PRÉFACE. V
L'événement qui a fait naguères l'admiration des peuples civilisés , la grande pensée du pontife qui est venu bénir et sacrer, non pas un conquérante Notre-Dame, mais le principe de la liberté moderne dans le monde, et avec elle les États fondés sur sa puissance, ce spectacle si nouveau ne peut laisser personne indiffèrent. Il écarte la controverse; il rend la défiance injuste autant que superflue. Il montre que ce qui est donné de respecta l'autorité religieuse , loin d'ôter quelque chose à la liberté qui, comme elle, est une force morale, lui apporte une sanction de plus.
Devant cet exemple, qui ne paraît une innovation que parce qu'il est un retour à l'inspiration la plus antique de la loi chrétienne, pouvait-on craindre de redire combien la primauté spirituelle de Rome avait été dès l'origine le secours de tous les opprimés? Le pouvoir qu'elle dut exercer au nom de la charité sur la force et l'ignorance , ne se conçoit-il pas mieux quand on voit l'ascendant qu'elle peut prendre au nom de l'équité sociale sur la civilisation avancée de notre âge? Et ne sent-on pas davantage combien ce secours apostolique , cet édit de justice et d'humanité qui partait de l'église était précieux pour la défense d'une ville de Grèce et d'Asie , quand on le voit aujourd'hui même si puissant et si nécessaire pour émanciper graduellement les peuples d'Italie? Puisse la souveraineté pontificale garder ce caractère, et achever ce qu'elle a commencé ! et pour cela qu'il ne lui soit pas demandé et qu'il ne soit pas exigé d'elle ce qui n'est pas dans la raison des choses !
Rome ne peut redevenir la capitale politique d'un grand État, précisément parce qu'elle doit rester la métropole religieuse du monde. Le jour où le pontificat suprême lui a été donné, il a été entendu qu'elle n'aurait plus ni sénat dictatorial ni forum. Si depuis quinze siè-