‹ Œuvres de Madame la Mise de la FerChapitre 172 sur 177 · MES SOIRÉES · texte numérisé non relu

MES SOIRÉES

AiiL .' Oh l ma tendre museUç^

PREXiiRE SOlBiSt

X ovR chasser nnsomnîe Mon tourment de la nuit ,

Dans une galerie liC soir j'entre sans brait.

Bientôt par une trappe Je vais au souterrains ^ Mais le roman m'échappe , JSfi je sommeille enfin.

vzuTtkMZ soiiu£e«

JTentencis gémir des femoies Aux débris d'un caveau:

Kuisseaux de sang, de larmes»

Coulent sur un tombeau :

Triste lampe l'éclairé , Il renferme un amant:

Sa mort yeut du mystère , Je la plains en dormant.

TÏLOISlèsiE SQiAÊEv

Du roman somnifère Je veux user souvent:

Franchir toute barrière Sans peur du revenant.

J'allois voir la princesSQ A la tour d'Orient ,

r^-fwr-'

Mais le sommeil me presn Dans celle d'Occident.

QtrATBiilIE SOlBiS«

Voyons enfin lïiermite Victime des amours^ Le réduit qu'il habite Console ses vieux jours.

Il a bonne mémoire , Son malheur attendrit, Mais satrès-longu^e histoire A la fin m'assoupit.

CINQVIÈUS soiBj£x<

A minuit d'une chaîne On entend lé fracas.

Spectre hideux la traîne Du haut jusques en bas.

Chacun craint son passage.

Tout le château frémit 3 Lassé de ce tapage Je dors toute la nuit.

tsxxknŒ soxBix*

Quelle grande nouvelle l Un chevalier sans peur Veut enlever sa belle , Ah ! c'est nouveau malheur»

Brigand et compagnie Viennent crier , holst Qui craint la léthargie Tait bien d'en rester là»

On déprime sans cesse Tons ces roinans du lour ^ 'Remplis de tours d'adresse Et d'horreur et d'amour.

Qui les voudroit proscrire Dit qu'ils manquent de goût :

Oh ! qui les pourra lire Y trouvera de tout. •

CONSULTATION AtJ DOCTEUR SUE.

IVJL ALG&é les maux , partage des humains , .

Treize lustres , docteur , ont surchargé ma têtet

Aussi chaque jour je m'apprête A revoir mes amis aux Champs Elysiens. Au mcunent de voguer vers le triste rivage

Je veux pourtant vous consulter.

Ma fille, qui pour moi semble trop redouter

Ce court mais pénible passage , M'assure que votre art peut encore apporter

Quelque ret^i^ k mon voyage.

Foible de corps, plus folhle de santé.

Je dois mon existence à la sohrîété.

Comme nos bons pasteurs habitans des bocages Je -me nourris de lait, et de fruits , et dlierbages : Je n'aime point un 'mets finement inventé.

Non, monsieur, et j'évite avec grai^d soin le^ ragoûts qui échauffent.

Ainsi que les dévois hébreux

Depuis long-temîps \e Ws soumise A la déftnse de Koise ; Je rejette bien loin le lardon dangereux»

Toutes mes souffrances, m'a-t-on toujours dît, vien^ nent d'une débilité nerveuse.

Mon pauvre corps tout cbancelant Lorsque je yeux tourner mes pas à l'Orient S'en va rers le Midi, le Nord , ou rOccideat

Bras d'un c^té , bâtoii de l'autre ,

Me remettant dans mou chemin g

£h ! que n'est-il aussi le vôtre !

«ri rois peut-être un meilleur traiut

Cette rencontre lortuoé^i

Bien mieux que vos médieamens f

Prolongeroit ma destinée :

Car je serois docile à tous vos documens*

Une coqueluche que j'eus, monsieur, il y a cinq ou $1% ans m'a laissé une toux habituelle. Hippocrate dit ? c'est un rhume d'estom<ic; Galien, c'est un asthme.. Pendant ce débat, je tous^ la nuit et une partie de la youmée , surtout quand le temps varie« Ma santé tourne à tous les vents comme la girouette; j'annonce la pluie ^ le beau temps , et avec moi on peut se passer de baro-' mètre; je suis sujette aux crampes, aux crispations de la tête aux pieds ; elles me prennent parfois la nuit dans l'estomac , me soulèvent de mon lit , reviennent deux ou trois fois avant que je m'endorme , je crois que c'est mon dernier moment: point du tout , je m'endors d'un bon sommeil et il n'y paroît plus. Ce mal n'est que l'affaire d'us instant, mais il est terrible ; car je crois vraiment sentir la décomposition de mon être. Par une bizarrerie de la nature , lorsque mon corps

estfoible et frem'blant, ma maîn est sûre, exceptépar le grand chaud ou le grand froid , alors je trenxUe en commençant à écrire.

^ Mais malgré ces crispations , Sî vous étiez à table auprès de la malade y Elle TOUS verseroit encor bonne rasade De ce jus qui bannit le chagrin et Thumeur.

Tout mon nectar, à mai , c'est la douce liqueur Qu'on recueille en un coin de la riainte Asie» I^e notre globe hélas! c'est la seule partie.

Oui, la seule qu'on appella

Danom. cTAenneuse} àFArabîo-

Le café vaut cet honneur là.

"Ne m'en privez pas , je vous prie r Il réchauffe l'esprit-, ranime notre cœub.

Fait croire un instant au bonheur.

C'est l'antidote enfin de ma mélancolie..

Connoissant à présent l'état de mes nerfs, vous Vous doutez bien, monsieur, que je suis vive et très-impa^• tiente : je serois même colère , je crois, si j'avois la for^ ce de l'être. Je suis paresseuse de corps , je- prends peu d'exercice, mais mon ame trotte toujours dans sa chétire demeure ; aussi Fai-je comparée cfepuia long« tempa A un revenant dans un vieille masure. Voyes donc ce que vous pouvez faire en faveur de ma vieillesse. Vous avez empêché ma fille de mourir, je ne cesserai de vous en remercier: mais moi ! moi! ce seroit presqu'une résurrection, car je suis à cremi-morte. £n attendant ce nouveau miracle de votre façon, je vous renouvelle , monsieur, toute ma reconnoiflsanoe et tous les autres sentime^s avec , etc-»

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