A LA SOBUR MARTHE DE JÉSUS K
De Trie, le 18 septembre.
« Vous avez mieux deviné mes sentiments sur le sujet de mademoiselle d'Épernon que vous n'avez fait sur le vôtre ; car je vous confesse que depuis que j'ai appris la nouvelle 'de sa retraite, je n'ai pas fait autre chose, je n'ose pas din* que murmurer, mais au moins que plaindre mon malheur. Je vous avoue. que j'en vois mieux la grandeur que je ne l'ai jamais vue, et que le monde et ses engagements iQesont des fardeaux insupportables; cependant il y faut demeurer et adorer môme la Providence qui m'y a abandonnée. C'est un assez pitoyable état, et c'est tout ce ({uo iQ puis faire dans les moments où je vois le plus clair, que tf© confesser que j'en mérite encore un pire; car, à mon intiment, nul péché ne peut avoir une plus rude puni- Won, et ce n'est que ma raison, et encore éclairée par la Birâce de Dieu qui n'est pas tout à fait retirée de moi ,
' Villefore donne un fragment de cette lettre qu'il suppose; ^dressée à M"« Du Vigean.
ni. 14
qui me fait voir que mes infidélités méritent la péniteiKi! pour me punir de les avoir eues. Vous êtes heureuse, ma chère sœur, d'avoir obtenu de Dieu un plus grand effet de sa miséricorde. »
Quand le neveu de M"*^ de Longueville, le petil dur de Bourbon, second fils du prince de Condé, mourut, eik* écrit ainsi sur cet événement à son amie la sous-prieure des Carmélites.
De Trie, ce ts novembre
u Vous avez bien raison, ma chère, de ne vous |H)iiii ailliger avec moi de la perte de mon neveu, puisque re>|»ril de (a foi doit emp(k*her les chrétiens de plaindre ohuhk' morts ceux qu'elle leur apprend qui sont vivants pour Fêternité. Cet enfant est bien heureux, sans doute, d aw élé tiré du siècle devant que d'avoir partici|)é à sa malignité. Celles qui comme nous n'ont pas été jugées digii#| jtar le profond jugement de Dieu d'une pareille grâce,] doivent bien s'humilier en sa présejico et se châtier dsl crimes qui leur préparoient un sort tout contraire, si hf miséricorde de Dieu ne leur fait faire une pénitence [torlionnée à leurs péchés. Vous devez bien louer celui( vous a tirée du milieu de ceux qui ne la font point et< la devroient toujours faire, pour vous introduire sa maison, où vous en faites une si sérieuse et si nuelle. Pour moi, qui n'ai (]ue votre malheur^ et qui •> |)as sii réparation , j ugez où je dois avoir mon refuge, où »i
' VUlefore donnt» cello loUro.
' Oi'i ne convient guèn» qu'à ^P" Du Vigean. I^ Ion de ifti''* tn> t>st bion plus familier et intime que «vlui des leiUrf j prieure, la i-évérende mère Agnès.
vent mettre les pécheurs puis^iue le just^ est à grand'peino sauvé. Implorez, ma irès-chère, les grandes compassions de Jésus-Christ sur mes misères, et lui dites pour moi un certain passage d'un prophète, non pas par ses justices, mais par vos grandes compassions, r/ost en c^Iu seul (|ue j'espère, et c'est cela que j'attends que la charité et Tefficacité de vos prières moblicndH ml. »
k LA UilMK.
Do Rouen, co 7 févr iri- 1G:»0 \
a Je loue Dieu de l'entréiMln mademoiselle irAlhret; Mo. est hien heureuse en toute fai^n d'avoir si peu parliri|iè au siècle, et d'aller pourtant faire une si grande p(hiitenc4\ Elle aura cet avantage dans la sienne, qu'elle la fora avec plus de conformité à celle de Lisus-CUirist, qui l'a faite étant non-seulement innocent, mais l'innocence même. Ainsi, en a>ant assurément beaucoup, elle fera pénitence en sainte et non pas en [Micheresse. A propos dt' jK^nitence, j'ai trouvé un passagti de saint Grogoin^ qui définit admirablement ce que c'est; je vous l'envoie \m\T mettre dans Votre bréviaire. Je vous prie de ne levoir point Siuis demander à Dieu qu'il m'inspire ces sentiments dont j'ai tani de Ibesoin^ et qu'il me donne en cela ce qu'il me connnande. J'ai encoi'e i)ensé que c^tte pauvre fille va faire comm»? Jésu»-Christ, qui s'en alla au désert après son baptême; iximij pour conserver l'innocence du sien et non pour la ré- 'parer, elle entre dans le désert das Carmr>lites. Dieu n'a pas fait ainsi à toute les nations, et cela m'humilie bien ^us sa justice qui m'a livrée au sièt^le à eause de. mes
' Villefore donne plusieurs morceaux de cette lettre.
infidélités. Demandez-en miséricorde à IKeu pour moi. »
A peu près vers cette époque le prince de Condé tombt dangereusement malade. La France entière prit le plus vif intérêt à sa maladie. Le danger passé, M"" dé Longuerille fut accablée de compliments qui la touchèrent beaucoup moins que les vœux fervents adressés à INeu par ses ebères Carmélites.