LES DEUX RÊVEURS ET LE MÉDECIN
AorrÉa, tourmentés par de sinistres songes.
Deux amis musulmans allèrent un matin Consulter en secret un fameux médecin.
Les rêves, disoient-ils, ne sont que des mensonges;
Je n'y croîs pas , asauroît chacun d'eux :
Hais vivre sans repos , c'est vivre malheureux. Parlez-nous franchement , vérité toute nue.
Sans relâche, dit l'un , je vois sitôt minuit
Un scélérat qui me poursuit ; .
11 m'atteint, il me vole , et souvent il me tue. D'un bon sommeil ne puis-|e espérer la douceur? De grâce ! rendez-moi ma santé , ma fraîcheur.
Pour moi , dit l'autre en Afrique , en Asie , Je suis toutes les nuits élu roi , couronné ;
L'instant d'après , me voilà détrôné ,
Puis mis à mort, aa moins emprisonné; Ce songe m'importune , il abrège ma vie.
D'où viennent ces égaremens?
Ah ! calmer mon esprit , mes sens , Et rendez-moi le repos, je vous prie.
Ce n'est pas là mon fait, repartit le docteur;
L'ambition et l'avarice Ne sont point maux du corps, ce sont vices du cœur. Si j'étois charlatan , j'accepterois Voffice
De vous traiter f san» vous guérir; Mais de vous seuls dépend la fin d'un tel supplice ; Bientôt d'un bon sommeil tous deux pourrez ^ouir»
Masouf , dit-il , apostrophant l'avare , Allez chez l'indigent verser votre trésor;
Le bien qu'on fait vaut mieux que l'or?
Plus de terreur» alors , plus de rêve bizarre. Pour vous , ambitieux, quittez désirs, projets^ T^'étant plus roi , vous dormtirez en paix.
Je ne cesse de dire à ceux que je conseille , Qui , tourmentés Ja nuit, se plaignent de leur sortt Si l'homme étoit plus sage quand il veille ^ . Il seroit moins fou quand il dort.