‹ Œuvres de Madame la Mise de la FerChapitre 134 sur 177 · LE RICHE ET LE PAUVRE · texte numérisé non relu

LE RICHE ET LE PAUVRE

XJw riche avare écoutoît froidement Un pauvre laboureur exprimant sa misère ^

Sans murmurer contre son dénùment.

Impôts , grêle , corvée, ouvrages sans salaire ^ Tous les malheurs enfin Vavoient fait mendiant ;; Mais dans son corps flétri logeoit une âme lière*

Oh ! c'est trop fort , dira certain lecteur ! Donner une âme fière au rustre laboureur.

C'est bien choquer la vraisemblance.

Non, non , celui qui sait supporter l'indigence^

Bénir les cieux dans la calamité, Kepousser avec fermeté

De l'opulent rinjustice ou l'o ffense.

De ^'homme a conservé toute la dignité t

Mais revenons au fait en exigence.

Mon homme demandoit , et bien timidement ,.

Quelques secours pour lui, ses enfans et sa mère. Et pourquoi des enfans ? un gueux n'en doit pas faiie,, KépliqiAa d'un toa méprisant Le financier au cœur de pierre 5 Vous autres criailleurs , cachez sous vos haillons Souvent ^es fainéans, plus sgavent des fripons.

Travaillez, travaillez; vite, qu'on se retire. Moi, travailler, bon dieu 1 de foiblesse j'expire; Je suis un malheureux et non pas un coquin ; Hais quand je le serois , hélas ! mourant de faim , Vos donsauroientleurprix^l'aumône esttoujoursbonne 3 Et puis sachez , monsieur, que le riche inhumain Qui^e permet l'injure, en refusant du pain, ]N'a plus le droit de mépriser personne.

FABLE CLXVIL

L'(A.GNBAU ET SA HÈRK

^XTE les humains sont doux et bons ,.

Disoit un jeune agneau causant avec sa mère !

Car c'est l'homme à qui nous devon»

nous les biens dont nous jouissons y

Ombrage , serpolet , bruyère ,

Et l'herbe fine des gazons.

Il écarte , il détruit les joncs 1

Qui troublent le ruisseau dont l'eau nous désaltère ; II apprit à ses chiens à nous garder des loups 5 -

Dès l'aurore il veille sur nous •

£t sous le toit de sa chaumière , Ters^le déclin du jour, lorsque nous revenons ,

Four reposer ses chers moutons , Il étend avec soin la plus fraîche fougère*:

Fuis , quand l'été brûlant viendra nous tourmenter , j

Sa bienfaisante main daignera nous 6ter La toison qui nous pèse et qui nous embarrasse t f— FauTj:e ianQcçnt; lui répond la bjrebis I ^

Dans ma jeunesse , je chéris

Ainsi que toi Thumaine race :

Mais j'ai connu le monde en vieillissant, .

£t rhomme que j*aimois , je le crains maintenant. De lui , comme des loups , redoutons la présence ; Apprends que le cruel m'enleva trois petits 5 Il me les arracha dès leur plus tendre enfance ,

Sans être touché de me^ cris.

Qu'on lui doit rarement de la reconnoissance { Notre toison se file , et sert à le vêtir :

Voilà pourquoi sa main nous en dégage.

En mettant ses troupeaiur dans un gras pâturage^ Il double le profit qui doit en revenir; Si leur lait sufisoit encor à le nourrir !.... Mais je tremhle toujours que le boucher ne vienne. Je t'instruis de ton sort , mon fils , en gémissant : Oui , de la dent de& loups , si l'homme nous défend ^

C'est qu'il noua garde pour la sienne.

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