginer, ils sonl rompus et même brisés. Celte nouvelle ne vous

sera pas désagréable. Je prétends qu'elle aille à la Mère

et à ma sœur Marthe de Ji^us, et que pour me donner une sensibilité pour Dieu que je n'ai pas encore, et sans laquelle je ferois pourtant l'action que je vous ai dite, si la paix étoit faite, vous me fassiez la grâce de m'écrire souvent et de me conforter dans l'horreur que j'ai pour le siècle.

Mandez-moi quels livres vous me conseillez de lire. »

Voilà la conversion de M"® de Longueville commencée ; mais dès qu'elle pense à Dieu, c'est pour s'elTray(»r de ses fautes et tomber dans d'excessives délicatesses de conscience; car tout en soupiranl après le couvent des Carmélites, elle craint de ne désirer cette retraite que pour son repos et non pour son salul. Avant de quitter Bordeaux, elle écrit à la mère Agnès la lettre suivante :

' Villefore donne une grande partie de celle lettre.

Bourdeaux, 5 mai 1653.

(( Voilà, ma chôroMôre, comme mes bonheurs sont faits, car ce qui, selon le monde, paroit avantageux pour moi, est ce qui cause mouvrai accablement. Maisilest justeque je sois récompensée comme je la suis du siècle que j'ai [)référé à Dieu. Je le reconnoîs avec remords, mais c'est un remords inutile et comparable par là en quelque manière au remords éternel qui fait la peine des damnés. Au nom de Dieu, ma chère More, obtenez de luixetto différence qu'il finisse dans le temps, et qu'il m'en reste assez pour satisfaire, autant que je le pourrai, à sa justice par une pénitence volontaire. Mais, mon Dieu, comme cette pénitence dont je parle est une retraite qui flatte môme mon amourpropre, j'ai grand sujet de craindre de n'en obtenir pa.s la grâce, et que comme je cherche plutôt Dieu comme agréable, le monde ne me l'étant plus, que comme ce premier doit être recherché et ce dernier évité, c'est-à-dire sans admettre les sens dans cette recherche ei dans cette fuite, Dieu ne refuse ce que je ne désire que pour l'amour Jt' mon repos et non par la considération de sa gloire. Mais, ma chère Mère, je n'aurois jamais fait si je voulois dire toutes les pc^nsées qui troublent et accablent mon ^prit: ma santé ne me permet pas une si longue et si triste narration ; il su (fit que je vous dise (|ue mes besoins sont pressants *, et que j'(m sens la pesanteur du fond de mou cdMir. Montrez-les donc à Dieu, et puis, que sa volonté .^Ht faite. Je ne veu\ pas finir ccîtte lettre sans vous félicitt^r do l'heureuse position où vous allez entrer et sans baiser en esprit le scapulainî de notre nouvelle mère ^. »

' Villefore ne donne que cette phrase : je n*auroii janmi fait.,, jusqu'à : et puis, que sa volonté soit faite, etc.

' Toule cette fln manque dans le Recueil de M. Périer; je la tirf du manuscrit de Troyes.

M. de Longueville, qui s'était depuis quelque temps séparé de son beau-frôre et servait fidèlement le roi, obtint de la cour que sa femme pourrait venir le rqoindre dans son gouvernement de Normandie. Elle quitta donc Bordeaux, se rendit a Moulins auprès de sa tante, M"' de Montmorency, la veuve de celui qui avait été décapité à Toulouse. M. de Longueville vint la trouver à Moulins et la conduisit dans son gouvernement, où, dit Yillefore t. II, p. 9, elle s*enveloppa dans les devoirs domestiques et sV bandonnaaux rigueurs de la pénitence. Voici quelques lettres de cette époque de sa vie.

A LA RÉaIRENDE mère AGNÈS K

De Nevers, oe 4 janvier 1654.

(c Hélas! ma pauvre Mère, les engagements de ce monde ne sont-ils pas cruels, puisqu'ils ôtent même les moyens de s'en tirera sa mode, et qu'en quittant ce même monde, il faut choisir le lieu par lequel on s'en sépare par des considérations politiques et point du tout par celles que Dieu inspireroit I C'est un furieux effet de ma mauvaise destinée de ne pouvoir pas dans mes retraites suivre la vie que je souhaiterois , ou pour mieux dire la passer avec qui je voudrois, enfin choisir les compagnes de ma solitude selon mon goût spirituel et naturel. Si j*avois cette liberté, je ne vous dis poidt quelles seroientces personnes-là, car je pense que vous le devinerez sans peine; mais il faut souffrir dans tous mes différents genres de vie, et je pense qu'il n'y a pour moi que celle du ciel qui puisse être exempte de

' Cette lettre n'est pas dans ViUefore.

236 FRAGMENTS LllTËKAlRES.

peine. Demandez à Dieu que je porte comme il le veut celles qu'il m'envoye, et que cette année ne soit employée qu*à la pénitence que je dois faire de tout le passé. Tai une grande et sérieuse envie de l'employer à cela; mais si Dieu ne fait en moi ce que je lui demande, vous savez biei que je ne le ferai pas. Ainsi, ma pauvre Mère, demandez-tui Im^n celte miséricorde pour moi. »

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