‹ Œuvres de M. Villemain (volume 5)Chapitre 5 sur 23 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

des la souveraineté laïque n'a pu demeurer à Rome à côté de la tiare, si le droit ni la conquête n'ont pu l'y maintenir, si le pouvoir impérial s'est toujours retiré de force ou de gré à Constantinople , à Milan , à Ravennes au lieu où le pape n'était pas , la puissance élective de la législature, cette grande part de la souveraineté moderne, ne saurait non plus s'établir au lieu où le pape doit régner. Le souverain pontife qui n'est prince que pour être libre, et pour ne donner à aucun territoire étranger le privilège de sa présence, à aucun pouvoir le droit de le protéger, peut se montrer dans le gouvernement temporel de sa grande cité romaine le plus sage des princes. Il peut accueillir toutes les réformes d'équité, d'ordre, de progrès social. Il peut donner aux provinces de l'État romain des libertés locales, une administration civile. Mais il ne peut pas constituer à Rome une tribune et tout l'appareil du gouvernement représentatif. Il ne doit pas plus être le stathouder d'une démocratie, que le kalife doublement absolu d'un grand État. Si une autre volonté que la sienne pouvait disposer de Rome, Rome ne serait plus un asile inviolable et neutre. Ceux qui soutiennent le plus la condition indéfectible de la chaire apostolique , n'ont jamais prétendu que sa puissance temporelle fût infaillible. Mais il faut qu'elle soit indépendante. Si on ne peut la concevoir étendue au loin et ralliant l'Italie sous une domination unique , on la concevrait moins encore soumise à l'ascendant d'une assemblée nationale, et suivant , comme par l'inspiration d'un nouvel esprit saint, toutes les phases d'un gouvernement de majorité. Que le goût de l'uniformité constitutionnelle ne fasse pas méconnaître certaines lois de la nature humaine et de l'histoire. Un écrivain sceptique du dernier siècle observait qu'en général, le pape, comme souverain temporel parles conditions ordinaires de son élection, de

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sa personne et de son pouvoir , échappait au plus grand nombre des inconvénients et des vices de la souveraineté absolue.

Qu'à ce privilège insuffisant aujourd'hui pour des yeux plus difficiles, viennent se joindre par la main d'un grand pontife des réformes durables , un exemple immortel qui sera la tradition de l'avenir, voilà ce que doit souhaiter l'Europe pour l'avancement de l'Italie. Pie IX n'est pas Rienzi , et ne doit pas lui faire place. Car Rienzi même, sous une forme plus moderne, ne serait pas aujourd'hui dans Rome plus puissant et moins éphémère qu'au moyen âge.

La tribune impérissable de Rome , celle que l'épée ne brise pas , qui survit à la force barbare et à la force éclairée qui arrêtait Attila, et dont la résistance préparait la chute de Napoléon , c'est la chaire pontificale s'adressant à tous du sein de la grandeur ou de la captivité, du Vatican ou de Fontainebleau.

Que sous cet abri s'affermissent des libertés publiques, une administration civile ! Mais que jamais le peuple de Rome ne veuille, par l'agitation, asservir son Église! car s'il triomphait , il perdrait son droit le plus précieux, celui qui a couvert et favorisé les progrès heureux de l'Italie. Il tomberait dans cette anarchie exposée à tous les hasards, telle que la vit le commencement du moyen âge ; ou il essayerait encore cette représentation républicaine de 1798 qui ramènerait pour lui César, ou même sans César une armée étrangère. Rome est un but • d'ambition trop grand pour rester hors d'atteinte , s'il n'est sacré; et il ne peut l'être qu'en la personne du pontife , et pour la défense de ceux qui entourent son pouvoir d'un respect religieux. Rome, si elle n'est la cité du pape, heureuse et libre par lui , est une capitale sans empire, et comme on le disait du temps d'Alaric,

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la tête coupée de l'ancien monde. 11 vaut mieux qu'elle soit l'âme de la société moderne. Le succès paisible d'une grande œuvre est à ce prix. La main qui bénit est celle qui peut affranchir sans retour. Tout ce qui peut être fait de grand par le courage et par la pensée, il avait été donné dès longtemps à la France d'en offrir l'exemple au monde. Mais cet exemple ne suffisait pas pour étendre à d'autres peuples les institutions de la France. Il fallait pour l'Italie une consécration qui sera d'autant plus puissante , que l'autorité d'où elle émane demeurera souverainement libre et respectée.

P. S. Ces pages étaient imprimées et près de paraître au mois de février de l'année dernière. En les publiant aujourd'hui, je ne crois pas devoir y rien changer, non que je ne sente combien ma prévoyance était courte. Mais sur un point du moins elle me semble plus confirmée que démentie par les événements. La pensée qui ne séparait pas Rome de l'inviolabilité pontificale et ne croyait pas qu'elle pût devenir la capitale républicaine d'une Italie nouvelle est toujours vraie; et les raisons n'ont pas changé, quoique Pie IX soit a Gaëte.

DU POLYTHEISME

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