‹ Œuvres de Madame la Mise de la FerChapitre 175 sur 177 · PLUS D'ILLUSION · texte numérisé non relu

PLUS D'ILLUSION

Il<fi quoi ! tout fuit dans le vieil âge^ Tout fuit, jusqu'à l'HInsion I Ah / la nature aurait été plus aago

De la garder pour Varrl(!t«-Bai«oti«

Oui , si rimagtnation

Conservoit Sa douce magie , XUe préseryeroit , sur la fin de la vie^

De l'ennui , ce mortel poison.

Dans la jeunesse , elle décore

Tous les objets et tous les lieux ^

La raison vient qui décolore

Tous ces tableaux délicieux.

Je les regrette , et ce n'est pas folle.

Je ne vois plus mes gsQsons, et mes bouf,

Ni mon ruisseau , ni ma prairie ,

Gomme je les vis autrefois.

Lorsque j'entends la tourterelle

Koucouler ses tendres amours , Je ne dis plus, comme dans mes beaux jours r

Il faut la prendre pour modèle.

Progné n'est plus pour moi qu'une simple hirondelle. Et quand le rossignol me ravît en chantant , Je ne m'attendris plus sur le vieil accident

De ce tte pauvre Hiilomèle.

Tircîs dont je vantois^les séduisans ap|>a»> La grâce , le tendre langage , J^'est plus maintenant que Lucas , A Tair nigaud , aux cheveux plats t C'est le plus rustre du village j Et les bergères du canéon , La belle Aminte , et Célimène y Pour qui je fi» une chanson , Jïe sont plus à mes yeux que Margot et Suzon> Qui du moindre couplet ne valoientpas la peine» Pour vous , meS' paisibles moutons , Je vous trouve toujours aimables :

En tous, lieux , en toules saisons , Vos attraits pour moi sont durables z Ce qui rappelle la candeur , Et la douceur j et Tinnocenee , Ne peut cesser d'être cher à mon cœur»

Je ne cvaîns plus la pétulance Des faunes indiscrets que trouve sur le soir La bergère qui veut reposer sous les hêtres : Quand on ne les craint plus , on cesse de les voir.

Adieu , divinités champêtres j

Adieu , dryades et sylvains ,

Adieu , sylphes , charmans lutins.

Tous enfans de l'erreur , chers à la poésie»

Je ne me livre plus à ces illusions , Qui , sans tes vérités , triste philosophie , Pourroient jusqueaau bout enchanter notre vicv

Oui , ces riantes fictions- Valent mieux mille fois que tes doctes leçons.

Je ne désire point les charmea

De la beauté , de la friucheur ,.

(ftS)

Ni des amans les soupirs , la langueur t;

Sans regret je verrois leurs larmes.

L'amour n'est fait , hélas ! que pour les jeunes gfen»^ Douces réalités, transports , tendres mystères ,

Sont les trésors de leur printemps.

Ah I de cet âge heureux, de ce précieux tempar

Je ne voudrois que les chimères.

RÉFLEXION

SXJB.LA MOB.T V»fV SNFANXi

Lj'heureux enfant qui du berceau Descend doucement au tombeau Est à mes yeux digne d'envie ^ Vous qui l'aimez, louez son sort:

Il n'a connu ni les maux de la vie, J7i les horreurs de l'inflexible mort^

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