LES DEUX VISITES
U is grand parleur et Von de Be$ amîs IFaisoient visite un jour à jeune et belle feznxae. Le premier cfun lointain pays , JJf'avoit jamais connu la dame.
P II parle , il parle et c'est de lui toujours , iRaconte son voyage et ses hauts faits de guerre | Car ce franc babillard étoit un militaire.
Il n'oublia point ses amours, Ni sa fidélité, ni son désir de plaire ,
Vanta surtout les cbarmes du mystère.
I^nis il parle de ces cHâteaux , De ^a meute, de ses chevaux, De ses enfans , de son épouse , Glisse en passant qu'elleest laide, et jalouse. Le voile de la nuit déroulé dans les cieux.
Oblige ces galant» de revenir chez eux.
Ma foi, cette femme est cbarmanle , Dit le jaseur à son aini- Obi je ne ferai pas son éloge à demi.
Telle société m'enchante , Qu'elle a de jugement, d'esprit?
L'autre repart , mais elle n'a rien dit , Pour connoître les.gena, une seule séance Ne suffit pas; demain vous la jugerez mieux.
Allons cheE elle encor — de bon cœur je leveiix.
Le jour venu l'on part en diligence.
La dane avoit déjà médité m vengeance,
Craignant l'ennui qu'elle ^roït prouvé* Elle parloit très-peu , mais avec élégance.
Notre couple d'amis à peine est arrivé , A peine a-t-on fini le coinplîment d'usage p
Que la voilà malignement Qui babille , babille, et si rapidement , Et si haut et si fort que c'est un vrai torrent. Toujours à la raison joignant le badinage.
Mon ennuyeux déconcerté , tout sot , Croyant qu'il ne pourra jamais placer un mot
Prend son parti , termine sa visite.
Ah! dit-il , en bâillant, j'étoufFois, j'en suis quitte, J'avois jugé trop-tôt , vous aviez bien raison
L'insuportable créature^ Keme ramenez plus en si triste. maison.
Moi , dit so.n caniarade , en pareille aventure
Je n'aperçois qu'une honnête leçon , Entre amis comme nous vérité l'on hasarde.
Cette femme est aimable et jamais babillarde. Mais chacun a son tour; moucher, pardonnez-lui » Elle bâilloit hier , vous bâillez aujourd'hui.
FABLE XLL