‹ Œuvres de Madame la Mise de la FerChapitre 159 sur 177 · A MON SAULE PLEUREUR · texte numérisé non relu

A MON SAULE PLEUREUR

Qu'om m'a enlevé sans que Je pusse m*en douter^

1 jTg saule que ma lyre a tant de fois chanté , Mon abri, mon plaisir , hélas , mon seul ombrage , Quoi , l'objet le plus cher dé ma propriété A peut-être été transplanté Par quelque rustre au fond d'un marécage f Mais , de quel droit fa-t-il ainsi traité?

Et de quel droit vient-on m'enlever ton feuillage ? Jo crus te confier aux soins de l'amitié ,

Ah ! ce n'est plus qu'ime chimère !

Je ne craignois pour toi que le vent , le tonnerre ^

Bt le cruel , sans la moindre pitié "Fordonne d^embellir une terre étrangère !

Tuconsolois mes maux, ajoutois à mes biens, Et quand je me Ijvrois à ma mélancolie Que de fois je mêlai mes pleurs avec les tiens f Partout je fappeloisle charme de ma vie.

J'aurois tracé sur tes rameaux I<e jour même où l'on vintt'arracher et te prendre r Bient6t j'augmenterai le nombre dès tombeaux , Que tQu dernier bîenfidt soit d'otnbrager ma cendre^

t5a) STANCES,

i^ouvENiB de^ la tendresse , Jamais ne viens me troubleir, L'amitié dans ma vieillesse /^îie peut plus me ponsole^.

Doux sentiment, je t'abjure; ]Ppar mpi tu n'es qu'une erreui*; Tout aime dans la nature , Et tout a trompé mon cœur^

Sitôt que de la. fauvette J'entends les tendres accens ; Sitôt que la violette ' IRevient émailler nos champs ^ Je dis , mais non «ans murmurç :

Spectacle trop enchanteur !

Tout renaît dans la nature, £t tout s'éteint dans mon cœur.

'Quand je vois dans les campagne^ Bondir les jeunes agneaux, lies bergers et leurs compagnes Danser au son des pipeaux, . Je dis : Charmante verdure « ' Tu ranimes leur bonheur s Tout est' gai dans la nature, Tout est triste dans mon çoBvuf,

Si le* vents et le tonnerre Çrondcnt à la Qn du jour, hes amans vers leur chaumièn

Ne hâtent point leur retour | Plus la nuit devient obscure/ Plus ils rantent leur ardeur; Tout leur plaît dans la natur».

Tout épouvante mon eœilr«

Lorsque Cérès et Pomone Nous ont prodigué leurs dons , L'hiver, remplaçant rautomne^ Nous ramène les glaçons .; Quelque temps , noire froidure > Tu âétris verdure et fleur :

Tont s'endort dans la nature , Tout est glacé dans mon cœur»

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