‹ Œuvres de M. Victor CousinChapitre 40 sur 63 · A LA RÉVÉRENDE MÈRE AGNÈS · texte numérisé non relu

A LA RÉVÉRENDE MÈRE AGNÈS

Ce 10 septembre 1654.

«. Je suis si accoutumée au malheur que, pourvu qu'il ne re<^nrde que moi, jo suis présentement disposée à le soaffrir, si ce n'est avec patience, c'est du moins avec un calme d'esprit qui en approche quasi; mais j*avoueque je ne me trouve plus dans la même tranquillité quand les maux qui m'attaquent attaquen' aussi M. mon frère. Ainsi vous avez en raison de me plaindre dans la dernière occasion qui m'a donné du chagrin, puisqu'elle est d'une conséquence trèsfacheuse pour M. le prince. Ma fortune est si dépendaiitt^ de la sienne, que je ne doute point que ce coup n'altère furieusement le bon état où mes afTaires paroissoient quand Dieu nous l'a donné; je ne sçais pas encore néanmoins l'effet qu'il aura eu pour moi en particulier; car M. d<» la Croiselle ^ n'a point vu la cour depuis cette aventure. Elle paroissoit notablement adoucie pour moi; mais vous jugez bien que ce succès ^ aura fort changé ses bonnes disiwsilions; au moins je m'y attends et je m'y prépare. J'ai tant

' N'illefore donne cette leUre.

' ViUefore : M. de la Crairette, gouverneur de Caen. ' L'armée royale força les Espagnols commandés par W prince de Condé à lever le siège d'Arras.

LETTRES INÉD. DE LA iXICIIKSSE DE LONGtEVILLE. 237

manqué à Dieu qu'il est juste qu'il me punisse» et je vois si bien que ses châtiments sont des conseils de mis<'^ricorde sur mon âme, qu'ils sont fort adoucis par cette \ue que Dieu me fait la grâce de mt dotmer ^ Priez-le <]u'il me la rende utile, et que je fasse bon usage de mes malheurs et des lumières (ju'il répand dans mon esprit. Je vous rends mille grâces de toutes celles que vous nous avez faites en priant pour nous. Continuez, je vous supplie, à demander a notre Seigneur pour nous le bon usage de nos malheurs; je dis nous, car j'y comprends M. mon frère. Il n'est |ms |)ossihle de souffrir qu'un si grand homme soit toujours malheureux, et si Dieu a ordonné qu'il le fut dans le temps, demandezlui au moins qu'il ne le soit pas dans l'éternité; tout de bon je vous demande des prières particulières [M)ur sa conversion. »

A LA MfcRE SOUS-PRIBURE DES CARMÉLITES ^.

De Rouen, ce iS novembri' luôj.

i( Je ne me ligure plus d'autre satisfacti(m en ce monde que colle de me retrouver au couvent de rincarnation ; mais il sufBt que ce m'en fut une très-sensible pour n'être pas en état de l'espérer. Je prie Dieu (ju'il me fasse faire usage (le cette privation. Demandez-le avec moi, je vous en conjure, et renouvelez en ce saint temps où nous allons

' Toutes les fuis qu'il y a dans madame de Loogueville une période embarrassée, et rien ne lui est plus urdinaire, Villefore coupe la période et en fait plusieurs phrases.

• Cette lettre n'est pas dans Villefore. Celte sous-prieure n'eslello pas mademoiselle du Vigean? J'inclinerais à le croire, non d'après cette Icîttre seule, mais d'après la suivante, d'après celles de Troyes, de Rouen, de Môru, de Caen, plus bas, p. 543.Î44 , et surtout d'après celle de Coulommiers, du tt août, plus bas, p. %\ù.

entrer votre ferveur pour ravancement de mon âme dans ces saintes voyes. Il quitte le sein de son Père pour s'approcher des pécheurs, et pour les venir tirer deJeurs iniquités. Prièz-le, ma chère, que moi^ui suis de ce misénible nombre je marche tout de bon vers lui, puisqu'il daigne m'appeler d'un pays si éloigné où mes égarements ^ m'avaient conduite. »

A LA MÊME

De Rouen, œ 9 lévrier 1656.

(( Je ne puis m'accommoder de toute autre maison de religion. Je vous conjure de m'avancer le bonheur de ne trouver dans la vôtre par vos prières, et de les employer à m'obtenir de Dieu mon entière conversion vers lui, et h rupture de mes liens intérieurs et extérieurs, puisqu'il est difficile d'aller à lui quand on a tant d'obstacles et tant de partages. J'ay été si uniquement au monde quand je l'ai aimé, et j'y ay employé une si grande partie de ma vie, qu'il est bien humiliant que celle qu'on voudroit donner à Dieu soit si partagée. C'est la peine de mes égarements, et je prie Dieu de me la faire prendre en esprit de pénitence. J'espère que vous m'y aiderez, et j'attends de fotre amitié que vous m'attirerez cette miséricorde de notre Seigneur •. » -

Page 1