‹ Œuvres de M. Victor CousinChapitre 4 sur 63 · III · texte numérisé non relu

III

30 FRAGMENTS LITTÉRAmES.

cet écrit. Ce qu'il y a de plus remarquable peut-être est ce qui frappe déjà dans le peu de paroles qu'il prononça à rÉcole normale, je veux dire le besoin d'éclaircir et de simplifier les principes des sciences et une connaissance approfondie de leur histoire. Ici, pour la mécanique, il remonte jusqu'aux Grecs et jusqu'à Arislote. 11 y a un passage curieux qui jette de la lumière sur plusieurs endroits très-obscurs des Questions inécaniqnes *. Le style de ce mémoire, clair et précis, a de plus toute l'éléganœ que comporte le genre : on sent que l'auteur a passé par l'étude des bonnes-lettres. Ses leçons étaient célèbres par l'agrément qu'il savait répandre sur l'enseignement sévère des mathématiques, agrément qui naissait sans effort d'une clarté parfaite, d'heureux et fréquents retours sur l'histoire des sciences, et du vif intérêt qu'il prenait lui-même aux choses et qu'il inspirait à ses audi-

* Journal de l'Ecole polytechniquey cinquième cahier, p. SO.

(( Les plus anciens traités qui nous soient parvenus sur la mé- « canique rationnelle, sont ceux d'Aristote ; ils ont été loués sans « mesure par ses commentateurs, et depuis négligés sans examen. <( Ce philosophe parait avoir connu les principes les plus importe tanls de la mécanique. Il expose, en termes précis, celui de la (( composition des mouvements {Quœst. mechan., ch. ii) ; il a même

« eu quelque idée de la manière dont les forces centrales agissent (( dans les mouvements en ligne courbe [Ihid). Son explication « physique de la cause de l'équilibre des poids inégaux dans le « levier est ingénieuse, quoique imparfaite. Il rapporte à cette « première machine le tour, les moufles, les roues dentées, le coin (( {ihid. ch. I,] etc. : ailleurs, il enseigne que les forces sont égales, « lorsque les masses sont réciproquement égales aux vitesses {pk^- « siquey liv. vu, ch. vi.) Voilà ce qu'il me semble avoir reconnu « dans ces traités, à travers mille obscurités et une foule d'idées « singulières ou qui paraissent aujourd'hui incohérentes. On peut « ajouter que ses écrits offrent les premières vues sur le principe « des viteises virtueUes.it

teurs. Son amabilit^^ personnelle ajoutait encore au charme de ses leçons. Il a laissé dans l'école une mémoire vénénV) et chérie. Le seul événement politique de cette époque de sa vie est l'arrestation dont nous avons parlé. Entré à TKcole polytechnique dès sa première formation, il y resta jusqu'à l'expédition d'Egypte, c'est-à-dire jusqu'au mois de mai 1798. Il avait alors vingt-huit ans. Tout le monde sait que ce fat à Monge et à Berthollet que le général Bonaparte confia le soin de recruter les savants qu'il pouvait emmener utilement en Egypte ; et Monge n'eut pas de peine à décider Fourier à le sui^Te. L'ardeur de la jeunesse n'était pas éteinte dans son âme, et il ne résista pas A l'idée de visiter cette vieille terre qui passait alors pour le berceau des sciences et en particulier des mathématiques.

Page 1