LA VACHE ET L'ANE
Làv. croiriez-vous? j'ai de Vambition, Disoit l'autre jour un ânon A la vache , sa confidente ; Je ne me sens point fait pour paître le chardon.
ConselDez-moî, vous discrète, et prudente.
Ne puTs-je aller habiter les états Du lion , le plus Eer de tous les potentats ;
Enfin, sortir de la route commune? Je connoîtrois la cour, tigres, loups, léopards; Avec eux je pourrois affronter les hasards , Ensuite partager avec vous ma fortune.
Quoi! tu ne sais donc pas, dit-^e, que ces grands Des autres animaux ne sont que les tyrans ?
Oui, la gloine^de ces méchans.
Aux bons, est toujours ixQportnne.
Et d'aiUeurs , sans adresse , et sans un protecteur Tu ne pourras jamais être un heureux voleur.
Paresse, bonhomie, et douceur et droiture, Mon enfant, voilà notre lotj
Et c'est encor le meilleur, je t'assure:
Un âne ambitieux -doit passer pour un sot.
Cache donc tes projets , mion cher , ^e t'en coh)ure«
Et puis, dis-moi, chétive créature,
Si nous autres petits devenions des brigands f
Où seroient Jes' honnêtes gens ?
FABLE XIL