‹ Œuvres de Madame la Mise de la FerChapitre 135 sur 177 · FABLE CLXVIII · texte numérisé non relu

FABLE CLXVIII

MÉTÉO OU L£ ROI TARTARB.

U ANS un canton de Tartarle , Pays de la superbe Asie , .

Mété règnoit en souverain , Grand héros , justeet bon etsurtout trè«-humaîn. Satisfait du bel héritage

[*) Ce Mété que les Huns prétendent arnlr été le fondat eur de leur monarchie , a été revendiqué , à juste titre , par

( igl )

Qu'il avoît eu de ses ayeux, Sensible autant qu'il étoitsage ,

Il ne voyoitpour lui d'autre avantage Que d& rendre son peuple heureux.

De ceux qui l'attaquoient il sayoit se défendre:

Mais sa clémence et ses nombreux succès Obligeoient l'ennemi de ne rien entreprendre

Contre ce roi l'amour de ses sujets.

Un kan las de la paix , comme lui de la guerre » Pour la renouveler imagine un moyen, Bizarre , extravagant, mais qu'il croit nécessaire Pour troubler le repos de ce bon souverain.

Qui de le conserver faisoitsa grande aifaire. Il demande àMété le cheval le plus beau

De sa magnifique écurie :

Que mon ambassadeur m'amène ce cadeau »

Écrivoit-il , sans tarder je vous prie.

Toute la cour représente à Mété Que pareille ambassade est une hostilité.

Un cheval , repond-il , fût-il de l'Arabie , Ne peut valoir la paix dont jouit la patrie:

Le coursier partira , plus de réflexion.

Tout bas les courtisans blâment son action.

A quelque temps de là le kan a l'insolence D'exiger de ce roi nouvelle complaisance.

Envoyeas-moi , dit-il , par mon ambassadeur , De tout votre sérail la femme la plus belle ,

Et , s'il en est> douce et fîdelle ; J'attends de ce présent et plaisir et bonheur.

les Tartares , comme étant un des plus grandsbéroa de leur nation , et le meilleur dç leurs rois. Voyez Tlûstoire orien* talc.

Ona^éîormef on s'émeut, aux armes chacun crie î...

19'on, ditMété, je cède à cette fantaisie.

Une femme de moins ne me fait pas grand tort.

La paix certainement vaut bien mieux qu'une femme ',

Ce bel objet donné ne change point mon sort.

J'ai toujours ri de l'amoureuse flamme

Qui fît battre dix ans les plus fameux héros ;

Jamais maîtresse ici n'eût caiisé tant de mauxr

La princesse partit dans un riche équipage ,

Et d'un air très-joyeux entreprit son voyage j

Ce sexe aime à changer , et même d'esclavage*

Sur ces précieux dons le kan réfléchissoit ,

Et se disoit.

Je ne puis les devoir qu'à stupide foiblesse f

Ou bien à l'extrême détresse.

Or , poussons ce monarque à bout :

Sans guerroyer j'obtiendrai tout.

Un mois après l'envoi de la princesse , Far une lettre écrite au souverain Le ium veut qu'il lui cède ^ et dès le lendemain ^

La mçitiéde son territoire.

Oh ! oh! dit vivement le roi, Maintenant il y va de Thonneur de ma gloire.-

Femrae et cheval étoient à moi Je pus en disposer sans nuire à la patriie :

JILsda ce pays étant le bien de mes sujets , AH! je le dois défendre au péril de ma vie.

Dès cet instant je romps la paix; Q ue tout ici se prépare à la guerre.

Marchons, marchons, contre cet arrogant,.

Ztla victoire, amis, ne nous coûtera guère •

Toujours le lâche est insolent.

SI avoit bien raison: il trouve en arriva ni

l<e kan , ses généraux^ à table dans Tivresse ^ lie dépouiller de tout est l'œuvre du moment.

Mais par pitié ce roi lui laisse /

Une maison > quelques champs, des jardins ;

Et pour dissiper ses chagrins

Et le cheval et la princesse.

7ZK DES lABLES ET J>V PREtflEA TOLITM£<>

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